La justice au Nunavut  : bibliographie annotée

4. BIBLIOGRAPHIES ANALYTIQUES

Allaklak, Elizabeth et Vera Kameda, « Culture and Recreation Programs as Crime Prevention » dans Justice and Northern Families In Crisis In Healing In Control (Burnaby, Northern Justice Society, Simon Fraser University, 1994).

Cet article fait partie d’un condensé d’atelier et examine les conséquences ainsi que le rôle des loisirs organisés dans la prévention du crime. Les participants discutent de la façon dont les activités récréatives et le jeu empêchent les jeunes enfants de tomber dans la criminalité et fournit une voie de déjudiciarisation aux jeunes qui ont déjà des démêlés avec la justice. L’article traite du contexte nordique et des leçons tirées de l’expérience.

Aperçu général

Cet article s’inscrit dans une série de documents qui mentionnent le statut transitoire de bien des familles du Nord qui passent d’une situation de crise à une situation de contrôle grâce à la guérison. Par leur dialogue avec les participants à l’atelier, Allaklak et Kameda ont abordé le rôle très important, mais souvent laissé de côté, du loisir et du jeu dans la prévention de la criminalité, tout spécialement dans le Grand Nord. Bon nombre de questions ont été soulevées durant l’échange de questions et les commentaires. Les personnes-ressources pour cette discussion étaient Elizabeth Allaklak (agente de liaison gouvernementale, GTNO, Resolute Bay, T.N.-O.) et Vera Kameda (consultante de l’industrie du tourisme et des loisirs, ministère de la Culture, du Tourisme et du Loisir à Dryden, en Ontario). 

Thèmes sous-jacents

  • Les participants ont conclu que la meilleure approche en matière de justice dans le Nord consiste à aider les enfants à acquérir une estime de soi et des valeurs communautaires positives.
  • La création de programmes de loisirs et d’un comité récréatif est une étape très importante, particulièrement dans les communautés relativement isolées comme Resolute Bay, dans les Territoires du Nord-Ouest.
  • Les loisirs et le jeu sont des éléments essentiels pour acquérir qu’un jeune puisse l’estime de soi, renforcer son sentiment d’appartenance à la communauté et connaître ses intérêts, ses forces ou ses faiblesses. Ils peuvent également aider les enfants et les jeunes à mieux comprendre leur environnement et à interagir avec lui tout en respectant des normes sociales positives.
  • Le loisir organisé ne survient pas sans effort, ni spontanément : il exige une organisation au moyen de la planification et de la consultation, de manière à ce que les résultats soient véritablement agréables pour les jeunes.

Constatations et questions abordées durant le dialogue

Le rôle du loisir organisé et des activités positives durant le temps de loisir : Ces activités peuvent empêcher les jeunes Inuits de tomber dans la criminalité ou d’adopter des comportements asociaux. Il élimine l’ennui, donc il prévient le crime (souvent, les jeunes avouent avoir commis un crime ou posé un geste inacceptable parce qu’ils « s’ennuyaient »). Il encourage aussi l’établissement de liens et un sentiment d’appartenance à des groupes plus grands que soi, ce qui crée un sens des responsabilités et brise l’isolement. Enfin, le loisir organisé montre aux enfants et aux jeunes qui ils sont et quelle est leur personnalité, de sorte qu’ils peuvent se sentir davantage responsables de leurs gestes.

Les jeux et les activités récréatives en tant que tradition inuite : Les participants ont mentionné bon nombre d’activités qui, selon eux, appartenaient à la tradition inuite : les jeux de pouces, la lutte inuite et le football joué avec des peaux d’orignal.

Nécessité de diversifier les activités : Les activités ne peuvent être fixées arbitrairement, parce qu’elles doivent refléter les intérêts des jeunes. Il faut aussi tenir compte de l’intérêt de chacun au sein de l’activité. Si les jeunes veulent faire quelque chose de particulier, les participants recommandent qu’on les y encourage et qu’on appuie l’activité en question. Certains ont mentionné leur surprise lorsque les jeunes ont manifesté le désir de faire des arts martiaux ou d’apprendre le rap, mais ils se sont mis à l’ouvrage pour fournir cette activité. Les jeunes doivent établir le programme, sinon ils ne pourront prendre plaisir à l’activité.

Activités courantes : Certaines activités existent déjà dans bon nombre de communautés nordiques qui se servent des principes sous-tendant la discussion : les camps de pleine nature où les jeunes peuvent apprendre des techniques traditionnelles, les ligues sportives intercommunautaires, les percussions, les salons internationaux, la descente de rapides en canot et la planche à neige.

Relever le défi que posent les loisirs dans les communautés nordiques : Certains défis doivent être relevés. Par exemple, il n’est pas toujours facile d’intéresser les gens et les jeunes, d’où la nécessité de les stimuler. Les ressources sont également limitées – qu’elles soient financières ou humaines. Il ainsi est difficile dans bien des endroits de trouver des gens qui sont prêts à organiser des événements, à tenir compte des désirs des enfants et à essayer de faire bouger les choses dans la collectivité. Et lorsque ces personnes existent, les ressources financières sont souvent limitées. Selon les participants, pour surmonter les difficultés, il faut que les communautés assument la responsabilité des activités et qu’elles s’en occupent : si une collectivité se sent responsable, elle voudra s’impliquer, et l’on pourra ainsi contrer l’apathie. En outre, même si le financement insuffisant peut se révéler problématique, les participants suggèrent que les membres des communautés regardent autour d’eux et planifient des activités en conséquence.

Effet cyclique et stimulant du loisir : Ces activités peuvent sans doute revigorer la communauté. En organisant des activités pour les jeunes, les adultes et les Aînés se viennent en aide à eux-mêmes. Il existe des générations d’habitants du Grand Nord qui ont été retirés de leur communauté et qui ne savent plus jouer chez eux. En encourageant et en facilitant la tenue d’activités pour les enfants, ces personnes peuvent réapprendre à jouer.

Avison, Don, Alice Mackenzie et Helen Nuvalik Tolonganak, « The Changing Role of Native Courtworkers » dans Northern Justice Society Self-Sufficiency in Northern Justice Issues (Burnaby, Northern Justice Society, Simon Fraser University, 1992).

Cet article fait partie d’un condensé d’atelier et décrit le rôle important que jouent les aides parajudiciaires aux Autochtones. Examinant les diverses fonctions exercées au sein de la collectivité et des cours de circuit, le programme revêt une importance capitale pour l’administration de la justice dans le Nord et doit recevoir un appui accru. Les aides parajudiciaires agissent souvent en qualité d’avocats et permettent à la collectivité de se faire entendre dans bien des cas. Cet aspect de leur travail ne peut être passé sous silence dans une discussion sur la justice dans le Grand Nord. Cet article traite du contexte nordique, des leçons tirées de l’expérience et des liens avec le système général de justice pénale.

Aperçu général

Cet article s’inscrit dans une série qui porte sur l’autonomie possible en matière de justice pénale dans le Nord et décrit certaines stratégies que peuvent utiliser les collectivités pour faciliter le processus. Les participants sont souvent des travailleurs sociaux de première ligne, et leur dialogue de même que leurs commentaires mettent en lumière certains des enjeux importants qui touchent le sujet. La discussion est dirigée par au moins une personne-ressource qui donne des informations sans préparation, dans le cadre de débats spontanés et la mise en commun des expériences vécues par chacun.

Les participants abordent le rôle fondamental des aides parajudiciaires aux Autochtones dans le contexte de la justice dans le Nord. Ils examinent en outre les défis particuliers que pose le contexte nordique aux aides parajudiciaires. Ces questions doivent être intégrées aux réformes. Pendant l’atelier, le rôle des aides parajudiciaires au sein de communautés éloignées dans le Nord a été exploré, de même que les défis qu’ils doivent relever. Les organismes du Nunavut, même s’ils privilégieront certainement les initiatives de justice communautaire, devront tenir pour acquis que les aides parajudiciaires continueront de faciliter la justice dans le Nord. Selon les participants, il est clair que les difficultés que doivent résoudre les aides parajudiciaires aux Autochtones pour atteindre leurs objectifs professionnels doivent faire partie du programme de réforme. Les personnes-ressources pour cet atelier étaient Don Avison (Avocat général et directeur, ministère de la Justice, Yellowknife, T.N.-O.), Alice Mackenzie (Mackenzie Courtworkers Services, Yellowknife, T.N.-O.) et Helen Navalik Tolonganak (superviseure des aides parajudiciaires, programme d’assistance parajudiciaire, conseil régional de Kitikiemeot, Cambridge Bay, T.N.-O.).

Thèmes sous-jacents

  • Les aides parajudiciaires font partie intégrante de la justice dans le Nord; ils continueront de jouer un rôle primordial tant et aussi longtemps que l’infrastructure est administrée de l’extérieur de la communauté et prend la forme d’une cour de circuit.
  • Le rôle important des aides parajudiciaires est le résultat du système des cours de circuit et des services inadéquats en matière de justice mis à la disposition des communautés nordiques.

Constatations

Les aides parajudiciaires aux Autochtones jouent plusieurs rôles : Les clients et les avocats dans le Nord ne parlent souvent pas la même langue (bon nombre d’habitants ne parlent que l’inuktitut alors que les avocats et les juges parlent seulement l’anglais et (ou) le français). Par conséquent, les aides parajudiciaires doivent fréquemment être des interprètes et des traducteurs entre les clients et leurs avocats, ou entre les clients et le tribunal. Ce sont eux qui expliquent le système de justice pénale aux accusés et, dans certains cas, ils agissent comme agent parajuridique pour représenter l’inculpé lorsque l’avocat n’est pas disponible. Les aides parajudiciaires transmettent les besoins, les valeurs et les intérêts des communautés au tribunal et font en sorte que les communautés prennent un sens pour les tribunaux. Ils peuvent atteindre cet objectif au moyen d’entrevues en inuktitut ou de leur expérience dans la collectivité. Les aides parajudiciaires passent par ailleurs beaucoup de temps à nouer des liens personnels et à fréquenter les résidents, ce qui leur permet de s’assurer que leurs activités sont aussi pertinentes que possible pour la communauté et qu’ils peuvent faire le meilleur travail qui soit. Dans la discussion, les participants reconnaissent les aides parajudiciaires comme un des éléments fondamentaux qui apportent une aide réelle à la collectivité.

Défis que doivent relever les aides parajudiciaires aux Autochtones : Les participants ont affirmé que le manque de soutien professionnel véritable constituait plus gros problème des aides parajudiciaires dans les collectivités nordiques. Ces personnes assument une énorme responsabilité, car elles sont les seules vers qui la communauté peut se tourner pour obtenir des renseignements et de l’aide de nature juridique. Elles se sentent donc souvent isolées professionnellement. Cette situation, conjuguée aux aspects géographiques dans le Grand Nord et à l’isolement de bon nombre de collectivités inuites, peut provoquer un sentiment d’abandon.

Orientations futures des aides parajudiciaires aux Autochtones : Dans le cadre de cet atelier, les participants ont abordé la possibilité d’élargir officiellement le rôle des aides  parajudiciaires auprès des juges de paix, mais l’appui à l’égard de cette proposition était mitigé. Ses partisans ont mentionné que cette approche permettrait de mieux répondre aux besoins juridiques des communautés, qu’elle pourrait compenser certaines limites du processus accusatoire et sans doute mieux combler les besoins de la victime. Certains participants étaient d’avis qu’elle pourrait donner un coup d’envoi à la réforme. Un tel élargissement, qui vise une meilleure prestation de la part du système de justice formel, ne représente pas une solution communautaire. Les juges de paix évoluent quand même dans la structure du système général de justice pénale, de par leur forme et leur contenu, et servent les intérêts de l’ensemble du système, pas nécessairement ceux de la collectivité.

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