Revue de la recherche sur la victimisation criminelle et les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits, 1990 à 2001

Partie II : Les lacunes en matière de recherche, le cadre de travail et le programme de recherche à venir (suite)

4. Les lacunes de recherche cernées

En nous appuyant sur l’analyse documentaire, nous avons cerné un certain nombre de lacunes importantes en matière de recherche. Dans la présente section, nous décrivons brièvement ces lacunes, ainsi que certaines questions particulières qui sont liées à la recherche et qui semblent logiquement découler de la lacune cernée. Nous indiquons ensuite, sous forme de tableaux, un programme de recherche qui apporte des précisions sur les lacunes en soulevant des questions relatives à la méthode et en indiquant certains projets de recherche particuliers qui pourraient être entrepris. Enfin, nous présentons quelques suggestions de projets qui pourraient être achevés dans une période de deux ans.

Nous avons déterminé les lacunes de recherche suivantes :

  1. De plus en plus de recherches examinent chacun des groupes autochtones séparément. Les recherches sur les Premières nations semblent toutefois avoir prédominé tandis que très peu de recherches, voire aucune, traitent des Inuits, et encore moins des Métis. Bien qu’il soit nécessaire d’effectuer plus de recherches sur la victimisation parmi les Premières nations, et encore plus de recherches sur les collectivités inuites, il n’existe presque pas de recherches ou de données portant exclusivement sur la victimisation au sein des collectivités métisses. Les recherches sur la victimisation au sein de la collectivité métisse doivent être une priorité si l’on veut assurer un semblant d’équité en ce qui concerne les résultats de recherches obtenus parmi les divers groupes autochtones.

  2. On doit mieux comprendre l’impact de la colonisation sur le niveau de victimisation vécu. En particulier, quels effets la colonisation a-t-elle eus sur l’identité culturelle à l’échelon individuel et à l’échelon communautaire? Les connaissances obtenues grâce à des recherches portant sur des questions de ce genre aideront les décisionnaires à déterminer les priorités en matière de programmes et la direction que ces derniers doivent prendre.

  3. Nous croyons, tout comme les auteurs de l’analyse documentaire effectuée par l’AIIAC et la GRC (2001), qu’on n’a pas recueilli suffisamment de données quantitatives sur la victimisation. Il y a davantage de données qualitatives, mais elles ne répondent pas aux normes statistiques et ont donc été critiquées.

    Une recherche quantitative approfondie qui examinerait chaque collectivité autochtone une à une et qui comparerait les taux de victimisation avec d’autres facteurs tels que le statut socioéconomique et le niveau d’étude est nécessaire. Il y a une lacune de recherche en ce qui concerne des études comportant un élément longitudinal. Comment les Autochtones vivent-ils la victimisation au fil du temps? Comment les taux de criminalité et de victimisation dans les collectivités autochtones évoluent-ils? Quels facteurs rehaussent ou exacerbent la victimisation? Les études longitudinales permettront de répondre à ces questions ainsi qu’à d’autres questions semblables. Une enquête globale à l’échelle nationale est nécessaire pour aborder ces questions et d’autres questions d’importance. Grâce à des nombres réels, une telle étude nous permettrait de déterminer où les Autochtones sont le plus souvent victimes. Y a-t-il des collectivités rurales ou urbaines qui sont plus conformes que les autres aux normes nationales ou qui surpassent ces dernières? Si oui, pourquoi? Qu’est-ce qui rend ces collectivités plus saines?


  4. Nous devons en apprendre davantage sur l’impression que se font les Autochtones (Premières nations, Inuits et Métis) des processus qu’il convient d’adopter à l’égard des contrevenants autochtones. Dans quelle mesure les Autochtones prônent-ils la punition plutôt que la guérison? Y a-t-il une différence à cet égard entre les divers groupes autochtones? Par exemple, les groupes métis sont peut-être moins enclins à promouvoir les approches visant la guérison puisque la culture métisse est un mélange de cultures indigènes et européennes. Quelles sont les différences entre les points de vue des hommes et des femmes? Certaines recherches qualitatives semblent donner à penser que les femmes sont moins portées à être en faveur des approches visant la « guérison », surtout en ce qui a trait à la violence familiale. Il existe également des différences d’opinion en ce qui concerne la nature traditionnelle de la résolution de conflits autochtone et la possibilité que le point de vue de la collectivité sur la guérison autochtone en tant que processus traditionnel constitue un facteur de son acceptation et de sa légitimité.

  5. En ce qui concerne les programmes de justice alternative, peu de recherches évaluent leur efficacité, et c’est particulièrement le cas en ce qui a trait à la victimisation. Les processus de « guérison » autochtones ont-ils un impact positif sur la réduction de la victimisation? Quels impacts les programmes de justice alternative ont-ils sur la satisfaction de la victime? Y a-t-il des différences importantes relatives au chapitre de la participation de la victime selon le genre de programme de justice alternative adopté? Quel est le lien entre le degré de participation de la victime aux programmes communautaires de justice alternative et le bien-être et la santé générale de la collectivité? Quelles sauvegardes sont nécessaires pour que les programmes de justice alternative répondent efficacement aux besoins des victimes et des contrevenants?

  6. La documentation analysée ne permet pas de déterminer les divers effets de la violence vécue à l’enfance sur la vie adulte d’une personne et sur ses chances d’être victimisée à nouveau dans l’avenir. Existe-t-il des différences entre les sexes en ce qui concerne l’impact de la violence sexuelle vécue à l’enfance? La violence faite aux enfants constitue-t-elle un facteur de la participation, à l’adolescence et à l’âge adulte, au commerce du sexe? Les effets sur un enfant qui a été victime de mauvais traitements physiques sont-ils différents des effets sur un enfant qui a été victime de violence sexuelle? Quels impacts la violence dans le milieu familial a-t-elle sur les personnes qui en sont témoins?

  7. Le non-signalement d’actes violents et de crimes est un grave problème dans les collectivités autochtones. Quels facteurs causent des taux si élevés de non-signalement, et y a-t-il des différences importantes à cet égard selon la collectivité autochtone, le sexe et l’âge?

  8. On doit recueillir plus de données sur le taux de victimisation chez les Autochtones atteints d’un trouble invalidant et sur certaines des questions qui touchent exclusivement cette population. La victimisation des Aînés autochtones est également de plus en plus inquiétante. Durst, Bluechardt et Morin, (2001) de l’unité de recherche sur la politique sociale de l’Université de Regina, entreprennent actuellement un projet visant à examiner les obstacles auxquels font face les Autochtones atteints d’un trouble invalidant qui vivent en milieu urbain. C’est une étude sur deux ans portant sur les Autochtones vivant à Regina et à Saskatoon. Dans le cadre de cette étude, des données seront recueillies par sondages et par entretiens afin de faire la lumière sur les problèmes auxquels sont confrontés les Autochtones vivant en milieu urbain et de déterminer les lacunes relatives aux services offerts. On ne peut déterminer, en se fiant sur la description du projet, si les questions liées à la victimisation sont explorées. Il serait avantageux d’inclure quelques questions ciblées concernant la victimisation et l’accès aux services pour les victimes dans l’étude en question. Il serait dommage qu’une occasion d’incorporer des questions liées à la victimisation à de telles études soit manquée. Le Centre de la politique concernant les victimes et la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice devraient se tenir au courant des projets de recherche sur des questions autochtones entrepris dans d’autres ministères et organismes gouvernementaux. Ils pourraient ainsi participer à l’étape de l’élaboration du projet afin de soulever des questions liées à la victimisation s’il y a lieu de le faire.

  9. La documentation a révélé que les collectivités autochtones sont toutes différentes et qu’elles ne présentent pas toutes des problèmes sérieux liés à la violence ou à d’autres dysfonctions sociales (Stenning et Roberts, 2001). On doit effectuer plus de recherche pour déterminer pourquoi certaines collectivités autochtones ne comptent presque pas de « victimes ». Très peu de recherches ont examiné la question d’un point de vue « positif ». Certaines recherches effectuées en Australie ont examiné la criminalité et la violence dans les collectivités en étudiant les facteurs qui contribuent à protéger les victimes, telles que la résistance de la culture et les facteurs liés au contrôle personnel et familial (Homel, Lincoln et Heard, 1999). On pourrait obtenir des résultats très positifs en favorisant les recherches qui adoptent ce point de vue.

Afin de comprendre la relation entre la « santé de la culture » et la victimisation, nous devrions poser des questions dans le but d’évaluer dans quelle mesure les membres de la collectivité participent aux activités culturelles et dans quelle mesure les activités et la langue traditionnelle sont conservées. Il serait nécessaire d’adapter de telles questions au groupe autochtone particulier.

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