Quand les parents se séparent : nouveaux résultats de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes

2004-FCY-6F

II  LA SÉPARATION

Différentes raisons peuvent expliquer le fait qu'un enfant vive dans une famille monoparentale : certains enfants naissent dans une famille monoparentale, d'autres vivent cette situation plus tard au cours de leur enfance, après la séparation de leurs parents, et d'autres, moins nombreux, se trouvent dans cette situation à la suite du décès d'un des deux parents. Comme il a été mentionné précédemment, les faits qui ponctuent le parcours d'un enfant ont une grande incidence sur la vie de cet enfant dans une famille monoparentale et sur sa trajectoire familiale. Selon les résultats d'une étude antérieure, au cours des années 1970 et 1980, le pourcentage d'enfants ayant vécu dans une famille monoparentale s'est considérablement accru et l'âge auquel les enfants ont vécu cette situation a rapidement diminué (Marcil-Gratton et Le Bourdais, 1999). Les taux croissants de séparation et de divorce des parents ayant fondé une famille au cours de cette période a été la principale source de cette évolution. Les données du cycle 3 de l'ELNEJ donnent à cet égard des renseignements plus récents et permettent de dire si cette tendance s'est poursuivie pour les enfants nés au début des années 1990. Cependant, il est trop tôt pour déterminer quelle incidence exacte l'augmentation de la part d'enfants nés d'une mère seule ou d'un père seul à la fin des années 1990 aura sur la probabilité globale qu'un enfant vive dans une famille monoparentale, étant donné que les enfants de cette cohorte sont encore trop jeunes pour avoir vécu la séparation de leurs parents.

Dans un souci de clarté, nous avons analysé en deux volets les différentes raisons qui font en sorte qu'un enfant vit dans une famille monoparentale. Nous avons d'abord examiné le facteur qui mène le plus souvent à la vie dans une famille monoparentale, soit la séparation des parents, puis les autres facteurs qui mènent à cette situation familiale, par exemple, le décès d'un des deux parents ou la naissance hors union. Pour ces deux volets, des comparaisons sont établies entre l'expérience vécue par les enfants de la cohorte la plus vieille de l'ELNEJ (enfants nés en 1983-1984), les enfants nés cinq ans plus tard (en 1988-1989) et les enfants nés dix ans plus tard (1993-1994), soit jusqu'à l'âge de 15, 10 et 5 ans, respectivement. Nous analysons ensuite les tendances qui se dégagent pour le Canada dans son ensemble et pour ses différentes régions.

Tendances récentes concernant la séparation

Le graphique 2.1a indique la proportion cumulative[6] d'enfants canadiens nés de parents mariés ou vivant en union libre qui ont vécu la séparation de leurs parents. Voici quelques différences notées entre les cohortes :

  • Parmi les enfants nés d'un couple au début des années 1980, près de 30 % ont vécu la séparation de leurs parents avant l'âge de 15 ans, et 25 % avant l'âge de 12 ans.
  • Chez les enfants nés seulement cinq ans plus tard, soit en 1988-1989, la séparation des parents est survenue trois ans plus tôt, soit vers l'âge de 9 ans, pour 25 % d'entre eux.
  • Le taux de séparation a rapidement augmenté dans les années 1980, puis s'est stabilisé au début des années 1990 : le pourcentage d'enfants nés en 1993-1994 dont les parents étaient séparés était à peu près le même que pour les enfants nés en 1988-1989, du moins au cours des années préscolaires.

La vie avec une mère ou un père seul

Pour les enfants nés au sein d'une union, la séparation des parents est presque toujours le début de la vie dans une famille monoparentale. Par ailleurs, les enfants nés d'une mère seule, qui sont minoritaires mais de plus en plus nombreux, commencent leur vie dans une famille monoparentale. Le graphique 2.1b indique le pourcentage cumulatif d'enfants qui vivent pour la première fois dans une famille monoparentale, soit parce qu'ils sont nés hors union, soit parce que leurs parents se sont séparés après leur naissance. À nouveau, les pourcentages sont indiqués pour différentes cohortes d'enfants.

Les courbes sont semblables à celles du graphique 2.1a, à la différence qu'elles sont décalées vers le haut en raison du fait qu'elles tiennent compte des enfants nés hors union, qui vivent dans une famille monoparentale dès leur naissance.

  • À l'âge de 15 ans, le tiers des enfants de la cohorte la plus vieille avaient vécu dans une famille monoparentale à un moment ou à un autre; 30 % avaient vécu cette expérience au début de l'adolescence ou avant.
  • Les mêmes pourcentages ont été observés environ cinq ans plus tôt pour les enfants nés à la fin des années 1980 (à 10 ans et à 8 ans).
  • Encore une fois, les enfants de la cohorte la plus jeune et les enfants nés en 1988-1989 ont suivi une trajectoire similaire pendant la petite enfance.

Différences entre les provinces

On l'a vu précédemment, il semble que l'écart se creuse sans cesse entre les différentes régions du Canada en ce qui concerne le contexte matrimonial dans lequel les familles sont établies. Ces différences sont-elles également observées pour ce qui est de la durabilité des familles dans lesquelles naissent des enfants? La séparation est-elle plus fréquente dans les régions où le mariage a perdu le plus de terrain? Les proportions cumulatives d'enfants dont les parents se sont séparés avant leur dixième anniversaire sont présentées par région canadienne au graphique 2.2a. L'expérience des enfants nés entre 1983 et 1985 est comparée avec celle des enfants nés seulement six ans plus tard, entre 1989 et 1991. Voici les résultats de cette comparaison :

  • Pour ce qui est des enfants les plus vieux (nés entre 1983 et 1985), seul le Québec se démarque des autres provinces : plus du quart des enfants québécois nés d'une union avaient vécu la séparation de leurs parents avant leur dixième anniversaire, comparativement à une proportion se situant entre 16 % et 20 % dans les autres régions.
  • Le risque de séparation s'est accru partout au Canada au cours des années 1980. Cependant, cette hausse ne s'est pas effectuée partout au même rythme, ce qui a entraîné des disparités entre les régions.
    • C'est en Ontario que le risque de séparation s'est accru le plus, soit de plus de 50 %.
    • La probabilité de séparation a également augmenté rapidement en Colombie-Britannique, s'établissant à 29 %. La Colombie-Britannique figure au second rang après le Québec (32 %) pour ce qui est de la fréquence et de la précocité de la séparation des parents dans la vie des enfants.
    • Les provinces de l'Atlantique et des Prairies étaient les seules où les proportions, pour les enfants nés entre 1989 et 1991, n'avaient pas atteint celles enregistrées au Québec pour les enfants nés entre 1983 et 1985. Ces régions étaient les seules où la probabilité qu'un enfant né d'une union vive encore avec ses deux parents à son dixième anniversaire était de 75 %.

Graphique 2.2a   Proportions cumulatives d'enfants ayant vécu la séparation de leurs parents avant ou à l'âge de dix ans, selon la région du Canada, enfants nés entre 1983 et 1985 et entre 1989 et 1991, ELNEJ, cycle 3 (calculs fondés sur la table de survie)

Comme il est indiqué ci-dessus, dans les années 1980, les naissances chez les conjoints de fait se sont considérablement accrues. De plus, les naissances hors union, qui sont la deuxième cause de formation de familles monoparentales, sont devenues plus fréquentes et les provinces n'ont pas toutes connu la même évolution à ce chapitre. Comme le montre le graphique 2.2b, l'image de la vie dans une famille monoparentale est nettement différente lorsqu'on tient compte des naissances hors union en plus de la séparation des parents. Premièrement, lorsque les naissances hors union sont prises en compte, la probabilité de vivre dans une famille monoparentale s'accroît globalement. Toutes régions confondues, parmi les cohortes d'enfants nés entre 1983 et 1985, au moins un enfant sur cinq avait déjà vécu avec seulement un de ses parents biologiques à l'âge de dix ans. En Colombie-Britannique, au Québec et dans les provinces de l'Atlantique, plus du quart des enfants figuraient dans cette catégorie.

Graphique 2.2b   Proportions cumulatives d'enfants ayant vécu dans une famille monoparentale avant l'âge de 10 ans, selon la région du Canada, enfants nés entre 1983 et 1985 et entre 1989 et 1991, ELNEJ, cycle 3 (calculs fondés sur la table de survie)

Au-delà de ces résultats, cependant, il convient de mentionner que le fait de tenir compte des naissances hors union réduit considérablement l'écart observé entre les régions, étant donné qu'une forte proportion de naissances hors union a été enregistrée dans les endroits où le taux de séparation est peu élevé, et vice-versa.

  • Au sein des cohortes les plus jeunes (enfants nés entre 1989 et 1991), trois enfants sur dix avaient déjà vécu dans une famille monoparentale avant leur dixième anniversaire, toutes régions confondues.
  • Les enfants nés en Colombie-Britannique avaient vécu plus souvent dans une famille monoparentale que les enfants nés au Québec (36 % comparativement à 34 %).
  • Dans les provinces de l'Atlantique, en dépit de la durabilité assez élevée des couples, le tiers des enfants avaient vécu dans une famille monoparentale avant l'âge de 10 ans, en raison des pourcentages élevés de naissances hors union.

Cette analyse indique clairement que, bien que la majorité des enfants naissent toujours au sein d'une union conjugale, la part des enfants ayant habité toute leur enfance avec leurs deux parents biologiques a rapidement chuté dans les années 1980 et n'a pas augmenté au cours de la décennie suivante. De nombreux enfants n'ont vécu avec leurs deux parents qu'au début de leur enfance, pendant une période qui s'est également raccourcie rapidement au cours des années 1980. Malgré la stabilisation du taux de séparation au cours des années 1990, la hausse du pourcentage de naissances hors union laisse entrevoir que la part des enfants ayant vécu dans une famille monoparentale continuera d'augmenter.


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