Ententes parentales : Facteurs d’influence sur les résultats à considérer

Section 2 : Temps parental

Dans toutes les familles, les enfants présentent de meilleurs résultats lorsqu’ils sont accompagnés positivement par deux parents qui leur consacrent du temps de qualité. Dans les familles séparées ou divorcées, les ententes parentales doivent prévoir le plus de temps raisonnablement et pratiquement possible de l’enfant avec chaque parent – en tenant compte des intérêts, des besoins et des caractéristiques de l’enfant, des caractéristiques des parents, de leur habileté parentale et de l’environnement plus général (p. ex. leurs soutiens sociaux). Toutefois, la recherche révèle que le temps en soi n’entraîne pas nécessairement des résultats positifs. Selon ce qui se dégage de la recherche, les expériences que l’enfant vit avec ses parents – tant pour ce qui est des interactions parent-enfant (c.-à-d., la qualité de la présence parentale) que du type d’activité (c. à d., présence parentale dans différentes activités de la vie de tous les jours) sont le facteur le plus important sur le plan des résultats chez l’enfant et de son adaptation. Afin d’optimiser l’effet éventuel des interactions positives, l’enfant doit passer suffisamment de temps avec ses parents. Bien que la recherche révèle qu’il n’existe pas de norme de temps parental fixe qui fonctionne pour tous les enfants et les parents, certains facteurs devraient entrer en ligne de compte pour déterminer, sur une base individuelle, ce qui convient le mieux à l’enfant et à la famille. Ainsi, le temps passé avec les parents est un facteur important qui doit entrer en ligne de compte, tout comme d’autres facteurs dont il est question dans le présent document.

Quel est le temps parental idéal?

Il fait actuellement consensus qu’il en va de l’intérêt de l’enfant de passer le plus de temps de qualité possible avec chaque parent, en tenant compte des caractéristiques individuelles et familiales. Il y a aussi accord général pour affirmer qu’il n’existe pas d’entente polyvalente qui fonctionne pour tous les enfants. « Le plus possible » ne signifie pas nécessairement une garde partagée dans un rapport de 60/40 ou de 50/50 pour toutes les familles. La recherche ne fournit pas de réponse définitive quant au nombre d’heures précis ou à la fréquence des visites parent-enfant requises pour produire des résultats positifs chez l’enfant et favoriser une adaptation positive. En fait, les meilleures ententes sont conclues au cas par cas (Cognetti et Chmil, 2014; Cyr, 2007; Miller, 2014; McIntosh, Pruett et Kelly 2014) en tenant compte d’une panoplie de facteurs importants pour l’adaptation de l’enfant et en les conciliant (voir ci-dessous pour les facteurs influencés par le temps et la Section 3 pour des renseignements supplémentaires sur les facteurs généraux relatifs à l’enfant et à la famille) (Amato et Gilbreth, 1999; Cashmore, Parkinson et Taylor, 2008; Carlson, 2006).

L’un des facteurs dont il convient de tenir compte pour déterminer le temps que les parents passent avec leurs enfants comprend l’importance que les parents participent à des activités de la vie de tous les jours avec les enfants (p. ex. routine du matin et du soir, occasions d’enseignement) au lieu d’être simplement un parent « Disneyland » à la suite d’une séparation ou d’un divorce (Stewart, 1999; voir la Section 3 pour des précisions). Ainsi, au lieu d’un nombre d’heures précis, l’enfant a plutôt avantage à bénéficier d’une relation avec ses parents dans le cadre de laquelle il peut expérimenter divers comportements parentaux, ainsi que diverses activités et expériences (Amato et Gilbreth, 1999; Ulveseter, Breivik et Thuen, 2010). Lorsqu’on favorise les occasions et que l’on aménage l’horaire de manière à laisser place à la tenue de ces diverses activités parentales, il s’ensuit des bienfaits pour l’enfant (c.-à-d., en ce qui a trait à une adaptation positive et à la qualité de la relation parent-enfant) et pour les parents (c. à-d., favoriser de fortes compétences parentales) (Cashmore, Parkinson, Weston, Patulny, Redmond, Qu, Baxter, Rajkovic, Sitek et Katz, 2010; Kaspiew Gray, Weston, Moloney, Hand, Qu et coll., 2009).

Temps parental et facteurs relatifs à l’enfant et aux parents

Après le divorce, le temps que les parents consacrent aux activités parentales est important pour l’adaptation de l’enfant; cependant, la recherche a révélé qu’il ne s’agit pas nécessairement du nombre d’heures lui-même qui soit important. En effet, le nombre d’heures est associé à une série de variables qui influent sur l’adaptation de l’enfant dans toutes les familles. Ces autres facteurs importants, en particulier la qualité de la présence parentale, sont traités en profondeur à la Section 3. Certains de ces facteurs importants comprennent les suivants :

  1. Un temps suffisant et continu avec un parent donne à l’enfant des occasions de développer des liens affectifs avec les parents (Kelly et Lamb, 2000; Lamb, Bornstein et Teti, 2002).
  2. La recherche a établi une corrélation entre le temps passé par l’enfant avec son père et son développement cognitif et son adaptation positive, un solide bien-être psychologique et une diminution de la délinquance et des problèmes de comportement (Amato et Rivera, 1999; Harris, Furstenberg et Marmer, 1998; Marsiglio, Day et Lamb, 2000; Tamis-LeMonda Shannon, Cabrera et Lamb, 2004).
  3. Lorsqu’un parent a plus de temps parental (surtout si les deux parents en ont convenu), l’enfant (et l’adulte) signale souvent des relations parent-enfant plus fortes et plus positives Note de bas de la page 3 (voir Cashmore, et coll., 2010; Fabricius, 2003; Fabricius, Sokol, Diaz et Braver, 2012; Frank, 2007; Sroufe et McIntosh, 2011) (pour ce qui est de la continuité de la garde, voir Berger, Brown, Joung, Melli et Wimer, 2008; Cyr, 2006; Kaspiew, et coll., 2009; McIntosh, 2009; Melli et Brown, 2008; Shaffer, 2007; Smyth, 2010; Smyth et Moloney, 2008; Swiss et Le Bourdais, 2009). Lorsqu’un enfant passe suffisamment de temps avec un parent, le parent a l’occasion de développer et d’utiliser ses aptitudes parentales et de soutenir l’établissement d’une solide relation parent-enfant (Shaffer, 2007).
  4. Lorsqu’un parent passe plus de temps avec son enfant, celui-ci se dit plus satisfait de l’entente, ce qui peut aussi avoir des retombées positives sur l’enfant (Cashmore et al 2010; Sinha, 2014; Swiss et Le Bourdais 2009). En fait, les rapports sont contradictoires quant à la satisfaction de l’enfant à l’égard des ententes en fonction du temps qu’il passe avec un parent – certaines études signalent que les enfants sont généralement plus satisfaits du temps parental (Lodge et Alexander, 2010) alors que d’autres indiquent qu’il n’y a aucune différence chez les enfants qui vivent une garde partagée par comparaison aux enfants confiés à la garde exclusive de la mère (Cashmore et coll., 2010) Note de bas de la page 4. Cependant, les enfants en garde exclusive expriment souvent un désir d’avoir plus de contacts avec l’autre parent (Altenhofen, Biringen et Mergler, 2008; Bauserman, 2012; Cashmore et coll., 2010; Fabricius et Hall, 2000; Melli et Brown, 2008; Nielsen, 2011; Neoh et Mellor, 2010; Parkinson, Cashmore et Single, 2005; Parkinson et Smyth, 2004; Smith et Gollop, 2001).
  5. Lorsque les parents passent plus de temps avec leurs enfants, ils se sentent plus confiants en tant que parents et ont des attitudes parentales plus positives (c. à d., rôle parental encadrant) (Fabricius et coll. 2012; Jones et Mosher, 2013; Shaffer, 2007) . Note de bas de la page 5
  6. Lorsque les parents Note de bas de la page 6 ont plus de temps parental (en particulier lorsqu’ils en ont tous deux convenu), ils sont moins susceptibles de perdre contact avec leurs enfants à plus long terme (Berger, et coll., 2008; Cyr, 2006; Kaspiew, et coll., 2009; McIntosh, 2009; Melli et Brown, 2008; Shaffer, 2007; Smyth, 2010; Smyth et Moloney, 2008; Swiss et Le Bourdais, 2009). Cette constatation s’avère dans divers échantillons, y compris ceux regroupant des jeunes adultes américains, des enfants britanniques, des étudiants américains de niveau collégial, des étudiants canadiens de niveau collégial, des étudiants hispano américains de niveau collégial et des adolescents allemands (Aquilino, 2010; Dunn Cheng, O’Connor et Bridges, 2004; Laumann et Emery, 2000; Peters et Ehrenberg, 2008; Pryor et Rodgers, 2001; Schwartz et Finley, 2005; Struss, Pfeiffer, Preus et Felder, 2001). En outre, lorsque les parents qui n’ont pas la garde maintiennent un contact constant avec l’enfant, ils sont plus susceptibles de contribuer financièrement à son éducation (Bartfeld, 2003; Bartfeld et Meyer, 2003; Juby, Marcil-Gratton et Le Bourdais, 2005; Nepomnyaschy, 2007; McLanahan, Seltzer, Hanson et Thomson, 1994; Seltzer, Schaefer et Charng, 1989).Note de bas de la page 7

Stabilité des ententes et modifications

La constance, la stabilité et la prévisibilité sont des facteurs environnementaux importants pour les enfants qui favorisent une adaptation positive, surtout chez les plus jeunes. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne devrait pas y avoir de transition ou que les ententes ne devraient jamais changer, mais bien que ces décisions doivent être prises au cas par cas en tenant compte de tous les facteurs pertinents, et qu’elles devraient être revues de façon périodique. Certains des facteurs dont il convient de tenir compte et qui sont liés aux caractéristiques des ententes eux mêmes comprennent les suivants :

  1. La réaction au changement et à l’incertitude diffère selon l’enfant, mais les changements affectent tous les enfants à un certain degré. Les changements dans les ententes parentales (qui influent à la fois sur l’environnement social et physique) peuvent être des expériences stressantes pour certains enfants et certains adolescents – surtout lorsque les changements ne sont pas initiés par lui ne sont pas le résultat d’un changement dans les besoins de l’enfant (moins de maîtrise et de prévisibilité) (Lodge et Alexander, 2010).
  2. Lorsque les enfants grandissent, la plupart (selon leur tempérament et d’autres facteurs) ont besoin d’ententes plus souples. Cependant, en règle générale, les adolescents désirent de la souplesse pour ajuster l’horaire de manière à répondre à leurs besoins au lieu que ce soit les parents qui ajustent l’horaire pour répondre aux leurs (Lodge et Alexander, 2010).
  3. Certains enfants trouvent qu’il est plus difficile de gérer des périodes prolongées entre deux domiciles pour diverses raisons (p. ex. leur tempérament, désirent passer plus de temps avec les amis du voisinage, difficulté de gestion du changement) (Cashmore et coll., 2010). Lorsque les enfants passent beaucoup de temps avec les deux parents, ils ont besoin de sentir qu’ils ont un chez soi avec chacun des parents et non pas de sentir qu’ils restent au domicile du parent (et non au leur) ou de vivre dans des valises (Cashmore et coll., 2010; Smart et May, 2004).
  4. Pour certains enfants, les transitions entre les domiciles représentent un problème, non seulement parce qu’ils doivent s’adapter au changement, mais aussi en raison de la façon dont leurs parents gèrent les transitions. Par exemple, si les parents sont rigides ou se disputent à propos des effets personnels de l’enfant (c. à d. quels vêtements ils doivent amener et ramener, ce qui se passe si l’enfant oublie des effets dans l’une ou l’autre des maisons) les enfants et les adolescents ont tendance à se dire moins satisfaits à l’égard de leurs ententes de garde partagée (Cashmore et coll., 2010). Non seulement la transition peut devenir une source de stress (réunir ses effets ou anticiper le changement), mais pour certains enfants, les règles, les heures, les routines, les activités, les croyances, la discipline et le régime alimentaire différents d’un ménage à l’autre peuvent aussi être des sources de stress (Cashmore et coll., 2010).
  5. Les ententes parentales doivent parfois être modifiées lorsqu’il y a des transitions supplémentaires dans la famille après un divorce, par exemple un déménagement, une nouvelle remise en union, etc. Les transitions de la structure familiale multiples ou fréquentes peuvent être difficiles pour les enfants (p. ex. des changements comme un divorce, la cohabitation, un deuxième divorce, la fin d’une cohabitation, une nouvelle cohabitation) non seulement en raison de l’effet sur la stabilité et la prévisibilité, mais aussi en raison de la pression et du stress accrus (p. ex. les déménagements dans un nouveau quartier (surtout un quartier moins affluent), le nouveau conjoint d’un parent ou des deux parents) (p. ex. Beck, Cooper, McLanahan, Brooks-Gunn, 2010; Cavanagh et Huston, 2008; Magnuson et Berger, 2009; Manning et Lamb, 2003; Sun et Li, 2009; Teachman, 2008).
  6. Les études sont partagées pour ce qui est de déterminer si les changements dans la structure familiale et la remise en union peuvent faire en sorte que les enfants se sentent moins à l’aise avec le parent, ne se sentent pas bienvenus à la maison ou considèrent la nouvelle relation comme une source de difficulté (Cashmore et coll., 2010). Les répercussions négatives des transitions fréquentes sur les résultats chez l’enfant peuvent comprendre la délinquance, la consommation de drogues, le piètre rendement scolaire et des problèmes de comportement. Ces répercussions dépendent de la façon dont les situations sont gérées par les deux parents.
  7. D’autre part, les transitions n’ont pas toutes des répercussions négatives ou ne sont pas toutes neutres, certaines entraînent plutôt des retombées positives. Par exemple, les transitions peuvent mener à une meilleure situation familiale, favoriser un plus grand soutien social ou permettre l'accès à de meilleures ressources.
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