Les crimes et les mauvais traitements envers les aînés : recherche bibliographique concernant surtout le Canada

5. LES CRIMES ET FORMES DE MAUVAIS TRAITEMENTS CONSTITUANT LA PLUS GRANDE MENACE POUR LES AÎNÉS

5.1 Les crimes financiers commis par des étrangers

Selon le ministère de la Justice des États Unis, les crimes financiers ciblent des aînés à une fréquence alarmante. De 20 à 40 p. 100 des cas de mauvais traitements envers des aînés concernent une forme d'exploitation financière (National Center on Elder Abuse, 1998; Tueth, 2000; Shiferaw et autres, 1994). Le télémarketing frauduleux coûte à lui seul aux consommateurs américains 40 milliards de dollars chaque année (U.S. Senate, 2000). À peine un cas de fraude sur 10 000 serait signalé aux autorités (O'Hanlon, 1997). Ce silence s'explique peut être par la honte, par le désir de protéger un membre de la famille ou par la crainte que d'autres perçoivent la situation comme un signe que l'ainé ne peut plus s'occuper de lui-même (Federal Bureau of Investigation, s.d.). Le fait de ne pas signaler les infractions est problématique, car dans bien des cas, les ressources liées à l'application de la loi ne sont pas mobilisées, le mystère entoure ces crimes et leurs auteurs et il y a de fortes chances que ceux-ci récidivent, leur conduite demeurant impunie.

La majorité des crimes financiers visant les personnes âgées appartiennent à deux grandes catégories :

  1. la fraude commise par des étrangers et
  2. l'exploitation financière par des parents et soignants (Johnson, 2002).

La présente section porte sur la première catégorie.

5.1.1 Types de crimes financiers

En général, la fraude s'entend du fait de duper les victimes en leur offrant des marchandises, des services ou d'autres avantages qui n'existent pas, qui ne sont pas nécessaires ou qui sont décrits de façon erronée. Bien qu'il existe des centaines de stratagèmes frauduleux différents, certaines variations communes peuvent être observées (Johnson, 2002; Los Angeles County DA's Office, 2009), par exemple :

  1. La fausse promesse d'un prix de grande valeur que la victime peut obtenir en versant des frais à l'avance. Une fois que les frais sont payés, le prix n'est pas envoyé ou celui qui l'est vaut beaucoup moins que le montant versé.
  2. Les victimes se laissent convaincre d'investir dans des pièces de catégorie « gem », dans de l'immobilier ou dans des actions qui se révèlent avoir finalement peu de valeur. Dans certains cas, l'investissement n'est pas fait comme tel, et de faux certificats sont délivrés à l'égard des fonds investis. Dans les combines à la Ponzi, les délinquants peuvent utiliser l'argent de l'investisseur lui-même pour démontrer la rentabilité du plan d'investissement. Dans bien des cas, cette façon de procéder incite la victime à investir d'autres sommes et à inviter d'autres connaissances à le faire. À un certain moment, le délinquant ou l'argent disparaît, parfois les deux.
  3. Les victimes se laissent persuader d'effectuer des réparations non nécessaires à leur domicile ou à leur véhicule ou les travaux qui sont exécutés sont inférieurs aux normes.
  4. Les personnes âgées sont incitées à acheter des médicaments qui ne sont pas efficaces et qui, dans certains cas, peuvent retarder un traitement qui convient davantage.
  5. Les victimes se laissent convaincre d'acheter des polices d'assurance (vie, maladie) à des prix gonflés ou des polices qui recoupent celles qu'elles ont déjà.
  6. Les télévendeurs exercent de la pression au téléphone auprès des personnes âgées pour tenter de leur vendre différents produits.
  7. Pendant qu'un fraudeur détourne l'attention de la personne âgée en lui parlant d'une question ou d'un problème concernant son domicile, un complice cambriole la résidence.

Dans bon nombre des stratagèmes, les fraudeurs gagnent la confiance de la victime ou utilisent un nom d'entreprise semblable à celui d'une organisation bien établie pour y parvenir. Ils donnent l'impression à la personne âgée qu'elle fait partie des quelques personnes chanceuses qui ont été approchées et l'encouragent à prendre une décision sur-le-champ afin de limiter les consultations qu'elle pourrait faire auprès de tierces parties.

5.1.2 Facteurs de risque

Selon la perception stéréotypée dont elle fait l'objet, la personne âgée victime de fraude est isolée et fragile, souffre de déficiences cognitives et est trop polie pour s'opposer à ses agresseurs. En réalité, les victimes sont souvent des personnes nanties qui ont reçu une bonne éducation et qui ont tendance à avoir un réseau de parents et d'amis (AARP, 1996). Les chercheurs ont constaté que les facteurs suivants, plutôt que l'âge en soi, peuvent accroître la vulnérabilité d'une personne âgée quant à la fraude (Johnson, 2002 : 12) :

  • le fait que la personne est propriétaire de la maison ou du logement qu'elle habite;
  • la tendance de la personne à ne pas solliciter de conseils avant de faire un achat;
  • la tendance de la personne à prendre des risques financiers;
  • le manque de connaissances de la personne au sujet des droits des consommateurs;
  • le manque de connaissances de la personne au sujet des stratagèmes frauduleux;
  • le degré auquel la personne est réceptive aux efforts de marketing;
  • la réticence de la personne à raccrocher la ligne au nez des vendeurs.

Le rôle de l'isolement social comme facteur de risque dans les cas de fraude n'est pas clair. Bien que l'aîné isolé ait moins tendance à consulter d'autres personnes et soit davantage disposé à poursuivre la conversation téléphonique par manque de contacts sociaux, les aînés actifs pourraient plus souvent être exposés au risque de se faire arnaquer en raison de leurs réseaux sociaux plus étendus (Lee et Geistfeld, 1999).

De nombreuses recherches doivent encore être menées au sujet des facteurs de risque dans les cas d'exploitation financière. On estime qu'en raison de leurs avoirs, comme le logement qu'ils habitent, leurs économies et leurs pensions, bon nombre d'aînés sont davantage exposés à la fraude. Étant donné qu'il y a plus de chances que ces personnes se trouvent à la maison le jour comparativement aux autres groupes d'âge, ils peuvent devenir une proie plus facile pour les vendeurs. Bon nombre d'aînés craignent également de dépenser toutes leurs économies et d'avoir besoin d'un plus grand nombre de services de santé, ce qui les rend plus vulnérables à différentes formes d'exploitation financière (Johnson, 2002). En général, certains traits de la personnalité sont perçus comme des éléments qui augmentent le risque que la personne soit victime de fraude et de supercheries répétées, comme l'esprit de confiance, la compassion, l'insouciance, la politesse, la passivité et la sensibilité à la flatterie (Titus et Gover, 2001; Federal Bureau of Investigation, s.d.).

5.1.3 Caractéristiques des fraudeurs

Les fraudeurs peuvent utiliser différentes tactiques pour appâter leur victime. Ils peuvent tenter de l'isoler, exercer des pressions sur elle pour l'inciter à agir rapidement, utiliser la peur et la dissuader de consulter d'autres personnes. Les fraudeurs qui attaquent les consommateurs sont habituellement des étrangers, et ceux qui ciblent les personnes âgées sont plutôt des hommes, bien que leur âge, leur race, leur situation sociale et leur éducation varient (Johnson, 2002). Ils sont motivés par l'appât du gain et par le sentiment de puissance éprouvé lorsque leur proie est une personne ayant une certaine aisance ou une bonne éducation. Ils ne sont pas liés par les normes traditionnelles, souffrent souvent d'une forme de dysfonction psychologique et sont capables de justifier leur comportement (Blum, 1972).

Les télévendeurs frauduleux poursuivent souvent leurs activités depuis des entreprises de vente « sous pression »; ces entreprises sont très mobiles, et il est facile de les abandonner et de les établir ailleurs. Ils sollicitent leurs clients de façon aléatoire ou à l'aide de listes de personnes qui ont déjà été victimes. Ces listes peuvent être vendues à d'autres télévendeurs, de sorte que les victimes peuvent se faire prendre plusieurs fois (Los Angeles County DA's Office, 2009). Les fraudeurs utilisent un scénario de base et s'efforcent de conclure l'affaire en faisant une litanie de fausses promesses. Ils tentent ensuite d'obtenir rapidement le paiement du consommateur afin d'éviter que celui-ci se ravise. Ils envoient généralement une marchandise quelconque pour éviter de se faire poursuivre en justice, mais la valeur des articles expédiés ne représente habituellement qu'une fraction du montant que le client a payé. Lorsque le consommateur se plaint, le fraudeur a recours à différentes tactiques de délai ou d'intimidation pour l'empêcher d'aller plus loin ou pour l'inciter à abandonner l'affaire (Slotter, 1998).

5.1.4 Signes avant-coureurs d'une fraude à la consommation

Les situations suivantes pourraient être des signes avant-coureurs d'une fraude à la consommation (Johnson, 2002) :

  • l'aîné reçoit un nombre élevé d'avis écrits non sollicités visant à l'informer qu'il a gagné un prix ou encore un nombre élevé de colis contenant des articles de peu de valeur (comme de la bijouterie de fantaisie);
  • l'aîné reçoit de nombreux appels téléphoniques non sollicités visant à lui offrir des prix à gagner et des possibilités d'investissement;
  • l'aîné a du mal à payer ses dépenses de première nécessité alors que son revenu devrait être suffisant;
  • un étranger accompagne la personne âgée à la banque et l'encourage à faire un retrait important;
  • des retraits que l'aîné ne peut expliquer ont été effectués dans ses comptes bancaires.
Date de modification :