JusteRecherche numéro 14

Profil de recherches (suite)

Étude des besoins des victimes de crimes motivés par la haine

Susan McDonald, agente principale de recherche,
Division de la recherche et de la statistique et
Andrea Hogue, stagiaire d'été,
Centre de la politique concernant les victimes

Introduction

Quels sont les besoins des victimes de crimes motivés par la haine au Canada? Leurs besoins sont-ils différents de ceux des victimes d'autres crimes? En quoi ces besoins sont-ils similaires? Que savons-nous sur les victimes de crimes motivés par la haine? Une étude préliminaire tentant de répondre à ces questions a été réalisée en 2006. Le présent article en résume les conclusions et présente un examen des statistiques disponibles sur les victimes de crimes motivés par la haine, une évaluation de la documentation portant surtout sur des revues spécialisées, des renseignements sur les services offerts aux victimes de crimes motivés par la haine par les différentes administrations et une analyse des prochaines étapes.

Examen des données et de la documentation

Définitions et lois

Pour les besoins de la présente étude, la définition suivante du crime motivé par la haine[1], tirée du Programme de déclaration uniforme de la criminalité 2.2[2], a été utilisée:

[…] Infractions criminelles motivées par la haine de la race, l'origine nationale ou ethnique, la langue, la couleur, la religion, le sexe, l'âge, la déficience mentale ou physique, l'orientation sexuelle ou tout autre facteur similaire.

Le crime motivé par la haine est visé aux articles 318 (encouragement au génocide) et 319 (incitation publique à la haine) du Code criminel[3] et dans les dispositions du Code criminel portant sur la détermination de la peine qui se trouvent au sous-alinéa 718.2 a)(i). Ces dernières dispositions prévoient qu'en prononçant les peines, les tribunaux doivent tenir compte des éléments de preuve établissant « que l'infraction est motivée par des préjugés ou de la haine fondés sur des facteurs tels que la race, l'origine nationale ou ethnique, la langue, la couleur, la religion, le sexe, l'âge, la déficience mentale ou physique ou l'orientation sexuelle ». Par ailleurs, au paragraphe 430(4.1), une disposition vise précisément les méfaits contre les biens servant au culte religieux.

La Loi canadienne sur les droits de la personne, plus précisément le par. 13(1), interdit la propagande haineuse. L'article 13 a été modifié en 2002[4] pour préciser que la propagande haineuse inclut la propagande sur Internet.

Deux arrêts de la Cour suprême du Canada ont établi des précédents clairs en ce qui concerne le crime motivé par la haine : R. c. Keegstra[5] et R. c. Andrews[6].

Données

Les données sur les victimes de crimes motivés par la haine au Canada sont limitées et fondées actuellement sur des enquêtes portant sur la victimisation, une enquête pilote menée par Statistique Canada et l'Enquête sur la diversité ethnique. Ces données sont complétées par des études et des initiatives individuelles, comme la vérification annuelle des crimes motivée par la haine antisémite du B'nai Brith.

L'Enquête sociale générale de 2004 sur la victimisation a montré que le pourcentage des incidents perçus par les victimes comme étant motivés par la haine était de 4 % des incidents, soit le même que dans l'enquête de 1999 sur la victimisation (Gannon et Mihorean, 2005, no 7). La race ou l'origine ethnique était le facteur dominant dans les crimes motivés par la haine dans 65 % des cas, le sexe, dans 26 % des cas et la religion et l'orientation sexuelle dans 14 % et 12 % des cas, respectivement[7] . Les auteurs ont fait remarquer que le crime motivé par la haine fait des victimes directes et indirectes, car il cible à la fois l'individu et « ce qu'il représente » (2005, no 7).

En général, la plupart des incidents de victimisation ne sont pas signalés à la police. Seulement le tiers (34 %) d'entre eux a été signalé à la police en 2004. Il s'agit d'une légère baisse par rapport à 37 % en 1999. On estime à 88 % les agressions sexuelles qui ne sont pas déclarées à la police. En 2004, les victimes ont demandé de l'aide auprès d'organismes d'aide officiels (services d'aide aux victimes, centres de crise, lignes d'aide, services de santé ou services sociaux) dans seulement 9 % des cas. Il semble qu'une grande majorité des victimes (90 %) ont recours à un soutien informel dans ces cas-là - un ami, un voisin ou la famille. On a demandé aux victimes qui n'ont pas fait de déclaration à la police pourquoi elles s'étaient abstenues. Parmi les raisons invoquées (une liste de raisons possibles a été fournie aux répondants), citons le fait qu'elles aient cru que l'incident n'était « pas assez grave », ou qu'elles ne voulaient pas que la police s'en mêle, ou encore qu'elles ont estimé qu'il s'agissait d'une affaire personnelle ou que la police n'aurait rien pu faire. Les victimes ont aussi choisi de ne pas faire de déclaration parce qu'elles croyaient que la police ne les aiderait pas et qu'elles craignaient des représailles de la part du ou des délinquant(s).

En 2001 et en 2002, une enquête pilote sur le crime motivé par la haine a été menée avec la participation de douze grands corps de police et sur une période de deux ans (Silver et coll. 2004). Au cours de cette période, 928 incidents de crime motivés par la haine ont été signalés. Les résultats, publiés en juin 2004, ont montré que la motivation cachée derrière ces crimes était majoritairement la race ou l'origine ethnique, soit dans 57 % des cas, suivie de près par la religion, qui a représenté 43 % des cas. L'orientation sexuelle a été la motivation dans environ 10 % des cas [8]. Les Juifs ont déclaré le plus grand nombre d'incidents (25 %), suivi par les Noirs (17 %), les musulmans (11 %), les Asiatiques (10 %), les gais et lesbiennes (9 %), les personnes d'origine ethnique ou raciale multiple (9 %), les personnes originaires de l'Est et du Sud-Est de l'Asie (9 %) et les Arabes/les personnes originaires de l'Asie occidentale (8 %). Les crimes ont été considérés comme des crimes violents motivés par la haine dans 49 % des cas, soit dans 447 des incidents signalés. Les menaces et la force physique ont joué un rôle dans la majorité des crimes violents. Par ailleurs, les personnes ciblées en raison de leur orientation sexuelle ont été plus susceptibles que les autres d'être victimisées de manière violente et, dans environ 48 % de ces cas, un prévenu a été identifié et accusé (Janhevich 2004).

Certains aspects du crime motivé par la haine, comme la peur de devenir la victime d'un crime de ce genre fondé sur l'origine ethnoculturelle, ont été mesurés dans l'Enquête sur la diversité ethnique (EDE). Cette enquête a montré qu'en 2002, 5 % des Canadiens et des Canadiennes âgés de 15 ans et plus craignaient d'être victimes d'un crime motivé par la haine et fondé sur l'origine ethnoculturelle (Statistique Canada 2003).

La Ligue des droits de la personne de B'nai Brith compile des données sur les crimes antisémites déclarés dans le cadre de sa vérification annuelle. En 2003, 584 incidents ont été signalés à B'nai Brith, ce qui représente une hausse de 27,2 % des déclarations par rapports à l'année précédente. Entre 2001 et 2003, le nombre d'incidents déclarés a doublé. Les cas déclarés ont été classés comme des cas de harcèlement (66,6 %), de vandalisme (32,2 %) et de violence (2,6 %) (Ligue des droits de la personne de B'nai Brith Canada 2003).

Outre le fait que les victimes hésitent à déclarer un crime motivé par la haine, les déclarations de crimes motivés par la haine peuvent varier d'une région à l'autre. Par conséquent, il est très difficile d'estimer la prévalence à l'échelle nationale, voire à l'échelle provinciale ou territoriale. Les avis divergent beaucoup quant aux meilleures méthodes pour recueillir les données et cette question, ainsi que les craintes très réelles et compréhensibles des victimes, font de la sous­déclaration une réalité qui complique la recherche de la nature du crime motivé par la haine et des besoins des victimes de ce type de crime.

La documentation

Bien que très peu de recherches aient été faites au Canada sur les victimes de crimes motivés par la haine (Janoff 2005; Mock 1993), il existe un corpusdocumentaire aux États-Unis. On y insiste sur le fait que la victimisation relative au crime motivé par la haine ne se limite pas à la victime individuelle. La victimisation par le crime motivé par la haine a une capacité considérable de toucher la collectivité ou le groupe auquel la personne s'identifie (p. ex., Mock 1993; Ardley 2005; Iganski 2001; Herek 1999; Cogan 2002; Perry 2002). Bien que le présent article, de par sa brièveté, ne puisse pas résumer toutes les conclusions de la recherche, plusieurs projets et conclusions clés y sont mis en évidence.

À propos de la notion d'identité sociale, Blake (2001,133) dit ceci :

[TRADUCTION]

[…] il n'est pas nécessaire que la personne se croie membre d'un groupe ou que son adhésion à ce groupe soit une partie fondamentale de son identité, pour qu'elle se rende compte de sa vulnérabilité du fait de sa perception d'appartenance. Une attaque contre une personne socialement isolée crée chez les autres personnes socialement marginalisées le sentiment qu'ils sont susceptibles de faire l'objet d'attaques violentes.

Gregory Herek, de l'University of California à Davis, a entrepris une grande étude au milieu des années 1990, auprès de 2 300 gais et lesbiennes de la région de Sacramento, en Californie. Dans l'ensemble, les conclusions montrent que la victimisation par le crime motivé par la haine est plus grave que la victimisation criminelle en général (Herek 1999). Les victimes de crimes motivés par la haine fondée sur l'orientation sexuelle vivent davantage de détresse (dépression, stress, colère), leur détresse peut durer plus longtemps et les raisons de cette détresse sont directement liées à leur identité sociale, contrairement aux victimes de crimes non motivés par les préjugés (Herek 1999, p. 1).

Ces résultats sont analogues à ceux de McDevitt, Balboni, Garcia et Gu (2001). McDevitt et ses collaborateurs ont fait parvenir par la poste un questionnaire de sondage à chaque victime de voies de fait graves motivées par les préjugés entre 1992 et 1997 et ont tiré un échantillon aléatoire de 10 % des victimes d'agression non motivée par les préjugés à titre de comparaison. L'étude a permis d'examiner des variables démographiques, la relation de la victime avec le délinquant et les réactions de la victime à l'agression, ainsi que de voir si elle a demandé des soins médicaux et si elle a déclaré l'incident à la police.

Quarante-six pour cent des victimes de crimes non motivés par les préjugés ne se sentaient pas en sécurité après l'attaque; toutefois, un nombre bien supérieur de victimes de crimes motivés par les préjugés ne se sentaient pas en sécurité (59 %) (McDevitt et coll. 2001, p. 54). Par ailleurs, en utilisant l'échelle appelée « Impact of Event Scale »[9] d'Horowitz, tandis que six éléments seulement ont montré des écarts importants entre le groupe des victimes de crimes motivés par les préjugés et l'autre groupe, [TRADUCTION] « chaque mesure de l'incidence psychologique avec cette échelle avait une valeur moyenne supérieure pour les groupes de victimes de crimes motivés par les préjugés que pour l'autre groupe » (McDevitt et coll. 2001, p. 53). Selon les auteurs, [TRADUCTION] « ces conclusions permettent de dire que les crimes motivés par les préjugés touchent, de fait, leurs victimes de manière différente et qu'en conséquence, les organismes d'application de la loi et de services sociaux devraient tenir compte de ces différences quand ils aident les victimes de crimes motivés par les préjugés » (McDevitt et coll. 2001, p. 56).

Bien qu'il ne s'agisse pas des seules études empiriques portant sur les victimes de crimes motivés par la haine, les deux études décrites précédemment font ressortir le consensus entre les chercheurs sur le fait que la victimisation par le crime motivé par la haine peut être plus grave, durer plus longtemps et avoir une incidence majeure sur la collectivité. Très peu de recherches sur ces questions précises sont menées Canada, tant à l'échelle nationale que locale. Il existe toutefois plusieurs initiatives qui ont été prises en réponse aux défis que pose la collecte de données.

Services aux victimes de crimes motivés par la haine

Afin de comprendre quels services sont actuellement offerts aux victimes de crimes motivés par la haine, des questions ont été envoyées par courriel aux membres du Groupe de travail fédéral-provincial-territorial sur les victimes d'actes criminels. Ces membres sont les directeurs de services aux victimes de chaque ressort. Les questions étaient les suivantes:

[TRADUCTION]

  1. Existe-t-il des services spécifiquement destinés aux victimes de crimes motivés par la haine dans votre ressort? Si oui, pourriez-vous nous en donner une courte description?
  2. Quels sont les principaux obstacles pour les victimes de crimes motivés par la haine qui cherchent à bénéficier des services aux victimes réguliers dans votre ressort?
  3. Quels sont les besoins spéciaux des victimes de crimes motivés par la haine et de quoi les services aux victimes ont-ils besoin pour répondre à ces besoins?

Sur douze ressorts, neuf ont répondu et donné des réponses cohérentes aux trois questions. Aucun ressort n'a déclaré offrir des services spécifiques aux victimes de crimes motivés par la haine. En général, ces victimes recevraient le service offert à toutes les victimes de crimes. Les intervenants des services aux victimes les informeraient de la disposition spécifique portant sur la détermination de la peine - sous-al.718.2a)(i) du Code criminel . Par ailleurs, des renvois spécifiques seraient faits à des groupes communautaires ou des groupes de soutien concernés. Dans la plupart des cas, les services aux victimes ne fournissent pas de soutien ou de services de conseil à long terme, de sorte que les renvois à d'autres services sont courants et considérés comme faisant partie du mandat de bon nombre d'organismes de services aux victimes.

Obstacles à l'accès aux services

Les obstacles signalés par les ressorts sont semblables à ceux dont la documentation fait état. L'accès aux services peut présenter des difficultés de nature linguistique ou culturelle, ou bien ces difficultés peuvent contribuer à un manque de connaissance de l'existence des services aux victimes en général. De plus, les victimes peuvent hésiter à se mettre en rapport avec le système de la justice pénale, la police, les services aux victimes ou les tribunaux. Cette hésitation pourrait découler d'une foule de facteurs, notamment la peur (de la police, d'actes de vengeance de la part de l'auteur présumé), la honte (d'être une cible, d'être associée à un groupe précis), la croyance que le système de la justice pénale ne peut pas aider.

Les victimes de crimes motivés par la haine se heurtent aux mêmes obstacles d'accès aux services aux victimes que toutes les autres victimes, notamment le manque de connaissance de l'existence des services, l'absence de services de transports aux services, l'absence de disponibilité des services dans leur collectivité locale et les limites de la gamme de services offerts.

Besoins spéciaux

Plusieurs administrations ont reconnu que les victimes de crimes motivés par la haine devaient affronter des problèmes particuliers en raison de la nature de ces crimes. Tout d'abord, l'incidence d'un crime motivé par la haine peut être particulièrement grave du fait que l'acte a été dirigé contre une personne en raison d'une caractéristique liée à son identité (p. ex., la race, l'orientation sexuelle). Ensuite, contrairement à certaines autres catégories de crimes, des collectivités entières peuvent être victimisées lorsque survient un crimemotivé par la haine. À cet égard, les programmes de soutien et de réparation doivent tenir compte, tant de la personne que de la collectivité. Enfin, puisque les crimes motivés par la haine sont des actes symboliques, le caractère du crime (p. ex., un acte violent ou une infraction contre des biens) peut avoir une corrélation imparfaite avec le degré de l'incidence et des dommages pour la victime et sa collectivité.

En réponse aux besoins des victimes de crimes motivés par la haine, les ressorts ont cerné de manière générale deux secteurs où une action immédiate s'imposerait :

  1. Formation - Dans l'ensemble, les ressorts n'ont pas estimé que des services particuliers constitueraient une réponse adéquate, compte tenu du petit nombre de victimes et de la capacité limitée. On a signalé la nécessité d'une formation accrue et de davantage de ressources (éducation et information juridique pour le public, services d'interprétation). Une meilleure formation et une coordination accrue dans les enquêtes et la poursuite des crimes motivés par la haine pour tous les experts de la justice pénale seraient profitables aux victimes.
  2. Reconnaissance - Les victimes ont besoin que la haine qui se cache derrière ces crimes soit détectée et reconnue par le système de la justice pénale. Des documents rédigés à l'intention des services de police et des procureurs afin d'aider ceux-ci à cerner les aspects haineux de ces crimes et à les faire réprimer par les tribunaux pourraient être utiles. Une brochure dans laquelle seraient énoncées les dispositions du Code criminel concernant les crimes motivés par la haine peut constituer un outil précieux pour aider les services aux victimes dans leur activité.

Discussion et prochaines étapes

En réaction à certains des problèmes qui ont été mis en évidence en ce qui concerne la collecte des données, la sensibilisation et la détection des crimes motivés par la haine, des initiatives ont été entreprises et montrent l'importance de démarches à long terme et polyvalentes sur ces questions. Le projet de collecte de données qui est actuellement entrepris par le Centre canadien de la statistique juridique (CCSJ) et financé par Patrimoine canadien dans le cadre du Plan d'action canadien contre le racisme en est une illustration.

Après une large consultation de la collectivité et des corps de police, une définition normalisée a été acceptée (voir la définition de la version 2.2 du Programme de déclaration uniforme de la criminalité donnée au début du présent article, ainsi que la note 1). C'est déjà un grand progrès d'avoir une définition acceptée de tous. Cette initiative permet de franchir plusieurs étapes puisqu'elle implique de former les agents de police afin de les amener à reconnaître et à déclarer ces crimes, ce qui permettra d'améliorer la collecte de données à long terme. Compte tenu du fait qu'il existe environ 3 000 corps de police au Canada, l'objectif de la formation sera réalisé de plusieurs manières : tenue de séances de formation régionale, offre de formation dans des écoles de police et formation des formateurs. Par ailleurs, le CCSJ travaille à une version numérique de la trousse de formation pour que les corps de police puissent offrir de la formation continue et atteindre tous les agents.

Ce qui est particulièrement important au sujet de la formation du CCSJ, par rapport au sujet de la présente étude, est l'accent qu'elle met sur les victimes. La formation comprend les conclusions de la recherche sur l'incidence pour les victimes et la collectivité. On utilise des vidéoclips, des photographies et des coupures d'articles de journaux pour montrer le point de vue des victimes.

La documentation analysée aux fins de la présente étude a fait ressortir la question de l'incidence sur la collectivité et sur la personne. Les projets de recherche suivants viendraient compléter les efforts du CCSJ en matière de collecte de données à l'échelle nationale de manière à favoriser la naissance d'un corpus canadien de recherches dans ce domaine.

  1. La perspective de la victime est essentielle pour la détermination de la peine des délinquants déclarés coupables de crimes motivés par la haine. La peine complémentaire imposée en raison de la disposition visant les crimes motivés par la haine est censée constituer une reconnaissance du préjudice plus grave infligé par la haine ou les préjugés. Il serait important de mieux comprendre la réaction des victimes à des décisions spécifiques en matière de détermination de la peine.
  2. Des enquêtes sur les collectivités pourraient être réalisées auprès de populations précises afin de voir dans quelle mesure elles ont confiance dans la réaction qu'aura le système de la justice quand des crimes motivés par la haine lui sont signalés.
  3. Des études des répercussions sur les collectivités et sur les victimes pourraient être menées auprès de collectivités qui ont récemment connu des crimes motivés par la haine afin de permettre de mieux comprendre les répercussions communautaires des crimes motivés par la haine. Une telle sensibilisation pourrait aider d'autres intervenants du système de la justice pénale, par exemple, le ministère public lorsqu'il présente ses arguments au moment de la détermination de la peine, en ce qui concerne l'alinéa 718.2(a)(i).
  4. L'Enquête sociale générale sur la victimisation, menée tous les 5 ans par Statistique Canada, pourrait inclure des questions supplémentaires sur l'incidence des crimes motivés par la haine sur la collectivité.

Herek (1999, p. 2) a signalé que, compte tenu de la gravité de l'incidence pour les victimes, [TRADUCTION] « il convient que la loi et la politique publique traitent les crimes motivés par la haine comme un cas spécial de victimisation criminelle, qui impose des stratégies particulières pour la prévention, la poursuite et les services aux victimes. » Les administrations ont unanimement réclamé de la formation spécialisée et une plus grande sensibilisation et collaboration entre les organismes de services sociaux. En conséquence, les auteurs proposent des initiatives concrètes, quoique modestes, savoir :

  1. Soutien à la formation pour les services aux victimes à l'échelle nationale. La formation devrait avoir un contenu uniforme et permettre des variantes régionales ou locales, être axée sur la victime et avoir une orientation pratique.
  2. Soutien aux propositions visant à réduire les obstacles pour les victimes de crimes motivés par la haine qui veulent accéder aux services. Ces propositions pourraient être liées à toutes les victimes de crime, mais une reconnaissance particulière devrait être prévue pour celles des crimes motivés par la haine, par exemple :
    1. Des documents élaborés de façon spécifique pour des collectivités, incluant notamment des traductions adaptées à la culture des victimes.
    2. Des ateliers ou des occasions de formation ou de réseautage pour accroître la collaboration entre les groupes communautaires et les services aux victimes.
  3. Soutien aux propositions de financement pour établir, mettre en ouvre et évaluer des activités de formation et des documents didactiques destinés à ceux et celles qui travaillent avec les victimes de crimes motivés par la haine. Parmi les autres initiatives qui pourraient être appuyées et qui peuvent être utiles, citons :
    1. La préparation, à l'intention des policiers et des procureurs, d'une documentation, semblable au Guide à l'intention des policiers et des procureurs de la Couronne - Harcèlement criminel, afin de les aider à détecter l'aspect haineux des crimes et à monter leur dossier pour le tribunal.
    2. La rédaction, à l'intention des services aux victimes, d'une brochure ou d'un petit livre exposant les dispositions du Code criminel qui concernent les crimes motivés par la haine.

Résumé

L'étude préliminaire des besoins des victimes de crimes motivés par la haine a nettement mis en évidence les lacunes dans la recherche et les services au Canada. Bien que ce bref article ne puisse pas rendre compte de l'envergure des travaux réalisés dans ce domaine, il offre des pistes pour une recherche plus poussée, une plus grande formation et éducation, et pour des améliorations susceptibles d'être apportées aux services actuels par de la formation et la réduction des obstacles à l'accès. Bien qu'il s'agisse de débuts modestes, il arrive souvent que des initiatives à faible échelle comme celle-ci aient un effet remarquable. Chaque suggestion est conçue pour être applicable et ne pas demander trop de ressources. Des réalisations plus poussées peuvent être obtenues grâce aux efforts combinés des gouvernements, des universitaires et des collectivités - pas seulement de celles qui sont ciblées, mais de toutes les collectivités canadiennes en général.

Références

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  • GANNON, Maire et Karen MIHOREAN. 2004. La victimisation criminelle au Canada, 2004, Ottawa, Programme d'Enquête sociale générale, Statistique Canada.
  • HEREK, Gregory M. 1999. The impact of hate crime victimization. Résumé des données préliminaires, Davis (Californie), Department of Psychology, University of California,Davis.
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  • MOCK, Karen R. 1993. Victim impact of racially motivated crime, Ligue des droits de la personne de B'nai Brith Canada, mémoire à la Commission sur le racisme systémique dans le système de justice pénale en Ontario. Sur Internet : www.bnaibrith.ca/league/articles/km940100.html (consulté le 29 novembre 2006).
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  • SILVER, W., K. MIHOREAN et A. TAYLOR-BUTTS. 2004. Les crimes motivés par la haine au Canada, Ottawa, Centre canadien de la statistique juridique.
  • STATISTIQUE CANADA. 2003. Enquête sur la diversité ethnique : portrait d'une société multiculturelle, Ottawa, Ministre de l'Industrie.

  • [1] Les expressions « crime motivé par la haine » ou « crime motivé par les préjugés » sont aussi utilisées par les auteurs dans la versionintégrale du rapport.
  • [2] Au Canada, les statistiques officielles de la criminalité, appelées aussi « données sur la criminalité déclarées par la police », ont étérecueillies de manière systématique depuis 1962, dans le cadre du Programme de déclaration uniforme de la criminalité. Les mises à jourde l'enquête (qui en est à la version 2.2) correspondent aux modifications apportées au Code criminel. Tous les corps de police participentau programme en soumettant des données au Centre canadien de la statistique juridique (CCSJ), qui fait partie de Statistique Canada,conformément à un ensemble de catégories et de définitions des crimes courants approuvé à l'échelle nationale.
  • [3] L.R., 1985, ch. C-46.
  • [4] 2001, ch. 41, art. 88.
  • [5] R. c. Keegstra [1990] 3 R.C.S. 697.
  • [6] R. c. Andrews, [1990] 3 R.C.S. 870.
  • [7] Les totaux ne sont pas toujours égaux à 100 % en raison des réponses multiples.
  • [8] Les totaux ne sont pas toujours égaux à 100 % en raison des réponses multiples.
  • [9] L'Impact of Event Scale est une échelle élaborée par Horowitz, Wilner et Alvarez (1979) pour mesurer la détresse associée à unévénement précis. Il s'agit d'une mesure fondée sur les déclarations de l'intéressé, qui consiste en 15 éléments que les sujets doiventclasser sur une échelle de 4 points, selon la fréquence de survenance de chaque élément au cours de semaine précédente.
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