La maltraitance des enfants est inacceptable : Que puis-je faire?

Discipliner ses enfants

Au-dessus de l'évier, Laurie fixe la vaisselle de l'après-midi et pleure en silence. Ses mains tremblent encore. Elle n'en revient pas d'être passée si près d'une véritable tragédie. Elle avait juste demandé à Lili de ranger ses jouets! Mais quand la petite les a tous jetés au bas de l'escalier, Laurie a perdu son sang-froid. Elle en a tellement assez des crises de colère de la fillette. Elle sait bien qu'elle est encore toute petite, mais pourquoi ne peut-elle pas apprendre à ranger les choses comme ses amis le font déjà? Laurie s'est mise à hurler quand elle a vu son téléphone mobile en morceaux parmi les jouets brisés. Où allaient-ils trouver l'argent pour le remplacer? Tout s'est passé très vite : Laurie a giflé Lili très fort, et la fillette a soudain perdu l'équilibre en haut de l'escalier. Où donc avait-elle la tête quand elle a frappé sa fille? Était-elle folle? Si Laurie ne l'avait pas retenue, Lili aurait déboulé l'escalier comme ses poupées. Laurie s'est mise à sangloter. Elle aime sa fille, mais tout semble si difficile à présent que Luc est au chômage. Elle a toujours l'impression de tout rater, surtout en ce qui concerne Lili. Elle doit arrêter d'agir comme ça, avant que quelque chose de vraiment grave se produise. Lili aurait pu être gravement blessée! Et frapper son enfant comme ça est probablement considéré comme des voies de fait*. Elle peut peut-être regarder sur Internet pour trouver un cours destiné aux parents ou un groupe de soutien : elle ne doit pas être la seule dans son cas, d'autres parents doivent aussi passer par là.

À quoi ressemble la discipline?

Tous les enfants ont besoin que leurs parents leur apprennent à bien se comporter, et il leur faut du temps pour apprendre ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Voici comment ils apprennent à se comporter :

  • ils observent leurs parents et les autres adultes,
  • on leur donne des consignes précises,
  • on les félicite et on les encourage dans leurs efforts.

La bonne discipline enseigne aux enfants à être responsables, à se contrôler et à faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Elle favorise l'estime de soi de l'enfant, encourage celui-ci à s'améliorer et renforce le lien entre le parent et l'enfant. Les parents doivent discipliner leurs enfants uniquement si ceux-ci sont assez vieux pour comprendre.

Pourquoi la fessée est-elle inefficace?

Selon des experts, la fessée n'est pas une façon efficace de discipliner les enfants. La fessée peut causer de la colère et de la rancune chez les enfants, et miner la confiance qu'ils ont envers leurs parents. Elle leur enseigne qu'il est acceptable de frapper les autres. À long terme, elle peut contribuer à aggraver le comportement des enfants.

Quelles sont les méthodes efficaces?

Ce qu'il faut, c'est renforcer la confiance de vos enfants et leur habileté à régler les problèmes. Il est important d'essayer de comprendre pourquoi vos enfants agissent de cette façon. Quand vous comprenez, vous pouvez plus facilement maîtriser la situation sans vous mettre en colère. Quelques conseils pour aider vos enfants à bien se comporter :

  • Créez un foyer où règnent l'amour et le respect.
  • Donnez l'exemple.
  • Insistez sur la prévention.
  • Décidez de ce qui est vraiment important et fixez quelques règles claires que vous appliquerez de manière constante.
  • Expliquez à vos enfants ce que vous attendez d'eux.
  • Félicitez vos enfants pour leurs efforts, même si tout n'est pas parfait.
  • Vos enfants ont besoin d'exprimer leurs émotions, respectez ce besoin.
  • Soyez à l'écoute de ce qu'ils pensent, de ce qui les inquiète et de leurs idées.
  • Surveillez vos enfants de près, de façon à pouvoir corriger un comportement avant qu'il s'aggrave.
  • Assurez-vous que vos enfants et vous-même dormez suffisamment.
  • Assurez-vous que vos enfants et vous-même consommez régulièrement des aliments nutritifs et faites de l'exercice.
  • Enfin, et surtout, amusez-vous avec vos enfants.

Le droit en matière de voies de fait dans le Code criminel

Au Canada, la plupart des actes criminels sont prévus dans le Code criminel. Selon le Code, agresser une personne, ou menacer de l'agresser, est un crime. Le fait de toucher quelqu'un sans son consentement, même sans lui faire de mal, peut être vu comme des voies de fait. Voici des exemples de gestes qui légalement peuvent être considérés comme des voies de fait :

  • gifler,
  • donner un coup de poing,
  • pincer,
  • donner des coups de pied,
  • séquestrer quelqu'un,
  • retenir une personne,
  • faire des attouchements non souhaités.

Toutefois, les incidents dans lesquels une personne en frappe une autre ne sont pas tous des voies de fait. Et les menaces de contacts physiques ne sont pas toutes des voies de fait non plus. Les gens peuvent en effet consentir au contact. Par exemple, si un joueur de hockey en plaque un autre, ce n'est pas un acte criminel, parce que les deux joueurs ont consenti au contact physique selon les règles du sport.

De plus, l'article 43 du Code criminel peut, dans des cas limités, donner aux parents, aux gardiens et aux enseignants un moyen de se défendre s'ils sont accusés de voies de fait lorsqu'ils ont utilisé une force raisonnable.

Selon l'article 43 du Code criminel, les parents et les gardiens qui utilisent une force raisonnable pour corriger le comportement d'un enfant peuvent ne pas être déclarés coupables de voies de fait. Cependant, l'article 43 n'est pas un moyen de défense à chaque fois qu'on utilise la force contre des enfants. Les parents et les gardiens peuvent utiliser une force raisonnable seulement pour corriger ou protéger des enfants. Par exemple, les parents peuvent utiliser une force raisonnable pour mettre un enfant en retrait dans sa chambre ou pour l'éloigner de la circulation automobile. Une personne qui a maltraité un enfant physiquement ou sexuellement ne peut pas invoquer l'article 43 pour se défendre.

La décision de la Cour suprême du Canada

En 2004, la Cour suprême du Canada a analysé l'article 43 et a décidé que les parents ou les tuteurs peuvent utiliser la force pour corriger un enfant seulement dans les conditions suivantes :

  • la force peut être utilisée seulement si elle va aider l'enfant à apprendre, et jamais quand on est en colère;
  • l'enfant doit avoir entre 2 et 12 ans (cela veut dire que l'article 43 n'est pas un moyen de défense si l'enfant a moins de 2 ans ou plus de 12 ans);
  • l'utilisation de la force ne doit pas dépasser la mesure raisonnable, et l'effet doit être seulement « transitoire et insignifiant » (cela veut dire que la force utilisée ne cause pas de douleur ou très peu et ne laisse pas de marque sur l'enfant);
  • l'utilisation de la force ne doit pas se faire avec un objet, comme une règle ou une ceinture;
  • la personne ne doit pas frapper ou gifler l'enfant au visage ou à la tête;
  • la gravité de l'incident ou de ce que l'enfant a fait n'est pas pertinente pour mesurer la force utilisée pour le discipliner.

Il peut être acceptable d'utiliser une force raisonnable pour retenir un enfant dans certaines circonstances. Par exemple, on peut devoir le faire se tenir tranquille pour l'installer dans un siège d'auto.

On ne considère pas qu'il est raisonnable de frapper un enfant par colère ou pour se venger de lui pour ce qu'il a fait. Il est illégal de frapper un enfant sous le coup de la colère.

Utiliser la force pour gérer le comportement des enfants

Il peut arriver que l'on doive utiliser la force pour contrôler un enfant et pour assurer sa sécurité ou celle d'autres enfants. Par exemple, on peut devoir toucher ou retenir un enfant pour l'empêcher de traverser la rue en courant. On peut devoir prendre dans ses bras un enfant de 3 ans qui hurle pour sortir d'un magasin.

Si l'article 43 n'existait pas, chaque fois qu'un parent ou un gardien utilise la force pour gérer le comportement d'un enfant, il pourrait faire face à des accusations criminelles et se retrouver devant les tribunaux pour justifier ses gestes.

Cependant, si vous êtes en colère, trouvez une façon de vous calmer avant de corriger le comportement de votre enfant.

Lois provinciales et territoriales sur la protection des enfants

La façon dont vous disciplinez votre enfant pourrait être de la maltraitance sans que ce soit un acte criminel. Il existe dans les provinces et les territoires des lois pour protéger les enfants contre la maltraitance. Ces lois permettent aux autorités provinciales ou territoriales d'intervenir quand un enfant a besoin d'être protégé contre les mauvais traitements ou la négligence.

Qu'est-ce que je peux faire?

Si l'on croit qu'un enfant est maltraité, il existe dans toutes les provinces et dans tous les territoires une loi qui oblige à le signaler. Si vous avez des raisons de croire qu'un enfant est maltraité, le fait de signaler l'incident ne vous causera pas d'ennui, même s'il s'avère que vous n'aviez pas raison. Selon le lieu où vous vivez, ce peut être le bureau local des services de protection de l'enfance ou la police.

Si vous avez fait du mal à votre enfant, ou si vous pensez que vous pourriez lui en faire, demandez de l'aide. Par exemple, vous pouvez parler à ces personnes ou à ces organismes :

  • votre médecin de famille ou une infirmière de la santé publique;
  • les centres de ressources pour les familles;
  • les services locaux de protection de l'enfance;
  • le service local de santé publique;
  • les programmes de formation sur le rôle de parent;
  • les ressources pour les parents, des brochures par exemple;
  • les organisations qui aident les immigrants et les nouveaux arrivants.

Pour en savoir plus sur la façon de discipliner ses enfants, consultez les ressources à la fin de la brochure, dans la section « Qui peut aider? ».

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