LE LANGAGE GESTUEL ET L'ACCÈS À LA JUSTICE POUR LES PERSONNES SOURDES AU NUNAVUT

3. MÉTHODOLOGIE

3. MÉTHODOLOGIE

3.1 Sondage téléphonique

Un sondage téléphonique a été réalisé pour obtenir une estimation préliminaire du nombre de personnes sourdes au Nunavut. Des réseaux préexistants ont été employés pour déterminer le nombre d'Inuits sourds dans les différentes collectivités. Ces réseaux comprenaient notamment les réseaux de la santé et des services sociaux, de même que d'autres contacts communautaires plus informels. La plupart des renseignements ont été recueillis par téléphone, par courrier électronique et par télécopieur.

Le sondage téléphonique a été réalisé par Janet McGrath, une interprète qui parle (et enseigne) l'inuktitut et qui a une longue expérience au Nunavut. Elle a communiqué avec des personnes-ressources dans plusieurs collectivités pour recueillir des renseignements. Parmi ces personnes-ressources, on compte des fonctionnaires, des gens d'affaires et des professionnels. Dans certaines collectivités, les familles des personnes sourdes étaient déjà connues en raison de relations personnelles. Dans ces cas, Janet McGrath a eu des discussions plus poussées concernant divers aspects de la surdité et du langage gestuel.

Cette technique a permis de recueillir beaucoup de renseignements utiles. Vingt des vingt-six collectivités ont été contactées directement. Nous avons cherché à recueillir des renseignements démographiques sur les personnes sourdes, y compris l'âge approximatif, le sexe, le profil académique (Sud du Canada / Nord du Canada) et la fréquentation d'écoles pour les sourds. Nous voulions aussi obtenir une estimation du nombre d'entendants qui savaient communiquer avec les sourds au moyen d'un langage gestuel.

3.2 Visites sur le terrain

À partir des résultats du sondage téléphonique, mon assistant technique et moi avons effectué des visites de suivi sur le terrain dans trois collectivités pour recueillir des renseignements et de l'information générale sur la surdité et les langages gestuels, et pour filmer des échanges réels en langage des signes. Nous avons également entrepris de déterminer si le langage gestuel employé était l'ASL ou une forme autochtone de langage des signes. Les trois collectivités choisies étaient Iqaluit, Pangnirtung et Rankin Inlet. Les personnes sourdes ainsi que les parents et amis dans les trois collectivités se sont montrés très coopératifs et obligeants.

À l'origine, nous nous étions proposés de susciter des réponses à une liste standard de cent éléments de vocabulaire se rapportant à des actions et à des objets courants pour acquérir une compréhension préliminaire de la situation linguistique des systèmes de langage des signes sur les plans de la cohérence dans le système de communication et des variations dialectales éventuelles. Notre tentative de « susciter » des éléments de vocabulaire s'est rapidement butée à des difficultés méthodologiques. Il est apparu que, de toute évidence, l'interrogation directe était socialement inappropriée. En outre, il est devenu évident que les questions auxquelles nous tentions de répondre en examinant seulement le vocabulaire et les dialectes avaient été mal formulées. Notre préoccupation initiale concernait les « langages gestuels maison » par opposition aux « langages gestuels plus développés ». En d'autres termes, nous tentions de déterminer si les langages gestuels étaient des « langages » cohérents ou simplement des systèmes gestuels rudimentaires qui s'étaient développés sans aucun apport de l'environnement linguistique et qui, par conséquent, ne posséderaient pas les caractéristiques essentielles d'un véritable langage.

Cette approche s'est avérée limitative. On associe habituellement les « langages gestuels maison » aux jeunes enfants sourds qui développent des signes en l'absence de stimulation linguistique de la part de leurs parents ou de leurs pairs (Morford, Singleton et Goldin-Meadow, 1995; Volterra et Erting, 1994; Volterra, Beronesi et Massoni, 1994). Ceci résulte soit d'une tentative délibérée de supprimer le langage dans un environnement de carence sociale, soit d'une adhésion idéologique à la philosophie « orale », qui condamne l'utilisation de signes devant des enfants sourds. La question théorique qui est actuellement débattue dans ce domaine est celle de savoir si ce « langage gestuel maison » possède toutes les caractéristiques d'un langage ou non. À l'heure actuelle, les preuves linguistiques semblent favoriser l'hypothèse selon laquelle ce type de système gestuel limité constitue bel et bien un langage. Il est intéressant de noter que même ceux qui ne reconnaissent pas au « langage gestuel maison » la qualité de langue croient qu'il fournit néanmoins les premières bases linguistiques d'un langage développé ultérieurement (Goldin-Meadow et Mylander, 1994).[1]

À la lumière des considérations énoncées ci-dessus et de nos premières expériences avec les personnes sourdes et leurs amis, et d'après les renseignements que nous avions déjà obtenus au moyen du sondage téléphonique, nous avons modifié notre méthodologie de manière à tenter de recueillir plutôt un « corpus linguistique » de conversations en langage gestuel, tenues dans des conditions naturelles, qui serait susceptible de nous donner une idée de la gamme et de la complexité des langages gestuels en usage. En plus de filmer des conversations en langage gestuel, nous avons effectué des entrevues informelles semi-structurées. Nous avons mis l'accent sur la discussion relative aux perceptions que les participants avaient des personnes sourdes et de leur langage gestuel. Dans le cadre de ces discussions, nous avons notamment cherché à recueillir des renseignements historiques relatifs à la surdité.

En outre, dans les trois collectivités, nous avons établi des contacts avec divers professionnels et autres intéressés en rapport avec la condition des sourds au Nunavut. Toutes les personnes contactées ont exprimé leur intérêt pour les objectifs du présent projet.

Date de modification :