La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée

1.  Introduction

1.  Introduction

Depuis le début des années 1980, la prostitution chez les enfants et les adolescents suscite de plus en plus d'inquiétudes dans les milieux gouvernementaux et universitaires. La constatation selon laquelle la prostitution chez les jeunes est un problème social a inspiré un nombre sans précédent de travaux de recherche et d'études gouvernementales dont l'objet était de mieux comprendre et de mieux combattre le commerce du sexe chez les jeunes.

1.1 Objet de l’étude

Ce rapport constitue une recension exhaustive des ouvrages sur la prostitution chez les jeunes. Il met l’accent sur les réponses judiciaires et extrajudiciaires au commerce du sexe chez les jeunes ainsi que sur les principaux débats et constatations dans les ouvrages en sciences sociales. L’auteur accorde une attention particulière aux travaux de recherche sur la violence physique, sexuelle et psychologique subie pendant l’enfance et sur le rôle qu’a joué cette violence dans la prostitution chez les jeunes. Ce rapport permettra aux chercheurs et aux décideurs de mieux comprendre les nombreuses questions contradictoires qui ont trait à la prostitution chez les jeunes. Dans le cadre des efforts déployés pour réduire ou combattre le commerce du sexe chez les jeunes, il faudra poursuivre les travaux de recherche afin de mieux comprendre ce phénomène, avoir la volonté d’écouter les besoins des jeunes qui se prostituent et vouloir aborder les conditions qui font que la prostitution est une solution acceptable pour certains jeunes.

La recension comprend un examen général des ouvrages et une bibliographie annotée exhaustive (voir l’annexe A). Les données pour l’étude ont été recueillies auprès de bibliothèques, de certains sites Internet et à l’aide de demandes de renseignements sur la prostitution adressées aux représentants du Groupe de travail fédéral-provincial-territorial (FPT) sur la prostitution, qui a été mis sur pied en 1992 pour examiner les lois, la politique et les pratiques concernant les activités liées à la prostitution – y compris en particulier la prostitution chez les jeunes.

1.2 Définitions

Divers débats se poursuivent dans les études sur la définition, les caractéristiques et l’âge des jeunes qui se prostituent. Par exemple, même si la prostitution chez les jeunes se limite souvent dans les discussions aux jeunes femmes qui se livrent au commerce du sexe, les études dans ce domaine font également état de la prostitution chez les hommes (voir Comité Badgley, 1984; Earls et David, 1989 et Visano, 1987) et de la surreprésentation des jeunes Autochtones (voir Currie et al., 1995 et Lowman, 1987).

Un autre débat qui a cours dans la littérature concerne la définition de la prostitution chez les jeunes. Pour certains chercheurs, il s’agit de l’exploitation sexuelle directe des jeunes tandis que d’autres la définissent comme l’échange de services sexuels à des fins de subsistance (c.-à-d. pour se nourrir ou se loger) ou à des fins monétaires (c.-à-d. pour acheter des drogues). Le fait que la victimisation sexuelle et le cadre d’exploitation prédominent dans les discussions récentes sur la prostitution chez les jeunes en témoigne (Colombie-Britannique, 1996; Halldorson Jackson, 1998; Manitoba Child and Youth Secretariat, 1996). Par exemple, dans leurs rapports plusieurs administrations (municipales, provinciales et fédérale) basent leurs travaux sur le concept voulant que la prostitution chez les jeunes représente une forme de violence sexuelle à l'endroit des enfants (voir par exemple, Lines, 1998; Task Force on Children Involved in Prostitution, 1997) et que les jeunes qui se livrent à la prostitution sont considérés comme des victimes et non comme des délinquants.

Le débat sur l’âge dans la littérature consiste surtout à déterminer : a) l’âge moyen des jeunes au moment où ils commencent à se prostituer et b) l’âge utilisé pour définir les jeunes prostitués. Premièrement, les études font état d’une gamme d’âges. Selon le Comité Badgley (1984), près de la moitié des répondants ont commencé à se prostituer avant l’âge de 15 ans. Lowman et Fraser (1996) ont constaté que l’âge moyen auquel les jeunes ont commencé à se prostituer était de 16,3 ans chez les filles et de 15,6 pour les garçons. Les études effectuées à Victoria, en Colombie-Britannique, ont révélé que l’âge moyen auquel les jeunes commençaient à se livrer à la prostitution était de 15,5 ans (Committee for Sexually Exploited Youth in the CRD, 1997). En général, les ouvrages indiquent que la plupart des jeunes prostitués ont commencé à s’adonner au commerce du sexe avant l’âge de 18 ans, et bon nombre avant l’âge de 16 ans. Deuxièmement, les chercheurs ont également utilisé différents âges pour définir un jeune qui se prostitue. Selon le Comité Badgley (1984), les jeunes prostitués se définissaient comme les jeunes de moins de 20 ans tandis que le Comité Fraser estimait qu’il s’agissait des jeunes de moins de 18 ans. Plus récemment, le Groupe de travail FPT sur la prostitution a défini les jeunes prostitués comme des jeunes de moins de 18 ans en se fondant sur la Loi sur les jeunes contrevenants aux termes de laquelle un « adolescent » a moins de 18 ans et sur l’article 212(4) du Code criminel, qui interdit d’acheter ou de tenter d’acheter les services sexuels d’une personne de moins de 18 ans. Néanmoins, la plus grande partie de la littérature définit les jeunes prostitués comme étant les jeunes de moins de 18 ans[3].

1.3 Examen des questions

L’examen général de la littérature actuelle révèle de nombreuses questions clés concernant l’incidence du commerce du sexe chez les jeunes. La première partie du rapport porte sur l’historique et l’élaboration de la législation sur la prostitution et l’application de la loi. Le document examine ensuite plusieurs constatations et débats qui ont cours dans les ouvrages en sciences sociales. En guise de conclusion, l’étude examine les constatations, recommande des travaux de recherche à effectuer et présente une bibliographie annotée des ouvrages utilisés dans l’analyse.


[3]  Certains organismes de services sociaux définissent les « jeunes » comme des personnes de moins de 24 ans; ils ont ainsi plus de clients et peuvent être admissibles à d’autres fonds de l’État (données recueillies à Vancouver, Colombie-Britannique, par Bittle, 1999).

Date de modification :