Le traitement des adolescents qui ont des démêlés avec la justice : Nouvelle méta-analyse

1. Introduction

Les études existantes sur l'efficacité des traitements relativement à la réduction de la délinquance chez les jeunes sont nombreuses, et l'on n'a pas encore fait le tour de la question. Toutefois, les résultats de ces études se contredisent les uns les autres. De nombreux chercheurs démontrent que les programmes de traitement font baisser de façon significative le taux de récidive chez les jeunes tandis que d'autres démontrent le contraire. Selon Antonowicz et Ross (1994), les écrits existants confirment que certainsprogrammes de réadaptation sont bénéfiques pour certainsdélinquants dans certainsmilieux lorsqu'ils sont administrés par certainespersonnes (p. 1). Pour tenter d'en avoir le cœur net, certains chercheurs ont utilisé des techniques méta-analytiques comme moyen de regrouper les résultats de nombreuses études (Andrews et collaborateurs , 1990; Cox, Davidson et Bynum, 1995; Dowden et Andrews, 1999; Garrett, 1985; Izzo et Ross, 1990; Latimer, 2001; Lipsey, 1995; Lipsey et Wilson, 1988; Whitehead et Lab, 1989; Wilson et Lipsey, 2000). À l'exception d'une étude (Whitehead et Lab, 1989), ces méta-analyses aboutissent à la conclusion que le traitement a un effet bénéfique global sur la réduction de la récidive chez les jeunes.

Les chercheurs ont également cherché à déterminer les types de programmes qui donnent les meilleurs résultats relativement à la réduction de la récidive. Andrews et coll. (1990), par exemple, constatent que les programmes de traitement les plus efficaces sont ceux qui sont conformes aux principes du risque, des besoins et de la réceptivité. Autrement dit, les programmes dont l'intensité est fonction du degré de risque que présente le jeune (risque), qui sont axés sur les facteurs criminogènes liés à la récidive (besoins), et qui sont adaptés au style d'apprentissage des clients (réceptivité) donnent les meilleurs résultats quant à la réduction moyenne de la récidive. Lipsey (1995) note, pour sa part, que les programmes dont la durée est supérieure à six mois ou qui exigent plus de 100 heures de participation directe donnent de meilleurs résultats que les programmes plus courts. D'autres chercheurs concluent que le traitement est plus efficace lorsqu'il a lieu dans la collectivité, et non en établissement ou en milieu correctionnel (Andrews et coll., 1990; Garret, 1985).

Il convient de noter toutefois que ces constatations ont été dégagées d'une longue série d'études qui remontent aux années 1960 et 1970, époque à laquelle la délinquance juvénile englobait les infractions dites « liées au statut légal » (école buissonnière, vagabondage sexuel). En outre, une proportion importante des méta-analyses existantes traitent des jeunes considérés comme étant « à risque » de comportement délinquant. Il importe de dissocier les effets possibles de ces deux catégories - auteurs d'infractions liées au statut légal et jeunes à risque - des résultats obtenus pour déterminer les caractéristiques de programme qui sont efficaces chez les jeunesqui se sont déjà livrés à des activités criminelles. Enfin, les méta-analyses existantes sont fondées sur une définition assez large des « jeunes » et portent sur des programmes conçus pour de jeunes adultes (âgés de 18 ans à 25 ans). Les adolescents de moins de 18 ans sont depuis longtemps reconnus, pourtant, comme ayant des besoins spéciaux en raison du stade de développement où ils en sont, raison pour laquelle ils doivent être traités à part au sein du système de justice pénale (Bala, 2003). Il n'est pas logique d'inclure les jeunes adultes dès l'instant où l'on veut traiter les jeunes et les adultes différemment au sein du système de justice pénale.

Le présent document propose une synthèse méta-analytique des études existantes sur la question de l'efficacité des traitements chez les jeunes. Le but premier de ce projet est de donner aux concepteurs de programmes, artisans des politiques et principaux décideurs au sein du système de justice pénale pour les adolescents une idée plus précise des caractéristiques de programme qui contribuent à une baisse de la récidive chez les jeunes contrevenants. La présente méta-analyse remédie également aux insuffisances des études antérieures en portant uniquement sur les adolescents âgés de moins de 18 ans qui ont commis ce qui constitue une infraction criminelle selon les normes en vigueur pour les adultes.

Date de modification :