PAYABLE OU À PAYER ?

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En français, l'adjectif « payable » ne s'emploie que pour introduire des modalités (de temps, de lieu, etc.).

Normalement, les adjectifs formés d'un verbe transitif et du suffixe « -able » expriment une simple possibilité passive : « qui peut être… ». Or, l'adjectif « payable » fait exception à cette règle car il signifie « qui doit être payé ». Par ailleurs, il obéit à des règles beaucoup plus rigoureuses que son paronyme anglais « payable » (TLF); voici quelques exemples d'emploi correct :

Payable…

  • annuellement ou à des termes périodiques plus courts;
  • en douze mensualités;
  • en argent, en nature;
  • le premier septembre de chaque année;
  • à Ottawa;
  • au porteur.

En somme, et sauf dans le dernier exemple, l'adjectif « payable » ne peut servir qu'à introduire un complément qu'on appelle « circonstanciel » en grammaire, et non un complément d'objet indirect désignant, par exemple, le créancier du paiement.

Dans le cas de « payable au porteur », même s'il s'agit d'un complément d'objet, on comprend que la possibilité de verser la somme due à la personne qui a la possession de l'effet constitue en fait une modalité de paiement. Prenons un autre exemple pour illustrer la distinction :

Les créances à payer à Sa Majesté sont payables au receveur général.

S'il laisse à désirer sur le plan stylistique, cet exemple montre bien que le paiement au receveur général est le mode d'acquittement de la dette, Sa Majesté en étant le créancier. C'est pourquoi il serait incorrect de dire que la créance est «payable à Sa Majesté». Du point de vue du créancier, en effet, la créance est « due » ou « à payer ».

L'adjectif « exigible » peut aussi convenir dans certains contextes, mais il ne vise que la dette échue, à l'exclusion de celle qui est à échoir.

Signalons pour terminer que la construction absolue (sans complément) de l'adjectif est aussi incorrecte. Ainsi, on parlera non pas de «l'impôt payé ou payable», mais bien de « l'impôt payé ou à payer ». Dans certains contextes, il pourrait suffire de parler de « l'impôt à payer », ce terme pouvant très bien englober à la fois ce qui a été versé et ce qui reste à verser.

Voici pour terminer quelques formulations fautives, accompagnées de solutions :

Forme fautive
Forme correcte

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