Pouvoir discrétionnaire de la police à l'égard des jeunes contrevenants

V. Facteurs conjoncturels influant sur le pouvoir discrétionnaire de la police

12.0 Affiliation à des groupes de pairs et à des gangs

Le concept de « gang d'adolescents » est un excellent exemple du dicton de W. I. Thomas (1923) voulant que « si les hommes décident qu'une situation est vraie, elle devient vraie dans ses conséquences ». Bien qu'il soit extraordinairement difficile de définir un « gang » au moyen d'indicateurs objectifs (Ball et Curry, 1995); Carrington, 2002; Doob et Cesaroni, 2002; Hobbs, 1997; Le Blanc et Fréchette, 1989), les adolescents qui se perçoivent eux-mêmes, ou sont perçus par la police, comme membres d'un gang peuvent se comporter différemment et être traités de même par la police lorsqu'ils sont arrêtés. La participation à un groupe de pairs délinquants, ou « gang d'adolescents », peut accroître le risque d'être à la fois victime ou contrevenant (Hornick et coll., 1996). Les adolescents de sexe masculin faisant partie d'un groupe de pairs délinquants composé surtout de garçons sont beaucoup plus susceptibles d'être arrêtés (Morash, 1984). De plus, des adolescents qui commettent des crimes au sein d'un groupe de pairs sont plus visibles aux yeux de la police. Ces groupes de pairs perçus comme étant des « gangs » évoquent une menace et ont tendance à susciter des réactions officielles de contrôle social (Morash, 1984). Cependant, Carrington (1998a) a constaté qu'un adolescent arrêté dans un groupe de trois personnes ou plus était moins susceptible d'être accusé qu'un autre arrêté seul ou avec une autre personne. Il faut donc clarifier la perception des policiers quant aux groupes de pairs qu'ils rencontrent. Cette différence de constatations dépend peut-être de la question de savoir si la police voit le groupe de contrevenants comme un gang.

Nos données laissent entendre qu'il existe des variations considérables d'opinions chez les policiers au sujet des groupes de pairs et de l'affiliation apparente à un gang lorsqu'ils traitent des incidents impliquant des adolescents. Nous résumons à la figure V.13 nos constatations générales sur cette variable. Un peu plus de la moitié de nos répondants (58 p. 100) tiennent compte du groupe de pairs et de l'appartenance apparente à un gang dans leurs décisions, même s'il s'agit d'un facteur mineur pour plusieurs policiers.

Figure V.13: Incidence de l'appartenance de l'adolescent à un gang dans la décision de la police

Figure V. 13: Incidence de l'appartenance de l'adolescent à un gang dans la décision de la police - Si vous ne pouvez visualisez ce graphique, veuillez communiquer avec la Section de la politique en matière de justice applicable aux jeunes à Youth-Jeunes@justice.gc.ca pour obtenir un autre format approprié.

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La figure V.14 illustre les variations régionales de l'opinion des policiers sur l'importance qu'ils accordent à l'appartenance à un gang dans leur décision. Cette répartition est presque parfaitement conforme à la répartition régionale des crimes de gang d'adolescents, selon nos répondants (figure III.14 ci-dessus). En effet, les policiers œuvrant de collectivités ayant un problème reconnu de gangs d'adolescents sont beaucoup plus susceptibles d'affirmer que l'appartenance à un gang est un facteur ou un facteur important dans leur décision (52 p. 100 contre 13 p. 100 des autres policiers)[105]. De même, les policiers de collectivités ayant « beaucoup » de crimes d'adolescents sont plus susceptibles de prendre en compte l'appartenance à un gang (45 p. 100 affirmant qu'il s'agit d'un facteur, comparativement à 22 p. 100 de ceux des autres collectivités), comme le sont les policiers des collectivités ayant un problème de crimes violents graves commis par les adolescents (46 p. 100 contre 14 p. 100), de crimes d'adolescents liés à la drogue (30 p. 100 contre 11 p. 100) et de prostitution juvénile (44 p. 100 contre 20 p. 100). Les policiers des régions métropolitaines sont plus portés (34 p. 100) à croire que les groupes de pairs et l'appartenance à un gang sont des facteurs à prendre en considération que ceux des banlieues et régions exurbaines (16 p. 100) et des zones rurales et petites villes (10 p. 100). Cette constatation est conforme à l'existence d'activités de gangs reconnues et de criminalité adolescente plus grave dans les régions métropolitaines de notre échantillon. Parce que la plupart des services de police métropolitains sont des corps policiers municipaux indépendants, ils sont davantage portés (26 p. 100) à prendre en compte les groupes de pairs et l'appartenance à un gang que les policiers des services provinciaux (13 p. 100, y compris la GRC). Nos données laissent supposer que les policiers des collectivités ayant une importante population d'Autochtones hors réserve sont deux fois plus susceptibles (36 p. 100) de considérer l'appartenance à un gang comme un facteur dans leur décision que les policiers d'autres collectivités (18 p. 100). Cependant, les policiers des territoires abritant une réserve des Premières nations ne sont pas plus susceptibles que les autres policiers de tenir compte de l'appartenance à un gang.

Figure V.14 Répartition régionale des opinions sur l'incidence de l'affiliation à un gang d'adolescents dans la décision

Figure V.14 Répartition régionale des opinions sur l'incidence de la l'affiliation à un gang d'adolescents dans la décision - Si vous ne pouvez visualisez ce graphique, veuillez communiquer avec la Section de la politique en matière de justice applicable aux jeunes à Youth-Jeunes@justice.gc.ca pour obtenir un autre format approprié.

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Enfin, les policiers ayant une expérience antérieure dans l'escouade jeunesse diffèrent des autres sur cette question. Les premiers étaient deux fois plus portés (58 p. 100) que les autres (25 p. 100) à tenir compte de l'appartenance à un gang. Aucun des policiers ayant de l'expérience dans l'escouade jeunesse n'a choisi « pas un facteur », comparativement à 21 p. 100 de ceux n'ayant aucune expérience dans cette escouade. Ces policiers ont laissé entendre que le fait de travailler dans une escouade jeunesse aide le service de police dans son ensemble en raison de l'augmentation du volume de renseignements obtenu sur les adolescents de leur territoire. Ceci était particulièrement important pour les services de police qui ont une approche axée sur les renseignements.


[105] Les analyses Page suivantes omettent les réponses indiquant un « facteur important », puisqu'il y en avait trop peu pour permettre une analyse fiable.

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