Revue de la recherche sur la victimisation criminelle et les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits, 1990 à 2001

Partie 1 : Étude de la documentation (suite)

11. Les services pour les victimes autochtones

La présente analyse documentaire ne vise pas à fournir une description détaillée des services fournis aux victimes autochtones. Cependant, nous désirons formuler quelques commentaires généraux relatifs à des thèmes communs abordés par les textes que nous avons étudiés. L’ensemble des provinces et territoires canadiens offrent des programmes pour les victimes d’actes criminels[40]. Par contre, la majorité des programmes et des services offerts aux victimes d’actes criminels par les gouvernements provinciaux et territoriaux ne sont pas conçus spécialement pour les Autochtones. Il y a une lacune à cet égard. De plus, il y a un manque de services conçus spécialement pour les victimes des collectivités du Nord et des collectivités éloignées (Levan, 2001). Cependant, un grand nombre de programmes sociaux autochtones visant à enrayer les causes de la criminalité autochtone et de la victimisation qui en découle (c.-à-d. l’abus d’alcool, les effets de la colonisation, la pauvreté, etc.) ne sont pas considérés comme des programmes pour les victimes bien qu’ils atteignent un grand nombre des mêmes objectifs. En effet, un programme complet de guérison qui répond à la fois aux besoins du contrevenant et à ceux des victimes pourrait être considéré comme un service pour les victimes.

Frank (1992) a constaté que :

Les Autochtones qui font usage des services offerts à la société dominante trouveront peut-être qu’on ne comprend pas et qu’on ne respecte pas leurs différences, et qu’on ne répond pas à leurs besoins linguistiques, culturels et spirituels. Dans un rapport rédigé en Colombie-Britannique, on a déterminé les problèmes suivants relatifs à l’usage, par des Autochtones, des services destinés à la société dominante : le racisme; chez les femmes, la peur de perdre leurs enfants; la peur d’être de nouveau rendu victime par les institutions; la peur de ne pas être compris; le fait que les services ne sont pas adaptés à la culture; le manque de suivi; la fragmentation des services; le manque de ressources; une communication inefficace; et des conflits de compétence.

D’autres études ont fait remarquer qu’il y a à la fois un manque de programmes, particulièrement pour les collectivités du Nord (Levan, 2001; Evans et coll., 1998) et un manque de fonds suffisants pour garantir que les programmes en place répondent aux besoins essentiels des victimes (Heatherington et Mackenzie, 1994). Par exemple, Levan (2001) a fait remarquer que, dans le cadre d’un sondage sur les services pour les victimes au Nunavut, tous les sujets interrogés ont exprimé de la frustration et de l’inquiétude au sujet d’un manque presque complet de programmes assurant la sécurité et le rétablissement des victimes. L’analyse documentaire de Van der Put (1990) qui porte sur les problèmes liés aux services pour les victimes autochtones est très bonne. Une étude qui mettrait l’analyse de Van der Put à jour suffirait peut-être pour que l’on obtienne une vue d’ensemble de la question.

Parmi les études qui examinent la prestation des services, un rapport important du gouvernement résume une consultation sur l’exploitation sexuelle des enfants et des jeunes engagée avec des organismes autochtones nationaux (Blondin-Andrew, 1999). Dans le cadre de ce rapport, le gouvernement recommande la création de centres urbains polyvalents pour les jeunes autochtones dans le but de fournir une programmation encourageant les jeunes autochtones à terminer leurs études afin de devenir employables. Si seulement la réponse était aussi simple! La synthèse des textes présentée ci-dessus nous a permis de comprendre que les jeunes qui ont vécu des situations de violence familiale ou qui ont été exposés à une autre forme de violence courent plus de risques d’être exploités sexuellement. Selon une synthèse de la documentation en question, de tels programmes peuvent constituer une façon de répondre, en partie, aux besoins des jeunes qui ont été aliénés et marginalisés en raison de situations de violence. Ces programmes ne sont toutefois pas de nature préventive. Ils peuvent fournir une aide superficielle, mais de telles approches à la victimisation ne permettent pas d’aborder le caractère complexe et la gravité des problèmes socioéconomiques qui mènent à la perpétuation du cycle de la violence. On doit adopter des solutions beaucoup plus polyvalentes pour briser ce cycle de façon efficace.

12. Conclusion

La présente analyse documentaire fournit un aperçu général des besoins liés à la recherche sur les Autochtones (Premières nations, Métis et Inuits) et la victimisation. On doit considérer les effetsde la colonisation comme la base de la surreprésentation actuelle des victimes autochtones si l’on veut trouver des solutions adéquates. Les études ont montré que le taux de victimisation des Autochtones au Canada est beaucoup plus élevé que celui des autres Canadiens. Des statistiques confirment ces conclusions. Par contre, on doit effectuer plus de recherche sur les taux élevés de signalement insuffisant et sur les raisons d’une telle réticence à déclarer un crime.

Les déséquilibres de pouvoir entraînent un taux particulièrement élevé de victimisation parmi les groupes suivants : les femmes autochtones, les enfants et les personnes atteintes d’un trouble invalidant. Cette vulnérabilité, en conjonction avec un manque d’intervention et de soutien, peut conduire les victimes vers la prostitution et les activités de gangs de rue. Les jeunes autochtones victimisés ou en difficulté sont ainsi victimisés de nouveau dans le cadre de ces activités. Des études montrent que les jeunes autochtones qui sont rendus victimes par les activités en question ont souvent été victimes de violence physique, sexuelle ou émotive au cours de l’enfance.

Il est possible qu’on puisse régler les problèmes liés à la victimisation des Autochtones en appuyant la mise en place de modes de règlement extrajudiciaire des conflits tels que les modèles communautaires de guérison. Par contre, comme l’ont remarqué certaines femmes autochtones, le système de justice pénale et les collectivités autochtones ont tendance à mettre en place des modèles qui ne réussissent pas à offrir une protection adéquate aux victimes, particulièrement aux femmes qui vivent des situations de violence familiale. Si l’on veut protéger les victimes, principalement les femmes et les enfants autochtones, on doit s’assurer que certaines précautions sont prises dans l’exécution des processus communautaires pour reconnaître les inégalités de pouvoir entre les sexes qui existent souvent dans les collectivités autochtones.


[40] Pour un aperçu de ces services, veuillez consulter le site Web Victimes de crimes : http://www.acjnet.org/victims/french.htm.

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