Examen du rôle de la médiation pour les aînés dans la prévention de la maltraitance des aînés

Section 5 — Conséquences pour la réduction de la maltraitance des aînés

A. Le problème de la maltraitance et de la négligence envers les aînés

Comme la population du Canada vieillit, le nombre de citoyens de plus de 65 ans dépassera le nombre de jeunes de moins de 15 ans d'ici 2015. Par conséquent, un nombre croissant de personnes devront agir comme aidant naturel auprès de leurs parents même si elles doivent subvenir aux besoins de leur propre famille. Ces responsabilités comportent nécessairement beaucoup de stress, qui peut entraîner la maltraitance des aînés. Il est généralement connu et admis qu'un grand nombre de cas de maltraitance ne sont pas signalés et qu'ils sont souvent passés sous silence. On croit également que la violence psychologique est rarement déclarée. En fait, il arrive souvent que la maltraitance et la négligence ne soient pas reconnues. Nous pouvons cependant avoir accès à des données de la police sur la violence familiale envers les personnes âgées. Les statistiques qui suivent proviennent de Statistique Canada (2009) :

  • En 2007, 1 938 incidents de violence familiale envers des personnes âgées ont été signalés à la police, soit plus du tiers de tous les actes de violence commis contre des personnes âgées.
  • Le taux de violence familiale envers les personnes âgées (48 pour 100 000) était beaucoup plus faible que dans le cas des groupes plus jeunes. Comparativement au taux observé chez les personnes âgées, le taux de violence familiale était deux fois plus élevé chez les adultes de 55 à 65 ans (104 pour 100 000).
  • Le taux général d'hommes âgés victimes de violence (163 pour 100 000) était plus élevé que celui des femmes âgées (114 pour 100 000). Toutefois, le taux de femmes âgées victimes de la violence d'un membre de leur famille (52 pour 100 000) était plus élevé que celui des hommes âgés (43 pour 100 000).
  • Les conjoints et les enfants adultes étaient les auteurs les plus courants de la violence familiale envers les femmes âgées tandis que les enfants adultes étaient plus souvent accusés de violence familiale contre les hommes âgés.
  • Un peu plus de la moitié des incidents de violence familiale envers les personnes âgées signalés à la police étaient des voies de fait simples.
  • La moitié des incidents de violence familiale envers les personnes âgées n'ont pas donné lieu à des préjudices physiques. Lorsqu'il y avait des préjudices physiques, la plupart (91 %) étaient mineurs.

Homicides de personnes âgées par un membre de la famille

  • Le taux général d'homicide était plus faible chez les personnes de 65 ans ou plus (9 par million d'habitants) que chez les personnes de moins de 65 ans (23 par million d'habitants). Toutefois, les taux d'homicide de personnes âgées (3,8 par million d'habitants) et de personnes non âgées (4,5 par million d'habitants) perpétré par un membre de la famille étaient comparables.
  • Les femmes âgées tuées par un membre de leur famille l'ont été le plus souvent par leur conjoint (40 %) ou leur fils adulte (36 %). Dans près des deux tiers des homicides d'hommes âgés commis par un membre de la famille, un fils adulte a été accusé.
  • La plupart du temps, la, frustration, la colère ou le désespoir était le motif apparent des homicides de personnes âgées commis par un membre de leur famille. Par contre, un gain financier était le motif invoqué le plus souvent des homicides de personnes âgées commis par une personne qui n'était pas membre de la famille.

Selon le Bureau of Justice Statistics des États-Unis, en 2000, 121 000 personnes âgées de 65 ans ou plus ont été victimes d'actes de violence (Rennison, 2001). D'après une autre étude, les deux tiers des agresseurs étaient les enfants et les petits-enfants des victimes (Davis, 2001). Les auteurs de l'étude ont constaté que bon nombre de ces personnes âgées agressées étaient prises au piège dans des relations de dépendance avec leurs agresseurs parce qu'elles dépendaient totalement d'eux sur le plan émotif, psychologique, financier et physique.

En 1994 et avant, un pionnier dans le domaine de la médiation pour les aînés en Grande-Bretagne a demandé si la médiation pour les aînés pouvait ou non contribuer à la prévention de la maltraitance des aînés et à la protection de leurs droits et de ceux qui s'occupent d'eux (Craig, 1994). Beaucoup de facteurs, qui interagissent souvent les uns avec les autres, peuvent mener à maltraitance ou à la négligence envers les aînés. Il est possible de remédier à bon nombre de ces facteurs s'ils sont reconnus assez tôt avant que le mal soit fait.

Je ne suis pas certain que les gens comprennent ce que signifie la maltraitance des aînés. Je crois qu'il se produit des choses et qu'il s'agit de maltraitance des aînés, mais les gens croient que c'est normal (RAPSC, 2010).

À l'instar du nombre de personnes âgées, le nombre de problèmes de santé et d'autres problèmes liés au vieillissement continuera d'augmenter, et il faudra offrir des services de soutien spéciaux. La prestation de soins aux personnes souffrant de déficiences mentales ou physiques cause beaucoup de stress, et les familles n'ont pas reçu une formation à cette fin. Même si elles peuvent être involontaires, la maltraitance et la négligence sont parfois le fait de personnes qui s'occupaient auparavant des aînés avec amour et compassion. L'aidant naturel fait souvent appel aux spécialistes de la médiation pour les aînés en désespoir de cause parce qu'il est totalement stressé et « épuisé ». Les aidants naturels se sentent coupables parce qu'ils ne peuvent plus continuer et ils expriment leurs préoccupations par des remarques comme « Je n'ai plus de force et je n'ai pas servi de dîner à papa trois fois cette semaine »; « Mon mari criait après moi; je l'ai laissé dormir avec sa "couche" pendant deux jours ». Même lorsqu'il n'y a pas de déficience et que la dépendance est minime, la patience d'un aidant naturel éploré qui se sent coupable peut être mise à rude épreuve, d'où les accès de colère et le ressentiment à l'endroit de la personne âgée. De plus, les aidants naturels qui dépendent financièrement d'un membre âgé de leur famille sont plus susceptibles de maltraiter celui-ci (Woolf, 2009).

Doris est une veuve de quatre-vingts ans qui demeure avec son fils adulte, Dan, et sa famille. Il y a quelques années, Doris a vendu sa maison, a remis l'argent à son fils et a emménagé avec lui. Doris a sa propre chambre. Dan dit souvent à Doris qu'elle est un fardeau pour lui et sa famille. Il dit en plaisantant qu'elle sera probablement morte bientôt. Doris n'est pas autorisée à inviter ses amis. Par ailleurs, on la dissuade de sortir. Sa bru a enlevé les photographies suspendues sur les murs de sa chambre. Doris n'a pas pu les trouver depuis. (RAPSC, 2010)

En 2008, selon Cooper et Livingston, environ 25 % des personnes âgées vulnérables ont signalé avoir été victimes de maltraitance pendant le mois précédent, soit 6 % de la population âgée. Même si les études auprès des personnes âgées victimes de maltraitance sont limitées, elles commencent à faire état de certaines tendances constantes. D'après les travaux entrepris au Canada, environ 70 % des actes de maltraitance des aînés sont perpétrés contre des femmes, et ce phénomène est aussi le même au R. U., où les données de l'organisme Action on Elder Abuse Helpline montrent que les femmes sont victimes dans 67 % des cas signalés. La violence familiale envers les personnes âgées peut être la suite de la violence du partenaire qui dure depuis longtemps ou elle peut commencer à la retraite ou au début d'une maladie (Abuse and Violence, C. B. [2001]). Il s'agit d'une question importante, car il arrive souvent que la violence familiale au sein des couples âgés ne soit pas reconnue; par conséquent, les stratégies qui se sont révélées efficaces dans le domaine de la violence familiale n'ont pas été appliquées systématiquement aux situations mettant en cause la maltraitance envers les personnes âgées.

La probabilité de la maltraitance et de la négligence s'accroît avec l'âge. À mesure que les gens vieillissent, en particulier les personnes qui deviennent plus dépendantes, la probabilité de se faire exploiter s'accroît. La maltraitance augmente avec l'âge, 78 % des victimes étant âgées de plus de 70 ans (Hidden Voices [2005]). Comme les hommes vivent plus longtemps qu'avant, ils peuvent également être victimes de maltraitance et de négligence; en fait, les hommes sont moins susceptibles de déclarer qu'ils sont maltraités. En 2002, 430 Canadiens de 65 ans ou plus (361 hommes et 69 femmes) sont décédés des suites de blessures qu'ils « s'étaient infligées » (Statistique Canada [2002]). Le risque de suicide chez les hommes âgés est élevé. Lorsqu'elle est utilisée pour assurer le soutien familial et communautaire de ces personnes âgées maltraitées, négligées et souvent isolées, la médiation pour les aînés peut réduire ces chiffres tragiques.

L'âgisme : un facteur de la maltraitance et de la négligence envers les aînés

L'âgisme est un facteur important et omniprésent de la maltraitance et de la négligence envers les personnes âgées. Selon Wikipedia, l'âgisme regroupe toutes les formes de discrimination et de ségrégation et de mépris fondées sur l'âge. Il s'agit d'un préjugé contre une personne ou un groupe en raison de l'âge, d'un ensemble de croyances, d'attitudes, de normes et de valeurs utilisées pour justifier les préjugés et la discrimination fondés sur l'âge. En définitive, il a trait à un déséquilibre des pouvoirs. Butler (1969) l'a qualifié de sectarisme tandis que Nelson (2005) l'a décrit comme un « préjugé contre ce que nous craignons de devenir ». L'idée fondée sur des stéréotypes que nous avons des personnes âgées selon laquelle elles sont fragiles, malades, inutiles et un fardeau pour la société est de toute évidence inexacte, mais elle est épousée par de nombreuses personnes jeunes de toutes les couches de la société, y compris les fournisseurs de soins rémunérés et les aidants naturels.

Un « aîné » est une « personne âgée », en particulier une personne de plus de 65 ans. Palmore (1999) soutient qu'il faut modifier la définition simple et désuète de la personne âgée. L'âgisme est enraciné dans notre société. Beaucoup de personnes âgées acceptent les jugements de valeur et les définitions négatives à leur sujet, ce qui perpétue les divers stéréotypes qui les caractérisent (Butler, 1990). Les spécialistes de la médiation pour les aînés croient que pendant le processus de médiation, les membres de la famille commencent très souvent à voir la personne qui reçoit des soins sous un jour nouveau. Ils disent souvent qu'ils ne considèrent plus la personne âgée de la même façon qu'avant la médiation. La Dre Judy Lynn Richards (conférence de l'Association canadienne de gérontologie, 2009) promeut la médiation pour les aînés comme stratégie visant à réduire les comportements âgistes en aidant les familles à rétablir les liens avec leurs êtres chers âgés avec plus de compassion. Le fait d'accroître la sensibilisation à l'égard des membres âgés de la famille permettra de réduire la maltraitance et la négligence envers les aînés.

B. La contribution de la médiation pour les aînés

La médiation pour les aînés peut aider les familles à être plus résilientes et, en cas d'intervention précoce, elle peut servir à la prévention, constituer un tampon pour les personnes âgées qui sont vulnérables ou qui risquent d'être victimes de la violence d'un membre de leur famille. Bagshaw a fait état d'évaluations de la médiation familiale dans des cas de droit de la famille où il y avait de la violence familiale (Bagshaw, 2003 et 2009). La prémisse est que les modèles de médiation familiale spécialisée pour la prévention de l'exploitation financière des personnes âgées par un membre de leur famille peuvent être efficaces dans certains cas. C'est-à-dire que si la médiation est volontaire et axée sur les personnes âgées, la sécurité et la protection de la victime sont assurées, le déséquilibre des pouvoirs est corrigé, et les défenseurs et autres soutiens permettent de faire en sorte que les besoins de la personne âgée soient primordiaux et que la voix de celles-ci soit entendue, qu'elles soient aptes ou inaptes (Bagshaw, 2009).

Pour déterminer si la médiation pour les aînés convient dans les cas où l'on soupçonne la maltraitance, la plupart des spécialistes de la médiation pour les aînés conviennent qu'il faut envisager une évaluation en profondeur du type et de l'ampleur de la maltraitance. Il est généralement convenu que dans les cas extrêmes, la médiation pour les aînés ne convient pas. Les spécialistes de la médiation pour les aînés agréés font état d'une ouverture à la médiation — même si les problèmes de maltraitance ou de négligence ont été définis — pourvu qu'on puisse interroger individuellement chaque partie à la médiation afin de procéder à une évaluation appropriée de la maltraitance ou de la négligence. Quels que soient le modèle ou les modèles que le spécialiste de la médiation pour les aînés choisit d'utiliser, il y a un parti pris en faveur de la protection de toutes les parties, de l'examen de l'option la moins restrictive et de la prise en compte de l'opposition constante entre les nombreux intervenants. Par ailleurs, le médiateur doit se préoccuper du bien-être et de l'autonomie de la personne âgée en promouvant son autodétermination et en obtenant son consentement éclairé (Kardasis et Trippe, 2009). Des médiateurs ont signalé qu'en accroissant le nombre de personnes qui interviennent auprès de la personne âgée, ainsi que la fréquence des contacts établis par ceux qui offrent des services et un soutien, on augmente la probabilité de réduire la maltraitance et la négligence (McIvor, 2008 et Soden, 2010). Il y a un autre effet : la famille est plus sensibilisée à ce qui constitue de la maltraitance et de la négligence. Le médiateur peut alors utiliser ces nouveaux renseignements pour élaborer des ententes supplémentaires avec les participants afin de répondre aux préoccupations définies.

Je crois que la population générale comprend les incidents et les actes évidents de maltraitance des aînés comme les voies de fait, mais les genres de violence plus subtils comme l'exploitation financière et la violence psychologique ne sont pas reconnus et acceptés aussi facilement. De plus, les gens peuvent avoir tendance à minimiser la maltraitance des aînés (RAPSC, 2010).

On sait que la médiation pour les aînés réduit la possibilité de maltraitance et de négligence envers les aînés dans d'autres circonstances, notamment :

  • participation des enfants ou des petits-enfants au contrôle des affaires financières et à la prise de décisions à cet égard;
  • famille, famille élargie et collègues désireux de prendre des décisions au sujet des affaires commerciales;
  • modes de vie qui créent des problèmes pour diverses raisons;
  • désaccords ou malentendus concernant les résultats d'un testament et de ses effets sur le partenaire survivant et les enfants adultes;
  • pression en vue du déménagement et modification des plans;
  • droit de mourir avec dignité;
  • préoccupations au sujet des coûts des soins palliatifs et de la volonté de mourir à la maison;
  • questions relatives à la prise en charge et à la santé;
  • isolement social;
  • non-conformité au traitement curatif médical et abandon du traitement;
  • tolérance accrue de la maladie et inconfort auquel la personne âgée s'est adaptée;
  • parents âgés qui jouent un rôle parental auprès d'enfants adultes.

Les travaux comme l'étude de l'Alaska, le projet de Cornwall, le projet de l'Australie, le projet de la Grande-Bretagne et l'étude du Canada Atlantique montrent l'utilité de la médiation pour les aînés en vue de réduire la probabilité de maltraitance et de négligence. Elle est d'autant plus utile qu'on y a recours le plus tôt possible. Les familles qui hésitent à demander de l'aide — pour quelque raison que ce soit — accroissent involontairement le risque de stress et de conflit qui peut entraîner des incidents de maltraitance et de négligence envers les aînés. Des chercheurs de tout le Canada et d'autres pays s'intéressent davantage à ce domaine, notamment pour déterminer les façons dont la médiation pour les aînés peut servir à prévenir ou à réduire cette maltraitance et cette négligence à l'avenir. Les chercheurs continueront de s'engager à obtenir des renseignements des familles qui ont recours au service de médiation pour les aînés. Il est prévu que le nombre de ces études augmentera à mesure que la population vieillira.

À mesure que le recours et la sensibilisation à la médiation pour les aînés augmenteront, on reconnaîtra que plus les gens participeront aux soins quotidiens, moins il y aura de risque que la maltraitance et la négligence soient passées sous silence comme c'est souvent le cas. Lorsqu'un certain niveau de soutien ou de soins est nécessaire, des soins ciblés et individualisés peuvent permettre à la personne âgée de maintenir son autonomie et son autodétermination.

Exemples

Au cours d'une séance de médiation pour les aînés, la question à discuter était l'utilisation de la voiture de grand-papa. Étaient présents grand-maman, sa fille Laura et sa petite-fille Emily, âgée de 19 ans et qui a un fils de 2 ans. (Laura est la tante d'Émily). Laura, qui a toujours défendu ses parents, a découvert que la fille de sa sœur, Emily, avait emprunté la voiture de grand-papa et lui avait pris de l'argent en douce de différentes façons. Au cours d'une séance de médiation pour les aînés, Laura a pu parler directement et avec franchise de sa nièce Emily : « Tu as abusé de cette voiture; c'était le bébé de grand-papa. Il l'entretenait d'une manière impeccable et la conduisait en douceur tout le temps. Il a consacré beaucoup de temps et d'efforts à l'entretien de cette voiture et, en six mois, tu as réussi à l'abîmer tout en demandant à grand-papa de payer ton essence et l'assurance…Ils t'ont crue lorsque tu as menacé de ne pas les autoriser à ne plus voir leur petite-fille s'ils ne t'aidaient pas ».

Les grands-parents avaient enduré les diverses frasques d'Émily pendant plus d'un an, subissant la violence psychologique et l'exploitation financière qu'elle leur imposait. Ils n'ont pas parlé de maltraitance, mais leur fille l'a fait. Laura a décidé de prendre les choses en main et elle a signalé la situation aux Services de protection aux adultes, qui ont recommandé la médiation comme première étape. La médiation a été utile à la famille et a contribué à l'établissement d'un plan pour mettre fin à la maltraitance tout en maintenant les relations familiales. La famille a discuté de la possibilité d'une ordonnance de non-communication (que les grands-parents n'approuvaient pas, car ils croyaient que cela pourrait rompre tous les liens avec leur petite-fille et leur arrière petit fils et les amener à avoir honte et à se sentir embarrassés) et d'un calendrier de visites supervisées qui permettrait à la petite-fille et à son fils de rendre visite à ses grands-parents seulement lorsque sa tante Laura serait présente. Au fil du temps, la restriction a été abolie, car la petite-fille pouvait maîtriser son comportement et se défaire de l'idée erronée selon laquelle « ses grands-parents n'avaient besoin de rien parce qu'ils étaient trop vieux pour en profiter ».

Dans un autre scénario de médiation pour les aînés, une sœur s'employait lentement à prendre l'argent de sa mère toutes les fois qu'elle en avait l'occasion. La mère était bouleversée et consciente de ce qui se passait, mais elle ne se sentait pas capable ou désireuse de confronter sa fille et n'aurait jamais convenu que son expérience équivalait à de la « maltraitance ». Par ailleurs, la mère et ses enfants avaient accepté de participer à une médiation pour discuter de la détérioration de l'état de santé de la mère et de ses nouveaux besoins en matière de soins et de soutien. Au cours d'une des séances, une discussion a eu lieu au sujet de la préoccupation de la mère selon laquelle elle manquait d'argent. Au cours de la discussion, il a été mentionné qu'une sœur allait faire des courses avec sa mère chaque semaine et qu'elle plaçait plusieurs articles qui lui appartenaient dans le chariot de sa mère lorsqu'elle ne regardait pas. Lorsqu'elles arrivaient à la caisse, la mère se rendait compte que ces articles n'étaient pas à elle, mais elle était trop embarrassée pour commencer une discussion devant la caissière. Inévitablement, la mère finissait par payer tout. Cela se produisait si souvent que la mère se sentait coupable de voir qu'un membre de la famille recevait plus d'aide de sa part que les autres et qu'en raison de ces achats supplémentaires, elle manquait d'argent chaque mois. La mère se souciait de sa propre sécurité financière. La sœur a justifié son comportement en insistant sur le fait que sa « mère n'a pas besoin de tout son revenu. Elle ne se souciera pas de dépenser une partie de son argent pour moi, car je ne gagne pas un revenu aussi élevé que les autres ».

Au cours du processus de médiation, la mère s'est sentie assez en sécurité pour dire à sa fille qu'elle avait parfois peur d'elle. Avant la fin de la médiation, la sœur a reconnu avec réticence que son comportement était abusif. La médiation a permis à la mère de s'exprimer, de s'affirmer davantage, d'être plus forte et plus sage au sujet de la protection de ses biens. Des ententes ont été conclues pour éviter que cela se produise de nouveau. La médiation pour les aînés a été le catalyseur d'un plan futur à mettre en place qui aiderait la mère non seulement à se sentir en sécurité au sujet de ses besoins en matière de soins, mais qui servirait aussi à réduire la possibilité de toute exploitation future tout en maintenant et en renforçant les relations familiales.

« Maman est tombée de son fauteuil roulant et j'ai crié après elle — ne bouge plus maintenant!!! Je savais que j'avais perdu patience et que ce n'était pas juste pour quiconque, encore moins pour maman. J'étais devenue de plus en plus impatiente avec elle depuis quelques mois. C'est au cours de la médiation que je me suis sentie en mesure de dire à mes frères et sœurs que je ne pouvais plus continuer. Cela m'a presque mis en colère de voir avec quelle vitesse ils ont tous accepté de prendre la relève. Même si j'étais contente de leur aide, j'étais furieuse parce qu'il avait presque fallu que je craque pour qu'ils s'impliquent. Même mes deux tantes ont commencé à apporter leur contribution ».

On a montré que la médiation pour les aînés est un moyen efficace de mettre fin à la maltraitance des aînés et qu'elle a permis de résoudre de nombreux cas de maltraitance des aînés en satisfaisant davantage les clients (McIvers, 2006; Bagshaw, 2010; Craig, 1998). En participant à la médiation pour les aînés, les intéressés sont plus sensibilisés à ce que constituent la négligence et la maltraitance, et les familles sont habilitées à élaborer des stratégies préventives qui améliorent la qualité de vie et favorisent un engagement à l'égard de la dignité et du respect de toutes les personnes concernées. Il y a de plus en plus de recherche dans ce domaine — sur la vérification de la prépondérance des renseignements anecdotiques et des témoignages des participants à la médiation et des médiateurs eux-mêmes.

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