Recueil des recherches sur les victimes d'actes criminels, no 6

Renforcement de notre capacité : les Centres d’appui aux enfants au Canada

Susan McDonald Note de bas de la page 5, avec Katie Scrim Note de bas de la page 6 et Lara Rooney Note de bas de la page 7

Les enfants et les adolescents victimes et témoins d’actes criminels sont confrontés à des obstacles particuliers à l’intérieur du système de justice pénale, notamment lorsqu’ils doivent répondre à des questions trop complexes pour leur âge (voir Sas, 2002). C’est pourquoi plusieurs provinces et territoires ont mis sur pied des programmes spéciaux, au sein de leur direction provinciale ou territoriale des services aux victimes, à l’intention des enfants et des adolescents victimes d’actes criminels. Certains organismes non gouvernementaux fournissent également une aide spécialisée.

Les Centres d’appui aux enfants (CAE) offrent une panoplie de services aux enfants victimes ou témoins d’actes criminels et aux membres de leur famille afin de réduire les traumatismes liés à leur participation au système de justice pénale. Les CAE mènent aussi des recherches et offrent de la formation et des activités de vulgarisation juridique. Dans le budget de 2010, on a annoncé de nouvelles ressources pour les victimes d’actes criminels et l’octroi d’un financement afin d’accroître le soutien aux victimes par la création de CAE et l’amélioration des CAE existants dans l’ensemble du Canada (5,25 M$ sur cinq ans). Dans le budget de 2012, on a annoncé l’affectation de ressources additionnelles (5 M$ sur cinq ans) pour appuyer encore davantage la mise sur pied et l’amélioration des CAE. Ces ressources sont disponibles par l’entremise du Fonds d’aide aux victimes, dans le cadre de la Stratégie fédérale d’aide aux victimes.

Par l’engagement de fonds réservés aux CAE, le ministère de la Justice du Canada donne aux organismes des moyens d’atteindre leurs objectifs en leur permettant notamment de renforcer la capacité des fournisseurs de services qui s’occupent d’enfants et d’adolescents victimes. Le présent article vise à décrire comment les services de recherche de la Division de la recherche et de la statistique (DRS) du Ministère ont contribué au renforcement de cette capacité.

Contexte

Aux États-Unis, on a couramment recours aux CAE. Ces centres ont été créés dans les années 1980 dans le but d’offrir un service coordonné destiné à répondre aux besoins des enfants participant au système judiciaire en tant que victimes ou témoins d’actes criminels. Les CAE cherchent à réduire au minimum les traumatismes associés à la participation au système judiciaire en fournissant aux enfants et aux adolescents victimes ou témoins d’actes criminels et à leur famille un cadre d’intervention unique et adapté où ils peuvent obtenir les services dont ils ont besoin et en réduisant le nombre d’entrevues et de questions adressées aux enfants durant le processus d’enquête ou de préparation à la comparution.

Aux États-Unis, les CAE sont accrédités par la National Children’s Alliance, mais il n’existe pas de normes d’agrément pour les CAE au Canada. Ici, les CAE utilisent diverses approches, qui sont souvent très similaires au modèle américain, pour répondre aux besoins de leurs clients. Même si les CAE n’offrent pas tous les mêmes services, la National Children’s Alliance cite les éléments suivants comme des composantes essentielles du modèle des CAE :

  • une équipe multidisciplinaire comprenant des spécialistes de l’exécution de la loi, des services de protection de l’enfance, des services de poursuite, des services de santé mentale, des services de défense des droits des victimes et du personnel du CAE;
  • une capacité d’adaptation et une diversité culturelles;
  • des entrevues judiciaires;
  • le soutien aux victimes et la défense de leurs droits;Note de bas de la page 1
  • des évaluations médicales;
  • des services de santé mentale;
  • l’examen des cas;
  • le suivi des cas;
  • une capacité organisationnelle;
  • un milieu adapté aux enfants.Note de bas de la page 2

Parmi les autres éléments importants du travail d’un CAE figurent la formation et l’éducation des spécialistes, l’approche communautaire, par des activités de formation, de collecte de fonds et d’information du public, par exemple, afin de sensibiliser davantage les gens à la victimisation des enfants et des adolescents, et la recherche. Il convient toutefois de souligner que la priorité est de servir les clients, et les activités de formation et de recherche dépendraient de la disponibilité des ressources.

Au Canada, des services spécialisés pour enfants et adolescents victimes et témoins d’actes criminels existent depuis deux décennies, et plusieurs organismes bien établis offrent un éventail de services. Par exemple, le Zebra Child Protection Centre (connu sous le nom de Zebra Centre), à Edmonton, est considéré comme un chef de file dans ce domaine et est reconnu pour son approche multidisciplinaire, et le centre BOOST, à Toronto, offre sur place des services de santé mentale et de préparation à la comparution, ainsi que des activités de prévention, de recherche et de sensibilisation, mais il n’offre pas encore des entrevues judiciaires coordonnées.

Le Regina Children’s Justice Centre (RCJC), fondé en 1993, et le Saskatoon Centre for Children’s Justice (SCCJ), fondé en 1996, offrent des services d’entrevues coordonnées et de préparation à la comparution, ainsi que des services d’approche communautaire, dans des établissements adaptés aux enfants avec possibilité d’aiguillage vers des services de santé mentale. À Regina, on fait les examens médicaux à l’hôpital local, tandis qu’à Saskatoon, on les fait sur place. De plus, le RCJC a maintenant un intervenant d’aide aux victimes (défenseur des droits des victimes) dont le rôle est de fournir des services d’information, de soutien et d’aiguillage dès la première entrevue au RCJC et tout au long des processus de justice pénale et de protection de l’enfant, jusqu’à la fermeture du dossier. Le SCCJ a maintenant un clinicien spécialisé en santé mentale qui offre des services de consultation et de traitement ainsi qu’un aiguillage vers des services communautaires pour les parents et les adolescents de plus de 13 ans.

Mentionnons aussi le Centre Marie-Vincent de Montréal, qui mène des recherches, offre de la formation et assure une approche coordonnée à la prestation de services aux enfants de moins de 12 ans qui ont été victimes d’agression sexuelle, ainsi qu’à leur famille. Des services de santé mentale sont offerts sur place, dans un cadre adapté aux enfants.

En plus de ces organismes particuliers, toutes les provinces fournissent des services aux enfants et adolescents victimes d’actes criminels. En Ontario, par exemple, il existe huit programmes pour enfants victimes ou témoins qui sont gérés par la collectivité; ils offrent un soutien affectif aux enfants victimes ou témoins, les préparent à la comparution et les dirigent vers des services de counseling et d’autres services. En Nouvelle-Écosse, le Programme pour enfants victimes ou témoins d’actes criminels est un programme de base, spécialisé et non lié à la preuve, conçu pour la préparation à la comparution et offert par les Services d’aide aux victimes. Dans les territoires, tous les fournisseurs de services aux victimes et les procureurs de la Couronne ont reçu une formation sur comment travailler avec les enfants et les adolescents et sur les dispositifs d’aide au témoignage qui sont disponibles.

Même si elles sont capables d’offrir des services aux enfants et adolescents victimes d’actes criminels et à leur famille, bon nombre de collectivités disposent de ressources limitées, et leurs services ne bénéficient pas du modèle des CAE. Grâce au Fonds d’aide aux victimes, le modèle des CAE suscite de plus en plus d’intérêt au Canada et gagne du terrain et un appui au sein de nombreuses organisations non gouvernementales, dans bon nombre de secteurs et à tous les ordres de gouvernement. À ce jour, plus de 20 collectivités canadiennes ont commencé à envisager la création d’un CAE, ont mis sur pied des projets pilotes ou ont amélioré les services de CAE existants. La carte qui accompagne cet article indique l’état d’avancement des divers projets et programmes.

Figure 1 : Centres d’appui aux enfants au Canada

Figure 1 : Une carte du Canada illustrant l’emplacement et la situation des Centres d’appui aux enfants au Canada en 2012

Figure 1 - Équivalent textuel

La légende figure au coin supérieur droit de l’image. Un cube multicolore correspond à une organisation qui est en place et offre des services. Un cube bleu signifie que l’organisation mène un projet pilote. Un cube rose signifie qu’une organisation est en cours d’élaboration, et un cube vert signifie qu’une étude de faisabilité ou une évaluation des besoins est en cours.

Selon la carte, en commençant par l’Ouest, la Colombie-Britannique compte six emplacements. Le centre d’appui aux enfants de Vancouver et la société du centre d’appui aux enfants ORCA, situé à Victoria, sont en cours d’élaboration (cubes roses). Le centre Sophie’s Place, situé à Surrey, et le centre d’appui aux enfants Ridge Meadows, situé à Maple Ridge, sont des projets pilotes en cours (cubes bleus). La coopérative de services communautaires West Kootenay, située à Nelson, et la société de la maison de transition de Vernon, située à Vernon, mènent des études de faisabilité (cubes verts).

En Alberta, le centre de protection de l’enfance Zebra, à Edmonton, est ouvert et offre des services depuis 2002. Le centre d’appui aux enfants Caribou, situé à Grande Prairie, est ouvert. Le centre d’appui aux enfants de Calgary, quant à lui, est en cours d’élaboration.

En Saskatchewan, le centre de la justice pour les enfants et des services aux victimes de Saskatoon et le centre de la justice pour les enfants de Regina sont ouverts.

Au Manitoba, le centre d’appui aux enfants de Winnipeg est en cours d’élaboration (cube rose).

En Ontario, en commençant par le Nord-Ouest, l’autorité sanitaire de la Première nation de Sioux Lookout mène une étude de faisabilité (cube vert). Au sud, le centre de sécurité de Peel, le centre pour les témoins-enfants de Waterloo et le Centre d’appui aux enfants et aux adolescents d’Ottawa, ainsi que Prévaction, à Cornwall, font également l’objet d’études de faisabilité (cubes verts). Le centre d’appui Simcoe/Muskoka, situé à Orillia, est en cours d’élaboration (cube rose). Le centre d’appui aux enfants du Niagara, à St. Catharines, est ouvert et offre des services. Le centre d’appui aux enfants et aux adolescents de Toronto fait l’objet d’un projet pilote et son ouverture est prévue pour le début de 2013.

Au Québec, le Centre d’expertise Marie-Vincent, situé à Montréal, est ouvert.

En Nouvelle-Écosse, le centre SeaStar d’Halifax mène un projet pilote.

À Whitehorse, au Yukon, Lynx est en cours d’élaboration (cube rose). À Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, et à Iqaluit, au Nunavut, les programmes d’aide aux enfants et aux adolescents victimes d’un acte criminel sont à l’étape de l’étude de faisabilité (cubes verts).

Recherches sur les CAE

De nombreuses études sur les CAE ont été réalisées aux États-Unis, dont une série d’études quasi expérimentales comparant les collectivités qui ont un CAE à celles qui n’en ont pas. Les résultats de ces études sont favorables au modèle des CAE (voir King et coll., 2010). Ils indiquent que les parents dont les enfants reçoivent des services d’un CAE sont plus satisfaits du processus d’enquête et des procédures d’entrevue que les parents dont les enfants reçoivent des services ailleurs que dans un CAE (Jones et coll., 2007); que les enfants qui se présentent à un CAE sont habituellement satisfaits de leur expérience par rapport à l’enquête et sont plus susceptibles de déclarer ne pas avoir été effrayés durant l’entrevue judiciaire comparativement aux enfants des collectivités sans CAE (Jones et coll., 2007); que les enquêtes menées dans les CAE sont plus coordonnées et coopératives et comprennent davantage d’entrevues menées par une équipe multidisciplinaire, d’entrevues captées sur bande vidéo et d’enquêtes réalisées conjointement avec les agences de protection de l’enfance et les services de police (Cross, 2008; Cross et coll., 2007).

Aucune recherche de ce genre n’a été menée au Canada. Toutefois, plusieurs organisations ont commandé des évaluations. Par exemple, peu après la création de trois programmes à l’intention de jeunes victimes d’actes criminels à Régina, Saskatoon et North Battleford, le gouvernement de la Saskatchewan a commandé une évaluation (PRA 1998). Les commentaires des usagers du Centre de Saskatoon ont été extrêmement positifs; les enfants ont dit s’être sentis à l’aise dans cet environnement et au cours de l’enquête. Il n’y a pas eu de commentaire de la part des usagers ni de données détaillées sur les coùts et les résultats pour Regina. À North Battleford, le leadership enthousiaste de certaines personnes a permis de mettre le programme en marche, mais le programme a disparu lorsque ces personnes sont parties. Cette situation fait ressortir la nécessité de mettre en place des ressources institutionnelles à long terme. Comme c’est souvent le cas dans les évaluations de programmes, il a été impossible de répondre à certaines questions parce que le programme a été mis en place trop récemment. Le RCJC évalue aussi actuellement le poste d’intervenant d’aide aux victimes, et le SCCJ, celui de clinicien spécialisé en santé mentale.

Au milieu des années 2000, le Zebra Centre a réalisé une évaluation (Léger Marketing, Alberta, 2005) qui comprenait un sondage d’opinion publique visant à évaluer la sensibilisation du public, l’appui au Centre et l’importance des questions liées à la protection de l’enfance aux yeux du public; la satisfaction du client (parent ou tuteur non délinquant) quant aux services offerts par le Centre; les résultats établis à partir du suivi des cas. Les données de référence n’étaient pas disponibles, mais les chercheurs ont créé une base de données à partir des dossiers papier conservés de l’ouverture du Centre jusqu’à la fin de la période d’évaluation (de 2002 à 2006). Ils ont examiné les dossiers de chaque année afin de déceler des changements comme une augmentation du nombre de dossiers traités; il y avait, par exemple, 106 dossiers actifs en janvier 2004, et 236 en décembre 2006. Un examen des lettres envoyées au Zebra Centre par les enfants et leurs parents une fois le processus terminé a clairement illustré le rôle précieux que joue le Centre dans la vie de ces familles au cours des étapes du processus de justice pénale.

En 2011, le centre BOOST a entrepris une évaluation de son projet pilote de défense des droits des victimes; celle-ci comprenait des statistiques de base ainsi que des questionnaires de rétroaction des clients. Les commentaires des enfants, des adolescents et des dispensateurs de soins ont été extrêmement positifs, et les données recueillies ont indiqué que la demande pour les services du défenseur des droits des victimes reste très forte. D’autres organismes prévoient également effectuer des évaluations afin de comprendre l’incidence de leur travail.

Aucune conception expérimentale ni même quasi expérimentale n’a été utilisée dans ces évaluations, et par conséquent, les évaluations ne permettent pas d’établir la causalité. Au Canada, aucun travail ne prouve de façon empirique que les CAE ont permis d’augmenter le nombre d’accusations ou de condamnations ou d’imposer des peines plus appropriées. La plupart des résultats relatifs à la justice pénale souvent cités à partir d’études américaines (p. ex. une augmentation des accusations portées, une meilleure qualité de la preuve, une augmentation des reconnaissances de culpabilité et des taux de condamnation plus élevés accompagnés de peines plus appropriées) n’ont, en réalité, pas été prouvés par des recherches empiriques (voir Cross et coll., 2008, p. 6). Toutefois, la recherche indique que les enquêtes menées par les CAE sont rentables. Une étude américaine révèle que les enquêtes menées par un CAE ont permis de réaliser des économies de coùts de 36 % comparativement aux enquêtes menées par d’autres organismes (Shadoin et coll., 2006). De plus, selon une étude réalisée aux États-Unis, les décisions au sujet des inculpations sont prises plus rapidement lorsqu’un CAE intervient (Walsh et coll., 2008).

Bien que les recherches américaines soient extrêmement utiles, il serait souhaitable de tirer des conclusions à partir d’expériences canadiennes pour l’élaboration de politiques et de programmes, pour tous les ordres de gouvernement, ainsi que pour les organismes sur le terrain, et ce, pour de nombreuses raisons. La recherche peut cerner des économies de coùts, des gains d’efficience et de bonnes pratiques, et les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux peuvent compter sur les résultats des recherches pour les aider à prendre des décisions au sujet de l’élaboration de programmes et de politiques, y compris en ce qui concerne le financement. Si tous les organismes recueillaient les mêmes données, on pourrait brosser un tableau national du fonctionnement des CAE.

Le renforcement de notre capacité par la recherche

À l’automne 2010, la Division de la recherche et de la statistique (DRS) du ministère de la Justice du Canada a entrepris d’élaborer, en étroite collaboration avec le Centre de la politique concernant les victimes (CPV) du Ministère, un ensemble de connaissances au sujet des enfants et des adolescents victimes d’actes criminels et des CAE au Canada. Les diverses initiatives et divers projets de recherche liés à ces efforts sont décrits dans la section suivante.

Mise en commun des connaissances pour renforcer la capacité

Une activité d’échange de connaissancesNote de bas de la page 3 sur les CAE a eu lieu à Ottawa à la fin février 2011. Financé par l’intermédiaire du Fonds d’aide aux victimes, l’Échange de connaissances sur les Centres d’appui aux enfants a réuni environ 55 responsables et chercheurs en matière de politiques et de programmes ainsi que des spécialistes du système de justice pénale et des CAE dans le but de favoriser une compréhension commune des services actuellement offerts aux enfants et aux adolescents victimes d’actes criminels au Canada, des composantes principales des CAE et de ce que les recherches révèlent à leur sujet. Pamela Hurley, une spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, a organisé cet événement et a travaillé en étroite collaboration avec la DRS et le CPV ainsi qu’avec d’autres participants. Dans le site Web créé pour l’Échange de connaissances, on trouve un aperçu des diverses présentations, des renseignements sur les délégués, ainsi que le rapport final.Note de bas de la page 4

Cette activité était la première du genre au Canada, et on y a établi un certain nombre de prochaines étapes qui permettront de continuer à renforcer la capacité d’offrir des services aux enfants et aux adolescents victimes d’actes criminels au Canada. Par exemple, les participants à l’Échange de connaissances ont souligné le manque de recherches au Canada sur les CAE et sur leur incidence à court et à long terme. Les participants ont également insisté sur la nécessité de mettre en place un réseau ou une communauté de pratique de CAE au pays, de tenir d’autres activités comme l’Échange de connaissances et de former une communauté de CAE dans les prochaines années.

Le développement d’une communauté de CAE nécessitera des efforts constants pour renforcer la capacité par la mise en commun des connaissances. Pour répondre à ce besoin continu, la DRS, en partenariat avec le CPV, a organisé une rencontre avec 14 directeurs généraux (ou leurs représentants désignés) de CAE actuels et en cours d’élaboration en janvier 2012. Les objectifs de la rencontre étaient les suivants :

  • déterminer les pratiques et les lacunes en matière de connaissances pour chacun des CAE, en mettant l’accent sur le rôle du défenseur des droits des victimes, la façon dont les organismes recueillent et gèrent les données opérationnelles et les questions d’intérêt en matière de recherche;
  • transférer les connaissances des CAE expérimentés aux CAE moins expérimentés sur ces questions et d’autres sujets;
  • favoriser la formation d’une communauté de pratique afin de renforcer les connaissances et la capacité.

Le premier jour de la rencontre a été consacré au renforcement des connaissances du Ministère et des organismes sur plusieurs sujets à l’aide de questions dirigées et de discussions de groupe. Le deuxième jour s’est déroulé sous la direction du CPV et a aussi été consacré au renforcement des connaissances, cette fois par des présentations et des discussions sur les modèles de gouvernance et l’usure de compassion, ainsi que sur le rôle du défenseur des droits des victimes.

Cet événement a connu beaucoup de succès, grâce en partie au nombre restreint de participants qui a permis des discussions approfondies et un réel partage des leçons apprises et des bonnes pratiques, non seulement pour les CAE en cours d’élaboration, mais aussi pour les représentants du ministère de la Justice. L’un des participants a indiqué dans son évaluation : « C’est formidable de voir le gouvernement fédéral faire preuve de leadership! »

Réponse aux demandes directes

Quel que soit le stade où en est un organisme, il est invité à communiquer avec la DRS s’il a des questions concernant la recherche. Les questions viennent également des procureurs de la Couronne, des responsables gouvernementaux et d’autres intervenants, et elles portent aussi bien sur la recherche d’une ressource en particulier que sur les statistiques sur le nombre d’incidents de violence à l’égard des enfants qui ont été signalés à la police dans une région particulière. La DRS et le CPV ont aidé ensemble à établir des liens entre les organismes qui ont besoin d’information et ceux qui ont cette information, tout en servant aussi de dépôt central des connaissances. Les chercheurs prennent le temps de répondre le plus complètement possible, car l’information fournie a déjà aidé à préparer de meilleures applications pour du financement ou à préparer des études de faisabilité, des évaluations des besoins et des cadres d’évaluation.

Accessibilité et compréhension des statistiques

Bien que Statistique Canada donne un accès en ligne à de nombreux tableaux de données sur la justice pénale, il peut être difficile d’extraire des données si l’on ne connaît pas les différentes enquêtes utilisées et les variables recueillies. Par exemple, les données des tribunaux n’incluent pas les renseignements sur les victimes et les témoins. Les participants à l’Échange de connaissances de 2011 ont clairement indiqué vouloir le plus de données statistiques possible. Par conséquent, la Division de la recherche et de la statistique a conçu un nouveau produit : un document d’une page qui met en évidence une constatation statistique précise, comme le nombre d’agressions sexuelles signalées à la police en 2011 étant le plus élevé pour les filles âgées de 15 ans (Déclaration uniforme de la criminalité (DUC) 2011). Il s’agit là de données nationales, mais les chercheurs de la DRS ont également montré aux organismes comment avoir accès à des données propres à un emplacement précis pour la DUC. De telles informations peuvent aider les organismes à mieux comprendre les besoins de tous les enfants et les adolescents dans la zone qu’ils desservent.

Accessibilité des recherches

On peut avoir accès à la plupart des recherches américaines dans les revues spécialisées, mais souvent moyennant des frais. De plus, l’interprétation des résultats de recherches en sciences sociales n’est pas toujours simple. Par exemple, une erreur courante consiste à établir la causalité alors que seule la corrélation a été démontrée. À l’aide de l’un des produits de la DRS, un chercheur a examiné rigoureusement toutes les recherches universitaires sur les CAE aux États-Unis qui ont été évaluées par les pairs et a produit un Précis des faits qui explique clairement les conclusions pouvant être généralisées. L’objectif est de fournir aux intervenants des résumés précis de recherches pertinentes et récentes menées aux États-Unis, au Canada ou dans d’autres pays. Les organismes pourront ensuite utiliser ces renseignements pour demander un financement supplémentaire et établir des partenariats.

Collecte de données/gestion de l’information

La DRS a élaboré un outil de collecte de données et de gestion de l’information pour les CAE au Canada. Il s’agit d’un tableur Excel comportant toutes les variables qui seraient souhaitables dans l’optique du suivi des cas, de l’examen des cas et de l’élaboration de politiques et de programmes. Cet outil, ainsi que le mode d’emploi, a été envoyé à tous les CAE, sans égard à leur stade de développement. Certains organismes ont déjà des systèmes mis en place ou sont tenus d’utiliser un logiciel particulier, conformément aux exigences des bailleurs de fonds provinciaux. Quelques organismes ont toutefois indiqué qu’ils aimeraient se servir de cet outil, du moins au moment de leur démarrage. La DRS a également offert d’analyser les données et de faire rapport des résultats si un organisme n’a pas l’expertise voulue pour le faire.

Projets de recherche

Plusieurs petits projets de recherche ont été entrepris dans le but d’élaborer notre ensemble de connaissances. Un de ces projets est un recueil d’organismes semblables au CAE établis dans divers pays comme le Cuba, la Croatie, l’Afrique du Sud et l’Australie. Les renseignements ont été recueillis principalement à partir d’Internet et quelques-uns ont fait l’objet d’un suivi auprès des organismes. Il y a maintenant bon nombre de bonnes pratiques qui sont documentées.

Dans le cadre d’un autre projet, on a cherché à déterminer comment divers organismes, y compris ceux qui sont situés dans des provinces ou des territoires où il n’existe pas de CAE ni de projet à cet égard, jouent le rôle de défenseur des droits des victimes et pourquoi ils ont choisi cette approche. Il existe différents modèles dans le pays, allant d’un seul membre de l’équipe multidisciplinaire assumant cette fonction à l’appel à des bénévoles de la collectivité pour aider le client à un stade précis de la procédure judiciaire (p. ex. la préparation à la comparution ou l’accompagnement au tribunal).

De plus, la DRS a utilisé la technologie des systèmes d’information géographique (SIG) pour cartographier l’emplacement et l’état d’avancement des organismes dans l’ensemble du pays, comme dans la carte accompagnant cet article. Cette technologie s’est avéré être un excellent outil de communication pour le Ministère, et la carte sera continuellement mise à jour à mesure que l’état des organismes évoluera et que de nouveaux organismes seront créés.

Étude multi-sites

Enfin, en collaboration avec la Division de l’évaluation du ministère de la Justice et le CPV, une étude multi-sites pluriannuelle a été lancée afin d’examiner le fonctionnement des CAE. Elle vise cinq établissements à différentes étapes de leur développement : Grande Prairie, Whitehorse, Regina, Cornwall et Halifax. Elle sera menée sur une période d’environ trois ans. L’étude comprend des entrevues avec des enfants, des adolescents et un intervenant après l’entrevue judiciaire, ainsi que des questionnaires de suivi pour les personnes dont les causes sont traitées au sein du système de justice pénale. Le personnel et d’autres partenaires participeront aussi aux entrevues. Cette étude fournira beaucoup de données aux organismes participants, et elle sera également très utile à d’autres organismes en développement.

Conclusion

La communauté des CAE demeure modeste au Canada, et l’occasion est belle d’apprendre des organismes expérimentés et de communiquer les connaissances aux organismes qui viennent d’être créés ou qui sont moins développés. En améliorant la connaissance et la compréhension des bonnes pratiques, de la nature et de la portée de la victimisation des enfants et des adolescents, et des différents modèles de CAE au pays, les organismes en développement renforcent leur capacité à mieux aider les jeunes victimes d’actes criminels et leur famille. En même temps, on favorise la création d’une communauté de CAE afin que cette capacité puisse être renforcée et maintenue. À long terme, la DRS et le CPV ne joueront peut-être pas toujours ce rôle, mais à ce stade précoce de développement, la recherche a clairement contribué au renforcement de la capacité tant pour les représentants du gouvernement et les spécialistes du système de justice pénale et de la protection de l’enfance que pour les CAE à diverses étapes de leur développement.

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