Et la vie continue : expansion du réseau familial après la séparation des parents

2004-FCY-9F

II   MON PÈRE ET MOI

Dans la partie précédente, nous avons mis en lumière la façon dont les nouveaux modes de comportements conjugaux et parentaux ont modifié le parcours familial des enfants nés vers la fin du XXe siècle. Ainsi, un nombre plus petit d'enfants naissent de nos jours dans la première famille de parents mariés et restent dans cette unité familiale jusqu'à ce qu'ils quittent la maison et fondent leur propre famille. Le cheminement au cours de l'enfance est devenu plus complexe et diversifié en raison des voies très différentes que les parents suivent tout au long de la vie familiale.

Bon nombre d'études ont tenté d'évaluer dans quelle mesure, le cas échéant, les enfants subissent les contrecoups de ces parcours imprévisibles; la plupart des chercheurs utilisent des indicateurs de développement créés par des psychologues d'après une évaluation objective du comportement des enfants, entre autres l'hyperactivité, l'agressivité, les habiletés sociales et le rendement scolaire.

Il est très rare que nous interrogions les enfants eux-mêmes sur leurs sentiments à l'égard de leurs rapports avec leurs parents et sur la manière dont ces sentiments peuvent changer en fonction des événements qui se produisent dans leur vie familiale, notamment la séparation ou les nouveaux partenaires de leurs parents. L'image du père, plus particulièrement, peut être affectée par l'instabilité de la vie familiale : les responsabilités parentales étant le plus souvent confiées à la mère, les rapports entre le père et l'enfant dépendront des dispositions prises après la séparation.

Cette méconnaissance de l'opinion des enfants découle principalement de la rareté des données disponibles. L'ELNEJ permet jusqu'à un certain point de combler cette lacune, car une section du questionnaire était remplie par les enfants eux-mêmes. Ceux qui avaient dix ans et plus devaient répondre à plusieurs questions sur la qualité de leur relation avec leur père et leur mère ainsi qu'avec d'autres figures parentales. La présente partie du rapport traitera de la perception qu'ont les jeunes de ces relations, particulièrement celle qu'ils ont avec leur père, et examinera l'influence que peut avoir le parcours familial antérieur de l'enfant sur cette perception.

Avant d'aborder l'effet des antécédents familiaux, toutefois, il est important d'en savoir davantage, dans une perspective globale, sur la façon dont le sexe et l'âge deviennent des facteurs déterminants au fur et à mesure que les enfants approchent de l'adolescence, modifiant la perception qu'ils ont de leur relation avec les parents. L'analyse se divise en deux parties : dans la première, nous nous sommes demandés si les enfants se sentaient capables de se confier à leur père et à leur mère biologiques, tandis que dans la seconde, nous examinons de façon plus générale la relation des enfants avec la figure paternelle avec qui ils passent le plus de temps. Les analyses s'appuient sur des données tirées du cycle 3 et recueillies auprès d'environ 5 000 enfants qui étaient âgés de 10 à 15 ans en 1998-1999.

PUIS-JE ME CONFIER À MES PARENTS?

Dans le questionnaire qu'ils remplissaient eux-mêmes, les enfants devaient choisir avec qui, parmi certaines personnes autres que leurs proches amis, ils se sentaient en mesure de parler d'eux-mêmes ou de leurs problèmes. Les différentes personnes en question, ainsi que la proportion d'enfants qui se confieraient à chacune, figurent au graphique 2.1. Lorsqu'on interprète ces résultats, il est important de se rappeler qu'ils ne sont pas directement comparables, car ce ne sont pas tous les enfants qui comptent chaque type de personne dans leur environnement. Il est plus vraisemblable que les enfants aient un père ou une mère, par exemple, qu'un frère ou une sœur, et ils ont beaucoup plus de chances d'avoir un père ou une mère qu'un beau-parent.

Graphique 2.1   Répartition des enfants âgés de 10 à 15 ans, selon les proches ou autres personnes avec qui ils sont en mesure de parler d'eux-mêmes et de leurs problèmes, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Les résultats dissipent tous les doutes qu'on pouvait avoir sur le rôle primordial que jouent encore les parents de nos jours lorsque les enfants cherchent un refuge sûr. Dans la liste des confidents possibles, la plupart des préadolescents et des adolescents confient encore leurs problèmes à leurs parents : près des trois quarts se sentent capables de se confier à leur mère et plus de la moitié, à leur père. Il est intéressant de souligner que, tout comme plus d'enfants se confient à leur mère qu'à leur père, ils sont aussi plus susceptibles de parler à une sœur (28 %) qu'à un frère (20 %). Bon nombre de jeunes se sentent aussi capables de se confier à leurs grands-parents (29 %) et à d'autres membres de leur famille (30 %). Un quart d'entre eux ont même un enseignant à qui ils peuvent se confier, ce qui est un pourcentage élevé et encourageant compte tenu qu'un grand nombre de ces enfants fréquentent déjà l'école secondaire.

L'âge et le sexe des enfants ont-ils une influence?

Les enfants semblent trouver qu'il est plus facile de se confier à leur mère qu'à leur père. Est-ce que cela varie selon qu'ils sont des garçons ou des filles? Cette proximité est-elle une caractéristique permanente de la relation entre le parent et l'enfant ou évolue-t-elle au fur et à mesure que l'enfant entre dans l'adolescence? Dans la section qui suit, nous explorons les différences sur le plan de l'âge et du sexe dans le nombre d'enfants qui déclarent être en mesure de parler à leur père et à leur mère d'eux-mêmes et de leurs problèmes. Ces deux éléments sont fondamentaux, d'un côté parce que les enfants de l'échantillon (âgés de 10 à 15 ans) sont dans une période de transition, souvent marquée par la turbulence, dans l'évolution de leur relation avec leurs parents et, d'un autre côté, parce que les garçons et les filles semblent réagir différemment durant cette période.

Le graphique 2.2 examine l'évolution de la relation entre les pères et les mères, les filles et les fils lorsqu'arrive l'adolescence. Il est clair que la distance entre les parents et les enfants, garçons ou filles, s'accentue à l'adolescence : alors qu'environ les quatre cinquièmes des filles et des garçons de 10 et 11 ans étaient capables de parler à leur mère, cette proportion chutait à moins des deux tiers chez les 14 et 15 ans. Il y avait une baisse semblable chez les enfants en mesure de parler à leur père.

Le gouffre entre les pères et les filles est particulièrement profond : bien que 58 % des filles de 10 et 11 ans affirment que leur père est leur confident, ce chiffre tombe à 39 % lorsqu'elles atteignent 14 ou 15 ans. Les garçons demeurent plus ouverts avec leur père durant l'adolescence, une légère majorité (52 %) se confiant toujours à lui à 14 ou 15 ans. En d'autres termes, même si autant les garçons que les filles sont plus susceptibles de se confier à leur mère qu'à leur père, la différence entre les deux confidents est beaucoup plus ténue chez les garçons que chez les filles, peu importe l'âge.

Graphique 2.2   Proportion de filles et de garçons de 10 à 15 ans qui sont capables de se confier à leur père ou à leur mère, par groupe d'âge, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Les enfants ont-ils tendance à ne se confier qu'à un parent ou bien ceux qui parlent à un parent parlent-ils aussi à l'autre? Le graphique 2.3 donne à penser que la relation des enfants avec un parent s'étend souvent à l'autre : plus des trois quarts des enfants se sentaient en mesure de se confier à leurs deux parents ou à ni l'un ni l'autre (la somme de 52 % et de 24 %). Parmi ceux qui se confient à seulement un des parents, la plupart (21 %) parlent seulement à leur mère; on ne compte que 3 % des répondants qui ont choisi leur père comme le seul parent à qui ils se confiaient. Bien que des proportions presque égales de garçons et de filles déclarent n'être en mesure de parler à aucun des deux parents, les garçons étaient beaucoup plus susceptibles de se confier aux deux parents que les filles; celles-ci affirmaient qu'elles pouvaient parler seulement à leur mère plus de deux fois plus souvent que les garçons.

Graphique 2.3   Répartition des filles et des garçons âgés de 10 à 15 ans, selon qu'ils sont en mesure ou non de se confier à leur mère ou à leur père, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Comment l'âge influe-t-il sur cette répartition? La proportion de filles et de garçons qui ne se confient à ni l'un ni l'autre des parents croît rapidement, passant d'environ 15 % dans la tranche des 10-11 ans jusqu'à près du tiers chez les adolescents de 14 et 15 ans . La proportion de ceux qui se confient aux deux parents diminue de la même manière; chez les 14‑15 ans, juste un peu plus du tiers (36 %) des filles pouvaient se confier aux deux parents, ce qui était le cas pour près de la moitié (48 %) des garçons de ce groupe d'âge.

Graphique 2.4   Répartition des garçons et des filles âgés de 10 à 15 ans, selon qu'ils sont en mesure ou non de se confier à leur mère ou à leur père, par groupe d'âge, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Il est évident que la capacité de se confier aux parents dépend beaucoup du sexe du parent et de celui de l'enfant ainsi que de l'âge des enfants. Il semble « tout naturel » que les enfants parlent à leur mère plus qu'à leur père, étant donné que le foyer et la famille continuent d'être fondamentalement l'univers des femmes. Le fait qu'un si grand nombre d'enfants soient en mesure de se confier à leur père en dit long sur le nouveau rôle des pères, qui ne sont plus uniquement les « pourvoyeurs » mais sont devenus, au cours des dernières décennies, des parents qui prennent soin de leurs enfants. Il n'est guère étonnant non plus que les filles se confient davantage à leur mère qu'à leur père, surtout à la puberté. Et l'on pouvait s'attendre également à ce que les garçons et les filles parlent moins à leurs parents au moment de la transition à l'âge adulte. Mis à part ces caractéristiques démographiques de base, d'autres facteurs ont-ils une incidence sur cet aspect de la relation entre le parent et l'enfant? Dans la prochaine section, nous examinons les rapports entre le parcours familial des enfants et leur capacité de se confier à leur père et à leur mère.

Quelle influence le parcours familial a-t-il sur les enfants?

À chaque cycle de l'enquête, des données ont été colligées sur le groupe familial avec qui l'enfant vivait. Dans les cas de garde partagée, cette information désigne le ménage du répondant — c'est-à-dire la personne choisie comme connaissant le mieux l'enfant, soit la mère biologique dans plus de 90 % des cas. Au graphique 2.5, nous comparons des enfants vivant dans six milieux familiaux différents selon qu'ils se confient ou non à leurs parents. Les deux premiers comprennent des enfants vivant avec leurs deux parents biologiques ou adoptifs; dans le premier cas, les parents ne se sont jamais séparés; dans le second, les parents se sont séparés à un moment donné, mais sont revenus ensemble et vivaient toujours dans le même foyer en 1998-1999. Il y a deux types de belles-familles : celles où la mère biologique vit avec un mari ou un partenaire et celles où le père biologique vit avec sa nouvelle femme ou partenaire. Finalement, il y a les enfants qui vivent dans une famille comprenant un seul parent, soit le père ou la mère.

Graphique 2.5   Répartition des enfants âgés de 10 à 15 ans, selon qu'ils sont en mesure ou non de se confier à leur mère ou à leur père et selon leur environnement familial, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998–1999

D'emblée, le graphique 2.5 montre que les enfants dans les familles véritablement intactes sont les plus susceptibles de se sentir en mesure de parler aux deux parents d'eux-mêmes ou de leurs problèmes. C'est le cas de près de six enfants sur dix, proportion considérablement plus élevée que pour les enfants dont les parents se sont réconciliés après une séparation (40 %); ceux-ci sont également les plus susceptibles de se sentir incapables de se confier à l'un ou l'autre parent (35 %). Cette réticence résulte-t-elle du choc subi au cours de la rupture parentale, malgré que les parents essaient de répartir à zéro? Les enfants de ces familles étaient-ils moins proches de leurs parents même avant la séparation? Cette image transversale nous empêche de répondre à ces questions.

Peu importe l'explication, dans tous les milieux familiaux où il y a eu séparation des parents, les enfants se sentent moins disposés à se confier aux deux parents. Ils continuent de se sentir plus enclins à se confier à leur mère qu'à leur père, sauf dans les cas relativement peu fréquents où les enfants restent confiés à leur père seul. Cette proximité plus grande avec la mère s'explique facilement lorsque les enfants lui sont confiés après la séparation et perdent tout contact quotidien avec leur père. Ce qui est surprenant, c'est que cette intimité existe aussi chez les enfants qui vivent avec leur père et leur belle-mère : ils sont presque deux fois plus nombreux à se sentir capables de parler seulement à leur mère (23 %) qu'à leur père uniquement (13 %). Finalement, seuls 36 % (soit 5 % plus 31 %) des enfants qui habitent avec leur mère uniquement se sentent capables de parler d'eux-mêmes et de leurs problèmes avec leur père.

Graphique 2.6   Proportion des enfants âgés de 10 à 15 ans qui sont capables de se confier à l'un de leurs parents, mais non à l'autre, selon leur environnement familial, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998–1999

La réticence des enfants qui vivent avec leur mère seule à se confier à leur père est illustrée au graphique 2.6 qui montre plus directement le lien entre l'environnement familial et la capacité des jeunes de se confier à leur mère, à leur père ou aux deux. Le graphique 2.6 indique, pour chaque milieu familial, la proportion d'enfants qui se disent capables de se confier à leur père, d'une part, et à leur mère, d'autre part. Chez les enfants capables de se confier à un parent, la proportion d'enfants qui se disent incapables de se confier à l'autre s'avère des plus intéressantes. Ainsi, peu importe le milieu familial (à l'exception des familles dirigées par un père seul), un pourcentage systématiquement plus élevé d'enfants se confient à leur mère, mais pas à leur père, qu'à l'inverse. Les enfants discutent de leurs problèmes plus volontiers avec leur mère qu'avec leur père, conclusion qui n'a pas nécessairement de rapport avec les compétences parentales.

On peut en conclure néanmoins que les antécédents familiaux jouent un certain rôle vu le caractère frappant des différences entre les enfants qui vivent avec un parent seul : lorsqu'ils habitent avec leur père et qu'ils se confient à lui, les trois quarts des enfants sont également en mesure de se confier à leur mère, tandis que moins de la moitié de ceux qui vivent avec leur mère seule et se confient à elle affirment que leur père est aussi leur confident. Bon nombre de facteurs peuvent contribuer à cette situation, mais ces résultats laissent entendre que la relation entre le père et ses enfants subit plus durement les contrecoups de la séparation. Dans la section qui suit, nous employons des techniques d'analyse multivariée afin d'évaluer le lien entre ces variables, notamment, et la tendance des jeunes à se confier à leur père.

Confidences à un père : analyse multivariée

Au moyen de l'analyse de régression logistique, nous avons effectué une série d'analyses afin de mieux comprendre l'importance relative de différentes variables en ce qui concerne la capacité des enfants de se confier à leur père. Le tableau 2.1 donne les rapports de cotes calculés pour des modèles qui incluent les trois principales variables : le sexe de l'enfant, son âge et son environnement familial. Ces modèles confirment le rôle prépondérant que jouent l'âge et le sexe de l'enfant dans l'évolution de sa relation avec son père à l'approche et au cours de l'adolescence. Ils montrent que les garçons sont presque deux fois plus susceptibles que les filles de se confier à leur père et que les préadolescents le font beaucoup plus que les adolescents.

Même lorsqu'on contrôle ces facteurs, cependant, les antécédents familiaux ont aussi un rôle à jouer. Les enfants qui vivent dans n'importe quel autre type de famille sont moins susceptibles de se confier à leur père que ceux qui vivent continuellement avec leurs deux parents biologiques; les enfants qui vivent avec leur mère après la séparation, dans une famille monoparentale dirigée par la mère ou dans une famille avec un beau-père, sont beaucoup moins susceptibles de le faire, tout comme ceux dont les parents sont revenus ensemble après une séparation. C'est seulement chez les enfants qui continuent de vivre avec leur père après la séparation que les différences ne sont pas marquées.

Tableau 2.1   Incidence de différentes variables sur la probabilité que les enfants âgés de 10 à 15 ans se sentent capables de se confier à leur père, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999 (régression logistiquea, N = 5272)

Sexe (fille)
Variables Capables de se confier à leur père
  Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3
Garçon 1,809*** 1,822*** 1,833***

Âge (14–15)
Variables Capables de se confier à leur père
  Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3
(10–11)   2,078*** 2,126***
(12–13)   1,541*** 1,505***

Type de famille (deux parents)
Variables Capables de se confier à leur père
  Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3
Parents réconciliés     0,504***
Mère seule     0,356***
Mère et son mari/partenaire     0,439***
Père seul     0,794
Père et sa femme/partenaire     0,699

a   Rapports de cotes. Coefficients significatifs à :     = 0,1 *= 0,05 **= 0,01 ***= 0,001

L'environnement familial garde-t-il toute son importance une fois que d'autres facteurs, notamment la situation socio-économique, sont pris en considération? Le modèle complet présenté à la première colonne du tableau 2.2 montre que c'est le cas — les coefficients relatifs à l'environnement familial, comme pour l'âge et le sexe de l'enfant, demeurent à peu près inchangés. Bien que le niveau de scolarité et le sexe du répondant (la personne qui en connaît le plus sur l'enfant) ne semblent pas liés à la capacité de l'enfant de se confier à son père, deux autres variables ont une incidence. Quant aux différences régionales, soulignons que les enfants du Québec et, dans une moindre mesure, ceux de la Colombie-Britannique, se sentent plus en mesure de se confier à leur père que les enfants de l'Ontario. Le revenu semble aussi être lié au genre de relation entre le père et ses enfants : les enfants des familles à revenu élevé sont plus susceptibles de discuter de leur problèmes avec leur père que les enfants des familles à faible revenu.

Tableau 2.2   Incidence de différentes variables sur la probabilité que les enfants âgés de 10 à 15 ans se sentent capables de se confier à leur père ou à leur mère, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998–1999 (régression logistiquea, N = 5272)

Sexe (fille)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
Garçon 1,825*** 0,842**

Âge (14–15)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
(10–11) 2,135*** 2,524***
(12–13) 1,502*** 1,653***

Type de famille (deux parents)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
Parents réconciliés 0,513*** 0,598**
Mère seule 0,395*** 0,675***
Mère et son mari/partenaire 0,445*** 0,906
Père seul 0,967 0,517**
Père et sa femme/partenaire 0,753 0,648

Région (Ontario)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
Provinces de l'Atlantique 1,089 0,953
Québec 1,278** 1,410***
Prairies 1,051 0,953
Colombie-Britannique 1,165 1,095

Revenu du ménage (< 30 000 $)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
30 000 $ – 49 999 $ 1,187 0,907
50 000 $ – 79 999 $ 1,138 0,779*
80 000 $ ou plus 1,370** 0,900

Niveau de scolarité du répondantb (diplôme d'études secondaires)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
Moins que l'école secondaire 0,986 0,753*
Études postsecondaires 1,099 1,144
Collège ou université 1,113 1,219*

Répondantb (mère)
Variables Capables de se confier à
leur père leur mère
Père 0,917 0,746*
Autre 0,486 0,562

a   Rapports de cotes. Coefficients significatifs à :   = 0,1 *= 0,05 **= 0,01 ***= 0,001
b  Répondant : La personne qui en connaît le plus sur l'enfant et qui a donc été choisie pour répondre au questionnaire.

Et la mère?

Si les changements familiaux ont un effet sur le sentiment qu'a l'enfant d'être en mesure de parler à son père, est-ce aussi vrai dans sa relation avec sa mère? Les coefficients qu'on voit à la deuxième colonne du tableau 2.2 laissent croire que c'est le cas. Que les enfants vivent avec leur père ou leur mère, le fait d'habiter avec un parent seul réduit leur capacité de se confier à l'autre. Il en va de même pour les enfants qui vivent dans une belle-famille : ceux qui habitent avec leur mère et son nouveau conjoint sont moins susceptibles de se confier à leur père et vice versa[9]. Il est plus surprenant de constater que le fait de vivre avec une mère seule réduit également la probabilité que l'enfant se confie à elle, tandis que l'enfant qui vit avec son père seulement ne perd pas sa capacité de se confier à lui. Est-ce parce que les pères qui prennent soin des enfants après la séparation étaient déjà particulièrement proches d'eux avant? Finalement, la relation avec les deux parents semble pâtir lorsqu'il y a séparation puis retour à la vie commune des deux parents; en effet, les enfants qui ont vécu ce genre de changement sont beaucoup moins susceptibles de se confier à leur mère ou à leur père.

Les différences entre les enfants québécois et les autres enfants canadiens sont encore plus prononcées lorsqu'on examine les probabilités qu'a un enfant de se confier à sa mère, mais le présent rapport ne peut s'attacher à y trouver une explication. En outre, plus la mère est scolarisée, plus les enfants sont susceptibles d'en faire leur confidente[10]. Une fois que le niveau de scolarité est contrôlé, la relation par rapport au revenu est contraire à celle qui était prévue : les enfants des familles au revenu le plus faible étaient les plus enclins à se confier à leur mère.

Quelle est l'incidence de la garde et des contacts?

Le genre d'ententes prises au moment de la séparation à propos des contacts et de la garde refléteront dans une certaine mesure la relation qui existait entre le père et ses enfants avant la rupture. Ces arrangements ont aussi une incidence sur la façon dont la relation évolue durant les années suivant la séparation. Nous examinons cette question dans la troisième analyse, qui est restreinte aux enfants dont les parents se sont séparés à un moment donné.

Tableau 2.3   Incidence de différentes variables sur la probabilité que les enfants âgés de 10 à 15 ans dont les parents sont séparés se sentent capables de se confier à leur père, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998–1999 (régression logistiquea, N = 1235)

Garde et contacts lors de la séparation(vit avec sa mère/voit son père régulièrement)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
Vit avec sa mère – contacts irréguliers ou absents avec son père 0,637** 1,434*
Garde partagée 1,551* 2,231*
Vit avec son père 1,444 1,072
Années depuis la séparation 0,956* 0,991

Sexe (fille)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
Garçon 1,613*** 0,938

Âge (14–15 ans)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
(10–11) 1,504** 2,191***
(12–13) 1,671*** 1,193

Milieu familial (mère seule)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
Mère et son mari/partenaire 0,919 1,316
Père seul 1,304 0,568*
Père et sa femme/partenaire 0,895 0,718
Deux parents réconciliés 0,881 0,835

Région (Ontario)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
Provinces de l'Atlantique 1,383 1,432
Québec 1,176 1,446*
Prairies 1,349 1,416
Colombie-Britannique 1,465 1,721*

Revenu du ménage (< 30 000 $)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
30 000 $ – 49 999 $ 1,331 0,882
50 000 $ – 79 999 $ 1,815** 1,154
80 000 $ ou plus 1,475 0,859

Niveau de scolarité du répondantb (diplôme d'études secondaires)
Variables Capables de se confier à leur père Capables de se confier à leur mère
Moins que l'école secondaire 0,693 0,588*
Études postsecondaires 0,998 0,631*
Collège ou université 0,831 0,715

a   Rapports de cotes. Coefficients significatifs à :     = 0,1 *= 0,05 **= 0,01 ***= 0,001
b   Répondant : La personne qui en connaît le plus sur l'enfant et qui a donc été choisie pour répondre au questionnaire.

Les résultats de cette analyse, indiqués au tableau 2.3, confirment le lien entre les ententes de garde et de contacts prises lors de la séparation, d'une part, et la relation continue entre les enfants et leurs parents séparés, d'autre part. L'importance d'établir des contacts réguliers avec les enfants dès le début est claire : qu'ils vivent ou non avec leur père après la séparation, les enfants se sentiront davantage capables de lui parler s'il reste impliqué dans leur vie régulièrement. Il est certain que les enfants qui habitent une partie du temps avec leur père se confient beaucoup plus facilement à lui que ceux qui vivent exclusivement avec leur mère, même s'ils voient leur père régulièrement.

Il est difficile de savoir si la garde physique partagée favorise l'intimité ou si elle résulte d'une proximité qui existait avant la séparation. Le lien encore plus solide entre la garde partagée et les confidences faites à la mère laisse croire que les familles optant pour ce mode de vie sont celles où la communication entre les enfants et les deux parents était déjà bonne avant la séparation. Même une fois que la variable relative à la garde et aux contacts est contrôlée, compte tenu également du fait que les enfants vieillissent, la relation avec le père souffre au fil des années qui passent après la séparation, mais ce n'est pas le cas de la relation avec la mère.

Du côté des autres variables, on constate que l'âge et le sexe des enfants continuent de jouer leur rôle habituel, quoiqu'à un degré moindre. En gros, il existe peu de différences significatives entre les différents milieux familiaux; néanmoins, les enfants qui vivent avec leur père seulement sont les plus susceptibles de se confier à lui et moins à leur mère. Chez les enfants dont les parents se sont séparés, des divergences régionales apparaissent : l'Ontario représente la région où les probabilités que les enfants se confient à un ou l'autre de leurs parents, particulièrement leur mère, sont les plus faibles.

Ces analyses portaient sur la relation entre les enfants et leur père biologique; elles montrent que les antécédents familiaux revêtent une importance, même si le sexe et l'âge des enfants restent les facteurs prédominants dans l'évolution de cette relation. Nous nous tournerons maintenant vers les rapports entre les enfants et la figure paternelle qu'ils ont identifiée comme étant la plus présente dans leur quotidien. Nous pourrons ainsi examiner l'incidence du changement familial sur la personne qui joue le rôle du père dans la vie de l'enfant et voir si la perception qu'ont les enfants de cette figure paternelle dépend de la personne qui est identifiée, selon qu'il s'agit du beau-père, du père biologique avec qui les enfants n'habitent pas ou du père avec qui ils vivent.

RELATIONS AVEC LA FIGURE PATERNELLE

Dans le cadre de l'enquête, les enfants de 10 à 15 ans ont dû identifier le « père » avec qui ils passaient le plus de temps; il pouvait s'agir du père biologique, du père adoptif, du beau-père, du père de la famille d'accueil ou d'une autre personne. Deux autres réponses étaient également possibles : soit que l'enfant n'avait aucun contact avec son père, soit qu'il n'avait pas de père. Dans la présente section, nous analysons en détail comment les enfants identifient leur « père » puis nous relions ce choix à leurs antécédents familiaux et à l'environnement familial au moment de l'enquête. Les enfants sont classés d'après le genre de « père » qu'ils ont identifié et la nature de leur famille.

Ce ne sont pas tous les enfants qui habitent avec leur beau-père qui semblent avoir suivi strictement l'instruction d'identifier en tant que figure paternelle l'homme avec qui ils passaient le plus de temps, cependant. De façon générale, les enfants qui vivent avec leur beau-père étaient plus susceptibles de choisir leur père biologique à titre de figure paternelle lorsqu'ils avaient des contacts fréquents avec lui, particulièrement s'ils avaient passé quelque temps sous le régime de la garde partagée. Toutefois, certains ont choisi leur père biologique même si les contacts avaient été irréguliers, voire inexistants, durant les douze mois précédant l'enquête. Il est important de ne pas oublier ce fait lorsqu'on interprète les résultats des analyses suivantes.

Mon père, quel père?

Le tableau 2.4 donne la liste des personnes identifiées par les enfants âgés de 10 à 15 ans comme étant la figure paternelle avec qui ils passent le plus de temps. Il donne également des chiffres correspondant à la personne qui assume le rôle de figure maternelle; les différences entre les répartitions découlent principalement de la tendance des enfants à continuer à vivre avec leur mère après la séparation.

Tableau 2.4   Répartition des enfants âgés de 10 à 15 ans, selon les figures maternelle et paternelle identifiées comme celles avec qui ils passent le plus de temps, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Variables Canada
Figure maternelle %
Mère biologique 95,7
Mère adoptive 1,6
Belle-mère 1,2
Mère de la famille d'accueil 0,3
Autre 0,6
Aucun contact avec la mère 0,6
Je n'ai pas de mère  
Total 100,0
N 5,100

Variables Canada
Figure paternelle %
Père biologique 87,0
Père adoptif 2,4
Beau-père 5,6
Père de la famille d'accueil 0,2
Autre 1,1
Aucun contact avec le père 2,9
Je n'ai pas de père 0,7
Total 100,0
N 5 100

Bien qu'une proportion écrasante (89 %) d'enfants identifient leur père biologique ou adoptif comme étant l'homme avec qui ils passent le plus de temps, ils sont néanmoins beaucoup plus susceptibles d'identifier une figure paternelle qui n'est pas leur père biologique qu'une figure maternelle n'étant pas leur mère biologique. Plus particulièrement, ils choisissent un beau-père comme parent avec qui ils passent le plus de temps quatre fois plus souvent qu'une belle-mère (5,6 % contre 1,2 %). Cette situation n'est pas surprenante, compte tenu que les enfants habitent bien plus souvent avec leur beau-père qu'avec leur belle-mère. Le nombre de beaux-pères est donc adéquat pour comparer la relation des enfants avec leur beau-père et leur père biologique. Finalement, la proportion des enfants de 10 à 15 ans qui indiquent ne pas avoir de père ou n'avoir aucun contact avec lui est sensiblement plus élevée que dans le cas de la mère.

Lorsque ce facteur est relié à l'unité familiale où vit l'enfant , la diversité des situations et des perceptions devient plus évidente. La quasi-totalité des enfants qui vivaient avec leur père biologique ou adoptif lors de l'enquête l'ont choisi comme figure paternelle avec qui ils passaient le plus de temps; c'était le cas, peu importe qu'ils aient vécu avec lui depuis leur naissance, que leurs parents se soient séparés puis réconciliés ou qu'ils se soient séparés et que les enfants aient continué à vivre avec leur père à temps plein ou à temps partiel.

Il était prévisible que les enfants habitant avec leur mère et leur beau-père choisissent le plus souvent une autre personne en tant que figure paternelle; toutefois, une bonne part d'entre eux ont précisé que leur père biologique ou adoptif était l'homme avec qui ils passaient le plus de temps. C'était aussi vrai pour la vaste majorité des enfants habitant avec une mère seule. Il est clair que les pères biologiques restent généralement des pères, même s'ils n'habitent pas avec leurs enfants et même s'il y a un beau-père dans la vie de l'enfant. Cette variable sera fondamentale dans notre analyse des répercussions des nouveaux parcours familiaux sur la relation des enfants avec leur père.

Tableau 2.5   Répartition des enfants âgés de 10 à 15 ans, selon leur environnement familial et la figure paternelle qu'ils ont identifiéea, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998–1999

L'enfant vit avec… Canada
ses deux parents %
jamais séparés, père biologique identifié 73,1
réconciliés, père biologique identifié 2,6
jamais séparés, autre personne identifiée 0,8
sa mère seule
père biologique identifié 11,4
autre personne identifiée 1,9
sa mère et son mari/partenaire
père biologique identifié 2,6
autre personne identifiée 4,1
son père seul
père biologique identifié 2,4
son père et sa femme/partenaire
père biologique identifié 1,1
Total 100,0
N 4 875

a   À l'exclusion des enfants qui ont déclaré ne pas avoir de père ou de mère ou n'avoir aucun contact avec l'un ou l'autre.

À quel point suis-je proche de mon « père »?

Quatre questions ont servi à évaluer la relation de l'enfant avec les personnes choisies comme étant les principales figures maternelle et paternelle. On a posé les questions suivantes aux enfants :

  • Penses-tu que ton père ou ta mère te comprennent bien?
  • Ton père ou ta mère sont-ils équitables?
  • Reçois-tu beaucoup d'affection de ton père ou de ta mère?
  • En gros, comment décrirais-tu ta relation avec ton père ou ta mère : très proche, assez proche, pas très proche, je n'ai aucun contact avec mon père ou ma mère, je n'ai pas de père ou de mère?

La répartition des réponses à chaque question est comparée aux graphiques 2.7a à 2.7d pour les trois figures parentales les plus souvent identifiées par les enfants : la mère biologique ou adoptive, le père biologique ou adoptif et le beau-père. Ces quatre chiffres portent à croire que les relations sont en général très positives entre les enfants et leurs parents biologiques ou adoptifs.

Indépendamment de l'indicateur choisi (le parent comprend l'enfant, est équitable, lui donne de l'affection ou est généralement proche de lui), seule une petite minorité d'enfants (entre 6 et 12 %) ont fait une évaluation négative (très peu ou pas très proche). En outre, les différences dans la perception des enfants à l'égard de leur mère et de leur père biologiques ne sont pas très marquées. Les mères étaient considérées comme comprenant un peu mieux leurs enfants , leur donnant un peu plus d'affection et étant généralement plus proches d'eux . Les cotes étaient presque identiques sur le plan de l'équité , une question qui permet de ne pas privilégier autant les aspects affectifs ou « maternels » de la relation parent-enfant.

La différence entre les beaux-pères et les pères biologiques était plus prononcée cependant : en général, les enfants avaient clairement une meilleure opinion de la qualité de leur relation avec leur père biologique qu'avec leur beau-père. Parmi les enfants qui ont choisi leur beau-père en tant que figure paternelle avec qui ils passent le plus de temps, deux fois plus signalaient que le beau-père était très peu compréhensif, ils étaient trois fois plus nombreux à se plaindre de recevoir très peu d'affection de lui ou d'être l'objet de très peu d'équité, et plus du double déclaraient qu'ils n'étaient en général pas très proches de leur beau-père.

Néanmoins, puisque bon nombre de ces beaux-pères faisaient partie de la vie de l'enfant depuis relativement peu de temps, il est peut-être encourageant de constater que la relation avec eux est perçue plus souvent sous un éclairage très positif que négatif : 45 % des enfants dont la principale figure paternelle est leur beau-père, par exemple, indiquaient recevoir « beaucoup » d'affection de sa part, comparativement à 21 % qui en recevaient « très peu » . Globalement, par conséquent, ces chiffres montrent que la perception des enfants à l'égard de leurs figures parentales est essentiellement positive. Dans les sections qui suivent, nous tentons de découvrir certains facteurs qui peuvent avoir une incidence sur la qualité de cette relation.

Graphique 2.7a   Perception de la relation avec les figures maternelle et paternelle les plus souvent identifiées par les enfants âgés de 10 à 15 ans, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Graphique 2.7b   Perception de la relation avec les figures maternelle et paternelle les plus souvent identifiées par les enfants âgés de 10 à 15 ans, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Graphique 2.7c   Perception de la relation avec les figures maternelle et paternelle les plus souvent identifiées par les enfants âgés de 10 à 15 ans, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Graphique 2.7d   Perception de la relation avec les figures maternelle et paternelle les plus souvent identifiées par les enfants âgés de 10 à 15 ans, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

La vie sous un même toit est-elle un facteur?

La plupart des enfants qui identifiaient leur père biologique en tant que figure paternelle avaient vécu toute leur vie avec lui; ceux qui choisissaient leur beau-père n'habitaient en général qu'une partie du temps avec lui. Dans quelle mesure cette situation explique-t-elle les différences entre les beaux-pères et les pères? Les perceptions des enfants face à leur père biologique varient-elles parce qu'ils ne vivent pas avec lui? Au tableau 2.6, la proportion d'enfants qui répondaient négativement aux questions sur leur figure paternelle est comparée d'après l'environnement familial dans lequel ils vivaient en 1998-1999.

  • Les enfants expriment des sentiments négatifs au sujet de leur père le moins souvent lorsqu'il n'y a eu aucun changement familial, c'est-à-dire lorsqu'ils vivent avec leurs deux parents biologiques depuis leur naissance.
  • Après la séparation, les enfants ont une perception plus positive de leur père s'ils vivent avec lui. Lorsqu'ils habitent avec leur père seul, ou avec leur père et leur belle-mère, les enfants jugent leur père négativement moins souvent que s'ils vivent avec une mère seule ou lorsque leurs parents se séparent pendant un certain temps.
  • Chez les enfants qui habitent avec leur mère et leur beau-père, ceux qui choisissaient ce dernier en tant que figure paternelle exprimaient des sentiments négatifs plus souvent que ceux qui identifiaient leur père biologique. La différence entre les pères et les beaux-pères persiste donc, autrement dit, même lorsque les enfants ne vivent pas avec leur père.
  • Chez les enfants qui vivent avec leur mère et leur beau-père, la différence la plus marquée entre les pères biologiques et les beaux-pères, du point de vue des enfants, touche l'équité. À cette question concernant le « rôle masculin », les enfants déclarent quatre fois plus souvent que dans le cas de leur père biologique que leur beau-père est injuste envers eux.
  • Fait intéressant, chez les enfants qui vivent avec leurs deux parents biologiques, ceux dont les parents se sont séparés à un moment donné sont beaucoup plus susceptibles de répondre négativement aux questions concernant leur relation avec leur père biologique que ceux dont les parents ne se sont jamais séparés. Est-ce le temps passé dans deux foyers différents qui nuit à la relation avec le père?

Tableau 2.6   Indicateurs de la perception qu'ont les enfants âgés de 10 à 15 ans de leur relation avec leur figure paternelle, selon l'environnement familial, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Père biologique identifié
  Proportion d'enfants qui déclarent que leur figure paternelle …
Environnement familial et figure paternelle n'est pas très proche d'eux % n'est pas très équitable % les comprend très peu % leur donne très peu d'affection %
Parents jamais séparés 7,9 5,1 10,0 6,3
Parents réconciliés 19,0 6,5 19,4 17,4

Vit avec sa mère biologique seule
  Proportion d'enfants qui déclarent que leur figure paternelle …
Environnement familial et figure paternelle n'est pas très proche d'eux % n'est pas très équitable % les comprend très peu % leur donne très peu d'affection %
Père biologique identifié 16,4 11,3 20,5 9,7
Autre personne identifiée 33,8 12,2 22,5 20,8

Vit avec sa mère biologique et son mari/partenaire
  Proportion d'enfants qui déclarent que leur figure paternelle …
Environnement familial et figure paternelle n'est pas très proche d'eux % n'est pas très équitable % les comprend très peu % leur donne très peu d'affection %
Père biologique identifié 12,5 4,2 15,0 12,5
Beau-père identifié 25,0 17,3 23,3 19,5

Vit avec son père biologique seul
  Proportion d'enfants qui déclarent que leur figure paternelle …
Environnement familial et figure paternelle n'est pas très proche d'eux % n'est pas très équitable % les comprend très peu % leur donne très peu d'affection %
Père biologique identifié 12,6 8,9 11,6 6,4

Vit avec son père biologique et sa femme/partenaire
  Proportion d'enfants qui déclarent que leur figure paternelle …
Environnement familial et figure paternelle n'est pas très proche d'eux % n'est pas très équitable % les comprend très peu % leur donne très peu d'affection %
Père biologique identifié 11,8   9,6 9,6

Bien qu'il y ait un lien évident entre l'endroit où l'enfant habite et sa relation avec son père biologique, nous sommes confrontés encore une fois au problème de la cause ou de l'effet. Les enfants sont-ils proches du père avec qui ils vivent après la séparation parce qu'ils vivent avec lui ou habitent-ils avec lui précisément parce qu'ils avaient de bonnes relations avec lui avant la séparation? Il est très probable que les deux facteurs interviennent et ont une incidence l'un sur l'autre de manière positive ou négative.

L'âge et le sexe des enfants ont-ils une influence?

Nous avons déjà mis en lumière les différences entre les filles et les garçons quant à leur capacité de se confier à leurs parents et à leur père en particulier. Nous avons déterminé également que cet écart se creusait avec l'âge durant l'adolescence. Le tableau 2.7 confirme que ces observations restent vraies lorsque nous nous attardons plus longuement aux différences entre les garçons et les filles dans le genre de relations qu'ils ont avec leurs figures parentales, une fois que la variable de l'âge a été contrôlée. La perception qu'ont les filles de la proximité avec leur figure paternelle chute radicalement au début de l'adolescence : 65 % des filles de 10 et 11 ans se sentaient très proches de leur père, comparativement à 25 % seulement dans le groupe des 14-15 ans. Peu importe le groupe d'âge, les garçons se sentent clairement plus proches de leur père, quoique moins de la moitié (43 %) des garçons se sentent encore très proches de lui lorsqu'ils atteignent l'âge de 14 ou 15 ans.

Tableau 2.7   Perception qu'ont les enfants de la proximité de la relation avec leurs figures maternelle et paternelle, par sexe et groupe d'âge, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Filles Relation avec la figure paternelle
  Très proche
%
Assez proche
%
Pas très prochea
%
Total
%
N
10–11 ans 64,6 26,1 9,3 100,0 853
12–13 ans 43,5 41,2 15,2 100,0 833
14–15 ans 25,0 50,5 24,5 100,0 867
Toutes 44,0 39,5 16,5 100,0 2,553

Garçons Relation avec la figure paternelle
  Très proche
%
Assez proche
%
Pas très prochea
%
Total
%
N
10–11 ans 70,9 19,9 9,2 100,0 830
12–13 ans 56,6 34,7 8,7 100,0 838
14–15 ans 42,9 41,7 15,5 100,0 873
Tous 56,3 32,4 11,3 100,0 2,541

Filles Relation avec la figure maternelle
  Très proche
%
Assez proche
%
Pas très prochea
%
Total
%
N
10–11 ans 77,0 20,1 2,9 100,0 845
12–13 ans 61,7 32,1 6,2 100,0 854
14–15 ans 41,9 44,2 13,8 100,0 875
Toutes 59,7 32,5 7,8 100,0 2,574

Garçons Relation avec la figure maternelle
  Très proche
%
Assez proche
%
Pas très prochea
%
Total
%
N
10–11 ans 84,4 11,3 4,3 100,0 834
12–13 ans 64,7 32,0 3,3 100,0 837
14–15 ans 46,9 46,0 7,2 100,0 870
Tous 64,8 30,2 5,0 100,0 2,541

a  Y compris les enfants qui ont déclaré ne pas avoir de père ou de mère ou n'avoir aucun contact avec l'un ou l'autre.

Lorsqu'on tient compte du même indicateur relativement à la proximité entre l'enfant et la figure maternelle, tant les garçons que les filles font état d'un degré considérablement plus élevé d'attachement, et d'une baisse moins prononcée au fur et à mesure qu'ils grandissent. L'âge et le sexe semblent donc rester des facteurs distinctifs dans la façon dont les enfants évaluent leur relation avec leur figure paternelle. Ils devraient constituer des variables significatives dans notre analyse multivariée.

Le contexte socio-économique a-t-il une influence?

À quel point le milieu socio-économique stimule-t-il ou freine-t-il l'établissement de rapports positifs entre les enfants et leurs parents? La répartition des enfants selon la proximité de la relation qu'ils ont avec leur figure paternelle et le revenu familial, indiquée au graphique 2.8, donne une idée des liens possibles. Il est clair qu'il semble y avoir une certaine association entre les deux : la proportion d'enfants qui ne se sentent pas très proches de leur père augmente de manière perceptible lorsqu'on passe des ménages aux revenus les plus élevés (8 %) aux plus faibles (25 %). Cependant, un tel lien peut très bien subir l'influence de l'environnement familial, car les familles monoparentales se retrouvent fréquemment parmi les ménages les plus démunis financièrement. Dans la prochaine section, nous nous servons d'une régression logistique pour clarifier le rôle que joue l'environnement familial comparativement au contexte socio-économique.

À quel point suis-je proche de mon « père »? Une analyse multivariée

La majorité des enfants ont indiqué qu'ils étaient « très proches » de leur figure paternelle. Dans la présente analyse, nous tentons de déterminer quelles caractéristiques sont associées à une probabilité accrue que les enfants ne se sentent pas très proches de leur figure paternelle. Les résultats sont indiqués au tableau 2.8 : comme prévu, l'âge et le sexe de l'enfant ont un effet significatif dans tous les modèles, et leur effet se fait sentir dans la direction prévue.

Du point de vue de l'environnement familial, une fois que toutes les variables de contrôle sont intégrées au modèle (modèle 4), seul le fait d'habiter avec une mère monoparentale fait monter sensiblement la probabilité que les enfants ne se sentent pas très proches de leur père. Le résultat significatif dans le modèle 3, pour les enfants vivant avec leur mère et leur beau-père, disparaît une fois que nous contrôlons l'identité de la figure paternelle. Par conséquent, les enfants qui vivent avec leur beau-père et qui identifient celui-ci comme leur figure paternelle sont beaucoup moins susceptibles de se sentir très proches de leur père biologique que ceux qui ont choisi ce dernier comme figure paternelle. Les enfants qui habitent avec leur père biologique après la séparation, par contre, sont notablement plus susceptibles de se sentir très proches de lui, même plus que les enfants dont les parents ne se sont jamais séparés.

Quant aux autres variables de contrôle, les constatations appuient les tendances mentionnées plus tôt. En effet, les enfants qui se sentent capables de parler à leur père sont généralement en mesure de se confier à leur mère aussi. Dans la présente analyse, les enfants qui évaluent leur relation avec leur mère comme étant « assez proche » ou « pas très proche » sont beaucoup plus susceptibles de qualifier leur relation avec leur père dans les mêmes termes. En outre, bien que le revenu du ménage n'ait aucun effet apparent, le niveau de scolarité (généralement celui de la mère) a un effet imprévu : plus il est élevé, plus les enfants sont susceptibles de ne pas se sentir très proches de leur père. En dernier lieu, les enfants du Québec montrent des probabilités beaucoup plus grandes de ne pas se sentir très proches de leur figure paternelle que les enfants qui vivent dans d'autres régions du Canada, ce qui est un résultat inattendu compte tenu des analyses précédentes.

Graphique 2.8   Répartition des enfants âgés de 10 à 15 ans, selon la proximité de leur relation avec leur père et selon le revenu du ménage, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998-1999

Tableau 2.8   Incidence de différents facteurs sur la probabilité que les enfantsa ne se sentent pas très proches de leur figure paternelle, Canada, ELNEJ, cycle 3, 1998–1999 (régression logistiqueb, N = 4719)

Sexe (garçon)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
Fille 1,731*** 1,828*** 1,815*** 1,938***

Âge (10–11 ans)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
(12–13 ans)   2,295*** 2,421*** 1,839***
(14–15 ans)   4,544*** 4,798*** 2,932***

Environnement familial (deux parents)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
Parents réconciliés     1,233 0,973
Mère seule     2,634*** 2,564***
Mère et son mari/partenaire     1,691*** 1,051
Père seul     0,856 0,481**
Père et sa femme/partenaire     0,663 0,386**

Figure paternelle (père biologique)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
Beau-père       2,512***
Autre       2,277*

Proche de la mère (très)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
Assez proche       11,405***
Pas très proche       7,170***
Revenu du ménage (continu)       1,000

Niveau de scolarité du répondantc (diplôme d'études secondaires)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
Moins que l'école secondaire       0,676**
Études postsecondaires       1,107
Collège ou université       1,212

Région (Ontario)
Variables Probabilité de ne pas se sentir très proche de la figure paternelle
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3 Modèle 4
Provinces de l'Atlantique       1,014
Québec       1,680***
Prairies       0,965
Colombie-Britannique       0,967

a  À l'exclusion des enfants qui ont déclaré ne pas avoir de père ou de mère ou n'avoir aucun contact avec l'un ou l'autre.
b  Rapports de cotes. Coefficients significatifs à :     = 0,1 *= 0,05 **= 0,01 ***= 0,001
c  Répondant : la personne qui en sait le plus sur l'enfant et qui a donc été choisie pour répondre au questionnaire.

DISCUSSION

La présente section nous a permis d'élargir nos connaissances de la façon dont évolue la perception qu'ont les enfants de leur relations avec leurs parents et leurs figures parentales. Nous avons pu souligner le rôle fondamental que joue le sexe des parents et des enfants, de même que l'âge de ces derniers, durant la transition vers l'adolescence.

Néanmoins, il faut user de prudence lorsqu'on interprète ces résultats, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, ces perceptions sont étroitement liées à leur contexte historique. Ainsi, il y a une génération, les enfants auraient pu se déclarer moins « proches » de leur mère autant que de leur père. Dans une génération, les différences entre les garçons et les filles auront peut-être disparu complètement.

Ensuite, les questions étaient essentiellement de nature « affective »; elles concernaient la tendresse et la communication, et étaient donc davantage rattachées aux rôles « maternels ». Les réponses à la seule question « masculine » (est-ce que les figures parentales traitent l'enfant avec équité?) ont révélé peu de différences entre la perception des enfants face à leur père et à leur mère. Il aurait été intéressant de demander aux enfants ce à quoi ils s'attendaient de leur père plutôt que de leur mère.

De plus, non seulement certaines questions sont-elles davantage liées aux aspects affectifs de la relation entre le parent et l'enfant, mais les filles et les garçons eux-mêmes peuvent avoir interprété les questions différemment ou avoir eu des attentes différentes quant à ce que signifie « être capable de se confier à un parent » ou « être proche de lui ». Les filles ont tendance à mûrir plus tôt que les garçons, ce qui peut expliquer en partie les divergences au chapitre de l'évolution selon l'âge. La distance croissante qui est mise en lumière au début de l'adolescence fait-elle partie du passage à l'indépendance? Y a-t-il une inversion de cette tendance au fur et à mesure que les enfants avancent dans leur adolescence? Les données tirées des cycles suivants devraient clarifier cette question.

Nous avons été à maintes reprises confrontés à la difficulté de discerner la cause et l'effet dans les perceptions des enfants face à leurs figures parentales, d'une part, et le changement familial, d'autre part. Bien qu'il y ait sans aucun doute un lien négatif entre des environnements familiaux « de substitution » et la proximité de l'enfant et de ses parents, il est difficile de l'interpréter. C'est seulement en suivant l'évolution des perceptions des enfants à l'égard de leurs figures parentales, avant et après les changements familiaux, qu'il serait possible de déterminer si les relations beaucoup plus proches associées à la garde partagée, par exemple, existaient ou non avant la séparation. Nous pourrions alors expliquer aussi si cet attachement résulte des contacts entre les parents et les enfants qui vivaient sous le régime d'une garde partagée.


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