Revue de la recherche sur la victimisation criminelle et les membres des Premières nations, les Métis et les Inuits, 1990 à 2001

Partie 1 : Étude de la documentation (suite)

4. Profil démographique des Autochtones

La présente section fournit des renseignements démographiques de base, ainsi que des données sur la place qu’occupent les Autochtones dans le système de justice pénale. On y fait un examen des données relatives à la victimisation des Autochtones en général, ainsi qu’un examen plus précis, selon que les victimes sont jeunes, sont des hommes ou des femmes, ou vivent en milieux urbain ou rural.

4.1 Données démographiques générales

Graphique 1 : Pourcentage d’Indiens, de Métis et d’Inuits dans la population autochtone

Graphique 1 : Pourcentage d’Indiens, de Métis et d’Inuits dans la population autochtone

[Description du graphique 1]

Selon le recensement de 1996, les Autochtones comptent pour 3 % de la population totale du Canada [10] . Le graphique 1 illustre la part des Autochtones qui s’identifient comme Indiens, Métis et Inuits[11]. Le profil des Autochtones dressé par Statistique Canada (2001a) a permis de constater que les Autochtones vivent surtout dans l’Ouest[12]. Les Autochtones vivent surtout en milieu rural, mais sont de plus en plus nombreux à vivre en milieu urbain. En 1996, 67 % des Métis, 43 % des Indiens et 28 % des Inuits vivaient dans un centre urbain. Les Autochtones sont aussi plus jeunes que la population canadienne en général. L’âge moyen des Autochtones est de 25,5 ans, par rapport à 35,4 ans pour les Canadiens en général. Les enfants autochtones sont deux fois plus susceptibles que les enfants non autochtones de vivre dans des familles monoparentales. En outre, 86 % des familles monoparentales autochtones sont dirigées par une femme.

Les indicateurs sociaux et économiques révèlent que les Autochtones forment une tranche très défavorisée de la population canadienne. S’ils ont réalisé des progrès importants en ce qui concerne le niveau d’instruction, ils connaissent encore beaucoup de retards sur le plan de la réussite scolaire. Par exemple, 3 % des Autochtones possèdent un diplôme universitaire, par rapport à 13 % des non-Autochtones. Ils sont aussi beaucoup moins susceptibles que les non-Autochtones de faire partie de la main-d’œuvre rémunérée, et les taux de chômage demeurent très élevés chez les Autochtones – plus du double que chez les non-Autochtones. Il n’est donc pas étonnant de constater que les Autochtones ont un revenu moyen peu élevé, et qu’ils constituent une part disproportionnée des catégories à faible revenu. En 1995, 46 % des Autochtones avaient un revenu de moins de 10 000 $, par rapport à 27 % des non-Autochtones.

Le ministère des Affaires indiennes et du Nord conserve des données démographiques annuelles de base dans une série de documents intitulés Données ministérielles de base. Celles-ci portent uniquement sur les Indiens et les Inuits. Comme le gouvernement fédéral n’assume habituellement pas de responsabilité relative aux Métis, comme la plupart des gouvernements provinciaux, ce groupe n’est souvent pas visé par les recherches. Par exemple, il n’existe à peu près pas de données démographiques générales sur l’état de santé des Métis (CRPA, 1996d).

Les Données ministérielles de base du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (AINC, 2001) fournissent quelques données démographiques utiles sur les Indiens inscrits. Par exemple, même si l’état de santé des Indiens inscrits s’est amélioré au fil des ans, leur espérance de vie continue d’être inférieure de 6,3 années à celle de la population canadienne en général. La tuberculose demeure un problème grave au sein des collectivités autochtones, qui sont huit fois plus touchées que les Canadiens en général. L’Enquête nationale sur la santé de la population (1996-1997) a révélé que les Autochtones étaient au moins trois fois plus nombreux que les Canadiens en général à être atteints du diabète[13].

Le nombre d’enfants qui ne vivent pas avec leur famille parce qu’ils doivent être protégés de la violence a augmenté de 4 % en 1994 et de 6 % en 2000 (AINC, 2001). L’Étude d’incidence canadienne des cas déclarés de violence et de négligence envers les enfants (Trocmé et coll., 2001) a révélé que 8 % des enquêtes concernant des cas de violence envers des enfants touchaient des familles dont au moins un des parents était autochtone[14]. En 2000, seulement 56 % des maisons des réserves étaient considérées comme en bon état (AINC, 2001)[15].

4.2 Activité criminelle

L’effondrement social attribuable à la colonisation et à l’appauvrissement actuels a entraîné une surreprésentation des Autochtones (jeunes, femmes et hommes) comme délinquants dans le système de justice canadien. Le profil des Autochtones au Canada effectué en 2001 par Statistique Canada révélait que les Autochtones comptent pour 17 % des détenus, même s’ils ne représentaient que 2 % de la population adulte en 1998-1999 (Statistique Canada, 2001a). On constatait ce taux d’incarcération disproportionné particulièrement dans les provinces de l’Ouest. Par exemple, en 1998-1999, les Autochtones admis dans un établissement provincial pour adultes en Saskatchewan comptaient pour 76 % des détenus, soit presque dix fois plus que la population adulte de la province (8 %) (Statistique Canada, 2001a). Le caractère disproportionné de ce taux d’incarcération a mené à un grand nombre d’enquêtes et de commissions, qui ont toutes révélé qu’il s’agit d’une crise nationale. Cette situation est aussi à la source de diverses réformes, comme la modification du Code criminel du Canada selon laquelle les juges qui rendent des décisions concernant des délinquants autochtones doivent éviter d’infliger une peine d’incarcération, si les circonstances le permettent (R. c. Gladue, 1999). D’autres réformes ont mis l’accent sur l’adoption de solutions de rechange pour s’occuper des délinquants. Il s’agit, par exemple, de conseils de détermination de la peine, de programmes de déjudiciarisation et de tribunaux autochtones. Ces réformes demeurent au cœur des préoccupations du gouvernement, comme l’illustre le plus récent discours du Trône[16]. On y affirme que le gouvernement s’efforcera d’« accroître l’utilisation d’approches communautaires en matière de justice ». Certaines de ces nouvelles mesures ont des répercussions importantes sur les victimes autochtones et feront l’objet de discussions dans la section 9, ci-dessous, sur les processus de justice alternative.


  • [10] Le profil démographique dressé dans le présent document est de nature très générale, et le lecteur ne doit pas tirer des conclusions qui s’appliqueraient à tous les Autochtones puisqu’il existe souvent de grands écarts entre les profils démographiques des collectivités autochtones.
  • [11] Source : Statistique Canada (2001a).
  • [12] Sauf mention contraire, les données démographiques générales employées pour dresser le profil des Autochtones au Canada (Statistique Canada, 2001a) sont tirées du recensement de 1996. Les statistiques relatives à la victimisation et à la justice pénale sont tirées de l’Enquête sociale générale de 1999.
  • [13] Voir le site http://www.hc-sc.gc.ca/hpb/lcdc/publicat/diabet99/d04_e.html#6
  • [14] Voir le site http://www.tbs-sct.gc.ca/search/results. Remarque : les personnes étaient invitées à préciser leur statut ethnoculturel, ce qui a permis d’identifier les Autochtones.
  • [15] Une maison en bon état est une maison qui n’a pas besoin de rénovations ni de remplacement, mineur ou majeur.
  • [16] Voir l’adresse http://www.ctv.ca/servlet/ArticleNews/story/CTVNews/1033417414133_28826614///?hub=Specials ou http://www.pco-bcp.gc.ca.
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