Cyberintimidation et distribution non consensuelle d'images intimes

Introduction

La cyberintimidation et la distribution non consensuelle d'images intimes sont des phénomènes sociaux apparentés, le dernier étant souvent considéré comme une forme de cyberintimidation. Les activités à l'origine de ces deux types de comportements ne sont pas nouvelles (c.-à-d. l'intimidation et les violations de la vie privée dans un but de vengeance), mais la façon dont elles sont exécutées (c.-à-d. par des moyens électroniques) a élargi la portée et la gravité de leurs répercussions.

La cyberintimidation implique l'utilisation des technologies de l'information et des communications qui facilitent le comportement délibéré, hostile et souvent répété d'une personne ou d'un groupe dans l'intention de faire du mal à d'autres. Même si n'importe qui peut être victime de cyberintimidation, les intimidateurs et les personnes ciblées, comme c'est souvent le cas dans les situations d'intimidation, sont généralement des enfants et des adolescents.

La distribution non consensuelle d'images intimes comporte la communication d'images intimes, souvent par un ancien partenaire, à des tiers (soit par Internet ou autrement) sans le consentement du sujet de l'image. La vengeance contre l'ancien partenaire est souvent l'élément moteur. Ses répercussions sont la violation de la vie privée de l'ancien partenaire par rapport aux images dont la distribution est susceptible d'être embarrassante, humiliante, harassante ou dégradante pour cette personne.

La cyberintimidation et la distribution non consensuelle d'images intimes retiennent de plus en plus l'attention à la grandeur du Canada en partie à cause de plusieurs affaires retentissantes couvertes par les médias dans lesquelles ces activités ont été invoquées à titre d'éléments déclencheurs du suicide d'adolescentsNote de bas de la page 1.

I. Cyberintimidation

La cyberintimidation n'est pas un fait nouveau, mais l'adoption généralisée des nouvelles technologies des communications a facilité la migration de l'intimidation vers le cyberespace, un phénomène souvent désigné du nom de « cyberintimidation ». La cyberintimidation préoccupe de plus en plus les parents, les policiers, les éducateurs et le grand public à cause de sa fréquence accrue et de son rôle d'élément déclencheur dans plusieurs suicides d'adolescents.

Le comportement de l'intimidateur implique l'abus de pouvoir systématique par des gestes injustifiés et répétés visant à faire du malNote de bas de la page 2. Ses répercussions peuvent être directes (taquineries physiques et verbales) ou indirectes (de nature relationnelle, par exemple l'exclusion sociale et la propagation de rumeurs méchantes)Note de bas de la page 3. L'intimidation est un problème qui prend de l'ampleur pour les jeunes et pour leurs éducateurs, particulièrement en raison de l'utilisation de plus en plus répandue des nouvelles technologies qui permettent la diffusion rapide et facile des communicationsNote de bas de la page 4. Traditionnellement, ce comportement était associé au milieu scolaire, mais ce n'est plus le cas, l'avènement des nouvelles technologies permettant à la victimisation de se poursuivre en dehors de l'école, à tout moment de la journéeNote de bas de la page 5.

Pour l'instant, il n'existe pas de définition universelle du concept, mais on retrouve des éléments communs dans les différentes versions examinées. Dans son rapport sur la cyberintimidation intitulé La cyberintimidation, ça blesse! Respect des droits à l'ère numériqueNote de bas de la page 6 , le Comité sénatorial permanent des droits de la personne fait état de la difficulté de faire consensus sur une définition de la cyberintimidation, faute de compréhension commune de ce que cette activité comporte. Le Comité a trouvé des sources indiquant que la cyberintimidation est une forme que prend l'intimidation traditionnelle et il souligne que la cyberintimidation inclut des gestes visant à intimider, à embarrasser, à menacer ou à harceler les victimes ciblées.

La cyberintimidation se fait de plusieurs façons, notamment par l'envoi de messages harcelants ou menaçants par courriel, par messagerie instantanée ou encore par messages textes (textos), ou par l'affichage de messages dans des clavardoirs, sur des babillards dédiés au dénigrement ou sur d'autres sites de réseautage social. Une autre méthode courante de cyberintimidation est la publication en ligne ou la distribution électronique de photos ou de messages embarrassants. Il peut également s'agir de créer des sites Web pour se moquer d'une ou de plusieurs victimes, les tourmenter et les harceler. Les cyberintimidateurs peuvent même utiliser des sites Web pour créer des sondages ou des bureaux de scrutin en ligne dans lesquels leurs utilisateurs sélectionnent, par exemple, la compagne de classe la plus laide ou la plus grosseNote de bas de la page 7.

Une récente étude menée au Québec révèle qu'un élève de niveau secondaire sur trois a subi une quelconque forme d'intimidation ou de cyberintimidationNote de bas de la page 8. Dans le rapport de Statistique Canada intitulé : Les incidents autodéclarés de victimisation sur Internet au Canada, 2009Note de bas de la page 9 , (basé sur l'Enquête sociale générale, l'ESG, sur la victimisation), on indique que 7 % des utilisateurs d'Internet âgés d'au moins 18 ans ont été victimes de cyberintimidation au cours de leur vie. La forme la plus courante de cyberintimidation comportait des courriels ou des messages instantanés menaçants ou hostiles, dont les trois quarts (73 %) des victimes de cyberintimidation ont fait état, suivi de commentaires haineux rapportés par plus de la moitié (55 %) des victimes. Huit pour cent des adultes visés par l'enquête ont vu leur identité usurpée par une personne qui leur a ensuite envoyé des courriels menaçants. Les utilisateurs d'Internet actifs dans des clavardoirs et des sites de réseautage social étaient près de trois fois plus susceptibles d'être victimes de cyberintimidation que les non-utilisateurs de ces sites. La plupart des victimes de cyberintimidation âgées de plus de 25 ans avaient été ciblées par un étranger (49 %). Les victimes âgées de 15 à 24 ans étaient plus susceptibles d'être intimidées par un ami, un collègue de classe ou une connaissance (64 %). Les hommes étaient plus susceptibles d'être intimidés par un étranger que les femmes (46 % contre 34 %), et les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d'être intimidées par un collègue de classe ou de travail (13 % contre 6 %).

L'enquête demandait aussi aux répondants adultes de préciser si des enfants ou des adolescents (âgés de 8 à 17 ans) dans leur ménage avaient été victimes de cyberintimidation ou de leurres. Les résultats ont révélé que 9 % des adultes vivant dans un ménage où il y avait des enfants avaient connaissance d'un cas de cyberintimidation d'au moins un des enfants du ménage. Selon 74 % de ces adultes, la forme de cyberintimidation des enfants la plus courante consistait à recevoir des courriels ou des messages instantanés menaçants ou agressifs. Suivait le fait d'avoir été la cible de commentaires haineux envoyés par courriel, messagerie instantanée ou affichés sur un site Internet (72 %); et l'envoi de courriels menaçants en utilisant l'identité de la victime (16 %). La plupart des adultes ont indiqué que les enfants avaient été intimidés par un membre de leur entourage, habituellement un camarade de classe (40 %), un ami (20 %) ou une connaissance (11 %), plutôt que par un étranger (21 %).

En outre, l'ESG a révélé que relativement peu d'incidents de cyberintimidation avaient été signalés à la police (7 % des adultes et 14 % des enfants). On note dans le rapport de l'ESG que « comme tous les cas de cyberintimidation ne sont pas toujours de nature criminelle, et qu'ils ne justifient pas toujours le recours à la police, d'autres mesures peuvent être plus appropriées ». Les victimes étaient plus enclines à bloquer les messages de l'expéditeur (60 %), à quitter le site Internet (51 %) ou à signaler l'incident à leur fournisseur de services Internet ou de courriel (21 %). Par ailleurs, les témoignages donnés au Comité sénatorial permanent révèlent d'autres raisons de ne pas signaler la cyberintimidation : la crainte d'une escalade, l'inefficacité des interventions antérieures et la crainte d'être privé d'accès à la technologie.

Il est difficile de faire des affirmations générales au sujet de la prévalence de la cyberintimidation, car un grand nombre de facteurs influencent les taux de cyberintimidation et de cybervictimisation signalés dans les recherchesNote de bas de la page 10. Toutefois, un certain nombre d'études menées au Canada sur la nature et la prévalence du problème soulignent le fait que ce phénomène est fréquent, qu'il est très répandu et qu'il affecte principalement les jeunes, mais également certains adultesNote de bas de la page 11.

Le rapport du Sénat a aussi mis en lumière le fait que les jeunes appartenant à des groupes minoritaires ou perçus comme différents courent un plus grand risque d'être ciblés, par exemple les jeunes ayant un handicap, obèses, membres d'une minorité ethnique et ceux qui se sont déclarés lesbiennes, gais, bisexuels ou transsexuels ou qui sont perçus comme tels.

La cyberintimidation peut être particulièrement destructrice, car elle peut se propager instantanément à tellement de gens dans le monde entier, elle peut être faite de façon anonyme, ou en assumant l'identité d'un tiers, et demeurer en ligne indéfiniment. Les enfants et les jeunes victimes de cyberintimidation risquent davantage de vivre des problèmes psychologiques, comme du stress chronique ainsi que des problèmes scolaires et comportementaux (p. ex. port d'armes)Note de bas de la page 12. La cyberintimidation peut donner l'impression aux victimes d'être sans défense, ce qui peut entraîner un problème de violence à l'école ou provoquer des pensées suicidairesNote de bas de la page 13. Ces effets pourraient être dus à la place importante que les communications électroniques occupent dans la vie sociale des Canadiens (particulièrement chez les jeunes)Note de bas de la page 14 et au fait que ces communications électroniques rejoignent un vaste public, de même qu'à la permanence du cyberespace (ce qui inclut l'absence de contrôle général d'une personne sur le matériel une fois que celui-ci est diffusé en ligne).

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