Enquête menée auprès des survivants de violence sexuelle dans les Territoires du Nord-Ouest

Sommaire

La violence sexuelle durant l’enfance (VSE) et l’agression sexuelle à l’âge adulte (ASA) sont parmi les crimes les moins signalés au Canada. Cependant, on sait que la plupart des victimes de ces crimes sont de sexe féminin, puisque 87 % des agressions sexuelles signalées à la police en 2012 ont été faites à l’endroit de femmes. On sait aussi que les Territoires du Nord-Ouest du Canada présentent le taux le plus élevé de crimes violents et d’agressions sexuelles au Canada. Une grande majorité des résidents des territoires sont autochtones et le taux d’actes de violence et d’agressions sexuelles subis par les Autochtones, plus particulièrement les femmes autochtones, est extrêmement élevé.

Étant donné les taux élevés d’agressions sexuelles et la faible fréquence des signalements, il importe de tenter de cerner les expériences et les besoins des femmes autochtones et non-autochtones dans le Nord. La présente étude vise à mieux comprendre les expériences des survivants autochtones de VSE et d’ASA dans les territoires du Nord du Canada en ce qui a trait aux pratiques de signalement, aux stratégies d’adaptation et aux expériences personnelles des victimes à l’égard du système de justice pénale.

Méthodologie

L’étude comporte des entrevues menées auprès de 34 survivants de violence sexuelle durant l’enfance et/ou d’agression sexuelle à l’âge adulte dans les Territoires du Nord-Ouest. La Division de la recherche et de la statistique a collaboré étroitement avec un centre d’aide aux victimes d’agressions sexuelles dans les Territoires du Nord-Ouest pour mettre au point un outil d’entrevue, soit un questionnaire composé de 76 questions, dont des questions de type nominal ainsi que des questions ouvertes (consulter un exemplaire du questionnaire à l’annexe A). Le centre d’aide aux victimes d’agressions sexuelles a recruté des participants et un conseiller du centre a mené les entrevues.

Constatations

Tous les répondants, sauf un, étaient de sexe féminin. Ils avaient entre 17 et 57 ans et 88 % d’entre eux se sont identifiées comme des Autochtones. Le revenu annuel de plus des deux tiers des répondants était inférieur à 15 000 $.

Parmi les répondants, 20 disent avoir été victimes de violence sexuelle durant leur enfance ainsi que d’agression sexuelle à l’âge adulte.

La majorité (n = 30) des répondants ont été victimes de violence sexuelle durant leur enfance, 24 d’entre eux déclarant par ailleurs avoir subi de multiples incidents de violence sexuelle. Parmi les victimes de violence sexuelle durant l’enfance, plusieurs ont subis de la violence sexuelle par un parent ou un individu jouant le rôle de père non-biologique (par ex., un beau-père). Huit (8) répondants seulement ont signalé à la police les incidents de violence sexuelle subis durant leur enfance, ou en ont parlé à une autre personne qui a signalé la violence sexuelle. La plupart des victimes qui ont signalé la violence sexuelle subie durant l’enfance ont dit l’avoir fait parce qu’elles se sentaient dans l’obligation d’agir ou qu’elles voulaient remédier à des sentiments négatifs. Vingt (20) répondants disent ne pas avoir signalé les incidents de violence sexuelle à cause de la honte ou de la gêne qu’ils ressentaient ou parce qu’ils ne savaient pas qu’ils pouvaient le faire.

Parmi les répondants, 24 disent avoir été victimes d’agression sexuelle à l’âge adulte, dont certains (n = 14) plusieurs fois. La majorité (n = 22) des répondants connaissaient leur agresseur, qui pouvait notamment être un partenaire intime, une simple connaissance et les parents. Comme dans le cas de la VSE, très peu de répondants ont signalé les agressions sexuelles subies à l’âge adulte (n = 10). Les personnes qui l’ont fait ont invoqué pour cela des motifs semblables à ceux invoqués par les personnes ayant signalé des incidents de VSE; de même pour les personnes qui n’ont pas signalé les agressions sexuelles subies à l’âge adulte, car elles ont invoqué des motifs semblables à ceux invoqués par les répondants n’ayant pas signalé la violence sexuelle subie durant l’enfance.

Les répondants disent presque tous avoir éprouvé des effets émotionnels et/ou psychologiques en conséquence de leur victimisation. Certains des effets qu’ils ont mentionnés sont la dépression, l’angoisse et la difficulté à faire confiance. Plusieurs participants ont éprouvé de multiples effets et plusieurs ont lutté contre leurs traumatismes pendant toute leur vie.

On a également demandé aux répondants de décrire les mécanismes auxquels ils recouraient pour réduire les effets de leur traumatisme. La majorité d’entre eux font état de multiples mécanismes, dont certains sont négatifs et d’autres, positifs. Les stratégies d’adaptation comprenaient la religion et la spiritualité, les aidants naturels et les aidants professionnels, le bénévolat et l’aide apportée à autrui. Les stratégies d’adaptation négatives comprenaient les comportements de dépendance, les actes autodestructeurs et les tentatives de suicide.

On a posé aussi plusieurs questions aux répondants sur le système de justice pénale. Les répondants disent avoir été renseignés sur le système de justice pénale grâce à diverses sources et à divers véhicules, notamment les médias et la police. À la question de savoir s’ils avaient confiance dans les divers intervenants du système de justice pénale, dont la police, les tribunaux et le système de justice en général, la majorité des participants ont répondu qu’ils n’avaient pas confiance dans ces intervenants.

Les répondants ont formulé des suggestions à l’intention des autres survivants de VSE et d’ASA à propos de ce qu’il est nécessaire de savoir sur le système de justice pénale. Plusieurs répondants ont incité d’autres survivants à signaler la violence sexuelle et leur faisaient savoir qu’ils pouvaient obtenir de l’aide, tout en les avertissant que le processus pourrait être long et difficile. Les répondants ont proposé plusieurs idées pour communiquer ces renseignements aux survivants, plusieurs répondants suggérant de sensibiliser les élèves par les programmes scolaires et avec l’aide des conseillers scolaires.

Enfin, les participants ont formulé plusieurs suggestions visant à faire en sorte que le système de justice pénale réponde mieux aux besoins des survivants. Il en est ressorti trois principaux thèmes : les survivants ont besoin de soutien; ils ont besoin de plus d’aide pour s’y retrouver dans le système de justice pénale; les répondants souhaitent qu’on trouve un équilibre entre les manières dont les survivants et les accusés sont respectivement traités.

Conclusion

L’étude donne une vue d’ensemble des expériences des survivants de violence sexuelle dans l’un des territoires nordiques du Canada. Un grand nombre des survivants avaient été victimes de VSE et d’ASA au cours de leur vie. Conformément à des recherches antérieures sur la victimisation sexuelle, l’étude a révélé que peu avaient signalé la violence et/ou l’agression sexuelle à la police. Les survivants ont également décrit un certain nombre d’effets psychologiques et émotionnels causés par leurs expériences traumatiques ainsi que plusieurs stratégies d’adaptation positives et négatives, qui correspondent également aux constatations de recherches précédentes. De plus, les survivants ont présenté leurs visions du système de justice pénale et de la façon dont le système de justice pénale pourrait fonctionner pour mieux répondre aux besoins des survivants de violence sexuelle. Nous espérons que l’information contenue dans le présent rapport pourra être utilisée par les parties concernées dans leur travail pour mieux répondre aux besoins des survivants de violence sexuelle.

Date de modification :