Le long parcours

Partie 2 - Le long parcours (2000-2001)

Partie 2 - Le long parcours (2000-2001)

2.1 La motivation de l'exécution de la recherche

« Pourquoi vouliez-vous en savoir tant sur notre vie quand elle allait si mal et, maintenant que nous allons mieux, pourquoi ne nous demandez-vous rien? »

J'avais noué des liens à longue échéance avec quatre des 50 sujets des entrevues d'origine. Je connaissais ces personnes bien avant leur entrée dans le commerce du sexe. En 1999, l'une d'entre elles m'a demandé pourquoi sa vie présentait tant d'intérêt quand elle se livrait à la prostitution, puis aucun maintenant qu'elle s'en était sortie.

Cette question en a soulevé bien d'autres : Qu'était-il advenu des 50 sujets interrogés à l'origine? Étaient-ils toujours dans les rues? Étaient-ils toujours vivants? Recevaient-ils de l'aide? Aurait-on pu leur venir en aide plus tôt, aurait-on pu, même, prévenir leur entrée dans le métier? Alors que ces personnes vivaient des transitions et des changements personnels, je m'interrogeais sur l'aptitude à leur venir en aide des programmes et services.

2.2 Absence de recherche longitudinale

« Pourquoi consacrons-nous tant d'énergie à comprendre comment les gens entrent dans la déviance et ne nous demandons-nous pas un seul moment comment ils en sortent? - Paul Wiles, directeur de la recherche du Home Office du gouvernement britannique, janvier 2000)

En l'absence de recherche longitudinale sur la population participant au commerce de l'exploitation sexuelle, il était temps de mener une recherche rétrospective sur la dernière décennie. Les formulaires de consentement de 1991-1992 nous autorisaient à communiquer avec ces personnes aux fins des recherches à venir et j'étais encore en possession des entrevues transcrites.

2.3 Méthodologie

Comme dans le cas de « The Youngest Profession, the Oldest Oppression », les personnes interrogées ont fourni des suggestions d'intervention et des commentaires sur le concept, le contenu et la séquence des champs d'enquête. Les questions ont été rédigées de façon à découvrir si,

  • quand et comment une personne quitte la rue,
  • à déterminer si ce départ aurait pu se produire avant
  • ce que sont les services et les appuis nécessaires.

La combinaison de théorie à base empirique et de théorie féministe a été utilisée à nouveau. Les entrevues qualitatives ont été enregistrées et transcrites afin d'en faciliter l'analyse, puis disséquées en modèles communs de réponse et, par la suite, classées en réponses quantitatives. Le lecteur trouvera en annexe les tableaux des réponses.

2.4 Repérage

Une approche de repérage stratégique a été élaborée pour chacun des 50 interviewés d'origine dans le but de tenir compte d'autant de gens que possible tout en respectant la consigne de ne perturber la vie de personne. Le Comité des questions sociales de la Société Elizabeth Fry de Calgary a servi d'organisme consultatif d'orientation et d'aide aux contacts.

Une vaste revue a été faite de chacune des 50 entrevues conservées. On a pris des notes sur l'histoire de chaque personne ainsi que sur les dernières données de communication. Les contacts ont été faits de diverses manières, dont :

  • le contact direct;
  • le contact direct effectué par d'autres personnes agissant en mon nom;
  • la recherche sur Internet;
  • le contact téléphonique ou par la poste sans aucune référence directe au sujet.

Les intéressés avaient le choix de communiquer avec moi par téléphone, télécopieur, courrier ou courrier électronique.

Il n'a pas été facile de retrouver les participants à la première étude. L'établissement de liens durables ne figurait pas parmi les buts de l'étude originale et près de 10 ans s'étaient écoulés depuis ces entrevues. On m'a laissé entendre qu'il serait possible de retrouver de 20 % à 30 % de la population originale. J'ai été en mesure d'en retrouver 78 % (39 sur 50). Vingt-huit de ces 39 personnes ont accepté d'être interrogées et 10 autres, qui s'étaient prostituées pendant l'adolescence, ont été interrogées sur la démarche d'abandon du métier. Au total, 33 femmes et cinq hommes ont été interrogés.

2.5 Entrevues

Une fois le contact établi, les sujets ont été invités à décider s'ils voulaient participer à ce projet de recherche rétroactive. Dans l'affirmative, les entrevues ont eu lieu dans des endroits neutres, car plusieurs des sujets ne désiraient pas partager ouvertement cette expérience avec leurs enfants ou la personne qui leur est chère. De plus, des entrevues à distance ont été faites avec des participants de Halifax, Montréal et St. Catharines.

La durée type des entrevues a été de une à quatre heures. Ces échanges ont, à mes yeux, été une expérience cathartique pour l'intéressé car ils lui ont souvent permis d'établir une coupure d'avec cette époque difficile. Afin de garantir la confidentialité du rapport de recherche, dans la plupart des cas, des pseudonymes ont été donnés aux sujets interviewés.

2.6 Équipe pluridisciplinaire

J'ai décidé de donner une approche originale à l'analyse des données en rassemblant une équipe pluridisciplinaire. Dix personnes provenant de partout au Canada se sont réunies pendant une semaine à Calgary pour discuter et débattre des tendances, thèmes et processus de vie des personnes ayant participé à la recherche. L'équipe a été divisée également par sexe, les âges allant de 25 à 55 ans. Tous les membres ont signé des ententes de non-divulgation et les noms et les autres renseignements vitaux ont été modifiés afin de protéger les sujets interrogés.

L'équipe, qui se composait de membres des secteurs commercial, de l'entrepreneuriat, gouvernemental et des organismes sans but lucratif, comptait en plus deux personnes qui avaient fait partie de la recherche et avaient été inscrites au réseau Youth In Care and Custody. Le degré de connaissance allait du général à l'expérience du travail dans la rue auprès des jeunes victimes d'exploitation des rues. Les membres de l'équipe ont reçu des versions des entrevues transcrites comme outil d'encouragement de la discussion sur certains thèmes qui s'y présentaient. Cela m'a fourni une vaste gamme de perspectives et a remis en question bien des attitudes ancrées du travail avec cette population. Un membre de l'équipe, provenant du monde des affaires, nous a mis à maintes reprises au défi d'admirer, de respecter cette population et de toujours avoir sa résistance à l'esprit.

« Faire partie d'un groupe de gens si divers a constitué une expérience vraiment enrichissante. Malgré les différences entre nos vies professionnelles et personnelles, nous étions liés par le but commun de faire cesser l'exploitation sexuelle de nos jeunes. » - Fran Peeples, membre de l'équipe pluridisciplinaire, juin 2001

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