Comprendre les points communs et les différences entre l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale et les problèmes de santé mentale

3. Prévalence des troubles de santé mentale

Il semble y avoir une prévalence élevée dans le SJP de personnes ayant reçu un diagnostic de trouble de santé mentale (Institut canadien d'information sur la santé 2008), mais les études ne précisent pas si ces personnes ont été évaluées pour déterminer si elles étaient atteintes de l’ETCAF ou si un diagnostic avait été posé en ce sens. On ne sait donc pas dans quelle mesure les taux élevés de problèmes de santé mentale dans le SJP sont aussi associés à des personnes atteintes de l’ETCAF. La cooccurrence des problèmes de santé mentale chez les personnes atteintes de l’ETCAF, causant une grave incapacité, est maintenant reconnue (O’Connor et Paley 2009). 

Les taux estimés de personnes souffrant de troubles de santé mentale peuvent énormément varier selon les populations étudiées (soit la population en général, celle ayant des démêlés avec le SJP, ou celle des personnes atteintes de l’ETCAF) et la méthodologie utilisée. De nombreuses études ont établi des liens entre les personnes ayant des troubles de santé mentale et celles atteintes de l’ETCAF, ainsi que des liens entre les personnes souffrant de troubles de santé mentale et celles ayant des démêlés avec le SJP. Cela permet d’éviter de faire une simple comparaison entre les personnes atteintes de l’ETCAFet celles souffrant de troubles de santé mentale.

D’après une étude menée par Streissguth et coll. (1996), jusqu’à 90 % des personnes atteintes de l’ETCAF ont été traitées pour un trouble mental. Dans un sous‑groupe de 25 hommes et femmes adultes visés par cette étude (Famy et coll. 1998), des entrevues cliniques dirigées ont permis d’établir que 15 personnes répondaient au critère de dépendance actuelle ou passée à l’alcool ou à la drogue, 11 avaient vécu un épisode de dépression majeure, 10 ont rapporté des symptômes psychotiques, 5 ont reçu un diagnostic de trouble bipolaire, 5 ont reçu un diagnostique de trouble anxieux, et 10, un diagnostic de trouble de la personnalité. Parmi ces 25 personnes, 18 avaient reçu une forme ou une autre de traitement psychiatrique.

Le tableau 1 présente les taux de prévalence permanente au Canada des troubles de santé mentale dans la population en général, dans la population générale d'hommes incarcérés dans un établissement fédéral et dans la population d'hommes et de femmes adultes non incarcérés atteints de l’ETCAF.

TABLEAU 1: PRÉVALENCE PERMANENTE DES TROUBLES DE SANTÉ MENTALE DANS DIFFÉRENTES POPULATIONS
Trouble Population générale d'adultes Hommes adultes incarcérésTable note 3 Hommes adultes atteints de l’ETCAFTable note 4 Femmes adultes atteintes de l’ETCAFTable note 4
Dépression 8 %Table note 1 29,8 % 40 % 50 %
Psychose 1 %Table note 1 10,4 % 47 % 30 %
Anxiété 12 %Table note 1 55,6 % 0 50 %
Trouble de la personnalité antisociale 6-9 %Table note 1 74,9 % 21 % 14 %
Toxicomanie 15,9 %Table note 2 52,9 % 60 %Table note * 60 %Table note *
Abus d’alcool 46,6 %Table note 2 69,8 % 60 %Table note * 60 %Table note *
Table note 1

Agence de la santé publique du Canada 2002.

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Table note 2

Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : Santé mental et bien-être 2002, tiré de Tjepkema 2004.

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Table note 3

Motiuk et Porporino 1992

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Table note 4

Famy et coll.1998

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Table note *

Toxicomanie et alcoolisme combinés

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Le SCC rapporte dans ses données les plus récentes que 13 % des délinquants et 29 % des délinquantes dans les établissements de détentions fédéraux présentaient des problèmes de santé mentale à leur admission (Service correctionnel du Canada 2009), bien que ces données ne correspondent pas directement aux diagnostics spécifiques qui apparaissent plus haut. Ces chiffres sont plus faibles que les diagnostics posés chez les adultes incarcérés dans la précédente étude. Comparés à la population générale, les hommes adultes incarcérés et les adultes atteints de l’ETCAF ont des taux beaucoup plus élevés de troubles de santé mentale. Les taux de personnes atteintes de l’ETCAF pour les différents troubles de santé mentale sont fondés sur de petits échantillons.

D'autres études ont confirmé que les personnes atteintes de l’ETCAF et de troubles de santé mentale souffraient de problèmes permanents. Les enfants exposés à l'alcool avant la naissance semblent présenter beaucoup plus de psychopathologie, y compris des symptômes d'anxiété, de comportements perturbateurs et de troubles de l'humeur comparativement aux enfants n'ayant pas eu d'exposition prénatale à l'alcool (Walthall et coll. 2008). Les personnes atteintes de l'ETCAF ont des taux significativement plus élevés de trouble oppositionnel avec provocation, de trouble des conduites et de TDAH que la population en général (Burd et coll. 2003; Mattson et coll. 2011).

Dans leur étude sur des jeunes ayant des démêlés avec le SJP qui avaient été dirigés vers un établissement de psychiatrie médico‑légale en vue d’une évaluation psychiatrique/psychologique, Conry et coll. (1997) ont conclu que le diagnostic psychiatrique le plus commun à la fois chez les jeunes atteints de l’ETCAF et à l’égard des contrôles (les jeunes ayant des démêlés avec le SJP ont été dirigés vers une évaluation psychiatrique/psychologique et n’ayant pas eu de diagnostic de l’ETCAF) était un trouble de conduite et de TDAH, et un trouble lié à la toxicomanie. Tous les jeunes atteints de l’ETCAF avait reçu au moins un diagnostic psychiatrique, et plusieurs avaient des diagnostics multiples. Il n'y avait pas de différence significative dans les taux de troubles de santé mentale entre les jeunes atteints de l’ETCAF et ceux des groupes de contrôle. Chez ces derniers, aucun antécédent d'exposition prénatale à l'alcool n'a été confirmé, mais certains pouvaient avoir été exposés à l'alcool avant leur naissance.

Un rapport sommaire sur les troubles mentaux, la toxicomanie et les démêlés avec le système de justice remis au Ministry of Health Services de la Colombie-Britannique (2005) indiquait que [traduction] « les types de maladie mentale les plus répandus chez les jeunes en général (comme l’hyperactivité avec déficit de l’attention) étaient de quatre à cinq fois plus répandus chez les jeunes dans le système correctionnel. Ces jeunes étaient, de façon significative, plus susceptibles d'avoir reçu un diagnostic de trouble lié à la toxicomanie au cours de l'année précédente (prévalence de 2,9 à 4,8 fois plus élevée). Les adultes dans le système correctionnel étaient plus susceptibles (prévalence de 1,2 à 1,9 fois plus élevée) d'avoir reçu un diagnostic de maladie mentale cours de l'année précédente que la population générale. Les taux de toxicomanie était de 11 à 13 fois plus élevés que ceux de la population en général » (p. 15).

Il a été constaté que l’usage concomitant de l’alcool et de la drogue était associé à un nombre significatif de crimes. Brochu et coll. (2001) indiquent que près de 40 % des crimes sont associés à la dépendance à l'alcool, aux drogues illicites, ou aux deux; la moitié des détenus avaient consommé de l'alcool ou de la drogue le jour de l'infraction. Des rapports ont indiqué que lorsque des personnes atteintes de l’ETCAF commettent une infraction, elles sont susceptibles d'avoir été influencées par d'autres, et le fait d'avoir un trouble lié à la toxicomanie compromet leur jugement.

Fazel et Danesh (2002) ont procédé à un recensement systématique des évaluations psychiatriques dans les populations générales d'adultes incarcérés dans les pays occidentaux et ont constaté que les détenus étaient plusieurs fois plus susceptibles de souffrir de psychose ou de dépression majeure, et environ dix fois plus susceptibles d'avoir un trouble de personnalité antisociale que la population en général. Fazel et coll. (2008) ont plus tard analysé 25 enquêtes sur les troubles de santé mentale chez des adolescents dans des centres de détention ou des établissements correctionnels pour jeunes contrevenants, et ont constaté qu'ils étaient environ 10 fois plus susceptibles de souffrir de psychose que les adolescents dans la population générale. Les jeunes filles avaient plus souvent des diagnostics de dépression majeure que les garçons. Les auteurs indiquent que les automutilations et les récidives sont fréquentes, et que certains troubles comme l'abus d'alcool et d'autres drogues ou le trouble des conduites pouvaient être des facteurs de risque de récidive. Les auteurs ne disent pas si plusieurs de ces personnes avaient un ETCAF diagnostiqué ou non diagnostiqué.

Les personnes atteintes de l'ETCAF ont souvent de multiples problèmes de santé mentale, dont le TDHA, des troubles d'humeur (comme la dépression ou le trouble bipolaire), l'anxiété et les troubles liés à la toxicomanie, qui peuvent accroître les risques de comportement suicidaire (Mattson et coll. 2011). Streissguth et coll. (1996) ont constaté que parmi les adultes atteints de l'ETCAF, 43 % avaient déjà menacé de se suicider et que 23 % avaient déjà tenté de le faire, ce qui indique que les personnes atteintes de l'ETCAF ont un taux de tentatives de suicide durant leur vie plus élevé que celui observé dans la population générale.

Les problèmes de santé mentale ont des taux plus élevés chez les personnes ayant des démêlés avec le SJP que dans la population en général. Pour les personnes ayant des démêlés avec le SJP et qui sont également atteintes de l’ETCAF, ce taux semble être disproportionnellement plus élevé.

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