Examen du rôle de la médiation pour les aînés dans la prévention de la maltraitance des aînés

Section 3 — Examen des travaux de recherche

Même s'il y a des études limitées et quelques références antérieures sur des travaux de recherche dans le domaine de la médiation pour les aînés, il est évident qu'on a besoin de plus d'études — quantitatives et qualitatives — pour avoir des connaissances concrètes sur les effets de la médiation pour les aînés dans les familles. Cela pourrait permettre l'acquisition de connaissances plus approfondies et l'établissement de programmes axés sur la pratique fondée sur des données probantes. Jusqu'à présent, les allégations positives concernant la valeur et l'efficacité de la médiation pour les aînés étaient basées sur un nombre limité d'études combinées à des preuves empiriques recueillies auprès de spécialistes de la médiation pour les aînés qui ont une pratique solide et qui sont enthousiastes au sujet de leur expérience. Selon les preuves et l'expérience disponibles, les familles qui participent au processus de médiation bénéficient d'une amélioration de leur qualité de vie, d'une amélioration de leurs relations fragiles et d'une réduction ou de la prévention des incidents de maltraitance et de négligence envers les aînés.

D'après les chercheurs, on peut recourir à la médiation pour les aînés lorsqu'une famille fait face au stress et que la médiation peut éviter la maltraitance. Dans certains cas, où il y a eu négligence ou des formes non violentes de maltraitance, la médiation peut être utile lorsqu'elle est utilisée en même temps que d'autres interventions comme les services de protection. Il est essentiel que le médiateur soit au courant des considérations déontologiques ainsi que des lois et des obligations en matière de déclaration (Foxman, Mariani et Mathes, 2009). La médiation familiale peut inciter les personnes âgées à participer de diverses façons sécuritaires et fondées sur les principes de l'autodétermination (Gary, 1997; Schmitz, 1998; Bagshaw, 2003). Le processus de médiation pour les aînés produit des résultats positifs pour les familles à un certain nombre de niveaux. Les résultats évidents figurent dans l'accord final. Les résultats relatifs à la sécurité, à la dignité et au respect qui servent à réduire efficacement la possibilité de maltraitance et de négligence envers les aînés à l'avenir sont moins évidents, mais tout aussi importants.

La recherche nous permet d'examiner les résultats de la médiation pour les aînés. Elle nous révèle ce qui, d'après les familles, donne les meilleurs résultats pour elles, pourquoi elle fonctionne et ce qu'il faut mettre en œuvre et améliorer. Selon les études actuelles, la médiation pour les aînés pourrait changer l'aspect des soins de santé tels que nous les connaissons. Étant donné la connaissance relativement nouvelle de ce domaine de compétence, il est essentiel de recueillir des renseignements qui contribueraient à la conception d'un modèle de médiation pour la spécialité de la médiation pour les aînés. La plupart des personnes âgées veulent demeurer dans leur maison le plus longtemps possible, elles veulent être indépendantes et, s'il y a lieu, profiter des services de soutien en place pour demeurer indépendantes et, comme le reste du monde, elles veulent qu'on réponde à leurs besoins et qu'on les traite avec dignité et respect. La collecte de renseignements — provenant des utilisateurs de la médiation pour les aînés et validés dans le cadre d'études — est essentielle à la croissance continue de la médiation pour les aînés.

a. Recherche en Australie — Modèles de médiation axée sur les aînés

Une équipe de chercheurs de la University of Southern Australia (UniSA) dirigée par le Dr Dale Bagshaw a reçu une subvention de l'Australian Research Council avec six partenaires de l'industrie du domaine du vieillissement pour la conception, la mise à l'essai et l'évaluation de modèles de médiation familiale axée sur les personnes âgées afin de prévenir l'exploitation financière des personnes âgées par des membres de leur famille (Bagshaw, Wendt et Zannettino, 2009). Selon leur hypothèse, la médiation peut aider les familles à être plus résistantes et, grâce à une intervention précoce, elle peut servir de tampon pour les personnes âgées qui sont vulnérables ou qui risquent d'être exploitées financièrement par un membre de leur famille. D'après les évaluations de la médiation familiale dans les cas du droit de la famille où il y a une violence familiale (Bagshaw 2003, 2009), leur prémisse est que les modèles de médiation familiale spécialisée pour la prévention de l'exploitation financière des personnes âgées par un membre de leur famille peuvent être efficaces dans certains cas. C'est-à-dire que si la médiation est volontaire et axée sur la personne âgée, la sécurité et la protection de la victime sont assurées, les déséquilibres de pouvoir sont éliminés, et l'on a recours à des défenseurs et à d'autres personnes de soutien pour faire en sorte que les besoins des personnes âgées soient primordiaux et que leur voix soit entendue, qu'elles soient aptes ou inaptes.

Dans son récent communiqué de presse, l'University of Southern Australia (2010) a signalé que les chercheurs demandent aux personnes âgées et aux membres de leur famille de faire part de leurs expériences et de leurs opinions au cours d'une tribune téléphonique confidentielle afin de recourir à la médiation familiale et à d'autres stratégies pour prévenir ce genre de maltraitance. Dans le communiqué de presse, la chef des chercheurs, M. Dale Bagshaw, fait état d'un phénomène courant alarmant : l'exploitation financière des aînés.

[TRADUCTION]

« Nous avons constaté que la forme la plus courante de maltraitance des aînés signalée ou soupçonnée est l'exploitation financière, suivie de la violence psychologique et physique, même s'il n'est pas rare qu'il y ait plus d'un genre de maltraitance simultanée », affirme-t-elle. « L'exploitation financière peut comprendre la falsification de documents, le vol, les modifications imposées à un testament, le virement d'argent ou de biens à une autre personne ou l'utilisation des fonds de la personne âgée et le fait de ne pas lui rembourser des prêts. Elle peut aussi inclure l'appropriation indue de pouvoirs permanents lorsqu'une personne de confiance — habituellement un membre de la famille — est légalement instituée comme gestionnaire de l'actif financier d'une personne âgée de plus en plus fragile et qui ne peut plus administrer ses propres affaires. La prise en charge extrafamiliale accrue par suite de l'application des politiques sur le « vieillissement à domicile », l'accroissement rapide du nombre de personnes âgées, les ressources limitées des services de prise en charge extrafamiliale et les accords internationaux sur les droits de la personne montrent que la compréhension et la prévention de la maltraitance des aînés par les membres de leur famille sont une question de justice sociale à laquelle il faut accorder la priorité. »

Toujours d'après le communiqué de presse, la deuxième étape du projet comprend une tribune téléphonique nationale visant à recueillir des renseignements qui serviront à concevoir des modèles de médiation familiale axés sur les personnes âgées pour prévenir cette maltraitance. Pendant la première étape du projet, les chercheurs ont diffusé deux enquêtes nationales en ligne, une à l'intention des organismes au service des personnes âgées et de leur famille ainsi que des organismes qui offrent des services de résolution des conflits familiaux, et une à l'intention des fournisseurs de services de différentes disciplines, qui sont des médiateurs familiaux ou des médiateurs qui travaillent auprès des personnes âgées.

Selon la chef des chercheurs Bagshaw, l'étude vise à concevoir, à piloter et à évaluer des modèles spécialisés de médiation familiale axée sur les personnes âgées à titre de stratégies de prévention de la maltraitance des aînés par les membres de leur famille dans les cas où les personnes âgées sont aptes, ont une capacité diminuée ou sont inaptes. Les objectifs énoncés sont les suivants :

  1. procéder à une analyse critique des études nationales et internationales actuelles sur l'exploitation financière ou la maltraitance des personnes âgées par un membre de leur famille et définir des modèles d'intervention visant à prévenir la maltraitance;
  2. définir et analyser les facteurs individuels, structuraux et écologiques, en particulier le sexe, la culture et la ruralité, qui rendent les personnes âgées vulnérables à l'exploitation financière par les membres de leur famille ou au risque d'en être victimes, et les facteurs de protection qui accroissent la résilience individuelle et familiale;
  3. définir les lacunes et les points forts existants dans la législation nationale, les politiques organisationnelles et la prestation des services aux personnes âgées qui sont victimes de l'exploitation financière d'un membre de leur famille;
  4. concevoir, piloter et évaluer des modèles spécialisés de médiation familiale axée sur les personnes âgées aux niveaux d'intervention primaire et secondaire, qui portent sur les intérêts véritables et la sécurité des personnes âgées, tiennent compte directement et indirectement de leurs opinons dans la prise de décisions, définissent et examinent les facteurs de protection et les vulnérabilités concernant leurs biens et leur actif financier et favorisent les relations familiales résilientes et protectrices;
  5. inciter activement les partenaires de l'industrie à participer au processus de recherche pour renforcer leur capacité de répondre aux besoins des personnes âgées qui risquent d'être victimes de l'exploitation de membres de leur famille ou qui sont vulnérables, élaborer des stratégies pour protéger les personnes âgées ainsi que leurs biens et leur actif financier et établir, entretenir ou renforcer des relations familiales qui jouent un rôle important sur le plan de la prise en charge et de la protection.

À la fin de 2010, le rapport final n'avait pas encore été rendu public, mais les résultats préliminaires ont fait ressortir des lignes directrices claires sur les facteurs à prendre en considération au moment de la conception de modèles de médiation familiale axés sur les personnes âgées pour prévenir leur exploitation financière. On y mentionne que la maltraitance résulte souvent du fait que les membres de la famille ont le profond sentiment d'avoir droit aux biens des personnes âgées et que celles ci sont particulièrement vulnérables lorsqu'elles dépendent des soins d'un membre de leur famille ou qu'elles deviennent inaptes en raison de la démence, d'un accident vasculaire cérébral ou d'autres maladies. Il semble que certaines familles soient plus résilientes que d'autres et qu'elles puissent créer un tampon pour les personnes âgées qui sont vulnérables à l'exploitation financière ou qui risquent d'en être victimes.

Selon les conclusions tirées jusqu'à maintenant, un nombre important d'aînés en Australie risquent d'être victimes de l'exploitation financière d'au moins un membre de leur famille, et dans le cas des autres, on peut le découvrir trop tard pour pouvoir intervenir afin de protéger la personne âgée et ses biens. D'après Bagshaw, une intervention précoce peut accroître la résilience de la famille en améliorant les aptitudes à la communication des membres de la famille, leur engagement à l'égard du bien-être des membres âgés de leur famille, leurs capacités de résoudre les problèmes et leur capacité d'être souples, leurs liens avec les réseaux sociaux de soutien et leurs relations positives avec les professionnels clés. Si elle est utilisée comme intervention à un stade précoce, la médiation familiale axée sur les personnes âgées est une stratégie possible qui peut renforcer ces facteurs et aider certaines personnes âgées et leurs familles à élaborer des stratégies et des plans concernant leur actif financier et leurs biens pour les protéger contre le risque potentiel d'exploitation ou de maltraitance par un membre de leur famille (Bagshaw, 2010).

b. Cornwall Respite and Relief Elder Mediation Project

Selon les statistiques sur les résultats du projet de Cornwall examiné plus haut (page 18), l'adoption d'une approche de médiation pour les aînés pourrait permettre au système de soins de santé de l'Ontario de réaliser des économies financières considérables. D'avril 2009 à août 2010, il y a eu 99 renvois par les partenaires participants. De ce nombre, 39,5 % provenaient de la Société Alzheimer, 54 %, des gestionnaires de cas des CASC et 6,5 %, d'autres sources. On attribue directement aux activités et à l'intervention d'un spécialiste de la médiation pour les aînés la réduction draconienne des visites des participants au projet à la salle d'urgence des hôpitaux locaux et des admissions ultérieures dans les hôpitaux de soins de courte durée. Les répercussions réelles de ce programme peuvent se vérifier dans les taux d'admission plus bas aux soins de longue durée des personnes souffrant de démence évolutive (Rivera-Mildenhall, 2010).

Il convient de noter que pour la période 2009-2010, le nombre prévu de visites à la salle d'urgence s'est établi à seize, mais qu'aucune visite n'a eu lieu dans le cadre du programme. Le nombre prévu d'admissions par année dans les hôpitaux de soins de courte durée a été fixé à huit, mais il n'a fallu procéder à aucune admission dans le cadre du programme. Selon les prévisions, le nombre d'admissions dans les établissements de soins de longue durée devait s'élever à vingt quatre, mais seulement neuf admissions ont eu lieu (Rivera-Mildenhall, 2010). De toute évidence, le programme a dépassé les attentes, et il pourrait constituer un modèle pour les futurs projets de soins de santé, non seulement en Ontario, mais dans tout le Canada et dans d'autres pays.

c. Programme Adult Guardianship/Conservatorship Mediation du système judiciaire de l'Alaska

L'étude de l'Alaska, dont il a été fait état à la page 20, est un autre modèle de projet qui a de nombreuses répercussions sur les soins de santé futurs et l'amélioration de la qualité de vie. Cette étude fait état d'allégations de maltraitance et de négligence ou de négligence de soi dans la moitié des cas de médiation examinés dans le cadre du projet. Dans toutes ces situations, le médiateur est [TRADUCTION] « …responsable devant le système des personnes qui participent au processus décisionnel, et il lui incombe de fournir la structure et les outils nécessaires pour prendre volontairement des décisions d'un commun accord, souvent dans des circonstances difficiles. En ce sens, le rôle du médiateur consiste à habiliter le système pour qu'il n'ait pas à recourir à des intervenants de l'extérieur, comme les tribunaux, pour prendre les décisions »(Largent [2009]) .

Voici des résultats importants du projet relevés par Largent (2009) et Carns et McKelvie (2009) :

  • les juges et les professionnels ont commencé à orienter vers la médiation les cas difficiles dont la résolution aurait dû auparavant faire l'objet d'audiences coûteuses devant le tribunal;
  • les participants se sont entendus sur certaines ou la totalité des questions dans 87 % des cas soumis à la médiation;
  • la médiation a donné lieu à des plans qui ont permis d'améliorer la prise en charge et la sécurité des adultes à risque élevé (personnes bénéficiant de services de protection pour adultes) dans 95 % des cas;
  • les participants étaient satisfaits des ententes conclues dans 91 % des cas;
  • on croyait que la médiation permettait d'éviter les procédures judiciaires contestées dans « presque tous les cas »;
  • les participants étaient très satisfaits de leur expérience de la médiation.

d) Center for Social Gerontology (TCSG)

Situé à Ann Arbor (Michigan), le Center for Social Gerontology est un pionnier du recours à la médiation comme solution de rechange à la tutelle depuis le début des années 90. Il a promu la médiation comme moyen non accusatoire de résoudre les problèmes personnels, financiers et connexes complexes qui donnent souvent lieu à la présentation de demandes de mise en tutelle des personnes âgées par les membres de leur famille, des amis ou des organismes de tutelle privés. En 2001, il a rendu publique une étude réalisée dans quatre États dont les résultats ont montré que la médiation était un moyen efficace d'aider les parties à un conflit dans un cas de tutelle à en venir à une entente dans les trois quarts des cas (Butterwick, Hommel et Keilitz, 2001).

Cette étude avait pour but de déterminer l'efficience, l'efficacité et la reproductibilité de la médiation dans les cas de mise en tutelle d'adultes. Elle visait à répondre aux questions suivantes :

  • Comment fonctionnent les programmes de médiation axée sur la tutelle?
  • Quels sont leurs processus, structures et procédures?
  • Fonctionnent-ils comme prévu?
  • Sont-ils efficients?
  • Sont-ils efficaces?

Le plan de l'étude comprenait deux volets importants : 1) une analyse descriptive du fonctionnement des quatre programmes de médiation axée sur la tutelle en Ohio, en Floride, au Wisconsin et en Oklahoma; 2) une évaluation de leur incidence. Dans leur rapport Evaluating Mediation as A Means of Resolving Adult Guardianship Cases, Butterwick et ses collaborateurs décrivent le recours à la médiation dans les cas de mise en tutelle de personnes âgées. En plus du taux de succès de 75 %, l'étude a révélé que les aînés, les membres de leur famille, les administrateurs des programmes et les médiateurs croyaient que la médiation dans ces cas de mise en tutelle d'adultes était efficace pour trouver des solutions meilleures ou plus satisfaisantes comme la réduction des cas de tutelle, une tutelle limitée plutôt que complète ou des solutions de rechange à la tutelle moins restrictives.

En ce qui concerne la maltraitance, la négligence et l'exploitation, TCSG soutient que lorsque les cas sont extrêmes et qu'il y a des allégations de violence physique ou psychologique ou d'exploitation financière, la médiation pour les aînés est contre-indiquée. TCSG croit que dans les cas de tutelle où il y a des allégations de maltraitance, il vaut probablement mieux en saisir le tribunal (Hommel, 2008).

TCSG a produit une publication intitulée « Elder Mediation Annotated Resource Library » (McCreary, 2008) qui présente une liste annotée et une brève description de certains des livres, manuels, rapports, articles et vidéos en ligne qui ont fait l'objet de ses recherches — sur le développement, la prestation et l'évaluation de la médiation pour les aînés.

e. Étude visant à faire connaître les méthodes — Canada atlantique (2009)

Cette étude qualitative fait état des opinions d'utilisateurs de la médiation pour les aînés dont les points de vue ont servi à faire connaître le développement des méthodes de médiation pour les aînés (McCann-Beranger et Richards, 2009). Les personnes âgées veulent demeurer dans leur maison le plus longtemps possible, elles veulent être indépendantes et, s'il y a lieu, elles veulent bénéficier des services de soutien dont elles ont besoin pour demeurer indépendantes. Cette étude a permis d'examiner les résultats de la médiation pour les aînés et ce qui, d'après les familles, donne les meilleurs résultats dans leur cas, pourquoi cela fonctionne et ce qu'il faut mettre en œuvre et améliorer.

La population visée qui pourrait bénéficier de cette étude comprend les réseaux sociaux où les personnes âgées souffrent de troubles de mémoire ou de démence évolutive. Dans cette étude, les participants ont été interrogés dans divers réseaux sociaux formés de personnes âgées et de leurs soutiens, y compris leur famille (p. ex. conjoints et enfants adultes) et amis, et représentants d'organismes communautaires, professionnels de la santé et établissements de soins de longue durée (McCann-Beranger et Richards, 2010).

L'étude a fait appel à des analyses itératives et thématiques pour examiner et classer les expériences des utilisateurs de la médiation pour les aînés qui, dans l'ensemble, comptaient un membre de leur famille souffrant de la maladie d'Alzheimer ou de démence et qui se sentait isolé et incapable de faire face à la situation. Plusieurs thèmes relatifs à la participation sociale et à l'inclusion ont surgi. En général, selon les conclusions, les participants ont dit qu'ils se sentaient en sécurité, valorisés et respectés dans le processus de médiation pour les aînés, et les parents ont indiqué qu'ils pouvaient tenir de nouveaux genres de discussions avec leurs enfants adultes. Certains aidants naturels ont dit qu'ils se sentaient seuls depuis longtemps et que le stress lié aux soins prodigués les rendait moins patients qu'ils le seraient normalement. Ils avaient l'impression de causer du mal, intentionnellement ou non. Ils ont indiqué que la médiation pour les aînés les aidait à atténuer les tensions causées par la situation familiale.

Les familles ont fait remarquer que la médiation pour les aînés les avait aidées à amorcer des discussions pour décider comment les membres de leur famille et la personne âgée pourraient contribuer à la gestion des soins, compte tenu de tous les changements qu'ils subissaient. Elles ont aussi indiqué qu'après que les membres de la famille avaient accepté un plan visant à gérer le changement et que plus les membres de la famille et d'autres personnes participaient aux soins, moins il était probable qu'il y ait maltraitance et plus il était probable que la qualité des soins s'améliore. Quatre-vingt-dix-huit pour cent des participants ont dit qu'ils recommanderaient la médiation pour les aînés à d'autres personnes qui vivaient, ils le savaient, des expériences et des difficultés semblables aux leurs. De plus, tous les participants ont indiqué que les objectifs de la médiation étaient atteints dans l'ensemble, et certains ont dit que le processus de médiation pour les aînés dépassait leurs attentes.

Les thèmes étaient les suivants :

  • se sentir en sécurité (les participants estimaient que le médiateur comprenait leurs préoccupations, leurs soucis et leurs craintes concernant les difficultés auxquelles ils faisaient face);
  • avoir un sentiment d'appartenance — les médiateurs connaissaient bien la démence; ils étaient donc immédiatement très empathiques et encourageaient les parties en cause à accroître leur participation et à faire part des défis les plus importants;
  • niveaux accrus de coopération et de collaboration entre les membres du réseau à mesure qu'ils adoptaient de nouvelles façons de prêter une oreille attentive aux autres pour aller dans la même direction;
  • besoin de prévention — les participants se préoccupaient constamment d'assurer une qualité de vie satisfaisante, comme la fourniture de soins personnels et d'aliments appropriés au bénéficiaire pour prévenir les maladies et la diminution du bien-être;
  • la violence physique et psychologique à la maison et dans les établissements de soins par le personnel et l'agression par le bénéficiaire envers son aidant naturel ont également été considérés comme des problèmes qui pourraient se poser sans une intervention, comme la médiation pour les aînés.

    [TRADUCTION]

    Ma femme manifestait de plus en plus de violence verbale et elle n'était pas bien. Je ne pouvais pas franchir le seuil de la porte sans qu'elle devienne très contrariée. Elle a même appelé la police un jour parce qu'elle ne m'avait pas reconnu. Cela m'affectait, et le médecin a dit que ma santé s'en ressentait (McCann-Beranger et Richards, 2009).

Néanmoins, on estimait également que la médiation pour les aînés pouvait aider les membres de la famille à trouver des façons d'apporter une contribution, quel que soit l'éloignement des membres du réseau. Par exemple, dans certains réseaux, même si un membre est désigné comme principal aidant naturel en raison de sa proximité, d'autres membres peuvent apporter une contribution financière de loin pour permettre à une aide ménagère de demeurer avec une personne âgée. Les participants ont fait état d'une amélioration générale de la satisfaction des besoins en matière de soins en raison du processus de médiation pour les aînés. Cela, en soi, contribue à étayer un point de vue fondé sur la prévention.

Les participants à l'étude ont été surpris de la mesure dans laquelle la médiation avait aidé à répondre à leurs besoins et de la façon dont elle avait incité tous les membres de leur famille et de leur cercle d'amis à aider à réduire le stress de toutes les personnes touchées. Des personnes souffrant d'un stade précoce de démence évolutive ont participé à certaines de ces séances de médiation. Dans leurs histoires, les familles ont souvent fait état de façons de s'entraider tout en réduisant au minimum les niveaux de conflit — ce qui réduit la possibilité de maltraitance et de négligence.

Les participants à l'étude ont indiqué que les discussions facilitées et ciblées avaient réduit considérablement les niveaux de stress. Ceux qui doivent déménager un membre de leur famille dans un établissement communautaire ou de soins — une décision draconienne qui suscite la crainte — ont indiqué que la médiation avait pour effet d'accroître la probabilité que la personne demeure à son domicile plus longtemps. De plus, les organismes parrains ont fait état d'une réduction marquée des demandes de séances de counseling individuelles visant à faire face au stress. On avait davantage la capacité d'établir une distinction entre les cas où les gens avaient besoin de « counseling » et les cas où ils avaient besoin d'une « médiation ». Lorsque la médiation pour les aînés était la solution choisie, les participants étaient habilités à en venir à des ententes selon lesquelles les membres de la famille offraient plus de soutien et de temps qu'ils ne l'auraient fait autrement. Tous les participants étaient satisfaits de la médiation pour les aînés et utiliseraient le processus de nouveau, et tous recommanderaient le processus à d'autres. Les participants ont fait état d'une amélioration générale de la satisfaction des besoins en matière de soins en raison du processus de médiation pour les aînés (McCann-Beranger et Richards, 2010).

f. Projet de médiation pour les aînés (Grande-Bretagne)

Le projet de médiation pour les aînés de la Grande-Bretagne décrit à la page 24 du présent document constitue un exemple d'un projet qui a montré que la médiation peut être un outil approprié pour résoudre un conflit important avant qu'il devienne un problème grave (Craig, 1997). (Il convient de noter que la thèse de doctorat de Craig a également porté sur la théorie selon laquelle, aux premiers stades d'un conflit dans les relations avec les aînés, la médiation peut contribuer à la prévention de la maltraitance des aînés (Craig, 1995).

En ce qui concerne l'étude, Craig a indiqué que l'expérience acquise dans le cadre du projet de médiation pour les aînés a permis de déterminer qu'il faudrait encourager les personnes âgées à développer leurs compétences naturelles pour gérer leurs propres conflits. Il a été recommandé d'encourager les organismes d'aide aux aînés à donner à un petit noyau de personnes âgées une formation sur la médiation pour les aînés pour qu'elles aident à établir des relations avec leurs pairs et d'encourager ces organismes à sensibiliser les établissements où le personnel surchargé et sous-rémunéré ainsi que leurs résidents trouvent difficile de faire face de manière appropriée aux conflits. Le projet a montré que les ateliers sur la résolution des conflits étaient utiles pour les groupes sociaux œuvrant auprès des aînés et pour eux. Il est important que les travailleurs sociaux, les conseillers, les médecins, le personnel infirmier et le personnel médical suivent une formation sur la médiation pour compléter leur propre expertise. On les a encouragés à offrir des services d'entraide par les pairs aux autres personnes travaillant auprès des personnes âgées afin qu'ils conçoivent leurs propres projets de médiation pour les aînés (Craig, 1995). Dans le cadre du projet de médiation pour les aînés, on a aussi formulé les dix conseils généraux suivants et on les a présentés à ceux qui font face à des conflits :

  1. traiter directement et discrètement avec les personnes concernées;
  2. suggérer un moment qui convient à tous pour discuter des différends;
  3. remercier et respecter les gens qui acceptent de discuter des difficultés;
  4. décrire les faits comme vous les voyez et indiquer comment la situation vous touche;
  5. écouter attentivement les comptes rendus d'autres personnes sans les interrompre;
  6. vérifier auprès des uns et des autres si vous avez compris les causes profondes des difficultés et vos besoins individuels en matière de recherche de la paix;
  7. offrir de coopérer pour trouver des solutions mutuellement acceptables à la situation;
  8. discuter de toutes les questions, difficiles ou simples, afin de parvenir à une solution;
  9. envisager de rédiger et de signer une entente sur les questions complexes;
  10. suggérer d'autres discussions s'il est nécessaire de vérifier les améliorations.

g. La justice réparatrice : une approche curative à la maltraitance des aînés (Arlene Groh, IA, BA)

Ce projet, conçu à Waterloo (Ontario), a été décrit plus haut à la page 19. Un résultat important de cette étude associé au projet était qu'il y avait souvent des cas considérés comme de la maltraitance ou de la négligence. Les personnes âgées et les fournisseurs de services étaient souvent réticents à signaler la maltraitance; par conséquent, il n'y avait pas d'intervention dans les cas de violence, et la perception partagée était que le système de justice rétributive n'avait pas résolu les problèmes de maltraitance.

Même si le fait de causer des préjudices physiques, financiers ou psychologiques à une personne âgée peut être une infraction aux termes du Code criminel, très peu de ces incidents sont signalés au système de justice. Il y avait de nombreuses raisons pour lesquelles les aînés évitaient de révéler la maltraitance qu'ils subissaient : la crainte de perdre la relation avec la personne qui leur fait du mal, la honte du fait qu'une personne en qui ils ont confiance les maltraite et la conviction que la police et d'autres organismes ne peuvent pas les aider. Des professionnels et d'autres membres de la collectivité peuvent aussi dissimuler ce crime. Les raisons d'une telle réaction peuvent comprendre les attitudes fondées sur l'âgisme qui ne tiennent pas compte du point de vue de la personne âgée, le fait de ne pas croire les affirmations de la personne âgée, le manque de connaissances au sujet de ce qui constitue la maltraitance et la façon d'intervenir et un malaise personnel à l'égard de la question (Groh, 2009).

h. Projet de médiation pour les aînés — Dublin (Irlande)

Le projet pilote de médiation pour les aînés de l'Irlande décrit à la page 23 du présent rapport a rendu publiques ses premières conclusions. L'évaluation, encore sous forme d'ébauche, fait ressortir un certain nombre de résultats :

  • dans bien des cas, les relations en piètre état entre les frères et sœurs ont été rétablies et les canaux de communication ont été ouverts;
  • les familles ont reçu de l'aide pour établir des plans de prise en charge de leurs êtres chers;
  • le Dementia Rights Advocacy Service a signalé de meilleurs résultats concernant le parent souffrant de démence;
  • ceux qui en sont venus à une entente au moyen de la médiation ont convenu que le résultat était juste et ils étaient satisfaits du processus et des résultats;
  • les familles ont indiqué qu'elles avaient bénéficié d'un environnement sûr pour concentrer leur énergie sur la recherche de solutions à leurs différends;
  • certains participants n'ont perçu aucun changement dans la situation, mais la médiation les a aidés à l'accepter et à aller de l'avant (Dooley, 2010).

Les conclusions tirées du projet pilote jusqu'à maintenant indiquent que la médiation pour les aînés peut être un moyen très efficace de faire face aux problèmes du vieillissement. L'ébauche de l'évaluation insiste sur l'importance que les spécialistes de la médiation pour les aînés aient des connaissances spécialisées sur le vieillissement, la démence, la capacité, les services communautaires et la dynamique familiale (Dooley, 2010).

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