Les facteurs de risque pour les enfants exposés à la violence familiale dans le contexte de la séparation ou du divorce

Annexe C

Description détaillée des facteurs de protection

Stade de développement de l'enfant

Bien qu’il ne soit généralement considéré qu’au regard du risque, le stade de développement de l’enfant peut être un facteur de protection en ce qui concerne la capacité de l’enfant de recourir à des sources de soutien social externes, de gérer ses états affectifs internes pendant les périodes de stress lié à la famille et de développer des stratégies d’adaptation. De plus, la littérature sur la résilience semble indiquer que le fait d’avoir un QI élevé peut aider certains enfants; on ne sait toutefois pas encore comment cela se manifeste – l’enfant possède-t-il des capacités cognitives qui lui permettent davantage de comprendre ce qui se passe autour de lui ou est-ce le fait d’avoir du succès à l’école qui ouvre la voie à l’estime de soi et à des sources de soutien social?

Parents en sécurité, enfants en sécurité

Plus grande est la protection dont jouit une mère victime de violence familiale, plus grande est celle aussi dont peuvent jouir ses enfants. Un grand nombre de victimes de violence familiale déploient des efforts extrêmes pour assurer la sécurité de leurs enfants (Haight et al., 2007). Des chercheurs ont constaté que les femmes qui sont maltraitées par leur partenaire [traduction] « mobilisent leurs ressources afin de réagir à la violence pour le compte de leurs enfants » (Levendosky, Lynch, & Graham-Bermann, 2000, p. 266), en particulier en étant attentive aux besoins de ces derniers et en les comblant (Levendosky et al., 2000). Parmi les stratégies courantes qu’elles utilisent, mentionnons la séparation physique de l’enfant et de l’auteur de la violence, le fait d’appeler à l’aide un ami ou un membre de la famille, l’utilisation de signaux déterminés pour avertir les enfants en cas de danger et l’utilisation de techniques de tranquillisation ou le fait de tenter d’intervenir physiquement pour empêcher l’auteur de la violence d’agir (Haight et al., 2007). Dans certains cas, les mères se rendent compte du risque que courent leurs enfants et elles utiliseront des stratégies à long terme : par exemple, elles enverront leurs enfants vivre avec des membres de leur famille ou elles communiqueront avec le système de justice afin d’obtenir de l’aide (Haight et al., 2007). Dans d’autres circonstances, certaines femmes ont le sentiment que le fait de demeurer avec un partenaire violent leur permet de mieux protéger leurs enfants, au lieu d’exposer ces derniers au risque additionnel découlant de l’accès non surveillé qui pourrait être accordé pendant la séparation (Walker, 1992, cité dans Strega, 2006; Varcoe & Irwin, 2004). Il n’est toutefois pas judicieux de se préoccuper uniquement de ce qui est considéré comme des comportements protecteurs des mères, quand des femmes n’exercent aucun contrôle sur leur partenaire violent, car les recherches indiquent que, dans ces cas, ces comportements ne permettent pas de prévoir la résurgence des mauvais traitements à l’égard des enfants (Coohey, 2006) . 

Il est admis qu’il peut être difficile pour une femme de quitter un partenaire violent. En conséquence, un certain nombre d’organismes de soutien utilisent un modèle de réduction du préjudice en vertu duquel ils fournissent à la victime des stratégies et du soutien pour assurer sa sécurité (Hoyle, 2008). La création d’un plan de sécurité est la stratégie la plus souvent utilisée. Un plan de sécurité établit au préalable la façon d’échapper à un partenaire ou à un parent violent ou de se cacher de lui lorsqu’il y a un danger imminent (Hoyle, 2008; Kress et al., 2012). Il inclut habituellement la création d’une voie d’évacuation, la désignation d’un refuge sûr ainsi que la création et le maintien de soutiens sociaux. Il est essentiel de créer un plan de sécurité afin de réduire la panique qui pourrait se manifester en cas de danger, tout en assurant la sécurité de chacun. Le plan de sécurité peut aussi inclure des mesures de précaution qui doivent être prises pour réduire le risque de préjudice. Ces mesures sont le plus souvent utilisées par les mères qui ont réussi à quitter leur partenaire violent. Il peut s’agir, par exemple, de changer les serrures, d’installer un système de sécurité, de changer la routine, de changer les enfants d’école et d’éviter les endroits où l’auteur de la violence se rend fréquemment (Hoyle, 2008; Kress et al., 2012). Si les plans de sécurité peuvent réduire la victimisation, ils peuvent aussi augmenter certains risques pour la victime, par exemple le risque de pauvreté (Hoyle, 2008). Il est essentiel, pour demeurer en sécurité et indépendante, que la victime devienne financièrement autonome. Cela est toutefois extrêmement difficile, voire impossible, dans de nombreux cas, car l’auteur de la violence peut avoir pris le contrôle de la situation financière de la famille ou être la seule source de revenu de celle-ci. Il faut également considérer la sécurité sur un continuum et comme un concept dynamique qui change fréquemment et sur lequel la victime n’a aucun contrôle. Une étude importante sur la planification de la sécurité a démontré que le contexte situationnel est fondamental, car il n’existe pas de stratégie de gestion de la sécurité qui soit efficace dans tous les cas; les mesures qui peuvent réduire le risque dans le cas d’une femme peuvent l’accroître dans le cas d’une autre (Goodkind et al, 2004). Il n’est pas étonnant de constater que les femmes qui ont le mieux planifié leur sécurité continuent de courir des risques importants en raison des caractéristiques de leur agresseur. Les conclusions selon lesquelles le bien-être émotionnel des femmes est souvent lié à leur appréciation de leur propre vulnérabilité et de leur propre impuissance sont cependant encore plus préoccupantes. En particulier, une femme qui doit limiter son autonomie personnelle pour assurer sa sécurité est plus susceptible de souffrir d’une dépression (Goodkind et al., 2004; Nurius et al., 2003) .

Soutiens familiaux et sociaux

Pour l'enfant

Selon son âge, il peut être difficile pour un enfant de chercher lui-même des sources de soutien social. C'est pour cette raison que les enfants maltraités sont susceptibles de demander le soutien de leurs frères et sœurs (Lucas, 2002). Les enfants d'une même famille qui sont exposés à la violence conjugale s'appuient et se réconfortent mutuellement de nombreuses façons, par exemple en se protégeant les uns les autres contre les préjudices psychologiques et physiques, en prenant soin les uns des autres et en s'apportant un soutien affectif, verbal et physique. Ils peuvent aussi unir leurs efforts pour lutter contre la violence familiale afin de prévenir les incidents violents, de protéger leur mère ou de tenter de composer avec le traumatisme en évitant d'intervenir et en se servant les uns des autres pour oublier le traumatisme qu'ils vivent. La résilience est fondamentale en ce qui concerne la réduction du risque de préjudice découlant de l'exposition à la violence (Afifi & MacMillan, 2011; Lucas, 2002). D'autres facteurs ont une incidence sur la résilience, notamment l'existence d'une bonne relation avec un parent, la proximité de l'enfant par rapport aux incidents et ses rapports avec l'auteur de la violence. Il a été démontré que les systèmes de soutien au sein de la famille encouragent et renforcent les efforts d'adaptation de l'enfant (Afifi & MacMillan, 2011; Allen & Johnson, 2012; Lucas, 2002). Un enfant résilient a habituellement eu la possibilité de nouer une relation étroite avec au moins un membre de sa famille qui est stable sur le plan émotif et en possession de tous ses moyens et qui répond aux besoins de l'enfant.

Pour l'enfant victime au cours de sa vie adulte

Les enfants qui sont exposés à la violence familiale sont davantage susceptibles de souffrir de détresse psychologique à l'âge adulte (Fijiwata, Okuyama, & Izumi, 2011; Hetzel-Riggin & Meads, 2011). En revanche, les adultes qui développent un sentiment d'appartenance à la communauté grâce à des soutiens sociaux ou à l'aide qu'ils obtiennent d'êtres chers sont moins susceptibles de souffrir de détresse psychologique malgré leurs expériences de violence (Greenfield & Marks, 2010). En outre, les femmes qui ont été victimes de violence dans le passé et qui ont depuis créé des soutiens sociaux solides sont moins susceptibles d'être maltraitées par un autre partenaire dans l'avenir et, au bout du compte, sont plus en mesure de mieux protéger leurs enfants (Plazaola-Castaño, Ruiz-Pérez, & Montero-Piñnar, 2008).

Pour l'auteur de la violence

Les relations sociales ont aussi des effets bénéfiques sur les auteurs de violence, malgré les actes et les comportements préjudiciables de ces derniers (Pandya & Gingerich, 2002; Sheehan, Thakor, & Stewart, 2012; Silvergleid & Mankowski, 2006). Ces personnes signalent que la création de relations sociales, de même que la crainte de perdre leur famille, sont des points tournants de leur changement de comportement (Pandya & Gingerich, 2002; Silvergleid & Mankowski, 2006). Dans certains cas, les auteurs de violence hésitent à demander l'aide de soutiens formels et informels, à cause de stéréotypes liés au sexe, comme le fait de paraître faible ou fragile, de l'incertitude quant aux personnes et organismes vers qui se tourner, de la difficulté de faire confiance aux autres et du fait de n'avoir que quelques personnes qui comprennent la violence conjugale ou possèdent une formation dans le domaine à qui se confier (Campbell et al., 2010). Il arrive cependant que des auteurs de violence décident eux-mêmes de demander de l'aide lorsqu'ils se rendent compte de l'incidence de leur comportement sur leur partenaire et leurs enfants. D'autres sont enjoints par le tribunal de suivre un traitement dans le cadre de leur probation si leur conduite a entraîné une condamnation criminelle. Il est établi dans une certaine mesure qu'une approche concertée en matière de violence familiale peut être des plus efficace si un programme d'intervention dans le domaine est conjugué à une surveillance et à un examen constants du tribunal (Gondolf, 2002).

Par ailleurs, de nouveaux programmes ciblent le rôle de père de l'auteur de violence. Par exemple, le programme Caring Dads est un programme d'intervention destiné aux pères qui ont maltraité leurs enfants ou les ont exposés à la violence exercée à l'égard de leur mère. Le programme vise à changer le comportement malsain du père, ses croyances erronées au sujet du rôle de parent, ses stratégies de violence et sa compréhension de l'effet de la violence sur les enfants (Scott & Crooks, 2007). Une évaluation du programme a révélé que les pères qui y ont participé avaient beaucoup changé en ce qui concerne leurs réactions excessives aux mauvais comportements de leurs enfants et leur respect pour l'engagement et le jugement de la mère de leurs enfants (Scott & Lishak, 2012).

Soutiens communautaires

La violence familiale est considérée comme un problème qui a des répercussions sur l’ensemble de la société. Les parents et les enfants qui en sont victimes ont davantage besoin de soutiens communautaires afin d’assurer leur sécurité. Les femmes et les enfants sont particulièrement préoccupés par l’accès aux soutiens communautaires lorsqu’ils décident de quitter un partenaire/père violent (Clarke & Wydall, 2013; Reeve, Casey & Goudie, 2006; Netto, Pawson, & Sharp, 2009). Pour qu’une femme quitte son partenaire violent, il faut qu’elle puisse trouver un logement convenable et abordable. Malheureusement, ces questions de logement sont une des principales raisons pour lesquelles les femmes décident de ne pas quitter leur partenaire violent ou de retourner vivre avec lui après être parties (Bossy & Coleman, 2000; Clarke & Wydall, 2013). Il y a des logements pour les femmes et les enfants partout au Canada; ces logements offrent un soutien et un refuge temporaires aux victimes de violence familiale. Malheureusement, les conditions de vie qui y prévalent ne sont souvent pas idéales, ce qui peut accroître le niveau de stress des victimes et les forcer à déménager loin de leurs soutiens sociaux et familiaux (Abrahams, 2007).

La création de relations au sein de la collectivité peut réduire les risques qu’une personne soit à nouveau victime (Clarke & Wydall, 2013; Dutton et al., 2006). La création de relations positives avec les organismes de défense des droits est un facteur clé. Il en est de même de l’obtention d’un emploi stable, lequel accroît le sentiment d’indépendance d’une personne et élargit les sources de soutien communautaire à sa disposition. Il est également important pour les enfants victimes de mauvais traitements de développer un sentiment d’appartenance à la collectivité, car celui-ci leur offre des moyens de surmonter les incidents traumatisants. Les enfants sont capables de développer ce sentiment en nouant des relations positives avec des personnes soucieuses de leur bien-être, notamment des enseignants, des conseillers scolaires, des travailleurs en santé mentale et des voisins (Afifi & MacMillan, 2011; Allen & Johnson, 2012; Lucas, 2002).

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