Services spécialisés d’aide aux victimes à l’intention des familles de femmes autochtones disparues et assassinées : un aperçu de la portée, de l’influence et des résultats de ces services

Katie Scrim et Naomi Giff-MacKinnon

La sensibilité aux besoins des victimes d’actes criminels a évolué partout au Canada depuis que les premiers programmes de services d’aide aux victimes ont été mis sur pied il y a une trentaine d’années. La conception et la prestation des services et des programmes à l’intention des victimes et des dispositions législatives portant sur les victimes dans chaque province et territoire ont bénéficié d’une collaboration fédérale-provinciale-territoriale en vue de la réalisation d’objectifs communs visant à permettre aux victimes de mieux se faire entendre dans le système de justice pénale. Au cours des vingt dernières années, d’importantes modifications et adaptations ont été apportées aux politiques et aux lois pour répondre aux besoins des victimes desservies et pour fournir plus de services aux victimes partout au Canada. En outre, la capacité a été accrue de manière à répondre aux besoins particuliers de groupes vulnérables, notamment, les enfants victimes, les victimes d’agressions sexuelles et les victimes de crimes haineux.

Au cours des cinq dernières années, dans ce domaine en pleine évolution, on a assisté à une croissance des services spécialisés d’aide aux victimes offerts par la police; ces services fournissent une aide spécialisée et adaptée aux réalités culturelles aux membres des familles de femmes autochtones disparues ou assassinées. Le présent article donne un aperçu de la façon dont ces programmes sont exécutés et décrit les incidences de ces services sur les clients, les enquêteurs et les relations entre la police et les familles.

Origines et modèles : services spécialisés d’aide aux victimes à l’intention des membres des familles de victimes disparues ou assassinées

Des services spécialisés d’aide aux victimes à l’intention des membres des familles de victimes disparues et assassinées ont vu le jour dans plusieurs provinces au Canada. Bon nombre de ces services ont été mis sur pied par des unités de police spéciales créées pour enquêter au sujet d’une série de cas de personnes disparues ou de meurtres qui mettaient en cause des personnes vulnérables, en particulier celles qui se livrent à la prostitution. Des équipes d’enquête travaillant avec les familles de ces victimes, dont bon nombre étaient autochtones, ont identifié le besoin d’un soutien et de services adaptés aux réalités culturelles.

Les programmes actuels ont recours à divers modèles de prestation de services, mais tous font notamment appel à une personne spécialement formée pour assurer la liaison entre la police et les familles. En Saskatchewan, par exemple, il y a trois agents de liaison pour les personnes disparues, qui travaillent à partir de détachements des polices municipales de Regina, de Saskatoon et de Prince Albert et qui desservent toutes les familles de personnes disparues dans chacune de ces villes. En Alberta, il y a un coordonnateur des services d’aide aux victimes pour KARE Note de bas de la page 1, l’unité d’enquête spéciale basée au quartier général de la GRC à Edmonton, qui dessert des clients partout dans la province lorsque la personne disparue ou assassinée relève du mandat de KARE. Au Manitoba, l’agent de liaison avec les familles travaille avec les familles des victimes qui relèvent du mandat du projet Devote, une unité d’enquête spéciale qui concentre ses enquêtes sur des cas précis de personnes disparues et assassinées dans la province. En Colombie-Britannique, des services à l’intention des membres des familles de femmes disparues ont été instaurés au cours des premières années du XXIe siècle. Ces services spécialisés d’aide aux victimes sont maintenant offerts aux membres des familles de femmes disparues par le groupe de travail conjoint du projet Even-Handed, une unité policière qui comprend un groupe de travailleurs des services d’aide aux victimes spécialement formés et qui mène des enquêtes sur des femmes disparues du quartier du centre-ville est de Vancouver.

Bien que ces quatre programmes fonctionnent différemment, leurs mandats se ressemblent à des égards importants Note de bas de la page 2. Ils fournissent tous aux familles des renseignements au sujet de la cause et du système de justice pénale; ils fournissent un soutien émotionnel et des services d’intervention en cas de crise; et ils aiguillent les victimes vers les services de soutien et d’aide communautaires (counseling et autres formes d’aide pratique). Certains offrent également un soutien en cour et des services d’accompagnement à la cour, selon les besoins. La majorité de leurs clients sont des familles de femmes autochtones disparues ou assassinées, et tous les programmes offrent des services et une aide qui sont adaptés aux réalités culturelles et qui répondent aux besoins et aux préoccupations des familles. L’objectif commun et de fournir une aide spécialisée aux membres des familles et de veiller à ce qu’elles aient accès à des renseignements et des services qui les aident à guérir.

Les entrevues : l’incidence des coordonnateurs de la liaison avec les familles et des agents de liaison pour les personnes disparues

Afin de recueillir des renseignements au sujet du fonctionnement et de l’incidence de ces programmes, la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice du Canada a interviewé un coordonnateur de la liaison avec les familles (CLF) ou agent de liaison pour les personnes disparues (ALPD) et un enquêteur de la police de chacune des provinces suivantes : Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan et Manitoba. Le CLF/ALPD et le policier de chaque province ont été interrogés ensemble. Les entrevues ont été menées par téléphone, suivant un guide d’entrevue semi-structurée. Les entrevues avaient pour but de faire ressortir les types de services offerts, les types de clients desservis et l’incidence de ces services sur les familles, du point de vue des fournisseurs de services. Les entrevues ont également porté sur l’incidence du CLF/ALPD sur l’enquête policière ainsi que sur la relation entre la police et les familles.

Les clients de ces services aux victimes n’ont pas été interrogés dans le cadre de cette recherche. L’absence de leur point de vue signifie que les constatations présentées ci-dessous souffrent de l’absence d’un point de vue important. Néanmoins, les constatations donne un aperçu des types de services qui font leur apparition au Canada pour reconnaître les besoins des membres des familles de femmes autochtones disparues ou assassinées et pour répondre à ces besoins.

Constatations

Les postes d’agents de liaison entre la police et les membres des familles augmentent la confiance et améliorent la compréhension.

Le recours à une personne spécialisée qui assure la liaison entre la police et la famille est une approche relativement nouvelle à la prestation de services aux victimes qui s’est révélée positive et importante de plusieurs façons. L’analyse des données tirées des entrevues indique que ces agents se sont révélés extrêmement utiles jusqu’à présent, aussi bien pour les clients que pour les enquêteurs de la police. Le rôle le plus important des CLF/ALPD qui ait été mentionné lors des entrevues était la fonction de liaison entre les membres de la famille et la police. Ce rôle a souvent été décrit comme un « conduit » entre la police et les familles ou comme un poste qui « comblait le fossé » entre les familles et la police.

Toutes les personnes interrogées ont rapporté que le développement de relations de confiance entre le CLF/ALPD et les familles atténuait, au fil du temps, le degré de méfiance que les victimes autochtones éprouvent lorsqu’elles communiquent avec des représentants des forces de l’ordre. Ce développement de la confiance est attribuable à l’approche chaleureuse, compréhensive et sans jugement adoptée par les CLF/ALPD dans leurs efforts pour aider les familles. Puisque les CLF/ALPD ne sont pas des policiers, mais plutôt des civils, ils peuvent établir des liens directement avec les familles en dehors du contexte de l’application de la loi. Les personnes interrogées ont noté que les CLF/ALPD contribuaient peut-être à rétablir les relations entre les clients autochtones et la police et, jusqu’à un certain point, entre la police et la communauté autochtone en général.

La constance est importante pour répondre aux besoins des familles.

Les policiers et les CLF/ALPD ont tous deux noté l’importance d’avoir une personne spécialement désignée comme agent de liaison avec qui les familles peuvent établir des relations. Les unités de police dans beaucoup de régions du pays fonctionnent selon un système de rotation entre unités. Les policiers passent une période limitée au sein d’une unité donnée avant de passer à une autre, ce qui peut entraîner un roulement élevé des membres et un manque de constance dans les rapports entre les responsables de l’enquête et les membres des familles des victimes. Cela peut être troublant pour les membres des familles des victimes lorsque les enquêtes s’étalent sur plusieurs années, ou même davantage quand la victime est disparue. Depuis le début de chaque programme, le CLF/ALPD dans chaque province a été la même personne tout au long de l’enquête, ce qui a été décrit comme une grande source de réconfort pour les clients.

Les CLF/ALPD permettent à l’enquêteur de mener son enquête en sachant que les membres de la famille ont le soutien et les renseignements dont ils ont besoin.

Un autre aspect majeur du rôle de liaison des CLF/ALPD consiste à fournir des renseignements aux familles clientes au sujet de l’enquête. Pour cette raison, et d’autres, les CLF/ALPD au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique ont été décrits comme des membres précieux de l’équipe d’enquête. La majorité des policiers interrogés ont reconnu l’importance de demeurer en contact avec les familles des victimes et de consacrer du temps à des rencontres en personne avec les familles, en offrant du soutien et en prêtant une oreille attentive à leurs inquiétudes et leurs préoccupations. Toutefois, ils ont noté aussi qu’ils n’ont pas toujours la capacité de le faire, et ils croient que le CLF/ALPD joue un rôle essentiel. Puisque le CLF/ALPD se charge de la majorité des communications avec la famille de la victime (en fournissant des renseignements et en donnant des nouvelles au sujet du cas ainsi qu’en recevant les questions des membres de la famille et en y répondant), les policiers peuvent se concentrer sur l’enquête.

Un des policiers a expliqué l’importance des 48 premières heures d’une enquête, la période la plus cruciale pour recueillir des éléments de preuve et trouver des pistes d’enquête relativement à l’affaire. Les policiers ont indiqué qu’il s’agit d’une période au cours de laquelle, en tant qu’enquêteurs, ils doivent pouvoir agir et réagir rapidement, et il se peut qu’ils ne soient pas libres de communiquer quelque renseignement que ce soit aux membres de la famille.

Ces 48 premières heures d’une enquête constituent également une période cruciale pour les membres de la famille, qui éprouvent souvent un besoin impérieux d’être renseignés. Lorsque des renseignements ou des nouvelles ne sont pas disponibles, il est tout aussi important que les membres de la famille le sachent. Les CLF/ALPD communiquent tous les renseignements disponibles aux familles au nom de la police et veillent à ce qu’on ne laisse pas les membres de la famille se demander ce qui se passe avec le dossier. En outre, les personnes interrogées ont noté que cette communication régulière rassure les membres de la famille en leur procurant le sentiment que l’on s’occupe du cas de leur être cher et qu’on ne l’a pas oublié, ce qui procure un réconfort important aux familles.

Les CLF/ALPD aident les membres des familles à mieux comprendre les politiques et les processus d’enquête.

Une autre incidence importante du rôle des CLF/ALPD en tant qu’agents de liaison entre la police et les familles est que les membres des familles comprennent mieux le processus d’enquête policière. La police se conforme à certaines politiques, pratiques et routines lorsqu’elle mène une enquête au sujet d’un crime grave, mais les civils savent rarement comment ce processus d’enquête se déroule. Lorsqu’un être cher est porté disparu ou est assassiné, un manque de communication de la part de la police combiné à un manque de compréhension du processus d’enquête risque généralement d’amener les membres de la famille à penser que les autorités n’en font pas assez ou que leur être cher a été laissé pour compte; cela peut miner leur confiance à l’égard du travail des policiers. Les CLF/ALPD contribuent à éviter ce problème en renseignant les membres de la famille au sujet du processus d’enquête, notamment en leur communiquant des renseignements concernant les délais, les pratiques auxquelles les policiers doivent se conformer et les raisons pour lesquelles il se passe parfois de longs moments sans que la police ne donne aucune nouvelle. En communiquant ces renseignements directement aux familles, le CLF/ALPD rassure la famille en lui faisant comprendre que l’affaire avance et que la personne disparue n’a pas été oubliée. Les policiers et les CLF/ALPD interrogés ont tous convenu que cette fonction apparemment simple a contribué à renforcer considérablement la confiance des familles des victimes envers la police, tout particulièrement dans les cas de familles qui se méfiaient auparavant de la police.

Les CLF/ALPD permettent de mieux comprendre les expériences et les besoins des membres des familles des victimes.

Une autre incidence importante des programmes de CLF/ALPD est qu’ils permettent de mieux comprendre les besoins des familles de personnes disparues et assassinées, et les renseignements ainsi recueillis sont utilisés pour améliorer les politiques et les pratiques. En particulier, les CLF/ALPD sensibilisent les enquêteurs de la police aux besoins des familles des victimes. Certains policiers ont indiqué que cette plus grande connaissance et sensibilisation les rendaient plus sensibles aux besoins des familles et qu’ils avaient adapté leurs pratiques de gestion à l’égard des témoins et des familles. Comme un enquêteur l’a indiqué, son unité s’efforçait dans le passé de limiter les contacts avec la famille à une seule personne. Ainsi, toutes les communications et les nouvelles au sujet de l’affaire passaient par un seul membre de la famille. Grâce aux CLF/ALPD, les policiers ont commencé à comprendre que l’interlocuteur unique ne relayait pas toujours les renseignements aux autres membres de la famille (pour différentes raisons, notamment parce que la personne avait parfois peur de communiquer les renseignements à d’autres membres de la famille). Cette nouvelle compréhension a amené les policiers à modifier leurs pratiques en matière de communication.

Des relations renforcées mènent à la coopération.

Les enquêteurs de la police ont signalé que le travail de liaison des CLF/ALPD contribue peut-être aussi à amener des membres des familles à divulguer des renseignements pertinents. Les policiers et les CLF/ALPD ont tous signalé les relations étroites bâties sur la confiance et la compréhension entre les CLF/ALPD et les familles, y compris la « famille de la rue » Note de bas de la page 3. Ces relations peuvent fournir aux membres de la famille l’occasion de communiquer de nouveaux renseignements relativement à l’enquête.

Ces renseignements sont communiqués par les familles de différentes façons. Certains CLF/ALPD ont noté que, lors de leurs rencontres régulières avec les membres des familles, il peut arriver que des clients communiquent des renseignements qui peuvent s’avérer pertinents pour l’enquête. Il arrive aussi par ailleurs que la « famille de la rue » de la victime fournisse des renseignements au CLF/ALPD. En outre, les personnes interrogées ont également mentionné que les membres des familles étaient souvent plus ouverts et plus coopératifs avec les policiers après avoir eu affaire au CLF/ALPD. Par exemple, certains enquêteurs de la police ont noté que les membres des familles étaient devenus plus enclins à communiquer directement avec eux pour leur fournir des renseignements et plus enclins à coopérer avec la police, par exemple en fournissant des échantillons d’ADN ou en acceptant de répondre à des questions.

Il faut développer la capacité et l’expertise.

Les personnes interrogées ont indiqué que ce domaine de services spécialisés d’aide aux victimes est relativement nouveau et que les connaissances en ce qui concerne les pratiques exemplaires et les normes de diligence évoluent, tout comme l’expertise. Toutes les personnes interrogées ont indiqué que les besoins des membres des familles de personnes disparues diffèrent à bien des égards des besoins d’autres victimes. Par exemple, ces personnes peuvent avoir besoin de counseling à long terme, un service qui peut être difficile à obtenir. La prise en charge des enfants de victimes constitue un autre besoin qui a été signalé. Faute de soins appropriés, les enfants risquent d’être retirés du foyer et remis entre les mains des services de protection de l’enfance. Il peut en aller de même des enfants de membres de la famille qui sont prédisposés à éprouver des troubles de santé mentale ou des problèmes de toxicomanie. L’anxiété provoquée par la disparition ou l’assassinat d’un être cher peut potentialiser ces prédispositions, et la personne peut alors avoir besoin d’aide non seulement pour elle-même, mais aussi pour ses enfants. Les CLF/ALPD travaillent à dresser un inventaire des besoins de ces clients et à établir des liens avec les fournisseurs de services aptes à combler ces besoins.

Il faut créer des réseaux et partager des connaissances.

Bon nombre de CLF/ALPD ont pour mission, entre autres, de promouvoir la sensibilisation aux besoins de leurs clients et de partager leur expertise avec des fournisseurs de services non spécialisés d’aide aux victimes partout dans leur province. Les services peuvent être limités dans les régions rurales et éloignées de toute province. Dans certaines régions, les services d’aide aux victimes sont fournis par des bénévoles qui n’ont pas nécessairement la formation que possèdent leurs homologues dans des villes plus grandes. Les fournisseurs de services d’aide aux victimes dans ces régions reculées ont parfois moins d’expérience relativement à certains types de victimisation et aux besoins des membres des familles (dans le cas d’un homicide, par exemple). Bon nombre des programmes de CLF/ALPD sont conçus pour aider à développer des pratiques et des politiques exemplaires qui peuvent être partagées avec les fournisseurs de services dans toutes les villes et les collectivités afin d’assurer l’uniformité des services pour ceux qui sont dans le besoin. Dans certains cas, le CLF/ALPD se rend dans ces régions pour donner de la formation.

Le CLF/ALPD est parfois considéré comme [Traduction] « le visage de la police » pour bon nombre de familles et, dans certaines circonstances, pour la collectivité tout entière. Le CLF/ALPD assiste à des réunions de famille, à des activités de guérison communautaire et à d’autres événements communautaires, soit accompagné de policiers ou seul. Étant donné que le CLF/ALPD est souvent perçu comme une extension de la police, sa présence lors de tels événements sert à démontrer aux familles et à la collectivité que la police considère l’événement, et ceux qui y participent, comme importants. Les policiers qui ont été interrogés ont souligné l’importance d’une présence policière lors de ce genre d’événement, mais lorsque cela s’avère impossible, ils apprécient que le CLF/ALPD les représente.

Il faut établir des liens et des réseaux interprovinciaux.

Les CLF/ALPD desservent les familles dans leurs villes et provinces respectives, et il est donc important pour eux de savoir quels services sont disponibles partout dans leur province et d’établir des liens avec ces organismes et ces fournisseurs de services afin de s’assurer que les clients obtiennent le soutien et les services dont ils ont besoin. Le CLF/ALPD doit également savoir quels services sont disponibles dans les autres provinces et territoires, pour les cas où la famille de la victime réside dans une autre province ou un autre territoire. Le réseautage est un élément essentiel du travail du CLF/ALPD, et cela suppose que celui-ci établisse des liens avec des fournisseurs de services ailleurs au Canada et avec ses homologues ailleurs au Canada. Les personnes interrogées ont toutes indiqué qu’elles avaient travaillé avec leurs homologues dans d’autres provinces ou territoires, ou à tout le moins, qu’elles les connaissaient. Ces liens sont importants, non seulement pour pouvoir coordonner les services aux familles, mais également pour échanger des pratiques exemplaires en matière de soutien aux familles. En maintenant un réseau de communication et de ressources avec d’autres CLF/ALPD et des services d’aide aux victimes partout au Canada, les CLF/ALPD travaillent à améliorer l’accès aux services pour les familles peu importe où elles résident au pays.

Les CLF/ALPD : un modèle de défense des droits des familles des victimes

Le concept de « défenseur des droits des victimes » Note de bas de la page 4 est un nouveau modèle de services spécialisés d’aide aux victimes au Canada, dont la forme varie en fonction des besoins des victimes et des clients desservis. Par exemple, dans le cas des Centres d’appui aux enfants (CAE), un modèle spécialisé de prestation de services aux enfants et jeunes victimes de crimes violents qui est relativement nouveau au Canada, le défenseur des droits des enfants joue un rôle crucial dans la satisfaction des besoins de ces clients extrêmement vulnérables et de leurs familles. Les expériences documentées jusqu’à présent tendent à indiquer que le défenseur des droits des victimes joue un rôle positif en tant que point de contact central pour les victimes et leurs familles, un point de contact qui permet de faire en sorte que les besoins précis de ces personnes soient satisfaits Note de bas de la page 5.

Les CLF/ALPD agissent également comme défenseurs des droits des membres des familles des victimes, et ils mettent les besoins et les expériences de la famille au premier plan. Par exemple, les CLF/ALPD reconnaissent que chaque famille est unique, tout comme les épreuves qu’elles doivent traverser. Il s’ensuit que les services et le soutien fournis sont individualisés pour chaque famille et pour chaque membre de chaque famille. De même, les CLF/ALPD peuvent aiguiller leurs clients vers des services de counseling, vers des aînés et des groupes de soutien, de même que vers tout autre service dont les membres des familles peuvent avoir besoin, comme des services d’aide sociale à l’enfance, des services de transport ou du counseling en matière de toxicomanie. Les CLF/ALPD sont également a courant des différents types de ressources financières auxquelles les membres des familles peuvent avoir accès, comme un dédommagement ou le défraiement des coûts du transport pour se rendre à la cour, et ils peuvent aider leurs clients à présenter leurs demandes. Les CLF/ALPD peuvent également aider les familles dans le cadre de leurs propres activités d’enquête, en les aidant à avoir accès à des ordinateurs, des imprimantes et des photocopieurs pour créer des outils ou des pages dans des médias sociaux qui attireront l’attention de la collectivité sur leur être cher disparu. Ces petits gestes peuvent aider à habiliter les membres de la famille et les amis.

Le rôle des CLF/ALPD ne se limite pas à aider les membres des familles. Des services peuvent également être offerts à des personnes qui ne sont pas des membres de la famille, notamment aux membres de la « famille de la rue » de la victime. Bien que le deuil ne soit pas limité à la famille immédiate, certaines des personnes interrogées ont mentionné que des amis et des membres de la famille élargie de la victime ne se sentent pas toujours à l’aise à l’idée de participer aux mêmes séances de counseling ou réunions de famille que la famille immédiate. Le CLF/ALPD peut aiguiller ces personnes vers d’autres services de soutien; dans un cas, un coordonnateur a aidé les amis d’une personne disparue à mettre sur pied leur propre groupe de soutien.

En tant que défenseur des droits de la famille de la victime, une des tâches les plus importantes du CLF/ALPD consiste à s’assurer que les membres de la famille ne « tombent pas entre les mailles du filet ». Cela signifie que le CLF/ALPD doit être disponible pour les familles clientes lorsque celles-ci ont besoin de soutien ou ont tout simplement besoin d’être entendues. Les CLF/ALPD ont mentionné qu’ils consacrent beaucoup de temps et d’efforts à veiller à répondre aux besoins des membres des familles. Ils rencontrent le client à des moments et dans des endroits qui leur conviennent, et ils prêtent une oreille compatissante et attentive aux familles lors de conversations brèves ou longues, selon les besoins, pour appuyer leur client.

Les personnes interrogées ont mentionné que, dans certaines circonstances, il arrive que des membres de la famille soient déjà aux prises avec des problèmes personnels, qui sont exacerbés lorsqu’un membre de leur famille disparaît ou est assassiné. Bon nombre de clients souffrent de toxicomanie ou de troubles de santé mentale ou ont des démêlés avec la justice par suite d’incidents qui sont sans rapport avec l’être cher disparu ou assassiné. Les CLF/ALPD prennent ces réalités très au sérieux, et les efforts multiples qu’ils déploient pour aider leurs clients témoignent du dévouement avec lequel ils abordent leur travail. Dans un cas, un client qui avait déjà des troubles de santé mentale a tenté de se suicider. Le CLF/ALPD a rendu visite à ce client à l’hôpital et a fait valoir ses besoins culturels auprès du personnel hospitalier.

Pratiques exemplaires

Bien que les CLF/ALPD soient constamment en train de développer leur capacité et leur expertise, les personnes interrogées ont pu cerner certaines pratiques exemplaires qui avaient déjà fait leurs preuves. Voici certaines de ces pratiques les plus importantes :

  • Faire sentir sa présence au sein de la collectivité (p. ex. en assistant à des événements communautaires);
  • Rencontrer les clients en personne, ce qui oblige à se déplacer lorsque le client vit dans une autre ville, une autre collectivité ou une autre province;
  • Veiller à ce que le CLF/ALPD travaille à partir des mêmes locaux que la police.

Les personnes interrogées ont dit qu’ils considéraient que cette dernière pratique était très importante pour s’assurer que le CLF/ALPD reçoive des renseignements au sujet d’incidents criminels le plus rapidement possible. Par exemple, lorsque des restes humains pouvant être ceux de la victime sont découverts, il importe de pouvoir communiquer immédiatement avec la famille de la victime, peu importe que les restes s’avèrent être ceux de la victime ou non. Cela est important pour éviter que les membres de la famille n’apprennent la découverte par les médias.

Prochaines étapes

Les CLF/ALPD ont noté l’importance d’établir et de maintenir un réseau d’homologues dans les autres provinces et territoires. Cela est important pour coordonner les services et le soutien aux membres des familles des victimes qui vivent dans d’autres provinces, mais également pour échanger leur expertise et leurs pratiques exemplaires et accroître la sensibilité aux besoins des familles des victimes. Enfin, la plupart des personnes interrogées estiment qu’une extension de ces services spécialisés dans les régions plus rurales et reculées de leurs provinces respectives aiderait beaucoup à s’assurer que les besoins de toutes les familles de victimes sont satisfaits.

Conclusion

Ce nouveau domaine d’aide aux victimes, sensible au contexte de la violence faite aux femmes autochtones et aux besoins des membres survivants de leurs familles, s’avère une réponse très nécessaire et importante aux préoccupations et aux besoins des familles et des policiers enquêteurs.

Bien que le présent aperçu soit fondé uniquement sur les avis des fournisseurs de services aux victimes et des enquêteurs de la police qui ont été interrogées, tous s’accordaient à dire que ces programmes de services spécialisés d’aide aux victimes aidaient à répondre aux besoins très particuliers des membres des familles de victimes disparues ou assassinées. Les policiers trouvent ce soutien bénéfique, puisqu’il leur permet de se concentrer sur leur enquête en ayant l’assurance que les familles reçoivent le soutien et les renseignements dont elles ont besoin. Les programmes fournissent aux familles et aux clients des renseignements et une aide spécialisée et utile en temps opportun. Toutes les personnes interrogées ont convenu que ces services spécialisés d’aide aux victimes avaient une incidence positive sur les clients. Tous les CLF/ALPD étaient clairement déterminés à servir et appuyer leurs clients, ce qui veut dire en fin de compte que l’on prend mieux soin des familles des victimes.

Bibliographie

Naomi Giff-MacKinnon est analyste principale des politiques au Centre de la politique concernant les victimes, Ministère de la Justice du Canada, à Ottawa.

Katie Scrim est chercheuse à la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice du Canada, à Ottawa. Son travail porte sur des questions liées à la justice autochtone et dans le Nord, et elle travaille actuellement au renforcement de la capacité de la Division en cartographie réalisée à l’aide de SIG.

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