Revue de la recherche sur la victimisation criminelle et les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits, 1990 à 2001

Remerciements

Nous remercions Melissa Gus, Susan Haslip, Robert Lemke et Sandeep Prasad, qui ont participé à la recherche, ainsi que Naomi Giff, Anna Paletta et Tawnye Plewes, qui ont formulé des commentaires détaillés sur les versions préliminaires du présent document. Nous avons aussi beaucoup apprécié les conseils donnés par Naomi Giff, Anna Paletta, Tawnye Plewes, Michelle Grossman et Christine Wright dès le début du projet de recherche. Enfin, nous aimerions remercier le Centre de la politique concernant les victimes et la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice du Canada d'avoir appuyé le présent projet.

Sommaire

Le présent examen de la documentation traite de la victimisation criminelle chez les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits du Canada et vise à déterminer les besoins en matière de recherche relatifs à ces populations. L’étude commence par un aperçu contextuel et statistique de la victimisation des Autochtones au Canada. Les données révèlent que les Autochtones représentent une part des victimes beaucoup plus élevée que les Canadiens en général. De plus, la violence que subissent les femmes, les enfants et les personnes atteintes d’un trouble invalidant autochtones est particulièrement frappante. Les agresseurs sont souvent des conjoints, des parents ou des amis des victimes. En outre, de nombreuses études révèlent des taux de victimisation de 80 % à 90 % chez les femmes autochtones.

Le présent document traite aussi du signalement insuffisant de la victimisation des Autochtones aux autorités de la justice pénale. Dans les collectivités autochtones, de 40 % à 75 % des victimes ne déclarent pas les crimes, ce que l’on considère comme des taux élevés. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces taux, comme la « banalisation de la violence », le manque de services permettant aux victimes de signaler les crimes et le manque de services adaptés à la culture des Autochtones, voire l’absence de tels services. En conséquence, si les enquêtes fondées sur l’autodévoilement ont révélé des taux élevés de victimisation, le signalement réel de cette victimisation demeure très rare. La documentation fournit quelques explications au signalement insuffisant des crimes dans les collectivités autochtones.

Les taux particulièrement élevés de victimisation chez les personnes atteintes d’un trouble invalidant, les femmes et les jeunes autochtones font l’objet de documents distincts. Des documents traitent aussi de la violence familiale, des répercussions des antécédents de violence pendant l’enfance, de l’exploitation sexuelle des jeunes autochtones et de la participation à des gangs de jeunes. Certaines recherches établissent plus particulièrement un lien entre les antécédents de victimisation pendant l’enfance et la participation à la violence à l’âge adulte, en tant qu’agresseur ou victime. En ce qui concerne la victimisation des personnes atteintes d’un trouble invalidant, les documents portent principalement sur les personnes atteintes du syndrome de l’alcoolisation fœtale et de troubles neurologiques du développement liés à l’alcool (trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale ou TSAF) et des personnes atteintes du VIH/sida. Les documents révèlent que ces personnes sont particulièrement susceptibles d’être victimes de la criminalité.

Ces taux élevés de victimisation s’expliquent de diverses façons, mais on établit le plus souvent un lien entre le nombre élevé de victimes de la criminalité et les répercussions générales de la colonisation, qui a entraîné un « traumatisme » sur le plan personnel et collectif, responsable d’une désintégration de la culture. En outre, de nombreux documents précisent que, pour réduire la victimisation criminelle, il faut absolument rompre le cycle de la violence familiale, qui a été intériorisée par les Autochtones.

La présente étude décrit les avantages et les désavantages des processus alternatifs de règlement des conflits, comme les programmes autochtones de déjudiciarisation et les cercles de détermination de la peine, utilisés pour régler le problème de victimisation des Autochtones. Elle se penche sur certains processus approfondis de guérison des Autochtones. Du point de vue des victimes, les programmes doivent intégrer, dès leur conception, des mesures de protection adéquates des femmes et des enfants autochtones victimes de violence. L’étude examine aussi brièvement la prestation de services aux victimes. La documentation a révélé que les victimes autochtones de la criminalité, particulièrement dans les collectivités du Nord, ont besoin de services adaptés sur le plan culturel.

On peut s’appuyer sur le sommaire des recherches passées pour élaborer des projets de recherche futurs adaptés aux Autochtones sur le plan culturel et pour débattre des meilleures pratiques méthodologiques. On dispose de données statistiques nationales sur la victimisation des Autochtones en général, mais il existe peu d’études qui portent sur la prévalence de la violence dans chaque collectivité ou groupe autochtone. Les données statistiques habituelles sont souvent trop générales.

On dispose de beaucoup plus de données sur les Indiens inscrits victimes de la criminalité que sur les Indiens non inscrits, les Métis ou les Inuits. On manque aussi grandement de renseignements sur certains groupes, comme les jeunes et les personnes atteintes d’un trouble invalidant. On aurait aussi besoin de comprendre plus en détails et en profondeur pourquoi les crimes sont si peu souvent signalés dans les collectivités autochtones, et d’évaluer dans quelle mesure les processus alternatifs de règlement des conflits chez les Autochtones répondent aux besoins des victimes et permettent de réduire le taux de victimisation. À ce jour, les évaluations et les analyses ont surtout été menées du point de vue de l’agresseur.

La documentation pousse à conclure que les Autochtones sont de nouveau victimes de la colonisation, cette fois de façon indirecte, puisque les Autochtones ont inversé les rôles en se victimisant eux-mêmes, et que ce sont les femmes et les enfants qui portent le fardeau de ce traumatisme. Nous devons obtenir un véritable aperçu de la nature et de la portée de la victimisation des Autochtones. La documentation actuelle révèle un grave problème au Canada. Les taux de victimisation des Autochtones sont tout simplement inacceptables, de quelque point de vue que l’on se place. Il est donc plus urgent que jamais d’acquérir des connaissances et de mener des recherches plus fiables et plus ciblées de façon à réagir grâce à des politiques appropriées.

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