Le long parcours

PRÉFACE

J'ai mené, en 1991-1992, des entrevues avec 50 jeunes personnes actives dans le commerce de l'exploitation sexuelle au centre-ville de Calgary. J'ai consacré une année à comprendre la vie de ces jeunes. Plusieurs d'entre eux, que j'ai connus jeunes enfants victimes de mauvais traitements, s'inséraient alors dans le commerce de la rue. Il est clair cependant que ce ne sont pas tous les jeunes participant au commerce qui ont été victimes d'agression sexuelle, pas plus que tous les jeunes ayant vécu cette infortune ne se tournent vers un tel métier.

C'est pour cette raison que j'ai effectué une recherche en profondeur intitulée « The Youngest Profession, the Oldest Oppression », qui révélait que des 41 jeunes femmes et neuf jeunes hommes interrogés, bien plus des trois quarts avaient subi des violences d'ordre sexuel avant leurs débuts dans le métier. Cette recherche a influé sur les politiques sociales de la Ville de Calgary, ce qui a eu pour résultat que la prostitution des jeunes y est désormais vue comme une forme d'abus sexuel. Aux yeux de la vaste majorité des participants à la recherche, la prostitution représentait le prolongement des agressions sexuelles du passé.

J'ai été témoin de l'acceptation des jeunes dans la prostitution comme une forme de violence sexuelle. J'ai vu la Ville et la Province épouser ce tournant du paradigme, qui a eu pour effets des modifications dans les politiques, les textes législatifs et les programmes. Ce changement de cap se répand lentement dans tout le pays et l'expression exploitation sexuelle s'est substituée à l'expression prostitution juvénile. Toutes deux sont utilisées dans la même intention.

C'est pendant cette période que j'ai été encouragée par bien des gens à revenir aux jeunes que j'avais rencontrés lors de ma première étude pour voir ce qui s'était passé dans leur vie. C'est ce désir soutenu de clore ce chapitre de la vie de 50 jeunes gens qui m'a insufflé l'énergie d'entreprendre « Le long parcours ».

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