LE LANGAGE GESTUEL ET L'ACCÈS À LA JUSTICE POUR LES PERSONNES SOURDES AU NUNAVUT

6. CONCLUSION

Nous retenons l'hypothèse que le langage gestuel au Nunavut est effectivement propre à la culture prise dans son ensemble, tout comme ce qu'on a observé et documenté pour plusieurs peuples autochtones en Amérique du Nord et ailleurs (Farnell, 1995). Dans l'ensemble, il était évident que les langages gestuels permettaient de répondre à tous les besoins de la vie quotidienne. De plus, il était clair que la génération de nouveaux signes était entreprise naturellement tant par les personnes sourdes que par les personnes entendantes d'une manière qui ressemble à cette fonction dans toutes les langues des signes connues (Klima et Bellugi, 1979; Padden et Humphries, 1989; Siple, 1978). Par exemple, l'homme sourd de Baker Lake avait acquis de nombreux « nouveaux » signes durant son séjour à Iqaluit; certains étaient inspirés de l'ASL, alors que d'autres étaient propres au Nunavut. La propension à générer de « nouveaux » signes est un indicateur important de la capacité d'un système de signes à s'adapter à des situations nouvelles. Cet aspect est également très important dans le contexte de l'utilisation future du système de signes dans le cadre des tribunaux et du système de justice en général.

Il importe de réitérer que nous n'avons fait qu'une analyse préliminaire. L'analyse des langages gestuels est une entreprise complexe impliquant de nombreux facteurs, dont des expressions faciales subtiles et une connaissance approfondie du contexte culturel et linguistique du discours. De toute évidence, notre examen initial de l'état du langage des personnes sourdes au Nunavut ne fournira pas une réponse définitive aux vieux débats concernant les origines des langues, les rapports entre les gestes, les signes et le langage, le débat inné/acquis et la situation des langues des signes par rapport aux langues parlées.

Une personne de l'extérieur n'est pas en mesure de déterminer la situation ontologique d'une langue ou d'un système de communication en usage au sein d'une collectivité culturelle linguistique. Comme l'a affirmé le philosophe Quine, la compréhension d'une langue implique la compréhension d'une « Weltanschauung » ou « vision du monde », ou, comme l'a souligné Wittgenstein, « imaginer une langue, c'est imaginer une forme de vie » (on retrouve ces deux citations dans Armstrong, 1999).

Cela dit, il ressort clairement de la présente étude préliminaire qu'indépendamment de l'état des langages gestuels employés par les personnes sourdes au Nunavut, ces langues, ou, à tout le moins, ces systèmes complexes de communication constituent un outil de base pour leurs interactions sociales dans leur vie quotidienne et devraient donc être disponibles devant les tribunaux et au sein du système de justice en général. Si l'on veut garantir l'accès à part entière en conformité avec les droits reconnus à l'article 14 et au paragraphe 15(1) de la Charte, il faudra prendre des mesures concrètes pour s'assurer de répondre aux besoins particuliers en matière de communication des personnes sourdes au Nunavut. Vous trouverez ci-après une série de recommandations pour aider à atteindre cet objectif.

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