L'efficacité du traitement de la toxicomanie chez les jeunes délinquants

2. Antécédents et conséquences de la toxicomanie

2. Antécédents et conséquences de la toxicomanie

Les études existantes sur les jeunes contrevenants révèlent une forte corrélation entre toxicomanie et délinquance au sein de cette population (Dawkins, 1997; Donovan et Jessor, 1985; Farabee et coll., 2001; Fergusson, Lynskey et Horwood, 1996; Huizinga et Jakob-Chien, 1998; Jessor et Jessor, 1977; Pickrel et Henggeler, 1996; Watts et Wright, 1990), tout comme les études traitant des délinquants adultes (Andrews et Bonta, 1998; McVie, 2001; Pelissier et Gaes, 2001; Weekes, Moser et Langevin, 1998). D'autre part, des chercheurs ont démontré l'existence d'un lien évident entre l'abus d'alcool ou de drogue et le crime avec violence (Fergusson et coll., 1996; Watts et Wright, 1990), dont l'homocide (Yu et Williford, 1994). Cette dernière tendance corrobore les résultats d'études de populations de non-délinquants selon lesquelles il existe une corrélation entre une consommation accrue d'alcool et un comportement plus agressif (Bushman et Cooper, 1990; Gustafson, 1993; Taylor et Chermack, 1993).

Watts et Wright (1990) indiquent qu'une telle corrélation entre toxicomanie et comportement criminel chez les jeunes délinquants est attribuable à plusieurs raisons évidentes. Premièrement, le jeune contrevenant peut percevoir l'usage et l'abus d'alcool ou de drogue comme faisant partie intégrante de l'image du « gars tough » qu'il veut se donner pour être accepté dans son groupe de pairs, qui est à prédominance antisociale. Deuxièmement, l'adolescent peut abuser de l'alcool ou des drogues pour attirer l'attention de ses parents ou, à l'inverse, pour défier l'autorité parentale. Par ailleurs, comme d'autres l'ont indiqué, l'abus d'alcool ou de drogue est un moyen de fuir la réalité. Ils invoquent une dernière raison, d'ordre biologique, selon laquelle les jeunes contrevenants se tournent vers l'alcool ou la drogue pour compenser un manque de stimulation chronique, principe qui sous-tend le concept de l'alcoolisme comme maladie.

La corrélation entre abus d'alcool ou de drogue et activité délinquante se retrouve dans plusieurs catégories démographiques, dont des minorités raciales-ethniques comme les Mexicains-Américains et les jeunes Noirs (Dawkins et Dawkins, 1983; Farrell, Danish et Howard, 1992; Watts et Wright, 1990). Elle est également observée chez les adolescents des deux sexes (Farrell et coll., 1992; Fergusson et coll., 1996).

Les conséquences de la toxicomanie chez les adolescents ne se limitent pas au comportement délinquant. C'est pourquoi les organismes de justice pénale consacrent énormément de ressources financières et humaines à ce problème important (Crowe, 1998). La toxicomanie est liée à une mauvaise performance scolaire, à des problèmes de santé physique et mentale, à des rapports problématiques avec les pairs et avec la famille (Crowe, 1998; Farrell et coll., 1992; Fergusson et coll., 1996; Gilvarry, 2000). Ces corrélations se retrouvent dans d'autres cultures comme le démontre une étude récente dans laquelle un échantillon de jeunes contrevenants britanniques citent comme principaux facteurs de risque d'abus d'alcool ou de drogue l'éclatement de la famille, les mauvais résultats scolaires, conjugués à la fréquentation de pairs délinquants et au fait d'avoir commencé à un très jeune âge à prendre des drogues (Newburn, 1999). À la lumière de cette pléthore d'éléments de preuve, Huizinga and Jakob-Chien (1998) insistent sur le fait que la co-occurrence de l'abus d'alcool ou de drogue et de divers problèmes de comportement, dont la délinquance, est irréfutable.

Il semblerait également que certains types de psychopathologie soient plus fréquentes chez les jeunes délinquants toxicomanes que chez leurs pairs non toxicomanes. Par exemple, Milin, Halikas, Meller et Morse (1994) constatent que les troubles déficitaires de l'attention et le trouble des conduites de type agressif sont nettement plus fréquents au sein d'un échantillon de délinquants adolescents. En outre, les problèmes de toxicomanie sont plus couramment associés à des troubles de l'humeur, dont la dépression majeure (Hovens, Cantwell et Kiriakos, 1994; Rohde, Lewinsohn et Seeley, 1996). Enfin, une étude canadienne révèle des taux élevés de psychopathie (trouble de la personnalité caractérisé par un manque d'empathie, des tendances à l'égocentrisme et à l'impulsivité) chez des jeunes délinquants toxicomanes (Mailloux, Forth, et Kroner, 1997).

Compte tenu de cette corrélation entre la toxicomanie et une série d'autres résultats, les chercheurs ont tenté de déterminer s'il existe un rapport de cause à effet entre la consommation ou l'abus d'alcool ou de drogues et l'activité criminelle chez les jeunes, et si ces variables font leur apparition dans les mêmes conditions (autrement dit, un individu exposé à des facteurs de risque de toxicomanie est-il du même coup exposé au risque de délinquance criminelle?). Peu importe la nature exacte du rapport de cause à effet, la co-occurrence élevée de ces deux phénomènes fait que l'abus de drogue ou d'alcool doit revêtir une importance prioritaire dans le cadre d'un programme de traitement pour jeunes contrevenants (Watts et Wright, 1990).

2.1 Variables modératrices

Il existe une corrélation évidente entre toxicomanie et délinquance, mais certaines études révèlent que des facteurs donnés peuvent en modifier l'ampleur à la hausse ou à la baisse, voire même la direction. Par exemple, alors que la fréquentation d'une église n'a pas d'incidence sur la toxicomanie chez les adolescents (Farrell et coll., 1992), les problèmes d'alcool des parents ont des effets néfastes (Yu et Williford, 1994) et constituent un facteur de risque de récidive (Dowden et Brown, 2002).

L'âge à l'apparition du problème de toxicomanie est sans doute la première variable modératrice de la corrélation entre toxicomanie et délinquance, plusieurs études démontrant que plus le problème de toxicomanie apparaît tôt, plus la probabilité d'activité criminelle est grande (Fergusson et Horwood, 1997; Fleming, Kellam et Brown, 1982; Newcomb et Bentler, 1988; Robins et Pryzbeck, 1985; Van Kammen, Loeber et Stouthamer-Loeber, 1991; Yu et Williford, 1994). Selon les résultats d'une étude effectuée auprès d'un échantillon important de délinquants canadiens de sexe masculin purgeant une peine fédérale, les délinquants qui ont commencé très jeunes à consommer de l'alcool ou des drogues ont été déclarés coupables d'une infraction criminelle plus tôt que les autres. Ceux qui ont commencé tôt à consommer de l'alcool ou des drogues sont également nettement plus susceptibles d'avoir un problème de toxicomanie à l'âge adulte (Vanderburg, Weekes, et Wilson, 1995). Cette corrélation est encore plus marquée dans le cas des délinquants qui usent ou abusent de l'alcool ou des drogues dans la petite enfance (de la naissance à l'âge de six ans), comme le démontrent à la fois des chercheurs canadiens (Vanderburg et coll., 1995) et américains (Van Kammen et coll., 1991).

Une autre variable modératrice de la corrélation entre toxicomanie et comportement criminel chez les jeunes contrevenants est le type de comportement délinquant ultérieur (Dawkins, 1997; Loeber, 1988; Yu et Williford, 1994). Par exemple, Watts et Wright (1990) notent que le meilleur prédicteur de la délinquance avec violence au sein de leur échantillon de jeunes contrevenants est la consommation fréquente de drogues illicites autres que la marijuana. D'autres chercheurs constatent que la corrélation entre toxicomanie et délinquance juvénile est significative chez certains adolescents, et inexistante chez d'autres (Fagan, Weis, Chang et Watters, 1987; White, 1991).

L'immense majorité des études effectuées sur la co-occurrence de la toxicomanie et du comportement criminel chez les jeunes délinquants s'appuient sur des instruments d'auto-évaluation. La fiabilité de cette forme d'évaluation est parfois mise en doute, mais plusieurs chercheurs ont démontré que les adolescents rendent compte fidèlement de leurs activités délinquantes (Hindelang, Hirschi, et Weis, 1981; Huizinga et Elliott, 1981) comme de leurs habitudes en matière de drogue ou d'alcool (Rouse, Kozel, et Richards, 1985; Single, Kandle et Johnson, 1975). L'un des principaux avantages des instruments d'auto-évaluation réside dans le fait qu'ils donnent une idée plus précise et nuancée des comportements étudiés que les statistiques officielles de justice pénale, en ce sens que certains actes délinquants ou autrement antisociaux peuvent passer inaperçus dans les comptes rendus officiels (Elliott, Huizinga et Menard, 1989).

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