Ententes parentales : Facteurs d’influence sur les résultats à considérer

Section 3 : Facteurs influant sur les résultats chez l’enfant

La section ci dessous traite de nombreux facteurs qui semblent exercer une influence particulière pertinente sur le fonctionnement des enfants et des parents après une séparation ou un divorce, notamment :

  • les caractéristiques de l'enfant;
  • les caractéristiques du parent;
  • le type de présence parentale;
  • la relation parent enfant;
  • la relation interpersonnelle;
  • le conflit;
  • la violence familiale;
  • l’environnement, les problèmes financiers, la remise en union et les interventions et
  • les questions pratiques.

Lorsque l’on élabore des ententes parentales, après un divorce ou une séparation, ces facteurs comptent parmi les facteurs les plus importants dont il faut tenir compte au cas par cas (Brinig, Frederick et Drozd, 2014; Pruett et DiFonzo, 2014).

Caractéristiques de l’enfant

Les caractéristiques individuelles de l'enfant peuvent avoir une influence sur son adaptation, et ce, dans toutes les familles. Ces caractéristiques peuvent comprendre des facteurs biologiques, psychologiques, pathologiques ou physiologiques (Ben-Aryeh et coll., 2013; Masten, 2001; Masten et Coatsworth, 1998). Bien que ces caractéristiques aient été cernées et étudiées surtout dans le contexte d’un cadre général pour le développement de l’enfant, certains des facteurs liés à l’enfant dont il conviendrait particulièrement de tenir compte après un divorce ou une séparation sont décrits ci dessous.

Tempérament

Dans toutes les familles, le tempérament de l’enfant – de quelle façon l’enfant approche ses environnements (sociaux et physiques) – est un indicateur de résultats important et un facteur qui a une incidence sur le type de compétences parentales requises. Note de bas de la page 8 Il existe plusieurs dimensions bien acceptées de tempérament de l’enfant, et certaines d'entre elles comprennent le degré d’inhibition comportementale (c. à d. peur de l’inconnu, tant dans les sphères sociales qu’environnementales), irritabilité ou tolérance à la frustration, niveau d'activité, durée d'attention, persistance et sensibilité sensorielle (p. ex. Zentner et Bates, 2008). En plus d'avoir une incidence sur la façon dont l’enfant réagira à son environnement, ces traits de caractère ont une incidence sur le degré d’habileté et d’effort requis pour assurer un rôle parental positif et de qualité. Par ailleurs, le tempérament peut exercer une influence sur la continuité de la relation parent enfant, car certaines recherches suggèrent que les pères sont plus susceptibles de maintenir un contact/passer plus de temps avec leurs enfants bien adaptés, mais se désengagent de leur relation avec les enfants qui ont des problèmes scolaires ou comportementaux (Swiss et Le Bourdais, 2009). Ces cas ont été observés le plus souvent lorsque les enfants résidaient principalement avec la mère.

Même si les enfants démontrent une diversité de comportements liés à leur tempérament, il existe trois grandes catégories dans lesquelles de nombreux enfants peuvent être classés, y compris ceux ayant un tempérament facile, lent à démarrer et difficile. Note de bas de la page 9 Par exemple, les enfants qui ont un tempérament « facile » s'adaptent rapidement et bien à de nouveaux environnements, ils sourient la plupart du temps et sont de bonne humeur. Ces enfants sont susceptibles de vivre plus facilement la transition et l’adaptation au changement. Ils sont faciles à éduquer – ils exigent moins d’énergie et moins de ressources parentales (patience, sensibilité). D’autres enfants, à savoir ceux dont le tempérament est lent à démarrer ou les enfants qui ont un tempérament difficile peuvent trouver plus difficile de s’adapter au changement et aux transitions. Les enfants à l’extrémité du spectre peuvent aussi exiger un degré de ressources parentales plus élevé (social/émotionnel ainsi que du temps et de l'argent). Cela s'avère particulièrement dans le cas des enfants plus sensibles qui ont tendance à manifester une peur de l’inconnu ou de l’incertitude, présentent des niveaux élevés d’irritabilité et d'activité ou moins de temps d’attention.

Difficultés existantes sur les plans de la santé, de la santé mentale ou des sphères sociales/intellectuelles

Les difficultés existantes sur les plans de la santé, de la santé mentale ou des sphères sociales/intellectuelles de l’enfant peuvent devenir des facteurs de risque que l’enfant présente des problèmes d'adaptation plus tard dans sa vie. Certaines recherches indiquent que les familles d’enfants handicapés signalent des degrés plus élevés de tension et de conflits maritaux, et une incidence accrue de séparation ou de divorce (Statistique Canada, 2008).

Les enfants qui présentent certaines de ces difficultés peuvent exiger plus de ressources de la part du parent (sociales, émotionnelles et temps) et de ressources familiales (y compris les relations, le temps, l’argent), surtout à la suite d’un divorce ou d’une séparation. Dans ce contexte, les problèmes de santé physique, de santé mentale et sociaux peuvent avoir une incidence sur la capacité de l’enfant à s'adapter au changement et à le gérer, et augmenteront la nécessité d'assurer une coordination des mécanismes de soutien et des ressources (p. ex. professionnels, programmes spéciaux) ou auront une incidence sur la capacité de fonctionnement de l’enfant (Strohschein, 2005). En pareils cas, il peut être nécessaire d'assurer une mobilisation interparentale accrue.

Âge de l’enfant et étape de développement

Un nombre considérable de recherches examinent l’effet de l’âge de l’enfant et de son étape de développement sur sa façon de s'adapter au divorce et à la séparation (voir Santé Canada, 2000; O’Connor, 2004). Bien qu’il soit clair que l’âge de l’enfant ne suffit pas à prédire les résultats, la recherche documente que certains problèmes liés à l’âge peuvent survenir, notamment : des problèmes de compréhension du divorce par l’enfant, l’enfant se culpabilise du divorce ou de la séparation, détresse émotionnelle en raison des changements dans la structure familiale et possibles problèmes d’adaptation. La recherche indique que non seulement les enfants plus âgés ont la capacité de faire connaître leur volonté, mais lorsque leurs points de vue entrent en ligne de compte (dans le cadre du processus décisionnel), ils sentent qu’ils ont une meilleure maîtrise de la situation et se sentent plus satisfaits des ententes (voir Cashmore et Parkinson, 2008; Kelly, 2012; Pryor et Rodgers, 2001; Smith, Taylor et Tapp, 2003).

Certaines recherches examinant le temps parental ont révélé que l’âge de l’enfant est associé au temps qu’il passe avec chaque parent. Par exemple, on observe que la garde partagée est plus fréquente au milieu de l'enfance, moins fréquente chez les jeunes enfants et les adolescents alors que la garde majoritaire par le père semble prévalente chez les enfants plus âgés (Cashmore et coll., 2010, Kaspiew et al, 2009, Le Bourdais Juby et Marcil-Gratton, 2002; Manning, Stewart et Smock, 2003; Seltzer, 1991;).

Actuellement, il n’y a pas de consensus quant à savoir quelles ententes parentales sont les plus appropriés pour les jeunes enfants et les enfants âgés de moins de quatre ans (voir McIntosh, Smyth et Kelaher, 2013; McIntosh, Smyth, Kelaher, Wells et Long, 2011; Nielsen, 2014). Le débat est généralement axé sur le temps parental pour les jeunes ou les très jeunes enfants, où certains se prononcent contre les ententes parentales qui prévoient un coucher de temps à autre chez l’autre parent en raison de problèmes d'attachement et d’adaptation (en particulier chez les jeunes enfants âgés de moins de deux ou trois ans). D’autres allèguent que les couchers n’ont pas d’incidence directe sur l'adaptation de l’enfant (habituellement chez les enfants de plus de deux ou trois ans) (Kelly et Lamb, 2000; McIntosh et al, 2013; McIntosh et coll., 2011; McIntosh, Smyth, Kelaher, Wells et Long, 2010; Nielsen, 2014; Pruett, Ebling et Insabella, 2004; Solomon et George, 1999; Tornello, Emery, Rowen, Potter, Ocker et Xu, 2013; Warshak, 2000; Warshak, 2002).

Caractéristiques des parents

Les caractéristiques des parents (p. ex. santé mentale, capacité parentale) sont importantes dans toutes les familles. Elles peuvent non seulement affecter l’adaptation du parent aux ententes parentales et la qualité de la relation interparentale, mais aussi la qualité de la présence parentale qu’ils offrent. Ces caractéristiques sont importantes, car dans toutes les familles, le fonctionnement parental est l’un des plus importants prédicteurs du développement de l’enfant, des résultats chez l’enfant et de son adaptation (Amato et Gilbreth, 1999; Altenhofen et coll., 2008; Sandler, Wolchik, Winslow, Mahrer, Moran et Weinstock, 2012). Cependant, il y a une acceptation générale selon laquelle les caractéristiques du parent ne sont qu’un facteur parmi de nombreux autres qui doivent être évalués au moment d’établir des ententes parentales, par exemple, les dimensions environnementales, les ressources disponibles et accessibles, les sources de stress, les facteurs interpersonnels, les facteurs interparentaux, les caractéristiques de l’enfant, les pratiques d’encadrement parental et la qualité du rôle parental (voir Belsky, 1984).

Santé mentale, troubles psychiatriques ou troubles de la personnalité

Il existe une abondante littérature sur la relation entre la dépression et d’autres problèmes psychologiques et les aptitudes/comportements parentaux qui entraînent des répercussions sur les résultats chez l’enfant. D’une façon générale, la santé mentale du parent peut avoir des répercussions sur l’adaptation émotionnelle, sociale et scolaire de tous les enfants, de tous les groupes d’âge, et accroître la probabilité que l’enfant présente des comportements d’internalisation (anxiété/dépression) ou d’externalisation (déficit de l’attention/comportement provocateur, agressivité chez l’enfant (Belsky, 1984; Kelly et Emery, 2003; Pruett, Williams, Insabella et Little, 2003; Gefland et Teti, 1990; Hardie et Landale, 2013; Lovejoy, Graczyk, O’Hare et Neuman, 2000; Rishel, 2012; Turney, 2011a; Turney, 2011b; Turney, 2012). Par exemple, de nombreuses études ont été élaborées dans le but de cerner une corrélation entre l’adaptation du comportement de l’enfant et les problèmes parents-enfants et certains traits de personnalité du parent (DeGarmo, Reid, Leve, Chamberlain et Knutson, 2010; Febres, Shorey, Zucosky, Brasfield, Vitulano, Elmquist, Ninnemann, Labrecque et Stuart, 2014; Harold, Elam, Lewis, Rice et Thapar, 2012; Jurma, 2015; Wilson et Durbin, 2010). Par exemple, les parents hostiles et déprimés risquent d’être moins engagés et affectueux auprès des enfants, ce qui peut contribuer à l’émergence de comportements d’internalisation et d’externalisation (Barnard et McKeganey, 2004; Boutelle, Eisenberg, Gregory et Neumark-Sztainer, 2009; Riggs, Chou et Pentz, 2009; Weaver et Schofield, 2015).

Toxicomanies

Lorsque les parents consomment de la drogue ou de l’alcool ou ont un problème d’alcoolisme ou de toxicomanie non traité, les enfants courent un risque accru de présenter des résultats indésirables sur les plans du comportement, du développement psychologique et des réalisations. Il en est ainsi parce que la toxicomanie peut avoir une incidence sur la qualité de la présence parentale auprès de l’enfant. Les résultats d’une consommation parentale non traitée chez l’enfant peuvent être multiples : l’enfant est provocateur et exagérément réactif, présente un piètre rendement scolaire, développe lui-même des problèmes de consommation (Fals-Stewart, Kelley, Fincham, Golden et Logsdon, 2004; Irner, Teasdale et Olofsson, 2012; McMahon et Giannini, 2003; Osborne et Berger, 2009).

Caractéristiques démographiques et ressources

Certaines caractéristiques démographiques des parents sont corrélés à la probabilité que les parents répartissent leur temps avec les enfants de façon plus égale, notamment le niveau d’instruction et le revenu des parents (généralement dans les fourchettes plus élevées) (King, Harris et Heard, 2004; Swiss et Le Bourdais, 2009); Note de bas de la page 10 la situation de travail/d’emploi des parents (plus fréquent lorsque les mères travaillent) et les horaires de travail des parents (les horaires de travail moins flexibles ou les quarts de travail de fin de semaine ou de soirée réduisent la probabilité) (Juby et coll., 2005; Kalmijn, 2015).

Type de rôle parental

Les recherches sur le développement de l’enfant montrent clairement que la qualité de la présence parentale, dans toutes les familles, est l’un des meilleurs prédicteurs du bien-être de l’enfant et de ses résultats (voir Adamsons et Johnson, 2013; Amato, 2000; Amato, 2005; Amato et Gilbreth, 1999; Cyr, 2006; Cyr, Di Stefano et Desjardins, 2013; Fabricius et coll., 2012; Fehlberg, Smyth, Maclean et Roberts, 2011; Gilmore, 2006; Gilmore, 2010; Nielsen, 2011; Pruett et DiFonzo, 2014; Rutter, 1999). Ces études indiquent que la qualité du rôle parental, l’environnement psychologique et relationnel de l’enfant et les caractéristiques familiales sont plus fortement corrélés à des résultats positifs chez l’enfant que la véritable structure familiale ou le milieu de vie. Toutefois, il existe un amalgame de caractéristiques qui, si elles sont présentes, sont plus susceptibles de donner lieu à des accords de garde partagée qui entraînent de meilleurs résultats chez l’enfant et favorisent une meilleure adaptation (p. ex. les parents sont plus rationnels, les parents ont plus de ressources, présence parentale de qualité, moins grand nombre de conflits.

Présence parentale de qualité

La qualité de la présence parentale a été définie de nombreuses façons semblables, et comprend habituellement les notions génériques de chaleur, de sensibilité et d’attention. À l’intérieur de ces notions, les caractéristiques révélant une présence parentale de qualité comprennent : la capacité de soutien/proximité, l’engagement actif et la surveillance, la discipline appropriée et autoritaire, la constance (Pryor et Rodgers, 2001). Peu importe le type d’entente parentale, la qualité de la présence parentale a été corrélée à une diminution de la présence de comportements d’externalisation, (agressivité, provocation, criminalité), à un rendement académique supérieur, à un mieux-être global supérieur et à une diminution des comportements d’internalisation (dépression, anxiété, problèmes de santé mentale) (Amato et Gilbreth, 1999; Bricklin et Elliot, 2013; Kuehnle et Drozd, 2012; Nielsen, 2011; Prazen, Wolfinger, Cahill et Kowaleski-Jones, 2011; Sandler, Miles, Cookston et Braver, 2008; Sandler et coll., 2012; Smyth, 2009; Stewart, 2003). Les enfants profitent également de communications parents-enfants de bonne qualité, en particulier si celles-ci sont propices au dialogue et à la communication constante des idées et valeurs, de la confiance et du respect (Ngai, Cheung, To, Liu et Song 2013; Popov et Ilesanmi 2015). Certaines études laissent entendre que la qualité du rôle parental peut aussi compenser pour les répercussions négatives des conflits parentaux après le divorce (Pruett et coll., 2003; Sandler et coll., 2008; Sandler et coll., 2012).

Une présence parentale de piètre qualité présente des caractéristiques opposées à celles mentionnées ci-dessus, notamment les suivantes : rigidité (peu de souplesse), intransigeance ou coercition, préoccupation (c.-à-d. manque d’attention à l’enfant), faible engagement et faible soutien (Kelly, 2012; Kelly et Emery, 2003; Oppenheim et Koren-Karie, 2012; Sandler et coll., 2008). On estime que la présence parentale de piètre qualité est cyclique, car elle entraîne des problèmes de comportement qui à leur tour génèrent une présence parentale de piètre qualité qui peut être caractérisée par un rôle parental punitif, un désengagement et une diminution de la supervision, ce qui poursuit le cycle des problèmes de comportement (Popov et Ilesanmi, 2015).

La relation parent-enfant

De nombreuses recherches sur le développement de l’enfant montrent qu’une relation parent-enfant positive et de soutien contribue grandement à l’adaptation de l’enfant (Chan, 2011; Eisenberg, Zhou, Spinrad, Valiente, Fabes et Liew, 2005; Neighbors, Forehand et Bau, 1997). D’une façon générale, la relation parent-enfant est l’une des expériences les plus importantes tant pour l’enfant que pour le parent. Outre certaines caractéristiques du parent (mentionnées ci-dessus), d’autres facteurs contribuent également au développement ou au maintien d’une bonne relation parent-enfant.

La relation parent-enfant antérieure

De nombreuses études révèlent que la relation parent-enfant avant le divorce est un bon prédicteur de la forme que prendra la relation parent-enfant après le divorce (Amato, 2010; Amato et Booth, 1996; Booth et Amato, 2001). Selon ces travaux, il est généralement accepté que la continuité des relations existantes est un aspect important pour ce qui est de l’adaptation positive de l’enfant et de ses résultats. Toutefois, les relations parent-enfant peuvent changer – les bonnes relations préexistantes peuvent s’affaiblir et des relations plus faibles peuvent se renforcer et devenir source de soutien.

Engagement parental

L’engagement parental renvoie au degré d’intensité avec lequel le parent est engagé auprès de son enfant, lui est accessible et avec lequel il assume sa responsabilité parentale (voir Lamb, 2000). Cela peut inclure l’engagement à la maison, à l’école ou dans la collectivité, dans les activités, les loisirs et les sports. Ces études insistent sur l’importance d’assurer plus qu’une simple présence physique pour l’enfant (c.-à-d. dans la maison, lorsqu’un enfant joue dans l’autre pièce) et d’établir un lien et d’interagir avec lui. Les enfants qui ont des parents engagés ont tendance à présenter de meilleurs résultats à court et à long terme sur les plans du développement et du comportement (Carlson, 2006; Hill et Tyson, 2009; Jeynes, 2010; Jeynes, 2012; Sarkadi, Kristiansson, Oberklaid et Bremberg, 2008; Stacer, et Perrucci, 2013). Certaines études ont révélé que lorsque deux adultes participent à l’éducation, le degré d’engagement et la fréquence de celui-ci sont plus élevés. (Cooper, 2010; Dufur, Howell, Downey, Ainsworth et Lapray, 2010; Myers et Myers, 2014).

Attachement

L’attachement est la mesure du lien entre un enfant et un parent ou fournisseur de soins. L’importance de l’attachement a été démontrée dans de nombreuses cultures différentes (Ahnert, Pinquart et Lamb, 2006; Bretherton, 2010; van Ijzendoorn et Sagi-Schwartz 2008). Pour évaluer l’attachement, les professionnels qualifiés mesurent des notions qui comprennent les soins émotionnels et physiques, la constance de l’engagement (dans la vie quotidienne) et l’investissement émotionnel. Les recherches sur le développement de l’enfant indiquent invariablement qu’un attachement sécurisant produit de nombreux résultats positifs chez l’enfant et chez l’adulte (p. ex. sur les plans du développement, du comportement et des émotions) (Sroufe, Egeland, Carlson et Collins, 2005).

La question de l’attachement est devenue importante pour les chercheurs qui étudient les répercussions du divorce et des ententes parentales après le divorce parce qu’ils désirent comprendre de quelle façon un changement dans une structure familiale peut influer sur la nature du lien entre les enfants et les parents et sur l’adaptation de l’enfant. Toutefois, il est important de mentionner que les recherches sur l’attachement sont fondées sur des outils d’évaluation du domaine des sciences sociales utilisés pour mesurer l’attachement entre l’enfant et les fournisseurs de soins ou les parents. Ces outils d’analyse fournissent des données empiriques sur l’attachement. Il y a peu de consensus quant à l’idée que ces outils soient utilisés pour déterminer les ententes relatives à l’accès et à la garde (Byrne, O'Connor, Marvin et Whelan, 2005; Dale et Ludolph, 2012; Fabricius et coll., 2012; Smith, Coffino, van Horn et Lieberman, 2012; Solomon, 2013).

La recherche sur l’attachement révèle invariablement que les enfants sont plus susceptibles de tirer leur épingle du jeu lorsqu’ils ont au moins un lien d’attachement sécurisant (Lopez, 1995; Slater, 2007). Les enfants peuvent avoir un lien d’attachement positif et sécurisant avec les deux parents en plus des fournisseurs de soins; en fait, il leur sera profitable d’avoir plusieurs liens d’attachement positifs (Ahnert et coll., 2006; Altenhofen, Sutherland et Biringen, 2010; Bretherton, 2010; Brown, Mangelsdorf et Neff, 2012; Brown, McBride, Shin et Bost 2007; Brumariu, et Kerns, 2010; Cassidy, 2008; Dale et Ludolph, 2012; Association of Family and Conciliation Courts, 2011; Kochanska et Kim, 2013; Lamb, 1977; Solomon, 2013; Suess, Grossmann et Sroufe, 1992; Waters et McIntosh, 2011). Cela signifie qu’il est idéal d’encourager l’établissement de plusieurs liens d’attachement sécurisants, car le potentiel d’obtention de résultats positifs augmente lorsque l’enfant a un accès suffisant à ses deux parents (ou à des fournisseurs de soins multiples). Les enfants peuvent développer des liens d’attachement de différente qualité (p. ex. sécurisants, insécurisants) avec d’autres adultes présents dans leur vie – s’ils ne sont pas attachés de façon sécurisante à un parent, ils peuvent avoir un lien d’attachement sécurisant avec un autre parent ou adulte (Kerns, Tomich, Aspelmeier et Contreras, 2000; Verschueren et Macrcoen, 1999).

Les thèmes qui se dégagent de la recherche montrent que les enfants qui ont un lien d’attachement insécurisant, en particulier un attachement désorganisé, avec les deux parents, en bas âge, courent des risques plus élevés de présenter des problèmes de comportement (Kuehnle et Drozd, 2012; Smith et coll., 2012; Sroufe et coll., 2005). D’autre part, l’attachement sécurisant a été corrélé à une meilleure estime de soi, à de la débrouillardise, à des compétences dans les relations avec les pairs et à des compétences dans les relations sentimentales.

Relation interparentale

La relation interparentale entre des ex-conjoints/époux peut avoir une influence sur leur capacité d’être de bons parents, et cela peut influencer la relation parent-enfant et les résultats chez l’enfant (voir Amato et Booth, 1996). Par exemple, un parent distrait ou colérique risque de ne pas être aussi sensible ou attentif aux besoins de l’enfant et il est plus susceptible de placer l’enfant au milieu d’un conflit interparental.

Le partage des responsabilités parentales est défini de façon générale par McHale et Irace (2011) de la façon suivante : [traduction]

Une activité partagée et entreprise par les adultes responsables de la garde et de l’éducation de l’enfant. Cette entreprise conjointe répond mieux aux besoins de l’enfant lorsque chacun des adultes qui assurent un rôle parental est capable de percevoir l’enfant comme une personne distincte ayant des besoins et des émotions différents des leurs, et d’y répondre, et lorsque les adultes trouvent des façons de collaborer, dans le but de mettre en place conjointement une structure qui protège et réconforte l’enfant de façon appropriée. (p. 16)

La relation de partage des responsabilités parentales aide l’enfant à s’adapter au divorce de façon optimale lorsqu’il y a planification conjointe, coordination des activités pour l’enfant, soutien et accord parental, reconnaissance de la valeur de la contribution de chaque parent, souplesse, effort pour établir ou parvenir à un consensus sur les besoins de l’enfant, coordination des méthodes d’éducation de l’enfant et limite entre les responsabilités parentales, peu de conflits, respect mutuel et maturité (Fabricius et coll., 2012; Smith, 2004). Dans ces cas, une solide relation de partage des responsabilités parentales favorise un engagement actif et positif de la part des parents (Hardesty, Khaw, Chung et Martin, 2008; Maccoby et Mnookin, 1992; Pruett, et Pruett 2009) peu importe la structure familiale (Carlson, McLanahan, et Brooks-Gunn, 2008).

Lorsque les parents partagent les responsabilités parentales dans un esprit de collaboration, il est plus probable d’observer de meilleurs contacts parents-enfants, car les solides relations favorisent et facilitent le contact (Fabricius et coll., 2012; Smith, 2004; Sobolewski et King, 2005; Waller, 2012). Il est généralement accepté qu’il est dans l’intérêt du bien-être de l’enfant que les parents soient capables de maintenir une relation neutre ou positive et d’assurer un rôle parental coopératif (Hayden, Schiller, Dickstein, Seifer, Sameroff, Miller, Keitner et Rasmussen, 1998; Jaffe, Crooks et Bala, 2005; McHale et Irace, 2011; McHale, Kuersten-Hogan, Lauretti et Rasmussen, 2000; Schoppe, Mangelsdorf et Frosch, 2001; Sobolewski et King, 2005). Sur le plan pratique, lorsque les parents ont une relation neutre ou positive, il peut être plus facile d’apporter des changements aux ententes et d’élaborer des ententes parentales. En effet, les parents peuvent intervenir plus fréquemment pour soutenir la relation de l’enfant avec l’autre parent. Réciproquement, il peut être nuisible sur les plans émotionnel et psychologique que les parents entretiennent une relation négative ou hostile, qu’ils ne travaillent pas dans l’intérêt de l’enfant ou fixe leur attention sur l’organisation de l’horaire (McIntosh et Chisholm, 2008; Pruett et coll., 2003).

Conflit

Le conflit interparental est une notion distincte de celle de la violence familiale. Il est généralement accepté que le conflit revêt une nature multidimensionnelle (variant selon la fréquence, la gravité, la réaction, le degré d’engagement des deux parents et les répercussions éventuelles sur l’enfant) (voir Ayoub, Deutsch et Maraganore, 1999; Birnbaum et Bala, 2010; Harold et coll., 2014; Neighbors et coll., 1997; Saini, Redmond, Polak, et Yadeta, 2010). Il est important de signaler que certains conflits sont normaux dans les relations et qu’ils peuvent être neutres ou positifs pour ce qui est de leur effet sur les résultats chez l’enfant et les relations parent-enfant. Par exemple, lorsque les conflits sont peu fréquents et réglés de façon prosociale, contenue et n’impliquent pas l’enfant, ils n’entraînent pas de répercussions négatives. En fait, ce type de conflit peut même aider à l’acquisition de certaines habiletés et à une modélisation future d’un mode de résolution des conflits efficace.

Dans toutes les familles, ce sont la fréquence et l’intensité des conflits qui ont le plus d’influence (conflit occasionnel et relatif à des problèmes discrets par opposition à des conflits persistants, fréquents et hostiles) et la rapidité du règlement du conflit (rapidement ou non réglé et continu). Il est aussi reconnu, d’une façon générale, que les conflits qui prévalent avant le divorce ne sont pas nécessairement prédicteurs de conflits après le divorce (Altenhofen et coll., 2008; Buchanan, Maccoby et Dornbusch, 1991; Cyr, 2007; Drapeau, Gagné, Saint-Jacques, Lépine et Ivers, 2009; Emery, Otto et Donohue, 2005; Fabricius et coll., 2012; Gilmore, 2004; Gilmore, 2006; McIntosh et Long, 2005; Pruett, et coll., 2004; Sandler et coll., 2008; Stewart, 2001; Spruijt, de Goede et Vandervalk, 2004).

La recherche sur les conflits indique que les enfants exposés à des conflits ou impliqués dans les conflits (c.-à-d. au milieu de conflits) persistants et non résolus (tant violents que non violents) sont plus susceptibles de présenter des problèmes de comportement d’internalisation et d’externalisation et d’adaptation sociale (voir Ayoub et coll., 1999; Fomby et Osborne, 2010; Harold et coll., 2012; Jouriles, Rosenfield, McDonald et Mueller, 2014; Kelly, 2012; McIntosh et Chisolm 2008; Saini et coll., 2010). Les conséquences éventuelles du conflit sur le développement et le comportement sont multiples et comprennent les suivantes :

  1. Piètres compétences sociales (c.-à-d. problèmes relationnels avec les pairs, piètre estime de soi, problèmes cognitifs et scolaires, manque de concentration, piètre rendement scolaire)
  2. Comportement d’internalisation (c.-à-d. problèmes émotionnels, anxiété, retrait, dépression, pensées suicidaires)
  3. Comportement d’externalisation (c.-à-d. agressivité, impulsivité, délinquance, trouble d’attention)
  4. Modélisation du conflit, comportement violent ou vulnérable, troubles du stress post-traumatique et ses symptômes (cauchemars, dissociation, flashbacks), toxicomanie et absence de compétences parentales futures, problèmes de confiance ou difficulté à établir des relations.

Certaines études indiquent que lorsque les familles vivent un conflit à l’extrémité supérieure du spectre, elles ont majoritairement tendance à adopter des ententes qui prévoient une garde partagée. Ce type d’entente est susceptible de devenir impertinente (voir McIntosh et coll., 2011). Lorsque les ententes deviennent impertinentes, cela mène bien souvent à la garde exclusive par la mère.

Violence familiale Note de bas de la page 11

La présence de violence familiale Note de bas de la page 12 « afflige un grand nombre de Canadiennes et de Canadiens de tous les milieux socioéconomiques et de tous les horizons culturels » (ministère de la Justice, 2014b, p.16) et est une préoccupation de grande importance pour tous (p. ex. survivants, fournisseurs de service ainsi que décideurs). De façon générale, la violence familiale s’entend du recours à un comportement abusif « dans le but de contrôler ou de faire du tort à un membre de sa famille ou à une personne qu'il ou elle fréquente » (ministère de la Justice, 2014a). Elle peut être vécue comme une ou plusieurs formes de violence ou de négligence physique, sexuelle, émotionnelle ou financière (ministère de la Justice, 2014a, b; Neilson, 2013). Elle peut être isolée, sous forme d’un incident unique, elle peut être de longue date ou elle peut survenir dans une situation en particulier (p. ex. après le divorce, avec la consommation/l’abus de substance, anxiété). Du point de vue de la recherche et de la politique, différentes typologies de la violence permettent d’apporter des précisions lorsque l’on parle de violence et lorsque l’on crée des mesures pour gérer la violence (p. ex. violence envers le conjoint, violence intrafamiliale et violence familiale; Graham-Kevan et Archer, 2003; Johnson, 2006; Johnston et Campbell, 1993; Johnson et Ferraro, 2000).

Les préoccupations courantes et futures relatives à la sécurité dans le contexte de la violence familiale de même que les conséquences à court et à long terme rattachées à l’exposition et aux expériences de violence sont des facteurs dont il importe de tenir compte lorsque l’on établit des ententes parentales après une séparation ou un divorce. Lorsqu’il y a violence familiale, les constatations de la recherche insistent sur l’importance de protéger la sécurité et de bien-être des parents et des enfants, et de respecter les victimes et les témoins de la violence.

Il y a consensus à savoir que le fait d’avoir été exposé ou d’avoir vécu de la violence familiale avant, pendant ou après le divorce place les enfants à risque de présenter des problèmes émotionnels et de comportement (voir Bourassa, 2007; Cunningham et Baker, 2004, 2007; Edleson, 1999; Evans, Davies et DiLillo, 2008; Febres et coll., 2014; Geffner, Igelman et Zellner, 2003; Herrenkohl, Sousa, Tajima, Herrenkohl et Russo, 2010; Holt, Buckley et Whelan, 2008; Jaffe et coll., 2005; Kitzmann, Gaylord, Holt et Kenny, 2003; Moylan, Herrenkohl, Sousa, Tajima, Herrenkohl et Russo, 2010; Narayan, Cicchietti, Rogosch et Toth, 2014; Rigterink, Katz et Hessler, 2010; Rossman, Hughes et Rosenberg, 2013; Schnurr et Lohman, 2013; Siegler, 2013; Sousa, Herenkhol, Moylan, Tajima, Klika, Herenkohl et Russo, 2011;Trickett et Schellenbach, 1998). Surtout, l’exposition à la violence familiale peut avoir les mêmes effets chez le témoin que chez la victime (voir Brinig, Frederick et Drozd, 2014). Les répercussions de la violence familiale sur l’enfant sont envahissantes et peuvent comprendre des problèmes émotionnels, comportementaux, sociaux, liés à la santé, scolaires, dans les relations (intimes et non intimes) et d’adaptation professionnelle. Les expériences de violence familiale chez les jeunes enfants et les enfants plus âgés peuvent entraîner des conséquences négatives, notamment des niveaux plus élevés de comportements d’internalisation (p. ex. retrait, anxiété, dépression) et d’externalisation (p. ex. délinquance, agression), un plus faible rendement académique et fonctionnement cognitif (lecture, habiletés verbales, décrochage scolaire) et perturber le développement des habiletés sociales (p. ex. difficultés dans les interactions avec les pairs ou relations avec les pairs de piètre qualité). La recherche a aussi révélé un degré plus élevé de consommation d’alcool et une présence accrue des symptômes du trouble de stress post-traumatique chez les enfants victimes de violence familiale, ou exposés à celle-ci), à mesure qu’ils grandissent (voir les références ci-dessus).

Ces résultats négatifs peuvent être observés immédiatement ou à plus long terme, même à l’âge adulte. Certaines études montrent qu’il existe un risque accru de résultats négatifs lorsque l’enfant est à la fois témoin et victime de violence familiale, et que le fait de vivre dans une maison où il y a violence augmente le risque que l’enfant vive de la violence ou de la négligence (voir Bourassa, 2007; Edelson, 1999; Sousa et coll., 2011). Outre les répercussions directes de la violence, celles-ci entraînent aussi des effets indirects qui affectent la qualité du rôle parental, la relation parent-enfant avec les deux parents et le bien-être du parent (ce qui en retour peut entraîner des répercussions négatives sur l’enfant) (Levendosky et Graham-Bermann, 1998; van Horn et Lieberman, 2002; Levendosky, Leahy, Bogat, Davidson et von Eye, 2006). Il convient de mentionner que ce ne sont pas tous les enfants qui proviennent de milieux où il y a de la violence qui seront affectés de la même manière ou au même degré. Le type d’attachement au parent non violent, la qualité de la présence parentale, la capacité d’empêcher que l’enfant ne soit exposé davantage à de la violence sont tous des facteurs importants et peuvent protéger l’enfant contre les répercussions négatives de la violence (voir Graham-Bermann, DeVoe, Mattis, Lynch et Thomas, 2006; Osofsky, 1999; Pruett et coll., 2003; Sandler et coll., 2008; Sandler et coll., 2012). Note de bas de la page 13

Le message général au sujet de la violence familiale dans le contexte de l’établissement d’une entente parentale consiste tout d’abord à tenir compte de la présence ou de l’absence de la violence familiale et de la forme qu’elle a prise ainsi que des facteurs de protection qui sont présents dans l’environnement (p. ex. rôle parental positif, attachement sécurisant, soutien social et autres facteurs mentionnés précédemment) (voir par exemple Jaffe et coll., 2008). L’existence et la nature de la violence familiale ainsi que d’autres situations pertinentes doivent être examinées pour déterminer l’entente parentale appropriée dans une situation en particulier)

L’environnement social et physique des parents et des enfants

Dans toutes les familles, l’environnement social et physique des parents et des enfants peut aussi avoir une incidence sur les résultats chez l’enfant et sur son adaptation. Il sera important de tenir compte des facteurs ci-dessous pour établir les ententes parentales qui sont dans l’intérêt des enfants.

Situation socio-économique

Les recherches montrent clairement que la situation socio-économique est au moins partiellement liée au bien-être des enfants dans toutes les familles. En effet, la situation socio-économique influe sur les résultats cognitifs, socio-émotionnels, comportementaux et relatifs à la santé. Dans certains cas, ces effets s’amorcent avant la naissance et durent jusqu’à l’âge adulte. En règle générale, lorsque les enfants ont accès à plus de ressources, ils s’en tirent mieux à long terme (Bornstein et Bradley, 2012; Bradley et Corwyn, 2002; Braveman, Egerter et Williams, 2011; Cohen, Janicki-Deverts, Chen et Matthews, 2010; Maccoby et Mnookin, 1992; Ryan, Claessens et Markowitz, 2015; Weaver et Schofield, 2015). Les situations socio-économiques inférieures ont été corrélées à une fréquence accrue ou au nombre absolu de transitions pour l’enfant.

Relations de l’enfant

Les études récentes ont souligné que bien que la plupart des discussions sur les ententes parentales soient axées sur les relations parents-enfants, elles négligent bien souvent les relations importantes entre la fratrie et les amis, et les répercussions que celles-ci peuvent avoir sur l’adaptation de l’enfant (voir Davies, 2015).

Réseau de soutien social

Un réseau de soutien social est un facteur important pour protéger tous les enfants contre une adaptation négative (voir Sandler, Miller, Short, et Wolchuk, 1989). En outre, les parents s’ajustent mieux au divorce et sont mieux à même d’assurer un rôle parental de qualité lorsqu’ils bénéficient d’un soutien social et d’un réseau de ressources dans la collectivité (Castillo et Fenzl-Crossman, 2010; DeGarmo, Patras et Eap, 2008; Leslie et Grady, 1985; McDermott, Fowler et Christakis, 2013). Ce réseau peut comprendre l’engagement de la famille immédiate ou le soutien émotionnel de pairs, de collègues et de la famille élargie. Ce type de soutien peut contribuer à maintenir une relation de qualité avec l’enfant.

Remise en union – nouvelle relation, remise en mariage et cohabitation

Les situations de remariage et de remise en union après le divorce ou une séparation sont fréquentes, et il est important de tenir compte de ces transitions et de ces nouvelles relations dans les ententes parentales après le divorce ou la séparation dans l’intérêt de l’enfant. Par exemple, il conviendrait de tenir compte de quelle façon elles seront gérées et l’effet sur l’engagement parental. En termes pratiques, la complexité des contacts entre le parent et enfant peut augmenter lorsque de multiples familles sont concernées. Il ne semble pas que ce soit en soi la remise en union qui ait un impact négatif ou positif sur l’adaptation, mais bien les facteurs rattachés à cette transition qui affecteraient le plus l’enfant (Anderson et Greene, 2013), dont les suivants : influence sur le nombre de transitions vécues par l’enfant (c.-à-d. relations stables par opposition à une série de relations à court terme), changement dans les dynamiques de l’interaction parentale (c.-à-d. augmentation ou diminution du conflit), changement dans la nature ou la fréquence de l’engagement parental auprès de l’enfant (c.-à-d. augmentation ou diminution du contact et de l’engagement en particulier dans le cas des pères qui ne cohabitent pas), le développement d’une nouvelle relation entre le nouveau conjoint et l’enfant (c.-à-d. relation positive et de soutien, neutre ou négative) (Coleman, Ganong, Russell et Frye-Cox, 2015; Flouri, 2006; Fomby et Osborne, 2010; Ganong et Coleman, 2004; Hetherington et Kelly, 2002; Juby, Billette, Laplante et Le Bourdais, 2007; Kelly, 2012; Manning et Smock,1999; Manning et coll., 2003; Qu et Weston, 2010; Stephens, 1996; Swiss et Le Bourdais, 2009; Tach, Mincy et Edin, 2010). Outre l’ajout d’un nouveau conjoint, il peut aussi y avoir la venue de nouveaux enfants (d’une relation antérieure ou de la nouvelle relation). L’introduction de ces nouvelles personnes peut aussi exercer une influence sur la relation qui prévaut après le divorce. Tous ces facteurs représentent des risques ou des facteurs de protection qui peuvent avoir une influence sur l’adaptation de l’enfant, négative ou positive.

Les nouveaux beaux-parents (ou les conjoints stables) peuvent contribuer de façon positive par le développement de nouveaux liens familiaux/liens de parenté, agir comme ressource de soutien additionnelle pour l’enfant, participer à des contributions parentales positives, en soutenant l’engagement du parent biologique (Bray et Berger, 1993; Bray et Kelly, 1998; Coleman et Ganong, 1997; Coleman, Ganong et Russell, 2012; Coleman et coll., 2015; Crosbie-Burnett, 1984; Crosbie-Burnett et Giles-Sims, 1994; Ganong, Coleman, Fine et Martin, 1999; Ganong, Coleman et Jamison, 2011; King, 2007; Papernow, 2006; Manning, et Lamb, 2003; Saint-Jacques, 1995; Sweeney, 2010; White and Gilbreth, 2001).

Soutenir ou appuyer l’adaptation après le divorce ou une séparation – Intervention pour les enfants et les parents

En tenant compte de certaines des expériences environnementales des enfants et des parents, certaines études montrent qu’une intervention universelle ou ciblée et des programmes de formation peuvent avoir un effet tangible sur l’adaptation de l’enfant et du parent. La recherche montre que lorsque les programmes fournissent des outils et des stratégies d’encadrement parental et cernent les familles à risque, les enfants présentent de meilleures chances de réussite par rapport à divers résultats, y compris pour ce qui est d’une réduction du risque de délinquance.

Les études révèlent en outre que le développement des habiletés parentales peut améliorer la qualité des compétences parentales et atténuer les effets des problèmes ou des caractéristiques négatives d’un parent. Par exemple, les essais randomisés contrôlés montrent clairement que lorsque les mères participent à des programmes de formation au rôle de parent, les enfants présentent un moins grand nombre de problèmes de comportement et une relation mère-enfant renforcée, bénéficient d’une discipline efficace et font preuve d’une meilleure capacité d’adaptation après le divorce (Vélez, Wolchick, Tein et Sandler, 2011). Les interventions et les services aux familles comprennent les suivants : médiation, éducation du parent, coordination des parents, évaluation aux fins de la garde, programmes d’accès supervisés, éducation juridique et initiatives de sensibilisation, programmes et leçons d’acquisition de compétences parentales (en ligne, à la maison ou en classe) (voir Saini et coll., 2010).

La formation/l’éducation et l’acquisition de compétences parentales et l’information peuvent améliorer la relation parent-enfant et entraîner des retombées positives sur les résultats chez l’enfant, dans tous les groupes d’âge, et pour divers résultats notamment au chapitre du développement, des compétences sociales, des relations sociales, de l’idée de soi-même, de la prise de risques et des compétences cognitives (Almeida, Abreu-Lima et coll., 2012; Farris, Bert, Nicholson, Glass et Borkowski, 2013; Sandler, Schoenfelder, Wolchik et MacKinnon, 2011; Sandler et coll., 2012; Vélez, Wolchik, Tein et Sandler, 2011). Les programmes qui incluent des leçons d’acquisition de compétences parentales, une composante éducative sur le perfectionnement des compétences et des visites à domicile par les infirmières de la santé publique ont un effet durable pour prévenir le crime et la délinquance juvénile dans tous les types de famille, en particulier dans les familles à risque (Mihalic, Elliott, Fagan et Hansen, 2001). Des travaux récents ont révélé que la version en ligne d’un programme d’éducation au rôle de parent peut contribuer à réduire les conflits parentaux, aider les parents à maîtriser leur colère et à améliorer l’auto-évaluation des compétences parentales en plus d’accroître la capacité d’adaptation après le divorce (Becher, Cronin, McCann, Olson, Powell et Marczak, 2015).

Pour certains parents, il existe des obstacles à l’accès aux programmes et aux services d’acquisition de compétences parentales, dont : le manque de temps, les engagements concurrents, le manque de connaissance, l’absence du sentiment de besoin, les difficultés relatives à la garde de l’enfant, l’isolement de la collectivité, les stigmates ou les préoccupations relatives à la vie privée rattachées à la participation.

Considérations pratiques

Outre l’ensemble de facteurs documentés par des études empiriques susceptibles d’affecter la capacité d’adaptation des enfants, comme il a été mentionné ci-dessus, d’autres considérations importantes doivent entrer en ligne de compte lors de l’établissement des ententes parentales. Ces facteurs affectent les familles de façon différente et justifient d’autant plus le fait que les ententes doivent être adaptées à chaque famille. Ces considérations comprennent les suivantes (sans toutefois s’y limiter; Bricklin et Elliot, 2013; Kuehnle et Drozd, 2012; McIntosh et Chisholm, 2008; McIntosh, et coll., 2010) :

  1. Établir des ententes d’entretien d’enfants et les respecter : Les paiements d’entretien d’enfant peuvent contribuer à l’adaptation de l’enfant, notamment en atténuant les répercussions négatives rattachées à l’insuffisance des ressources économiques et en confirmant à l’enfant que les parents continuent d’en prendre soin (Huang, 2009; Huang, Han et Garfinkel, 2003; Kelly, 2007; Kushner, 2009; Manning et Lamb, K, 2003; Menning, 2002). Des études ont établi une corrélation entre le fait de verser une pension alimentaire et le maintien du contact avec l’enfant après le divorce (Huang, 2009; Juby et al, 2007; Menning, 2006). En outre, certaines études signalent un lien positif entre le versement d’une pension alimentaire pour enfants et certains facteurs d’adaptation de l’enfant (Furstenberg et coll., 1987; King et Sobolewski, 2006; McLanahan, Seltzer, Hanson, et Thomson, 1994) et le rendement scolaire (Argys, Peters, Brooks-Gunn, et Smith, 1998; King, 1994a). Parmi les exemples d’avantages positifs rattachés au versement d’une pension alimentaire et au contact continu, notons une probabilité accrue que l’enfant termine ses études secondaires et accède au niveau collégial (p. ex. Menning, 2002; 2006).
  2. Proximité géographique (distance entre les domiciles, proximité avec les amis, proximité avec les écoles/le travail pour les enfants) : Lorsque les enfants et les parents vivent à proximité, on observe habituellement davantage le partage du temps parental. (Cooksey et Craig, 1998; Le Bourdais et coll., 2002; Manning, Stewart et Smock, 2003; Seltzer, 1991). Les transitions sont aussi plus faciles et plus rapides lorsque les parents vivent à proximité et les enfants ont un meilleur accès à leurs groupes de pairs (ce qui est associé à une satisfaction plus élevée à l’égard des ententes) (Cashmore et coll., 2010).
  3. Capacité financière des deux parents : Bien que les parents puissent désirer partager en grande partie leur temps parental, il est plus coûteux de créer deux domiciles pour l’enfant où toutes les nécessités sont dédoublées (chambre, jouets, activités récréatives). Ces facteurs peuvent exercer une influence sur le type d’entente conclue pour les enfants – y compris influer sur les décisions relatives à d’autres types d’ententes (p. ex. les parents occupent le domicile familial en alternance ou continuent de vivre ensemble après le divorce ou la séparation pour répondre aux besoins de l’enfant).
  4. Situation d’emploi des parents : La disponibilité des parents peut être influencée par les horaires de travail (quarts de travail, quarts de nuit, travail saisonnier, travail à l’extérieur) et si l’horaire de travail offre une certaine flexibilité. Cette disponibilité peut aussi avoir une incidence sur les ententes conclues.
  5. Potentiel de réinstallation : Si un parent désire ou aura besoin de se réinstaller, à un certain moment, pour diverses raisons (p. ex. travail, santé, situation financière, engagements familiaux/obligations). Cet aspect est très difficile à gérer pour les familles et les tribunaux qui doivent établir les ententes après un divorce ou une séparation (Bala, Bertrand, Wheeler et Holder, 2012; Braver, Ellman et Fabricius, 2003; Saini, 2013).
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