Les crimes et les mauvais traitements envers les aînés : recherche bibliographique concernant surtout le Canada

6. LACUNES DES RECHERCHES SUR LES AÎNÉS VICTIMES DE CRIMES ET DE MAUVAIS TRAITEMENTS

6.1 La définition proposée par l'Organisation mondiale de la santé

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit les mauvais traitements envers les aînés comme « un acte unique ou répété, ou l'absence de mesures appropriées, qui se produisent dans toute relation au sein de laquelle le sentiment de confiance attendu est source de préjudice ou de détresse pour la personne âgée ».

La définition que donne l'OMS des mauvais traitements envers les aînés est à la fois trop large et trop restrictive. Elle est large en ce sens que tant les actes isolés que les actes répétés peuvent être considérés comme des traitements abusifs. Elle est également large parce que « toute relation » caractérisée par un sentiment de confiance attendu peut être visée. Cette notion est très ambiguë. L'agression commise par un membre du personnel d'un établissement, par un entrepreneur ou par un visiteur à l'institution serait-elle considérée comme un bris de confiance, même si l'établissement a déployé des efforts remarquables pour protéger les résidents?

La nature subjective des mots « sentiment de confiance attendu » est également préoccupante, car la personne en cause n'a peut-être pas de raison logique de faire confiance à un individu qui lui inflige plus tard des mauvais traitements. Un aîné peut croire qu'une relation fondée sur la confiance existe avec le soignant, alors qu'un étranger peut s'immiscer rapidement dans la vie de cette personne pour l'escroquer. La définition de l'OMS ne donne aucune description objective de ce qui constitue une relation fondée sur la confiance. La définition peut englober des personnes que l'aîné connaît depuis très peu de temps. Dans la même veine, des mots comme « préjudice » et « détresse » sont également larges, subjectifs et ambigus.

Par ailleurs, la définition de l'OMS peut être considérée comme une définition restrictive à certains égards. Bien que les mauvais traitements soient infligés en grande partie par des parents et des soignants professionnels, il arrive souvent que les aînés soient victimes de violence ou d'exploitation financière de la part de connaissances ou d'étrangers. La définition de l'OMS exclut de nombreuses formes d'exploitation financière. Elle exclut également les crimes violents particulièrement traumatisants que des étrangers commettent, dans bien des cas, au domicile de l'aîné.

La fraude et le vol d'identité deviennent de plus en plus courants et complexes. Plus la population d'aînés vieillit et apprend à utiliser Internet, plus le nombre de crimes financiers commis contre eux augmentera. L'Internet facilite la recherche et le ciblage de victimes en favorisant les communications et en permettant l'accès à une foule de documents publics et de renseignements personnels. Ainsi, il suffit parfois de quelques clics pour connaître l'identité des personnes âgées qui viennent de perdre leur conjoint et qui pourraient se laisser manipuler plus facilement par l'étranger qui se montre « amical et empathique » à leur endroit.

La définition de l'OMS n'établit pas de distinction entre les actes qui sont illégaux et ceux qui ne le sont pas, mais qui causent des préjudices, par exemple, les paroles ou les gestes qui incitent la personne âgée à se sentir rejetée ou à croire qu'elle est une nuisance (préjudice psychologique). De plus, il est important de faire une distinction entre des concepts subjectifs (préjudice et attentes) et des actes qui sont objectivement dommageables (agressions et négligence à l'égard des besoins médicaux ou des soins hygiéniques de base).

Au moment de formuler et de peaufiner une définition des mauvais traitements envers les aînés, il sera nécessaire de se pencher sur de nombreuses questions, dont les suivantes :

  • Le concept devrait-il s'appliquer uniquement aux personnes âgées qui ont des faiblesses, des déficiences ou des dépendances précises (c.-à-d. qui ne peuvent prendre soin d'elles-mêmes seules)? Dans les cas où ces faiblesses ne sont pas présentes, notre système juridique traditionnel et nos services sociaux pourraient offrir des mesures pour aider les personnes âgées lésées.
  • Le concept des mauvais traitements envers les aînés devrait-il se limiter aux cas où un lien précis existe entre ceux-ci et l'agresseur (membre de la famille, soignant ou fiduciaire)?
  • Les mauvais traitements devraient-ils couvrir uniquement les actes répétitifs ou peuvent-ils également englober un seul acte commis à l'endroit d'une personne âgée?
  • Le comportement doit-il être délibéré pour être considéré comme un mauvais traitement ou le préjudice peut-il découler de l'insouciance ou d'une négligence « mineure »?
  • Au moment de se demander si des mauvais traitements ont été infligés à un aîné, y aurait-il lieu de mettre l'accent sur le comportement ou sur ses conséquences (c.-à-d. sur la question de savoir si des préjudices ont été subis)?
  • La question de l'infliction de mauvais traitements est-elle liée à la culture? Ainsi, étant donné qu'il existe différentes normes à l'échelle internationale en ce qui a trait au traitement des aînés, le comportement abusif devrait-il être perçu différemment d'un pays à l'autre et d'une section de la société à l'autre? Cette relativité nuirait à l'établissement de normes nationales et internationales à l'égard du traitement des personnes âgées ainsi qu'à l'élaboration d'une définition qui fait l'unanimité.
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