Ententes parentales : Facteurs d’influence sur les résultats à considérer

Section 1 : Les effets du divorce sur les enfants du point de vue du risque et de la résilience

À une certaine époque, on croyait que l’éclatement d’une famille entraînait des problèmes d’adaptation chez l’enfant. Toutefois, à mesure que la recherche dans le domaine des sciences sociales s’est développée, il s’est avéré que ce n’était pas le divorce ou la séparation elle-même qui entraînait de piètres résultats, mais bien que la séparation ou le divorce rendait plus probable que certains enfants connaissent certains facteurs de risque influant sur leur adaptation (c.-à-d., plus faible revenu, conflits parentaux, perte de contact avec un parent, piètres comportements parentaux).

Effets du divorce

Le divorce est l’une des nombreuses expériences qui peuvent causer du stress aux enfants. D’une façon générale, les chercheurs ont démontré que les enfants qui vivent la dissolution de la relation entre leurs parents sont plus susceptibles de connaître des problèmes de santé/de santé mentale, de comportement (internalisation/externalisation), des difficultés scolaires (apprentissage, troubles de comportement et décrochage scolaire) et plus de difficultés dans leurs relations sociales que les enfants dans des familles intactes (Amato, 2010; Ambert, 2009; D’Onofrio, 2011; Weaver et Schofield, 2015). Actuellement, il y a consensus quant au fait que les facteurs de risque rattachés à la transition et aux expériences après le divorce puissent avoir des répercussions négatives sur l’enfant. Ces facteurs de risque peuvent être présents avant et après le divorce, et ne sont pas le propre des familles divorcées/séparées (Amato, 2010; Ambert, 2009; D’Onofrio, 2011; Rappaport, 2013; Weaver et Schofield, 2015). Lorsque ces facteurs de risque sont contrôlés, en moyenne, il n’est plus possible de distinguer les enfants du divorce des enfants provenant de familles intactes une fois qu’ils se sont adaptés à la transition (Amato, 2004; Hetherington, Bridges et Insabella, 1998; Mackay, 2005; O’Conner, 2004).

L’élément important ici est que les expériences de l’enfant peuvent le rendre plus résilient et le protéger contre les risques d’une mauvaise adaptation. Elles peuvent aussi accroître ses risques de présenter des problèmes d’adaptation et de comportement. Il convient donc de cerner ces facteurs, de les évaluer et d’en tenir compte lorsque l’on détermine les modalités visant à réduire l’impact du divorce sur l’enfant, en particulier lorsque l’on établit des ententes parentales.

Facteurs de risque et de protection

Le domaine des sciences sociales regorge d’études sur les résultats chez l’enfant. Cette recherche porte sur les facteurs de risque et de protection qui rendent plus ou moins probable qu’un enfant s’adapte bien, devienne un adolescent, un jeune adulte et un adulte socialement compétent. La compétence sociale est une notion complexe qui englobe la capacité d’une personne d’exercer des choix et de naviguer dans l’environnement social, d’établir et de maintenir des relations, de gérer des interactions personnelles, de s’adapter et de s’ajuster aux changements et de résoudre des problèmes. Elle fait appel à des habiletés sociales, à la communication sociale et à la communication interpersonnelle (voir Rose-Krasnor, 1997; Rubin et Rose-Krasnor, 1992; Semrud-Clikeman, 2007; Spitzberg, 2003). Chez les enfants à risque de présenter des problèmes d’adaptation, les problèmes de comportement comprennent les suivants : internalisation (p. ex. timidité et anxiété) et externalisation (p. ex. agressivité, passage à l’acte), piètre rendement scolaire et décrochage, délinquance et comportements criminels à l’âge adulte, consommation excessive de substances, mauvaise santé physique et grossesse précoce (voir Begle, Dumas et Hanson, 2010; Ben-Aryeh, Frones, Casas et Korbin, 2013; Durlak, 1998; Goldstein et Brooks, 2012; Hindley, Ramchandani et Jones, 2006; Iwaniec, Larkin et Higgins, 2006; Korbin et Krugman, 2014; Lansford, Dodge, Pettit, Bates, Crozier et Kaplow, 2002; Ronan, Canoy et Burke, 2009; Runyan, Wattam, Ikdea, Hassan et Ramiro, 2002; Sinno, Charafeddine, Makati et Holt, 2013).

Sur le plan du risque et de la résilience, il semble que les enfants de toutes les familles (peu importe qu’il s’agisse de familles divorcées ou intactes) ont des expériences de vie variées. Ces expériences peuvent être profitables ou nuisibles pour ce qui est des résultats et de l’adaptation. Il est clair qu’il n’y a pas qu’un seul facteur qui entraîne des résultats positifs ou négatifs, mais plutôt que ces facteurs ont un effet cumulatif (voir Amato, 2005; Cognetti et Chmil, 2014; Rappaport, 2013). Plusieurs facteurs communs s’agençant pour mettre à risque l’enfant ou le protéger contre une adaptation négative ont été cernés dans la recherche sur le développement de l’enfant (voir Ben-Aryeh, et coll., 2013; Boninio, Cattelino et Ciairano, 2005; Durlak, 1998; Kelly, 2012; Rappaport, 2013; Sinno, et coll., 2013; Goldstein et Brooks, 2013; Weaver et Schofield, 2015). Les facteurs de protection comprennent les suivants :

  1. Au moins une relation parent-enfant solide caractérisée par des liens émotionnels positifs, de la souplesse et une bonne communication;
  2. Comportement parental sensible et attentif aux besoins de l’enfant dans un contexte naturel d’autorité (limites claires, cohérence, fermeté sans rigidité et attitude punitive);
  3. Constance et prévisibilité des interactions sociales, ainsi que dans l’environnement;
  4. Disponibilité de soutien social et de réseaux sociaux, y compris des membres de la famille, des amis ou d’autres adultes sur qui peut compter l’enfant.

Les facteurs de risque comprennent les suivants :

  1. Exposition ou implication dans un conflit interparental envahissant et violence familiale;
  2. Parents désengagés, tant en termes de temps que dans la relation parent-enfant;
  3. Style parental intrusif ou défavorable;
  4. Pauvreté ou manque de ressources et influence négative du voisinage;
  5. Facteurs parentaux individuels, par exemple, problèmes de santé mentale, toxicomanie;
  6. Facteurs propres à chaque enfant, par exemple, tempérament difficile, santé physique et mentale, problèmes divers.

Ces facteurs de résilience et de risques sont d’importantes variables explicatives des résultats et de l’adaptation chez tous les enfants de toutes familles, et ce, que les enfants vivent ou aient vécu un divorce ou une séparation (Kelly, 2012; Rappaport, 2013).

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