La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée

Résumé

Depuis le début des années 1980, la prostitution chez les jeunes suscite de plus en plus de préoccupations. La découverte du problème social que constitue ce phénomène a inspiré un nombre sans précédent de projets de recherche et de programmes visant à aider à mieux comprendre et à mieux analyser le commerce du sexe chez les jeunes[1]. Ce rapport constitue une recension exhaustive des ouvrages sur la prostitution chez les jeunes. Il met l’accent sur les réponses judiciaires et extrajudiciaires au commerce du sexe chez les jeunes ainsi que sur les principaux débats et constatations dans les ouvrages en sciences sociales, en particulier les travaux de recherche sur la violence physique, sexuelle et psychologique à l’endroit des enfants et le rôle qu’a joué cette violence dans la prostitution chez les jeunes.

À partir d’un aperçu général des ouvrages, l’auteur de la présente étude examine l’historique de la législation sur la prostitution du milieu des années 1800 à aujourd’hui ainsi que plusieurs interventions, dont les rapports de l’État et les programmes et initiatives connexes. Il présente un aperçu des principaux débats et constatations dans les ouvrages en sciences sociales, à savoir : les précurseurs de la prostitution chez les jeunes, la prostitution chez les jeunes hommes, les questions psychologiques, les questions relatives aux sans-abri ou aux fugueurs, la violence à l’endroit des prostitués, les recherches sur les clients, les questions relatives au VIH, la cessation de la pratique du commerce du sexe, la prostitution chez les jeunes Autochtones, le trafic des femmes aux fins de la prostitution et diverses questions internationales[2].

Historique de la législation et interventions

  • Les ouvrages sur l’historique de la législation et les interventions révèlent qu’au fil du temps les prostituées ont fait l’objet de lois discriminatoires et qu’elles ont subi un traitement inégal de la part des organismes d’application de la loi, indépendamment de leur âge (voir par exemple, Sullivan, 1986 et Lowman, 1997).
  • Contrairement aux prostituées, les clients du commerce du sexe ont joui d’une immunité relative sur le plan judiciaire.
  • Même si les lois relatives à la prostitution et les organismes d’application de la loi ont longtemps été discriminatoires, il semble que la politique concernant la prostitution chez les jeunes commence à changer.
  • Depuis les années 1990, les discussions et les efforts visant à éliminer et à contrôler le commerce du sexe chez les jeunes portent davantage sur les hommes qui achètent ou tentent d’acheter leurs services sexuels que sur les jeunes qui se prostituent.
  • Par ailleurs, l’examen des divers rapports et initiatives parrainés par les administrations fédérale, provinciales et municipales révèle une évolution de la manière d’envisager la prostitution chez les jeunes; on s’entend de plus en plus pour dire que les jeunes qui se prostituent sont des victimes de l’exploitation sexuelle plutôt que des délinquants. Dans bien des administrations canadiennes, il y a des exemples de nouvelles initiatives visant à protéger les jeunes qui se prostituent, y compris plusieurs tentatives pour modifier les lois sur le bien-être de l’enfance afin de (re)définir la prostitution chez les jeunes comme étant de la violence sexuelle à l'endroit des enfants.
  • Quelles que soient les stratégies utilisées pour protéger les jeunes qui se livrent à la prostitution contre les hommes qui achètent leurs services sexuels, les auteurs des ouvrages ont l’impression que les jeunes qui se prostituent sont encore punis sous le couvert de la protection. En 1999, par exemple, le gouvernement de l’Alberta a déposé la loi Protection of Children Involved in Prostitution Act, qui permet aux autorités (p. ex., la police ou les travailleurs sociaux) de garder en milieu fermé un jeune qui se prostitue pour qu’il reçoive des soins et des traitements d’urgence. D’autres administrations (la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse) ont envisagé d’adopter une loi semblable.
  • Cette réponse prête le flanc à la critique. Ainsi, plusieurs articles examinés pour la présente étude font une mise en garde : les tentatives visant à « aider » ou à « protéger » les jeunes qui se prostituent peuvent être interprétées par ceux-ci comme une autre forme de contrôle (c’est-à-dire que la protection est un euphémisme désignant le contrôle). À cet égard, l’origine des récentes stratégies visant à protéger les jeunes qui se prostituent remonte au début des années 1900, époque où les réformateurs insistaient sur la nécessité de protéger les jeunes, mais où la pratique s’est traduite par l’accroissement des punitions infligées aux jeunes prostitués – toujours sous le couvert de la protection.

Ouvrages en sciences sociales : aperçu des constatations et des débats

Il y a un débat dans les ouvrages en sciences sociales concernant l’association entre la violence physique et sexuelle subie pendant l’enfance et le fait de se prostituer ultérieurement. L’examen des ouvrages révèle ce qui suit :

  • De nombreux jeunes prostitués ont fait une fugue ou ont été obligés de partir – ou ils ont été « chassés » (voir, par exemple, et Lowman, 1987) – à un jeune âge de leur milieu familial qu’ils ont décrit comme un milieu intolérable, parce qu’ils étaient souvent victimes de violence physique, sexuelle ou psychologique.
  • De nombreux jeunes hommes prostitués peuvent avoir fait une fugue pour échapper à la discrimination fondée sur leur orientation sexuelle.
  • À bien des égards, la violence familiale et le dysfonctionnement de la famille amènent souvent les jeunes à quitter leur foyer.
  • Après avoir pris la décision de faire une fugue, de nombreux jeunes qui se prostituent sont attirés par le style de vie de la rue parce qu’ils veulent être autonomes et obtenir de l’argent.
  • En raison de la pauvreté des jeunes de la rue (c.-à-d. faibles niveaux d’études, employabilité limitée, chômage et services inadéquats) et de la demande masculine constante de services sexuels, la prostitution semble constituer une solution de rechange acceptable pour certains d’entre eux.

Parmi les autres sujets de préoccupation dans les ouvrages en sciences sociales, mentionnons les niveaux inacceptables de violence à l’endroit des prostituées, le manque de recherche sur les clients, la nécessité de comprendre le processus de cessation de la pratique du commerce du sexe et le peu de recherche sur la prostitution chez les jeunes Autochtones.

Conclusion

Dans l’ensemble, cette analyse documentaire soulève d’importantes questions sur la façon dont les chercheurs et les décideurs comprennent la prostitution chez les jeunes et la manière dont ils y répondent. Par exemple, l’étude révèle que les travaux de recherche en sciences sociales sur la prostitution chez les jeunes sont limités et qu’on ne s’efforce guère de faire appel aux expériences des jeunes qui se prostituent (ou qui se sont prostitués) pour l’élaboration d’une politique en matière de prostitution. Les ouvrages illustrent clairement l’écart entre les réalités vécues par les jeunes qui se prostituent et les approches actuelles adoptées dans de nombreuses initiatives stratégiques récentes. Dans le cadre des efforts déployés pour réduire ou combattre le commerce du sexe chez les jeunes, il faudra poursuivre les travaux de recherche afin de mieux comprendre ce phénomène, avoir la volonté d’écouter les besoins des jeunes prostitués et vouloir aborder les conditions qui font que la prostitution est une solution acceptable pour certains jeunes.


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