Le long parcours

Avant-propos d'Allison

On dit que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. Je crois bien que c'est vrai.

J'ai eu la très grande chance d'être en mesure de tourner le dos à mon ancienne vie, de m'en bâtir une nouvelle et de ne pas finir parmi les statistiques. Le temps que j'ai passé au « jeu », en bout de ligne, a changé ma vie, ma façon de voir le monde et, ce qui a encore plus d'importance, mon âme.

Il y a bien des gens qui croient que je n'aurais jamais dû me trouver dans le métier. Je n'étais pas un cas typique. Ma famille n'a rien vu venir. Même si je crois qu'il existe des cas typiques, aucun enfant n'est exceptionnel aux yeux des prédateurs qui se préparent à le recruter.

On ne peut pas décrire ce que c'est que de se vendre à quiconque est preneur. Personne n'aurait pu me dire que, peu importe le nombre d'heures que je passerais, la nuit, à pleurer dans la douche, je n'arriverais jamais à me laver du contact des mains des clients ni de la sueur du dernier client ivre de la journée. J'ai même cru que si je portais mon baladeur pendant une passe, cela m'aiderait à noyer le bruit fait par chaque nouveau client ou à oublier où j'étais, ne serait-ce que le temps d'une chanson.

C'est finalement un fil électrique noué autour de mon cou, alors que mon sang et ce qui restait de ma vie me quittaient, qui m'a amenée à décider de ne pas lâcher et de combattre. C'est alors que je me suis engagée à échapper à la violence et à me bâtir une autre vie.

La première entrevue à laquelle j'ai participé pour cette recherche montrait le chagrin et la désolation que j'éprouvais à me trouver dans la rue. La deuxième entrevue a été plus importante car elle se concentrait sur la lutte et le combat interne pour rester loin de la rue, à l'écart de cette vie. La démarche consistant à quitter la rue et à en rester éloignée est essentielle si l'on veut sauver la vie et l'âme des très nombreux enfants et adultes prisonniers du « jeu ».

Les années qui se sont écoulées entre la première entrevue et la seconde ont été un voyage incroyable. J'ai eu des succès que je n'aurais jamais crus possibles : j'ai élevé deux enfants merveilleux, j'ai terminé mes études secondaires et collégiales, j'ai entrepris une carrière formidable et finalement, j'ai eu la chance de me remettre de la souffrance et de la violence. La leçon la plus bénéfique, c'est que maintenant, je crois qu'il est possible de réaliser ses rêves et d'atteindre ses buts.

Je suis très reconnaissante de faire partie de l'étude. Je crois en la capacité de toutes les victimes de la prostitution de s'élever au-dessus de la violence et, en recourant aux bons outils, de s'aider, de réussir et de s'élancer vers un avenir tout autre!

Allison [1]


[1] Allison a pris part aux études « Youngest Profession, Oldest Oppression » et « Le long parcours ».

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