La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée

Annexe A : Bibliographie annotée (suite)

BARTEK, S., KREBS, D. et TAYLOR, M. «Coping, defending, and the relations between moral judgement and moral behaviour in prostitutes and other female juvenile delinquents», Journal of Abnormal Psychology, vol. 102, 1993, p. 66-73.

Les études antérieures sur les relations entre le comportement immoral et l’obtention de faibles scores à l’entrevue sur le jugement moral sont dans l’erreur sur le plan descriptif et sur le plan explicatif. Cette étude compare la compétence morale des délinquantes (prostituées et délinquantes non prostituées) et celle des non-délinquantes du même âge. Les auteurs posent l’hypothèse que les délinquantes obtiennent un score moins élevé pour une série d’indicateurs du jugement moral. L’étude porte sur 20 jeunes délinquantes prostituées, 20 jeunes délinquantes qui ont déclaré ne pas se livrer à la prostitution et 20 sujets témoins du même groupe d’âge. Les entrevues structurées comprenaient l’étude de Colby et de Kohlberg (1987) sur le dilemme moral concernant la prostitution (entrevue sur le jugement moral) et le test d’adaptation et de défense de Joffe et Naditch (1977). Par rapport au groupe témoin, les délinquantes ont enregistré un niveau de maturité et d’adaptation moins élevé et des scores plus élevés au chapitre de la défense. Les délinquantes considérées comme ayant un faible niveau d’adaptation ont fait des jugements moraux d’un niveau beaucoup plus bas au sujet du dilemme de la prostitution que dans le cas des dilemmes moins pertinents sur le plan personnel de l’entrevue sur le jugement moral. Aucune différence entre les groupes n’a été constatée concernant les jugements des répondantes dans le cadre de l’EJM; cependant les prostituées ont porté des jugements moins sévères faibles contre la prostitution. Les résultats font ressortir les relations entre le raisonnement moral et les actes moraux.

BASOW, S. B. et CAMPANILE, F. «Attitudes toward prostitution as a function of attitudes toward feminism in college students: An exploratory study», Psychology of Women Quarterly, vol. 14, no 1, 1990,p. 135-141.

L’historique de la pensée féministe concernant la prostitution révèle deux solutions de rechange à l’interdiction : la décriminalisation et la légalisation. Les auteurs font état des conclusions d’une étude portant sur les relations entre les attitudes et les points de vue féministes au sujet de la prostitution. Quatre-vingt-neuf étudiants du premier cycle (42 hommes et 47 femmes) ont répondu aux questionnaires Échelle des attitudes à l’égard du féminisme et Échelle des attitudes à l’égard de la prostitution. Les auteurs ont émis l’hypothèse que les «étudiants du collégial adeptes du féminisme acceptaient moins les mythes sur la prostitution et étaient  plus ouverts à la décriminalisation et à la légalisation de la prostitution que les étudiants dont les attitudes à l’égard du féminisme étaient plus traditionnelles». Les adeptes du féminisme étaient plus portés à considérer la prostitution comme «l’exploitation et la subordination des femmes et moins portés à croire que les femmes deviennent prostituées par nécessité économique et moins susceptibles d’approuver la décriminalisation et la légalisation de la prostitution.» Il y avait également des différences entre les sexes (les femmes étaient plus portées que les hommes à appuyer la légalisation et la décriminalisation). Les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de considérer la prostitution comme une forme de subordination et d’exploitation des femmes. D’après les résultats, les auteurs estiment que le public considérera la libéralisation de la prostitution comme de la permissivité sexuelle. Elles recommandent d’informer le public au sujet de la décriminalisation et de la légalisation et de la nature «réelle» de la prostitution et des structures sociales qui la sous-tendent.

BELK, R. W., OSTERGAARD, P. et GROVES, R. «Sexual consumption in the time of AIDS: A study of prostitute patronage in Thailand», Journal of Public Policy & Marketing, vol. 17, no 2, 1998, p. 197-210.

Les auteurs résument une étude de la consommation sexuelle et du sida dans le cadre de la prostitution en Thaïlande. Au moyen de travaux qualitatifs sur le terrain, les chercheurs ont interrogé 25 étudiants de l’Université de Chiang Mai, 8 touristes masculins étrangers et plusieurs prestataires de services. L’étude visait à «…faire comprendre le problème de la propagation du sida par la prostitution en Thaïlande.» Les auteurs ont découvert que les croyances et les attitudes à l’égard de la sexualité et du recours à la prostitution incitaient à adopter un comportement à risque plus élevé chez les Thaïlandais (les hommes ont traditionnellement plus d’une femme pour répondre à leurs besoins tandis qu’on s’attend à ce que les femmes restent vierges jusqu’au mariage). Ces deux poids deux mesures contribuent à excuser le recours aux prostituées par les célibataires et les hommes mariés, ce qui favorise la propagation du sida. Malgré l’accroissement des connaissances sur le sida (en particulier chez les étudiants d’université), les pratiques sexuelles ne semblent pas évoluer en Thaïlande – les hommes continuent de s’adonner à des pratiques sexuelles non protégées. Il y a eu un accroissement de la demande d’enfants prostitués en raison de la perception selon laquelle ils ne sont pas infectés par la maladie. Si la «prise illogique de risques se poursuit chez les étudiants informés de niveau collégial, cette situation risque encore plus de se perpétuer chez la majorité moins informée de la population thaïlandaise». Les auteurs préconisent une compréhension plus complète de la culture et une approche polyvalente de la recherche sur les faits, de la mise en œuvre et du suivi.

BELL, H. et TODD, C. «Juvenile prostitution in a midsize city» Journal of Offender Rehabilitation, vol. 27, nos 3/4, 1998, p. 93-105.

Cet article examine la prostitution juvénile dans une ville de taille moyenne (Austin, Texas) afin de déterminer le nombre de jeunes qui se livrent à la prostitution et de comparer leur profil à celui de jeunes ayant fait l’objet d’une étude antérieure. Les auteurs ont utilisé des questionnaires autoadministrés auprès de 242 jeunes à risque; un jeune était considéré comme étant à risque s’il avait recours à l’un des trois organismes de services pour les jeunes. L’étude a porté sur une gamme étendue de sujets : démographie, antécédents sexuels, expériences familiales, consommation de drogues, prostitution, etc. Vingt-et-un des répondants s’étaient livrés à une forme ou une autre de prostitution. Les auteurs ont comparé le groupe des prostitués et le groupe des non-prostitués en fonction d’un certain nombre de variables relatives à la prostitution. Les prostitués étaient plus susceptibles d’avoir été victimes de violence sexuelle ou physique, de vivre loin de leur famille, de fréquenter l’école irrégulièrement ou pas du tout et d’avoir des antécédents criminels. Les auteurs concluent que la prostitution chez les jeunes existe à Austin et ces jeunes doivent bénéficier d’une attention spéciale et de programme particuliers (d’après leurs expériences antérieures) pour éviter d’être victimes d’exploitation sexuelle.

BENSON, C. et MATTHEWS, R. «Street prostitution: Ten facts in search for a policy», International Journal of the Sociology of Law, vol. 23, 1995, p. 395-415.

Les auteurs examinent les solutions de rechange pour faire face à la prostitution féminine de rue en Grande-Bretagne. L’étude résulte de travaux de recherche comportant des entrevues avec des agents de l’escouade mondaine, des prostitués, des clients, des groupes de résidents et divers représentants de l’autorité. Les auteurs critiquent les solutions miracles à la prostitution (c.-à-d. la loi, les zones de tolérance, la décriminalisation), en faisant état de leur incapacité d’aborder les questions et les préoccupations en matière de prostitution. À titre de solution de rechange, les auteurs indiquent 10 faits à prendre en considération lorsqu’on élabore une politique pratique et viable pour résoudre les problèmes liés à la prostitution de rue (c.-à-d. antécédents et expériences des prostituées de la rue, renseignements sur les clients et incidence sur la loi en matière de prostitution). Les auteurs soutiennent que la loi n’est pas une panacée pour faire face à la prostitution de rue et ils préconisent une approche qui tient compte des facteurs judiciaires et extrajudiciaires. Parmi les suggestions d’initiatives de services juridiques et sociaux figurent l’adoption d’une loi sur le proxénétisme, l’examen de la protection de l’enfance, l’introduction de l’éducation sanitaire et l’élaboration de stratégies de réduction des préjudices pour les prostituées.

BIESENTHAL, L. Mediating the Problematics of Female Youth Prostitution, mémoire de maîtrise inédit, Ottawa, Ontario, Carleton University, 1993.

Les études traditionnelles en sociologie et en criminologie sur la prostitution chez les jeunes filles se caractérisent par des idées sexistes et moralisatrices qui ont marginalisé l’expérience des femmes. L’auteure soutient que les adolescentes prostituées subissent tous les jours l’inégalité entre les sexes fondée sur leur sexualité et leur mode de vie. Reposant sur des entrevues qualitatives approfondies auprès de quatre jeunes prostituées, cette thèse sert de plate-forme permettant aux femmes de s’exprimer et elle vise à comprendre comment la jeune prostituée définit son monde ainsi que les contradictions et la problématique auxquelles elle fait face. L’examen de la littérature féministe, traditionnelle, historique, sociologique, criminologique et relative à la prostitution révèle que notre capacité de comprendre la prostitution chez les adolescentes a été limitée par la théorie biaisée à l’égard des jeunes qui pratiquent le commerce du sexe. Au moyen de la sociologie de rechange de Smith (1987), l’auteure permet aux adolescentes prostituées de s’exprimer, ce qui leur donne la possibilité de faire connaître leur expérience en tant que personne et non en tant que sujet d’étude.

BITTLE, S. Reconstructing “Youth Prostitution” as the “Sexual Procurement of Children” : A Case Study, mémoire de maîtrise inédit, Burnaby, C.-B., Simon Fraser University, 1999.

Le 15 octobre 1986, le gouvernement canadien a déposé le projet de loi C-15, Loi modifiant le Code criminel et la Loi sur la preuve au Canada afin de lutter contre la violence sexuelle envers les enfants. Le projet de loi C-15 comprend une loi criminalisant l’achat ou les tentatives d’achat des services sexuels d’une personne de moins de 18 ans. Après son adoption le 1er janvier 1988, le paragraphe 212(4) a rarement été appliqué. Seulement six accusations ont été portées à Vancouver, en Colombie-Britannique, pendant les six premières années qui ont suivi l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le proxénétisme à l’endroit des jeunes. Les prestataires de services et les activistes communautaires mécontents ont demandé pourquoi le paragraphe 212(4) n’était pas appliqué, et ils ont exercé des pressions pour qu’on protège davantage les jeunes de la rue victimes d’abus sexuels. Fondée sur une étude de cas réalisée à Vancouver, cette thèse comprend 32 entrevues qualitatives auprès de plusieurs sources d’archives visant à examiner l’évolution de l’application du paragraphe 212(4). Au moyen du concept de la «revendication» comme cadre d’analyse général, l’auteur constate que les activités des groupes de pression liées au paragraphe 212(4) ont agi comme catalyseur de la (re)définition de la «prostitution chez les jeunes» comme étant l’exploitation sexuelle des jeunes. L’expression «jeune prostitué» a été rejetée parce qu’elle place la responsabilité sur les épaules du jeune; les expressions «jeunes victimes d’entremetteurs», «jeunes victimes d’abus sexuels» et «violence sexuelle» ont été adoptées parce qu’elles décrivaient les jeunes de la rue comme des victimes des «prédateurs sexuels». Dans ce processus, l’acheteur est considéré comme un «pédophile», le mauvais responsable de l’exploitation sexuelle des jeunes. Le discours utilisé pendant les campagnes visant à faire appliquer le paragraphe 212(4) a créé un cadre de référence dont les décideurs ne pouvaient pas ne pas tenir compte. En fait, la province a répondu aux préoccupations concernant l’exploitation sexuelle des jeunes en créant l’«unité provinciale de lutte contre la prostitution» et en engageant 1,9 millions de dollars dans le cadre du plan d’action de Vancouver visant à protéger les jeunes victimes d’abus sexuels. La thèse conclut que les efforts de réforme liés au paragraphe 212(4) ont été accélérés par un système rhétorique qui a considéré la prostitution chez les jeunes comme étant de l’exploitation sexuelle. Ce cadre discursif a confirmé que l’exploitation sexuelle des jeunes est une question relevant de l’État et des services sociaux. Le changement de philosophie à l’égard des façons d’envisager la prostitution chez les jeunes traduit le fait que la communauté internationale considère de plus en plus l’exploitation sexuelle des jeunes de la rue comme un problème social grave.

BOUR, D., YOUNG, J. et HENNINGSEN, R. «A comparison of delinquent prostitutes and delinquent non-prostitutes on self-concept», Journal of Offender Counseling, vol. 9, 1984, p. 89-101.

Cette étude porte sur les différences entre les délinquants prostitués et les délinquants non prostitués. Elle vise principalement à déterminer si les deux groupes obtiennent des scores très différents dans la Tennessee Self Concept Scale (TSCS) et elle compare les écarts entre les groupes de jeunes prostitués en ce qui concerne les aspects sociaux et démographiques. Les méthodes comprennent des données sociales et démographiques, l’administration d’un questionnaire fondé sur la TSCS et la réalisation d’un test du khi carré pour déterminer l’importance des variables définies. Les données révèlent que les non-prostitués consomment plus d'alcool ou d'autres drogues et que les prostitués ont eu leur première expérience sexuelle à un âge plus précoce et qu’ils ont enregistré des scores plus élevés dans l’échelle du soi physique. Selon les auteurs, le fait de se prostituer peut être lié à des «relations sexuelles précoces et à une opinion positive de ses attributs». Les auteurs recommandent de poursuivre les recherches pour examiner les effets de l’absence des parents et l’incidence de la violence physique et sexuelle sur les jeunes prostitués, et ils préconisent une analyse des programmes juridiques et sociaux nouveaux et existants en matière de prostitution chez les jeunes.

BOYER, D. Street Exit Project: Final Report, US Department of Health and Human Services, Administration for Children, Youth and Families, 1986. 

Les Seattle Youth and Community Services (SYCS) offrent aux jeunes de la rue diverses ressources pour les aider à cesser de se livrer à la prostitution de rue. Ce rapport porte sur le fonctionnement des SYCS et définit les facteurs et les attributs qui amènent un jeune à chercher à établir des liens avec les services ou à rompre ceux-ci et à continuer ou à cesser de se livrer à la prostitution de rue. Des données quantitatives et qualitatives ont été recueillies auprès de 40 adolescents et adolescentes qui se livrent à la prostitution et qui adoptent d’autres comportements «de rue». Les répondants ont été interrogés et suivis sur une période de 15 mois. Selon les résultats, de 25 à 30 % des jeunes ont modifié leur mode de vie. Les jeunes qui ont réussi à quitter la rue avaient subi moins de violence pendant leur enfance, ils avaient passé plus de temps avec leurs parents ou des substituts et ils s’étaient réfugiés dans la rue à un âge plus élevé que les jeunes qui n’ont pas réussi à le faire. La première recommandation résultant de l’évaluation était que les programmes doivent prévoir l’adoption de modèles d’initiative personnelle qui permettent aux jeunes de répondre à leurs propres besoins, la prise de décisions concernant les opérations des programmes et la prestation de services aux autres jeunes.

BRACEY, D. «The juvenile prostitute: Victim and offender», Victimology, vol. 8, 1983, p. 151.

Cet article porte sur la négligence et la violence dont ont été victimes les jeunes prostitués avant de pratiquer le commerce du sexe et la violence que continuent de leur faire subir dans la rue les souteneurs, les clients et les détrousseurs. Le document commence par un examen des ouvrages recensés selon lesquels il y aurait un lien entre le fait d’être victime de violence sexuelle à un jeune âge et le fait de se prostituer; nombre de jeunes quittent un milieu familial perturbé pour se réfugier dans la rue où ils peuvent subir des influences extérieures (c.-à-d. qui peuvent les amener à se prostituer). L’auteure affirme que la société américaine et le système de justice pénale en particulier traitent la déviance juvénile et la prostitution chez les jeunes avec ambivalence. Les jeunes prostitués ne font pas appel à l’aide de la police de peur d’être pris dans les mailles du système de justice pénale. En raison des attitudes sociales négatives à l’égard de la prostitution, il est difficile d’offrir un traitement adéquat aux jeunes prostitués (le manque de solutions de rechange en matière de traitement et l’incidence accrue des crimes de violence commis par les jeunes ont incité à adopter des politiques qui considèrent les jeunes prostitués comme des criminels qui doivent être punis). L’auteure conclut que la plupart des établissements offrent rarement aux jeunes filles des solutions de rechange économiques satisfaisantes à la prostitution.

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