Le long parcours

Partie 3 - PRINCIPALES CONSTATATIONS

Partie 3 - PRINCIPALES CONSTATATIONS

3.1 Le long parcours 2000-2001

Voici les constatations de fond tirées des entrevues effectuées dans le cadre de l'étude « Le long parcours ».

  • L'âge moyen d'entrée dans le commerce de l'exploitation sexuelle était de 14 ans.
  • Les garçons ont entrepris leur carrière, en moyenne, à 12 ans et les filles, à 15 ans.
  • Un total de 260 années d'exploitation sexuelle dans la rue a été enregistré. Les filles et les femmes ont passé en moyenne six ans dans la rue, et les hommes, 12 ans.
  • 84 % de la population, avant la rue, avait connu la violence sexuelle dans le passé et 79 %, la violence physique.
  • 82 % des femmes et des filles avaient connu la violence sexuelle et 78 %, la violence physique. Tous les hommes et garçons ayant participé à l'étude avaient connu la violence sexuelle et physique avant la rue.
  • 60 % de la population, sans égard au sexe, s'était retrouvée sous les soins des services de protection de l'enfance de divers gouvernements provinciaux, ce qui signifie que les services sociaux ont été appelés à leur porter attention à un certain moment au début de leur carrière.
  • Un total of 26 % des personnes interviewées étaient d'ascendance autochtone. Vingt-quatre pour cent des femmes et des filles étaient d'ascendance autochtone et un total de 40 % des hommes et des garçons étaient Autochtones.

3.2 Quitter le métier

On tend à croire qu'une personne n'a qu'à décider de quitter le métier pour que cela se fasse.

En dépit de cette présomption de facilité, la présente recherche indique que tous les répondants se sont retirés du métier plus d'une fois.

« Au-delà de 10 fois. On devient trop fou. Ah, la vie à la maison. C'est pour ça que j'ai tant essayé de partir. Je suis retournée à la maison, mais je ne pouvais pas y rester. C'était beaucoup plus facile de vivre dans la rue qu'à la maison. » Andrea

« La réalité, c'est que la situation à laquelle je faisais face dans les rues de Vancouver était préférable à celle qui m'attendait à la maison, vous savez et. mais il faut de l'argent et qu'est-ce qu'on peut faire, vraiment, je vous le demande, quand on a 13 ans et qu'on ne peut pas trouver de travail ni rentrer à la maison. » - Matthew

Quand une personne revenait au métier, elle-même, sa famille, ses amis et les professionnels qui s'occupaient de son cas en étaient tous déçus.

« Je ne pouvais pas me regarder dans le miroir tous les matins et continuer de me dire 'bon, tu as fait ceci hier soir, ou tu as fait cela avant-hier soir, ou vas-tu le refaire demain soir? » - Mark

Les personnes qui ont quitté le métier n'ont pas tardé à apprendre que d'en partir constituait en fait une expérience cumulative d'apprentissage. Chaque tentative de départ se soldait par un nouveau degré de conscience, de connaissance et d'expérience qui allait pouvoir s'appliquer à la prochaine.

« Ça va représenter beaucoup de souffrance et il va falloir travailler très fort; c'est un long voyage et il faut se regarder en face. Ce n'est pas facile. Les gens pensent qu'on quitte la rue et que ça finit là. C'est loin d'être le cas. » - Tamara

Expliquer la suite des départs et des retours revient à comprendre que la vie entière de ces personnes s'est axée sur la rue. Leur survie, leur vie sociale et leurs sources d'appui existaient dans le métier. L'attachement à la rue et les liens avec elle ont été interrompus ou rompus au moment du départ et il ne leur a pas été facile de trouver des attachements de remplacement. Peu d'attachements et de liens avaient subsisté, en raison de l'absence de contacts de la personne avec l'appui conventionnel de la famille, des amis et de la collectivité.

Il est apparu clairement pendant les entrevues qu'il était souvent plus risqué de quitter la rue que d'y rester. Des questions comme la survie, les représailles éventuelles des proxénètes et d'autres personnes du milieu l'ont parfois emporté sur le désir de partir. Les préoccupations caractéristiques de ceux qui ont voulu partir s'exprimaient ainsi : où iraient-ils? où vivraient-ils? comment gagneraient-ils de l'argent? qui assumerait leur subsistance? que feraient-ils? en qui pouvaient-ils avoir confiance? à qui pouvaient-ils dire qu'ils partaient? que se passerait-il si quelqu'un les reconnaissait ou savait ce qu'ils avaient fait?

Il y avait une importante différence entre le nombre de fois où les hommes et les garçons ont quitté la rue relativement aux femmes et aux filles. Les hommes et les garçons avaient, en général, fait leur entrée plus jeunes dans le métier, l'avaient quitté plus souvent et y étaient restés plus longtemps. Près de la moitié des hommes et des garçons interrogés avaient quitté la rue de 10 à 15 fois.

« Plus de mille fois, facilement, et trois jours après, je me retrouvais dedans. [Alors c'est une question de survie; tu es forcé d'y revenir?] Eh bien, tu n'es pas forcé mais les circonstances t'y ramènent, en fin de compte, tu finis toujours par t'y retrouver. » - Luke

Je dirais que la recherche de l'identité sexuelle décrite dans « This Idle Trade » de Visano (1987) et dans « A pour actes, M pour mutuels » par Allman (1999), ne constituait pas le moteur principal de l'entrée des hommes et des garçons dans le commerce du sexe. Je crois que leur arrivée dans le commerce de l'exploitation sexuelle ne constituait ni un mécanisme ni une procédure permettant d'identifier leur préférence sexuelle.

Tous les hommes et garçons de mes deux études ont parlé d'un passé de violence physique et sexuelle. Les organismes de service social semblent plus disposées à accepter l'idée que les femmes et les filles ayant un passé de violence sexuelle entrent dans le métier. Il n'y a pas qu'une certaine répugnance à travailler auprès de la population masculine, on perçoit également l'impression sous-jacente que les hommes et les garçons sont à la recherche de leur identité sexuelle. Sans égard à cette préférence, la prostitution de rue constitue de l'exploitation sexuelle, une forme de violence sexuelle. La dynamique de la survie après la violence influe tant sur les sujets masculins que féminins. Bien que les risques et la dynamique du métier soient très différents pour les jeunes hommes et pour les jeunes femmes, la motivation à survivre aux violences passées et la réaction aux violences actuelles était la même dans les deux sexes.

« 'Est-ce qu'il faut vraiment que tu te prostitues? Que diable, il doit y avoir un autre moyen.' Vous savez, on a vraiment ce concept de devoir gagner un revenu normal et de devoir payer ses factures. On leur donne beaucoup d'argent et, pour faire ce qui semble à prime abord impensable et après ça, l'argent qu'on continue de toucher, ça devient de plus en plus de la comédie. Vous, vous perdez le sentiment d'intimité et vous voulez essayer de vous trouver à nouveau et, je veux dire, vous perdez encore quelque chose de vous-même, et je veux dire de vous-même. Il n'y a pas d'autre façon de le dire et le seul chemin qui vous permet d'espérer le retrouver consiste à partir. » - Mark

3.3 Se prendre en mains

On n'a pas souvent pris le temps de comprendre ce qui motive les gens à quitter le métier. L'étude « Le long parcours » a révélé qu'un nombre écrasant de personnes ont été poussées à partir en raison de la violence rencontrée dans la rue.

« . je pense que chaque 'rencontre' qui tourne mal vous fait dire que vous n'y retournerez pas, mais vous y retournez le lendemain. » - Liz

Au total, 82 % des personnes interviewées en 1991-1992 avaient signalé avoir subi des actes de violence de la part de leurs clients. Cela incluait les partenaires mal intentionnés et la peur constante d'être assassiné.

« Il m'a emmenée au parc Stanley. Il avait une arme à feu, vous voyez, contre ma tête et je me suis crue morte. » - Cherry

Le degré élevé de violence auquel sont sujettes les femmes et la pression exercée sur elles en faveur du départ de la rue reposaient sur le fait que le sexe féminin prédomine, au Canada, dans les meurtres commis dans le milieu de l'exploitation sexuelle.

Des données produites par Statistique Canada révèlent que les clients peuvent souvent se montrer violents envers les prostitués. Au total, 63 prostitués ont été assassinés au Canada entre 1991 et 1995, dont 60 étaient des femmes et sept avaient moins de 18 ans[3].

Par comparaison, la violence infligée aux victimes de sexe masculin était ordinairement le fait de tiers inconnus, comme c'est le cas du tabassage d'homosexuels.

« Quand on a affaire à des femmes, il y a celles qui ont à craindre leurs partenaires. Quand on a affaire à des hommes, ce n'est pas de leurs partenaires qu'ils ont peur, c'est plutôt de ces types qui viennent dans le quartier, comme quand vous avez quatre ou cinq hommes qui surgissent tout d'un coup de leur voiture. C'est quand vous voyez ces gars-là que vous espérez qu'il y a quelqu'un dans les parages ». - Mark

De toutes les personnes interviewées, un quart a identifié le stress et la pression comme autre motif pour voir les choses en face. La vie dans la rue finissait par leur donner le sentiment d'en avoir assez, d'avoir subi tout le stress et toute la pression que l'on peut supporter. Personne n'a décrit cette vie comme agréable.

Certaines des personnes ayant quitté le métier voyaient la fierté et l'estime de soi et de la famille comme des motivations à se prendre en mains.

« Eh bien, la famille a compté pour beaucoup parce que je travaillais dans le centre-ville de Vancouver et que ma famille vivait à Vancouver, alors il y avait toujours cette menace que ma famille me voie. Toujours, j'avais toujours cette peur. Mais l'autre motivation, la disparition de mon identité personnelle au fil d'une année et c'est ce que j'ai toujours dit au sujet de la prostitution, et que ceux qui s'y sont livrés doivent dire et ne le font pas, c'est que je crois vraiment qu'il faut savoir qui on est, comme personne avant cela pour savoir ce qui est en trait de disparaïtre. » - Patricia

La présente étude a aussi montré que c'est souvent par suite d'une grossesse que les femmes quittent le métier, ou à cause du désir de devenir mère. Comme les hommes de la rue ont rarement des responsabilités parentales, ils sont moins motivés à partir, ce qui peut expliquer pourquoi les hommes et les garçons demeurent plus longtemps dans le métier.

« J'imagine que c'est quand j'ai constaté que j'étais enceinte, que j'allais être mère. Je ne pensais pas avoir ça en moi. Je me croyais trop centrée sur moi-même pour faire quoi que ce soit pour autrui. Et puis, elle est venue et j'ai changé; en quelques heures, je suis devenue une personne complètement différente. Je vous jure, c'est arrivé et c'est là qu'elle est devenue mon point de concentration. - Melissa

L'étude a permis de constater que bien au-delà des trois quarts des femmes interviewées étaient devenues mères. Avoir un enfant, ou désirer avoir un enfant, a exercé une influence critique sur leur décision de quitter le métier et de ne pas y revenir. Cela a créé pour elles l'option d'envisager d'autres modes de vie et leur a donné une vision de la vie à l'écart de la rue. Bien que ce ne soit pas toutes les femmes qui aient quitté immédiatement la rue après avoir donné naissance, elles ne voulaient pas rester dans le commerce de l'exploitation sexuelle tout en étant mères.

« Quand j'ai su que j'allais avoir un bébé. je n'ai pas voulu qu'il grandisse dans une ambiance dont la violence faisait partie, comme le milieu où j'ai grandi. Je voulais faire quelque chose de différent pour mes enfants. Je ne pouvais pas être une prostituée, vous voyez, je ne pouvais pas être toxicomane, je ne pouvais pas vendre de drogue, je devais être mère. » - Katlyn

3.4 Revenir au métier

Un nombre important des personnes interrogées dans le cadre de la recherche a cité l'argent comme principale motivation pour revenir à la rue.

« L'argent, penser que vraiment je ne valais pas mieux que d'être là. Hum. ne pas avoir de compétences pour rester à l'écart du métier. Comme ne pas avoir d'études me permettant de subvenir à mes besoins. » - Katlyn

Près du quart des femmes et des filles subissaient des pressions d'une compagne ou d'une autre personne appartenant au métier en faveur de leur retour. Alors que les hommes et les garçons n'étaient pas pressés par des proxénètes de revenir à la rue, plus des deux tiers d'entre eux se sont sentis dans l'obligation d'y retourner en raison de la nature du milieu, qui ne porte pas de jugement sur ses membres.

« Le fait de connaïtre, d'aller n'importe où et que les gens vous reconnaissent, ça me manque. Vous savez, vous marchez en ville, peut-être un pâté de maisons, et 10 personnes vous parlent et, probablement, le fait d'être le centre d'attention. Pas vraiment le centre d'attention, mais tout le monde sait qui vous êtes, alors chaque fois que vous passez par là, pendant un bref moment, vous brillez. Ça me manque. Rien d'autre, vraiment, ne me manque. » - Luke

Qu'ils soient homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels, les hommes et les garçons reviennent au métier en raison de l'acceptation de leur sort par le milieu et par suite des violences subies dans leur vie.

« Par exemple, okay, je dis que je suis gai pour le plaisir et pour l'argent. Okay, bon, c'est comme ça, je suis gai pour l'argent que ça me donne, vous voyez ce que je veux dire. » - Luke

« J'ai vécu trop de circonstances de, euh. où j'avais brûlé, j'avais le sentiment d'avoir brûlé tous les ponts possibles aussi je ne pensais pas avoir d'option. Je me disais, bon, j'ai utilisé ce programme, j'ai essayé cela et j'ai essayé ceci et j'ai vu cette personne et je suis allé voir cette autre personne. Et il me semblait toujours que chaque chose que j'avais essayée pendant des années, il me semblait que peu importe combien on essaie, tout finit par échouer. Tout, dès qu'on a le succès en vue, dès qu'on veut s'en sortir, passer à autre chose, ça vous revient encore et vous force à accepter encore la même situation. Alors qu'un épisode passé vous revienne et que vous ayez à vous en arranger d'une manière ou d'une autre ou encore que vous ayez un nouveau problème à régler ou que vous ne puissiez pas le régler, peut-être que vous ne serez plus là le lendemain. » - Mark

3.5 Empêcher le retour

Toutes les personnes interviewées ont trouvé difficile la démarche de départ du métier Les problèmes les plus communs étaient l'absence d'appui, l'absence d'estime de soi, la gravité des risques et l'ennui.

Les répondants ont cité le besoin de services d'appui plus forts comme facteur clé de la prévention du retour à la rue.

« Avoir un emploi. Comme, euh. que plus de choses nous soient accessibles afin que, au moment de quitter la rue, il nous soit possible de nous instruire ou d'obtenir de l'aide pour certaines choses afin qu'on n'ait pas à retourner au métier, parce qu'on aurait un meilleur emploi. La scolarité en partant, où on peut obtenir du financement. » - Annie

D'autres citent comme point important le besoin d'améliorer l'estime de soi.

« L'estime de soi, l'estime de soi, c'était un gros point. On a le sentiment qu'on n'est pas, qu'on ne peut pas dire « cheap », on ne l'est pas. Ce n'est pas « cheap », mais c'est plutôt tellement utilisé. Utilisé et mis au rancart et euh. comme je peux vraiment voir comment les mannequins, ces filles-là sont tout puis elles ne sont rien. C'est très, très affligeant. On travaille ici et c'est comme, eh bien, qu'est-ce qu'on peut faire à part donner une bonne fellation, vous voyez? Alors. » - Felicia

D'aucuns croyaient avoir peu d'options de gagne-pain et d'autres disaient du métier qu'il est très risqué. Les besoins fondamentaux du couvert, du toit, du vêtement et du divertissement recevaient réponse dans le métier de la rue. Quand on quitte le métier, aucun de ces besoins n'est couvert. La rue constitue un milieu prévisible et cet avantage n'existe plus après le départ.

« Il existait une familiarité et des liens, si étrange que cela puisse paraïtre, mais une familiarité et un lien dans lesquels nous nous sentions en sécurité, nous savions ce qui allait se passer. Nous savions ce qui allait se passer, ce qui était attendu, ce qu'était le rôle. Comment on s'attendait à nous voir agir et je pouvais m'y intégrer sur-le-champ. on n'a pas grand chose d'autre, ni beaucoup d'autres options, que là où l'on va. » - Felicia

Le problème de l'ennui a été cité comme difficulté lors du départ du métier. Le commerce de la rue était devenu pour les répondants l'élément englobant de leur vie. Le monde ordinaire, au contraire, ne leur offrait ni reconnaissance ni familiarité.

« Hum. je m'ennuyais. L'argent me manquait, mes amis me manquaient parce que je n'en avais plus. Je me sentais seule. » - Shelly

Bien que plusieurs participants aient dit avoir joui d'un certain soutien lors de leur transition, souvent cet appui n'a pas suffi. Comme c'est un travail à temps plein que d'appuyer quelqu'un qui effectue une transition de cette envergure, il fallait que plus d'une personne offre son aide.

« . si le système avait été mieux en mesure de répondre aux besoins de divers types de jeunes au lieu de les catégoriser tous dans une espèce de concept de ce qui devrait arriver. Divers types de programmes. » - Wyonna

« Quant à retourner, s'il y avait ailleurs où aller, hum. devoir vivre dans une autre famille. Hum. devoir, vous voyez, ça aurait été beaucoup plus facile. Si j'avais quelque part où aller, comme une grande maison avec des tas de jeunes de mon âge, sans que tout le monde me dise quoi faire tout le temps et que tout ce que je faisais était toujours mal fait. » - Andrea

3.6 La dernière passe

Bien des répondants ont dit n'avoir pas eu la certitude que leur dernière passe allait bien être la dernière. Tous ont décrit par le menu leur première passe, en citant le lieu, la personne, la somme recueillie et ce à quoi cet argent avait servi. Dans certains cas, le première passe avait eu lieu huit ans plus tôt mais son souvenir était intact.

« Et j'ai parlé au premier type que j'ai accepté, je suis allée chez lui. Il est venu dans ma boutique il y a quelques mois et j'ai été évaluée par le gérant au sujet de sa prescription. » - Nicky

Les détails et la clarté étaient bien moindres au sujet du dernière passe. Certains des répondants n'étaient même pas certains de l'année et de la ville de leur dernière passe.

« Ce n'est jamais votre dernière passe. Même si vous ne vous prostituez plus depuis sept ans, ce n'est jamais votre dernière passe. Parce qu'il vous faut de l'argent, des couches pour votre enfant, des médicaments pour vous-même, vous sortez et vous y allez d'une passe. - Lucy

Plusieurs répondants voyaient leur départ de la rue comme une démarche et non comme un événement défini. Pour la plupart, les hommes et les garçons étaient d'avis qu'il devait exister un engagement envers la démarche de départ.

« il faut se préparer mentalement pour savoir ce qu'on abandonne. il faut se préparer mentalement afin de. réduire son risque de retomber. » - Luke

C'est très différent des assuétudes conventionnelles. Les alcooliques et les toxicomanes se rappellent la date, l'heure, l'endroit, la substance et les détails des événements ayant mené à leur renonciation finale.

Dans le cas des personnes qui quittent le commerce du sexe, la transition a souvent lieu mentalement avant le véritable moment du départ physique.

« Eh bien, je n'en pouvais plus d'être gentille avec eux. Je ne pouvais plus poser les yeux sur eux, ni les regarder, enfin je ne pouvais plus les supporter, peu importe la mesure dans laquelle ils étaient bien, vous savez, combien ils étaient propres et ne sentaient pas mauvais ni rien. Comme, vous voyez, qui ils étaient n'avait pas d'importance, je ne pouvais pas supporter le geste d'avoir affaire à quelqu'un. » - Allison

3.7 La dernière passe décisive

On n'a pas la vie facile dans la rue. La dignité personnelle n'existe pas et cela élimine les plaisir normaux de la vie. Il y règne toutefois une certaine pointe d'exaltation, le sentiment d'être « pompé ». De diverses façons, les répondants ont aimé cette animation de la rue, car elle servait de stimulant à l'activité de la rue.

« L'argent, l'idée que vraiment je ne valais pas mieux que de me trouver là où j'étais. Hum. ne pas avoir de compétences qui me permettraient de rester à l'écart, comme le fait de ne pas avoir d'études pour obtenir un emploi afin de subvenir à mes besoins. Probablement que mes toxicomanies m'y ont aussi ramenée. Et le fait d'être attirée par la scène, par l'atmosphère de party. Mais surtout, je pense, c'est l'argent. Seulement parce que je n'avais pas d'autres ressources pour subvenir à mes besoins. » - Katlyn

Aux yeux d'un tiers des répondants, la décision de faire une dernière passe semblait reposer sur une série d'événements ou d'incidents. Le catalyseur a été le caractère d'incessante répétition de leur expérience quotidienne : c'en était assez.

« J'en avais assez. j'en avais ma claque de la rue et du contrôle qu'elle exerçait sur moi et de devoir m'en remettre aux passes pour pouvoir rentrer chez moi et me droguer. Et puis, les « highs », je n'aimais plus cela. J'étais vraiment écourée de, comment vous dire, la merde qui me tombait dessus quand je rentrais et que je me droguais. Et, euh. c'est un carrousel. » - Jane

« Et j'étais fatiguée de maltraiter mon corps et je sentais que, peut-être, je valais un peu plus que 50 $. » - Beth

Un nombre important de répondants a identifié une ou des nouvelles personnes ou relations apparues dans leur vie qui leur ont permis de voir d'autres options. Ils avaient ainsi la possibilité de s'attacher à une vie différente.

« Et puis j'ai fait sa connaissance, ouais, et on y est allés très lentement au début mais je savais, en quelque sorte, que c'était différent et, vous savez, peut-être que c'était seulement parce que j'étais ouvert à une telle possibilité à ce moment-là. Vous savez, je ne sais pas. Mais de toutes manières, ouais, ça a fini là, je n'y suis jamais retourné par la suite. - Matthew

« Je pense que c'était tout simplement que je ne voulais plus faire ça. J'avais un bon compagnon, je voulais m'installer et je n'ai plus gâché les choses depuis, c'était trop dur pour nous. » - Jessica

La paranoïa et la peur ont amené un cinquième des répondants à décider qu'ils avaient fait leur dernière passe.

« Bien souvent c'était la peur des types avec qui j'étais parce qu'apparemment j'ai cet attrait pour les psychotiques. » - Kelly

« Je pense que, tout simplement, eh bien, j'allais mourir. J'en étais au point de mourir. » - Lorna

L'effet cumulé de la violence, des drogues et du danger avait grandi jusqu'au moment où la personne avait atteint sa limite. Tout comme je l'avais constaté lors de ma recherche initiale, personne n'était entré dans le commerce de l'exploitation sexuelle dans l'idée d'y demeurer. « Le long parcours » a aussi montré que la rue était perçue comme un gain à court terme responsable de souffrances à long terme. Cette solution de court terme, toutefois, était devenue un obstacle empêchant le retour à une vie normale. De fait, certains croyaient qu'ils ne feraient plus jamais l'expérience de la normalité.

« Je ne sais pas comment me comporter normalement. Et il a fallu que je réapprenne tout, c'est comme quelqu'un qui perd les sensations dans ses jambes et qui les retrouve et réapprend à marcher. » - Jessica

« Alors c'est terrifiant de savoir que quand j'avais 12 ans, j'ai pris, dans ma vie, une décision qui a changé ma vie pour toujours. Et pour être capable de regarder en arrière consciemment aujourd'hui et de savoir ça. J'y retournerais et je prendrais une tout autre décision, ça c'est certain. » - Luke

3.8 De l'aide au départ de la rue

Plusieurs des interviewés ont cité la famille ou un système d'appui comme élément important de leurs tentatives de départ de la rue car ils leur ont procuré une autre identité et d'autres liens.

« Mes parents m'ont toujours aidée. Je pense que ce qu'il faut avant tout à quelqu'un qui veut quitter le commerce, c'est un système d'appui. » - Melissa

« Parce que pour de vrai, vous savez, j'ai vraiment personne sur qui prendre appui, comme ma mère, non merci, vous voyez, j'en parlerai même pas. » - Beth

Les relations avec les parents et les autres systèmes d'appui et, en général, les liens familiaux et de soutien ont souvent souffert pendant la période d'activité dans la rue.

Une autre influence clé a été l'importance de la capacité de rencontrer des gens ordinaires dans la rue, des gens sans lien avec le commerce. De telles relations ont servi à contrer le désir de se tourner à nouveau vers les amis de la rue.

« Vous savez, en tous cas c'est ce que je pense, si j'avais établi n'importe quelle sorte d'amitié en dehors et si quelqu'un, n'importe qui, m'avait parlé pour m'inciter à partir, euh. je pense que j'aurais accepté ça. » - Kathleen

« J'ai rencontré des gens qui vivaient en famille et ainsi de suite. Je pense que c'est largement ma faute. Je ne voulais pas arrêter, je rencontrais de nouvelles gens et je faisais des choses différentes et je ne voyais personne être poignardé ou battu tout le temps, et blessé et drogué, ou c'était un changement et j'aimais ça. » - Melissa

« Le long parcours » a permis de constater qu'il devait y avoir un but à la démarche de départ de la rue, comme la poursuite de certains buts, l'arrivée d'un bébé, la confiance en quelqu'un, l'obtention d'un emploi ou la recherche d'une vie stable.

« Vous savez, retourner en classe, essayer de régler mes problèmes, vous savez, guérir les choses qui, au départ, m'ont fait me tourner vers la rue. Régler mes problèmes de violence sexuelle, euh. ne prendre ni drogue ni alcool, vous savez, admettre qu'il y avait un problème et que ce problème était en moi. Vous savez ce n'était pas simplement, vous savez, une affaire cool ou amusante à être, mais j'étais pas mal à l'envers et c'est pourquoi je pensais que la prostitution, pour moi, c'était correct. » - Katlyn

3.9 De l'aide au non-retour

Quitter la rue et ne pas y retourner sont deux démarches différentes. « Le long parcours » a montré que ce qui aidait une personne à décider de quitter la rue pouvait différer de ce qui l'aidait à ne pas y retourner. Au fil du changement des besoins des personnes, les appuis initiaux nécessaires au moment du départ perdaient leur importance une fois le départ effectué.

Une fois qu'une personne avait quitté la rue, elle cherchait des raisons de rester à l'écart. Le retrait du métier s'est souvent fait de façon secrète et clandestine. Sachant la nature énigmatique du départ, il a souvent été impossible de le planifier.

« Euh. ce n'était pas vraiment une décision. C'est arrivé, c'est tout. » - Rita

Les jeunes femmes enceintes ont été les seules à ne pas dire cela. La grossesse a servi de catalyseur au retrait planifié du métier. Le risque de se voir enceinte dans la rue a fourni l'élan nécessaire pour planifier le départ du commerce de la rue.

Les gens qui quittaient la rue pour la première fois faisaient souvent des déclarations à l'effet qu'ils n'y retourneraient jamais. Néanmoins, comme l'a révélé l'étude, la plupart des intéressés ont quitté la rue plus d'une fois, sinon à de très nombreuses reprises.

Le départ réussi signifiait l'absence de contacts ou d'association avec des personnes actives dans la rue.

« C'était comme, j'avais besoin d'un endroit sûr où aller, où personne ne pourrait me trouver et me ramener, parce que j'avais essayé de quitter un autre réseau. J'avais essayé, par exemple, de quitter mon proxénète en vivant avec une autre prostituée. Elle m'a ramenée au métier de toutes façons. Je savais que je devais me trouver dans un autre quartier, à un endroit que je n'avais jamais vu auparavant. Il fallait que ce soit le monde normal, sans drogue, dont j'avais tellement peur, mais j'en avais ma claque, aussi, et ma peur n'était plus importante. » - Katlyn

La dérive vers le retour à la rue s'est souvent trouvée facilitée de l'accès à des personnes toujours actives dans la rue. Le départ d'une ville ou d'un quartier donné était également commun.

« Mais ça produit de l'énergie, de l'énergie négative et euh. collectivement, ça vous aspire, que ce soit les passes ou les autres femmes ou les hommes ou ces idiots qui se promènent en voiture et vous lancent des sous et vous ennuient. Tout ça, c'est comme un gros diable de trou dans lequel on se perd. C'est presque comme une reprogrammation. » - Felicia

« . je m'ennuyais de mes amis parce que je n'en avais plus, je me sentais seule. Je pense que c'est tout simplement parce que je n'étais pas habituée aux gens ordinaires. » - Shelly

Près du quart des répondants ont cité le fait d'avoir quelqu'un qui dépende de soi comme obstacle critique au retour dans la rue, tant chez les hommes et les garçons que chez les femmes et les filles.

« Euh. quand je rentrais chez moi et que je regardais ma petite fille et qu'elle me regardait. Et c'était juste ça, cette petite chose sans défense me regarde et je me dis 'oh, c'est à elle que j'appartiens'. Vous savez, elle aurait pu grandir sans sa mère et, vous savez, je n'avais pas vraiment de mère quand j'ai grandi, alors je voulais qu'elle en ait une. » - Shelly

Les hommes et les garçons ont dit voir la maturité comme une forte influence au départ de la rue et au non-retour. Quatorze pour cent des femmes et des filles ont parlé de la vision qu'elles avaient comme facteur de non-retour. Le fait d'avoir quelque chose vers quoi diriger ses efforts élimine l'excitation ou l'exaltation associée à la rue.

Dix-sept pour cent des hommes et des garçons ont cité le besoin de trouver un milieu de vie sûr et souple pour prévenir un retour à la rue. Les hommes et les garçons sont moins susceptibles d'obtenir l'appui des services sociaux. Quand ils quittent la rue, ce n'est pas pour donner naissance, ce qui réduit la possibilité de trouver du soutien du gouvernement ou des parents. Le métier procure souvent une solution viable au sans-abrisme chez les hommes et les garçons. Ils ont besoin de trouver un logement et un emploi distincts de l'État et certains d'entre eux y sont parvenus.

« . par exemple, je n'avais plus jamais à m'inquiéter d'être vraiment, véritablement, honnêtement, dans la misère; vous savez ce que je veux dire, il y a une différence entre ne pas avoir assez d'argent pour sortir avec ses amis le vendredi soir et ne pas avoir les moyens de faire le marché. Vous voyez la différence entre cela et être réellement dans la misère. » - Matthew

« Pour rester éloigné, parce que je m'y retrouve encore. J'ai perdu les appuis familiaux que je pensais avoir. Je reçois encore de l'aide sociale, ce qui me garantit un toit, et c'est une bonne chose, ce n'est pas comme si je vivais dans la rue. Et je me sers de mon argent pour prendre une chambre à l'hôtel ou quelque chose comme ça. Je suis. euh. je me sers de la rue comme moyen de survie. C'est ce qu'on m'a appris quand j'étais jeune et, vous savez, euh. personne ne tire profit de moi. » - Luke

Quatre-vingt-cinq pour cent des clients sans abri de la halte-accueil de Calgary sont des hommes et des garçons. Le directeur exécutif de l'établissement, Dermott Baldwin, déclare : « Quand une femme entre chez nous, nous sommes souvent en mesure de lui fournir des services substitutifs dans les quatre heures qui suivent, et beaucoup plus rapidement quand il y a des enfants ».

Comme bien plus des trois quarts des femmes et des filles du présent échantillon avaient eu des enfants, cela améliorait leurs chances. Les familles étaient plus enclines à leur venir en aide. L'appui gouvernemental est plus facilement consenti aux jeunes mères et souvent, il n'existe pas pour les hommes et les garçons.

3.10 La première passe

Dans l'étude « Youngest Profession, Oldest Oppression », la majorité des répondants partageaient une inquiétude sur toute personne qui s'engageait dans le commerce de l'exploitation sexuelle. Dix ans plus tard, aucun des membres de l'échantillon de recherche de « Le long parcours » ne voyait la prostitution comme une chose qu'une personne devrait choisir.

« Ne vous donnez pas cette peine. Parce que ça n'en vaut pas la peine. Vous voulez le faire une fois, vous trouvez que c'est formidable et tout, et après vous continuez, et vous vous prenez au jeu et vous pensez que vous n'y retournerez pas. Mais vous y retournez toujours. Vous vous retrouvez en marge et c'est difficile de vous en sortir. » - Annie

« Ne faites pas ça. Eh bien, ce n'est pas si simple que ça mais je veux dire, vous savez, j'essaie de repenser à ce que j'étais quand, vous savez, je veux dire dans quel état j'étais quand j'ai fait ma première passe, vous voyez ce que je veux dire. Ça ne m'aurait rien fait ce que n'importe qui aurait pu me dire, vous savez, comme votre situation, vous voyez. Parce que je m'étais enfui de la maison parce que mon beau-père abusait de moi, pas sexuellement mais physiquement, c'était un homme abusif et ma mère était bien trop lâche pour lui tenir tête, vous savez, et les choses en étaient venues à une impasse et j'avais menacé de partir si jamais il faisait ceci ou cela, et puis il a fait ceci ou cela et j'avais le sentiment que je devais tenir parole, alors je me suis enfui. » - Matthew

La perception négative du commerce de l'exploitation sexuelle existait encore pour cette population, bien que plusieurs de ses membres aient quitté la rue depuis nombre d'années. Il semblait que l'aversion et l'inquiétude ressenties à l'égard de cette activité soit permanente. Souvent, les personnes qui avaient été loin de la rue pendant plus longtemps avaient la réaction la plus marquée envers les personnes qui en étaient à leur première passe.

« J'essaie de les convaincre tous des motifs de ne pas franchir ce pas. Je voudrais comprendre, je voudrais enquêter et comprendre pourquoi ils sont là. Parce que tant de facteurs différents entrent en jeu. Je leur dirais qu'à la longue, ça ne les avancerait pas vraiment. Que ça leur causerait des regrets. » - Sandra

Les personnes interrogées voyaient dans leur expérience de la prostitution de rue une forme de répétition de la violence. Un total de 84 % des répondants avaient subi de la violence sexuelle avant leur arrivée dans la rue. Plusieurs de ceux qui étaient entrés dans le commerce de l'exploitation sexuelle souffraient de problèmes non résolus de violence sexuelle antérieure. Souvent, l'historique non résolu de violence devenait plus distant que la violence vécue dans le métier. Une fois qu'une personne avait quitté la rue, elle avait le besoin de résoudre tant la violence de la rue que la violence sexuelle initiale.

« . vous n'avez pas à vous faire croire que c'est juste parce que quelqu'un a déjà abusé de vous. Et je ne sais pas, mais c'est si dur de savoir comment j'étais et de savoir toutes les années qu'il m'a fallu pour me convaincre que je valais mieux que de me laisser utiliser comme un objet. » - Katlyn

3.11 S'ennuyer de la rue

Un tiers des répondants a cité l'argent comme élément qui leur manquait le plus.

« j'imagine que je devrais dire que c'est l'argent, même si je n'en ai jamais vu beaucoup, de cet argent, mais juste l'argent. Je suppose que j'avais alors une manière de sécurité qui m'aidait à me sentir mieux. » - Sandra

« L'argent, la vie de party, je ne sais pas, la non-responsabilité, comme le fait qu'on fait ce qu'on veut quand on veut ou, vous savez. Euh. la liberté, je suppose. Cette espèce de faux sens de liberté que ça vous donne de vivre dans une sous-culture qui divise toutes les règles pour toutes sortes de raisons, des fois ça me manque. » - Katlyn

L'un des attraits de l'exploitation sexuelle de rue se constitue du sentiment d'être en contrôle, de choisir le partenaire, le lieu, le moment et la nature de l'activité. Quinze pour cent des répondants ont cité l'exaltation, la décharge d'adrénaline ou le contrôle comme éléments de la rue qui leur manquaient.

« Je m'ennuie de rester debout toute la nuit avec mes amis. Je m'ennuie du pouvoir que j'avais sur les clients et, vous savez, le fait d'être en contrôle. » - Shelly

Auparavant, plusieurs de ces personnes avaient été des victimes de violence non consentantes mais, dans la rue, il y avait une gratification financière immédiate pour la même activité.

« Le pouvoir que je pouvais exercer sur les hommes et le fait qu'ils me donnaient de l'argent et la fausse attention et tout ça, c'était du pouvoir à mes yeux. » - Tamara

Nettement plus de la moitié de cette population avait attiré l'attention des services de protection de l'enfance et, dans la rue, faisait l'expérience d'un sentiment de contrôle qui lui était jusque-là inconnu.

« On peut voir comment, pour des jeunes jouissant de l'aide gouvernementale, dont la durée est limitée, cela peut avoir un effet de passage à l'âge adulte. De bien des manières, cela leur donne l'occasion de vivre leur première chance d'emploi et d'autonomie. » - McIntyre 1994:169 [traduction]

Les jeunes gens qui sont passés à l'âge adulte au moyen de leur expérience de la rue avaient très peu de formation ou d'options vers lesquelles se tourner. L'effort de passer à autre chose était devenu ardu et quelque peu ennuyeux car leurs options personnelles et professionnelles étaient limitées.

La nature conventionnelle et prévisible de la vie de tous les jours n'a pas représenté un changement aisé. L'étude « Le long parcours », cependant, a fait ressortir certains des avantages de la vie dans la rue. L'argent figure au haut de cette liste car il permet une indépendance instantanée. Même quand ils n'étaient pas entièrement responsables ou en contrôle de l'argent, il demeure que les répondants avaient la capacité de produire des revenus.

« C'est comme, c'est comme une pièce forée, l'excitation, tout ça, c'était là. Mais en fin de compte, je le faisais pour l'argent, vous voyez. Comme, il me fallait de l'argent pour payer mon loyer, hum. il fallait que je puisse m'habiller. Hum. aussi, comme d'avoir un revenu stable, comme d'avoir à tout arracher de mon travailleur social. » - Harry

La liberté de la rue manquait aux hommes et aux garçons après leur départ. Bien que plusieurs d'entre eux aient pris des emplois au salaire minimum parce que de tels emploient n'exigent pas de formation, ce travail leur procurait très peu d'autonomie.

« Je m'ennuie de pouvoir être spontané, l'aventure me manque. » - Matthew

La camaraderie manquait tant aux hommes et aux garçons qu'aux femmes et aux filles. La camaraderie de la rue formait un réseau d'appui. L'activité de la rue créait un groupe d'appui informel pour tous les participants au métier.

« parce que c'était une manière de famille. c'était une famille et il y avait de la familiarité et un lien, si étrange que ça puisse paraïtre; mais une familiarité et un lien qui nous permettaient de savoir ce qui allait se passer. Comment nous étions supposés agir et je pouvais me tourner vers ça pendant très longtemps. » - Felicia

« Hum. je ne sais pas, j'imagine que de bien des manières c'était comme une famille, comme une grande famille et, vous savez, ça semble vraiment mauvais, mais de bien des manières nous nous soutenions vraiment les uns les autres, vous savez, ça vous gardait en sécurité et tout ça. Bien des fois, on n'a pas ça à la maison. » - Melissa

Quand une femme ou une fille quittait la rue, le temps qu'elle avait passé dans le métier devenait assez rapidement de l'histoire ancienne, encore qu'il ait souvent été dissimulé et oublié. Comme il est arrivé souvent que ces jeunes femmes se soient mariées et aient eu des enfants, les autres n'étaient pas enclins à voir en elles d'anciennes travailleuses des rues.

À l'opposé, les hommes et les garçons étaient peu disposés à oublier leur conduite. « Même quand un jeune homme qui s'était retrouvé dans la rue se voyait comme homosexuel, sa participation au métier n'était pas oubliée », de dire Kevin Midbo, directeur exécutif d'Aids Calgary. « Personne n'oubliait cette activité et, souvent, identifiait le jeune homme comme un ancien travailleur de la rue ».


[3] Voir à ce sujet le travail de Doreen Duchesne, Street Prostitution in Canada, Juristat, Centre canadien de la statistique juridique, volume 17, numéro 2, 1997.

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