Revue de la recherche sur la victimisation criminelle et les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits, 1990 à 2001

5. Un programme de recherche relatif à la victimisation des Autochtones

5.1 Les projets à court terme

Partie II : Les lacunes en matière de recherche, le cadre de travail et le programme de recherche à venir (suite)

5. Un programme de recherche relatif à la victimisation des Autochtones

Tableau des projets possibles
Les priorités liées aux lacunes de la recherche Projets possibles Méthodes proposées
A. On doit élaborer un profil national de la victimisation criminelle des Autochtones. Les buts principaux du sondage en question seraient d’examiner la violence faite aux enfants et la violence conjugale, ainsi que la victimisation des personnes atteintes d’un trouble invalidant. Cette étude nationale comprendrait également un élément longitudinal afin que l’on puisse mesurer les modifications des taux de victimisation et des points de vue au fil du temps. On pourrait examiner les impacts tels que la colonisation, le système de pensionnat, la banalisation du crime, le manque de services en général et le manque de services adaptés à la culture. De plus, on doit apprendre comment les collectivités autochtones envisagent l’étendue du problème et les mesures doivent être prises pour aborder le problème. On doit effectuer, à l’échelle nationale, une enquête approfondie sur les questions liées à la victimisation des Autochtones. L’enquête en question examinerait un bon nombre des facteurs et des questions soulevées dans le cadre de l’Enquête sociale générale de 1999, ce qui nous permettrait de comparer les collectivités autochtones et non autochtones de statut social et économique équivalent. Outre les facteurs soulevés dans le cadre de l’ESG, on doit également tenir compte de facteurs supplémentaires portant exclusivement sur les Autochtones, tels que les impacts de la conservation de la culture et de la langue, ainsi que du racisme, sur les taux de victimisation. On viserait particulièrement à en apprendre plus sur les victimes d’agression sexuelle et les schèmes de criminalité. On doit élaborer un outil d’enquête général dans le but de déterminer l’appartenance à la population autochtone en s’appuyant sur le cadre detravail fourni ci-dessus et établir des catégories supplémentaires selon le milieu de vie rural ou urbain. De plus, les données socioéconomiques devraient être recueillies de manière à permettre des comparaisons avec la population générale. Des partenariats avec des organismes autochtones nationaux devraient être établis dès les premières étapes de l’élaboration de l’enquête. On devrait également consulter des spécialistes dans le domaine des études sur les Autochtones qui devraient participer en tant que chercheurs. Idéalement, l’enquête serait menée auprès d’un échantillon de collectivités autochtones représentatives de la diversité des collectivités autochtones du Canada. On devrait déterminer, par un échantillonnage, les sujets autochtones qui ont été victimes de violence au cours de l’enfance et leur demander s’ils seraient prêts à participer à une étude distincte afin d’examiner les effets de la victimisation des enfants autochtones.
B. Il est nécessaire de comprendre comment les expériences de victimisation des Autochtones sont vécues au fil du temps et les modifications des taux de criminalité et de victimisation à l’échelle de la collectivité. Un échantillon représentatif des collectivités autochtones du Canada serait déterminé, et une enquête auprès de ces collectivités serait effectuée plusieurs fois au cours d’une période s’étalant sur des dizaines années (p. ex. : une enquête tous les cinq ans pendant 25 ans). Cette enquête s’appuierait sur le modèle d’enquête nationale décrit ci-dessus afin que l’on soit en mesure d’obtenir des résultats cohérents et d’établir des comparaisons. Certaines collectivités seraient sélectionnées pour agir en tant que « panel » dans le cadre d’enquêtes ultérieures afin de faciliter l’évaluation des changements ayant eu lieu au fil du temps. Les collectivités en question seraient représentatives des collectivités indiennes, métisses et inuites rurales et urbaines. On établirait des partenariats de recherche avec ces collectivités.
C. On doit mieux comprendre la relation entre l’appartenance à la population autochtone et les liens culturels positifs, de même que les expériences et les taux de victimisation au sein des collectivités autochtones. On doit entreprendre une étude quantitative et qualitative portant sur plusieurs collectivités autochtones et visant à déterminer l’impact d’un sentiment positif d’appartenance à la population autochtone, d’une culture saine et des liens culturels sur la prévalence de la victimisation dans de telles collectivités. Les collectivités qui sont considérées comme sûres et qui ne comptent presque pas de victimes devraient faire partie de l’étude afin que l’on comprenne mieux les facteurs qui contribuent à une résistance communautaire positive et à l’ordre social. De plus, on devrait effectuer un sondage afin d’apprendre comment les collectivités avoisinantes envisagent les niveaux de santé et les liens culturels des collectivités autochtones qui sont visées par l’étude. On doit déterminer, en collaboration avec des organismes autochtones régionaux et locaux et pour les besoins de la recherche, un certain nombre de collectivités autochtones représentatives de la diversité des peuples autochtones du Canada. Des enquêtes individuelles devraient être effectuées, et des groupes de discussion devraient être mis sur pied afin de mesurer l’impact perçu de la culture et de l’identité sur les niveaux de criminalité et de victimisation dans les collectivités. Ces renseignements seraient comparés aux statistiques disponibles portant sur la criminalité et la victimisation dans chacune des collectivités et provenant d’autres sources. Si possible, on devrait poser des questions semblables à celles comprises dans l’enquête nationale et adopter un modèle similaire afin de pouvoir établir des comparaisons aux échelles nationale et locale.
D. On doit évaluer l’efficacité des solutions de remplacement autochtones aux processus de justice pénale l’égard de la satisfaction des victimes et de la réduction de la victimisation dans les collectivités autochtones. On doit évaluer et mesurer la capacité des programmes de guérison à réduire les taux de victimisation dans les collectivités. Un certain nombre de collectivités autochtones ont mis sur pied des solutions de remplacement au système judiciaire officiel, qui ont été mises en application il y a plusieurs années. On doit mesurer l’impact des programmes en question sur la victimisation au sein des collectivités touchées. De plus, on doit obtenir les points de vue des victimes sur de telles solutions de remplacement. On mesurerait, par exemple, le niveau de participation de la victime et le niveau d’équité en ce qui la concerne. Par ailleurs, une enquête générale devrait être menée afin de déterminer dans quelle mesure les collectivités autochtones désirent que des solutions de remplacement au système judiciaire officiel soient mises en place et dans quelle mesure ces solutions sont considérées comme traditionnelles. (Le soutien dont jouissent de telles alternatives est-il généralisé ou découle-t-il de l’influence de quelques membres influents qui font valoir leur point de vue?) On devrait rédiger un catalogue des programmes autochtones de justice alternative en collaboration avec les collectivités autochtones et les spécialistes en justice autochtone aux échelons national, régional et local. Par exemple, certaines collectivité ont des modèles de « guérison » très complets pour les contrevenants et les victimes autochtones tandis que d’autres collectivités ont recours à de « groupes de sages » qui déterminent la peine des contrevenants. Des recherches évaluatives sont nécessaires dans ce domaine. On doit déterminer les collectivités qui sont représentatives de divers modèles de justice alternative et mesurer leur efficacité en ce qui concerne les taux de victimisation et la satisfaction des victimes.
E. Il est important de comprendre pourquoi certaines collectivités ont « banalisé » la violence. La nécessité de déterminer les obstacles auxquels se butent les victimes de violence familiale lorsqu’elles recherchent la sécurité et veulent obtenir de l’aide dans certaines collectivités autochtones constitue une lacune liée à cette normalisation. Un certain nombre de collectivités qui ont été déterminées comme ayant des taux élevés de violence familiale, mais de faibles taux de signalement devraient être étudiées afin que l’on comprenne les facteurs sociaux et culturels qui contribuent à la « banalisation » de la violence et à l’« impuissance » des victimes à obtenir de l’aide. On devrait élaborer l’enquête nationale de manière à ce que les collectivités qui ont ce profil puissent être déterminées (c.-à-d. les collectivités ayant des taux élevés de violence familiale, mais de faibles taux de signalement). Dans le cadre de ces études, on devrait vérifier la théorie selon laquelle les hommes autochtones deviennent violents parce qu’ils ont perdu leurs rôles traditionnels et, en conséquence, leurs sentiments de pouvoir et de dignité dans la société.
F. On doit mieux comprendre la relation entre le racisme et la discrimination, et la victimisation des Autochtones. En outre, on devrait effectuer une enquête auprès des contrevenants non autochtones qui ont causé du tort à des victimes autochtones afin de déterminer si, selon eux, leurs gestes étaient fondés sur des sentiments racistes ou sur des opinions discriminatoires ou stéréotypées des Autochtones. On devrait examiner, dans le cadre d’une enquête nationale ou d’une étude distincte, dans quelle mesure les Autochtones croient que leur victimisation a été en partie provoquée par l’existence d’attitudes racistes ou discriminatoires de la part du contrevenant. Bien que les études qui ont été menées jusqu’à maintenant appuient la conclusion selon laquelle les contrevenants autochtones sont responsables de la majorité des crimes commis contre les Autochtones, il y a un nombre important de cas où des Autochtones ont été victimisés par des contrevenants non autochtones. Un outil d’enquête devrait être élaboré dans le but de déterminer si des cas particuliers de victimisation impliquaient des contrevenants non autochtones et si les victimes considèrent que ce sont les attitudes racistes du contrevenant qui l’ont poussé à leur causer du tort.
G. Une étude quantitative approfondie sur les questions liées à la victimisation des jeunes doit être entreprise. Ce projet doit comprendre une analyse des causes de la victimisation des jeunes autochtones et de la participation des jeunes à des gangs et au commerce du sexe, ainsi que des stratégies visant à réduire une telle participation. On devrait effectuer cette étude à l’échelon national auprès d’un nombre statistiquement significatif de jeunes autochtones. En établissant des partenariats avec des organismes travaillant auprès des jeunes autochtones, on s’assurerait de joindre le groupe cible de façon adéquate.
H. On doit entreprendre des recherches sur la relation entre la victimisation et la situation des personnes atteintes d’un trouble invalidant. Bien qu’on puisse en apprendre davantage sur la situation des personnes atteintes d’un trouble invalidant et la victimisation criminelle grâce à une enquête nationale générale comme on l’a mentionné ci-dessus, nous croyons que le domaine doit être considéré comme distinct pour que des recherches et des analyses plus spécifiques soient effectuées. Ces recherches doivent comprendre une étude de la relation entre le HIV/sida et les agressions sexuelles. Les projets de recherche effectués dans ce domaine devraient être quantitatifs et qualitatifs. Des enquêtes pourraient être menées à l’échelon de la collectivité. Par ailleurs, on pourrait en apprendre beaucoup grâce à des groupes de discussion. Il est essentiel que des organismes autochtones représentant les Autochtones atteints d’un trouble invalidant participent à l’élaboration de la méthode à employer pour les projets dans ce domaine.

Le tableau ci-dessus présente sept domaines généraux dans lesquels des recherches supplémentaires sur la victimisation des Autochtones devraient être effectuées afin d’améliorer notre compréhension des facteurs qui contribuent à la victimisation des Autochtones, ainsi que des facteurs qui pourraient réduire le taux de victimisation dans les collectivités autochtones. Bien que nous ayons énuméré les lacunes de recherche dans un ordre particulier, on ne devrait pas croire que les éléments de cette liste sont placés par ordre de priorité. Nous nous sentirions mal à l’aise de conclure qu’une lacune de recherche en particulier est plus importante que les autres. Nous croyons toutefois que l’enquête nationale constitue une première étape essentielle aux recherches ultérieures et, en conséquence, nous avons accordé la priorité aux projets qui sont liés à une enquête nationale sur la victimisation des Autochtones. Cette dernière est la lacune de recherche la plus importante et devrait donc être considérée comme prioritaire.

5.1 Les projets à court terme

Le Centre de la politique concernant les victimes nous a demandé de déterminer les projets qui pourraient, raisonnablement, être accomplis à l’intérieur d’une période de deux ans. Il est évident qu’un grand nombre des lacunes et des projets énumérés dans le tableau ci-dessus exigeraient une exécution à long terme. En conséquence, nous avons déterminé les projets suivants qui pourraient être entrepris à l’intérieur d’une période de deux ans.

  1. Une enquête nationale limitée et réduite qui examine des questions de base telles que l’importance des taux de victimisation dans les collectivités autochtones du Canada grâce à un échantillon de collectivités considérées comme représentatives des collectivités autochtones du Canada serait peut-être possible. L’enquête se limiterait également à obtenir des taux de base de victimisation, des données sociales et économiques et des données sur la santé culturelle. Il serait nécessaire d’élaborer des questions, en collaboration avec des organismes et des collectivités autochtones, dans le but de déterminer le niveau de santé culturelle d’une collectivité.

  2. On pourrait entreprendre un projet visant à mesurer l’impact de divers types de programmes judiciaires et de guérison sur les taux de victimisation des collectivités qui ont mis ces programmes en place. Certains types de programmes réussissent-ils plus efficacement que d’autres à réduire les taux de victimisation? Cette étude ne serait pas longitudinale, mais comparerait plutôt divers programmes.

  3. Il serait peut-être possible de mettre en place un projet qui examine la question de la « banalisation » de la violence grâce à des groupes de discussion mis sur pied dans diverses collectivités et à divers groupes d’intérêts autochtones. Les renseignements obtenus permettraient alors l’examen de la question dans le cadre d’une enquête ultérieure menée à l’échelon national.

  4. Une étude de cas portant sur les contrevenants non autochtones qui ont commis des crimes contre des victimes autochtones pourrait également être entreprise afin d’examiner l’importance du racisme en tant que facteur motivant de tels crimes. Les contrevenants blancs ayant été trouvés coupables de crimes contre des victimes autochtones pourraient être les sujets de l’étude. On pourrait déterminer un échantillon représentatif d’établissements pénitenciers pour les besoins de l’étude.

  5. Un projet particulier et ciblé qui viserait à examiner, en profondeur, l’ampleur et la nature de la participation des jeunes au commerce du sexe serait peut-être possible. Il serait peut-être possible d’effectuer des études de cas sur deux ans dans deux ou trois villes où la surreprésentation des jeunes autochtones est considérée comme un grave problème.

Des projets qui pourraient raisonnablement être entrepris dans un court délai de deux ans sont décrits dans la liste ci-dessus. On ne pourrait probablement pas effectuer, dans un délai aussi court, des recherches qui examineraient les modèles de victimisation au fil du temps, des évaluations de programmes visant à mesurer l’impact de divers facteurs sur la victimisation et des comparaisons plus larges et plus générales.

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