COORDINATION FAUTIVE :
LE PIÈGE DES PRÉPOSITIONS

Les prépositions sont, avec les conjonctions, les principaux outils d'assemblage des éléments de la phrase. Voyons le type d'erreur auquel leur emploi fautif peut donner lieu.

Les éléments qui se construisent avec des prépositions différentes ne peuvent être coordonnés ou juxtaposés, malgré l'existence d'un complément commun. Il faut remanier la phrase soit pour disjoindre l'élément boiteux, soit pour le remplacer par un élément qui se construit de la même manière. Dans bon nombre de cas, il sera nécessaire de remplacer le complément mal assemblé par un pronom pour rétablir l'ordre syntaxique.

1) Coordination fautive de verbes

Forme fautive

Forme correcte

L’offre ne doit ni dépendre ni être liée à l’achat d’une autre marchandise.

L’offre ne doit ni dépendre de l’achat d’une autre marchandise ni y être liée.

Remarques

Le verbe « dépendre » se construit avec la préposition « de » et le verbe « lier », avec la préposition « à ».

Est tout aussi fautive la coordination ou la juxtaposition d'un verbe qui se construit sans préposition (transitif direct) et d'un verbe qui exige une préposition (transitif indirect), comme dans l'exemple ci-dessous.

Forme fautive

Forme correcte

Nul ne peut vendre, céder ou autrement disposer du bien ainsi acquis sans avoir obtenu le permis visé à l’article 12.

Nul ne peut vendre ou céder le bien ainsi acquis ou en disposer de quelque autre façon sans avoir obtenu le permis visé à l’article 12.
ou
Il est interdit de disposer – notamment par vente ou cession – du bien ainsi acquis […].

Remarque

Les verbes « vendre » et « céder » sont des transitifs directs, alors que
« disposer » est un transitif indirect.

2) Coordination fautive d'adjectifs

Forme fautive

Forme correcte

L’examen a pour seul but de vérifier si le candidat est apte ou incapable de remplir toutes les tâches assignées.

L’examen a pour seul but de vérifier l’incapacité ou l’aptitude du candidat à remplir toutes les tâches assignées.

Remarque

L'adjectif « incapable » se construit avec la préposition « de », tandis que l'adjectif « apte » commande la préposition « à ». Par contre, le nom « incapacité » placé devant un infinitif se construit tout aussi bien avec « à » qu'avec « de ».

3) Coordination fautive de noms

Forme fautive

Forme correcte

L’agent peut prendre toute mesure pour faciliter l’entrée et la sortie du parc.

L’agent peut prendre toute mesure pour faciliter l’accès et la sortie du parc.
ou
[..] pour faciliter la circulation à l’entrée et à la sortie du parc.

Remarque

Au sens d'« action d'entrer », le nom « entrée » se construit avec la préposition « dans » mais le nom « sortie » se construit avec la préposition « de ». Cette dernière convient en revanche lorsqu'on donne au mot « entrée » le sens d'endroit par où l'on entre, comme dans la deuxième solution proposée.

4) Coordination fautive de prépositions et de locutions prépositives

Forme fautive

Forme correcte

L’accès du public en dehors et pendant les heures normales d’ouverture n’est pas indûment restreint.

L’accès du public pendant les heures normales d’ouverture et en dehors de celles-ci n’est pas indûment restreint.

Toute publicité est interdite à proximité et dans les bureaux de scrutin.

Toute publicité est interdite à l’intérieur et à proximité des bureaux de scrutin.

Remarque

Dans les exemples fautifs donnés ci-dessus, l'incorrection consiste à priver la locution prépositive d'un de ses éléments. Les locutions « en dehors de » et
« à proximité de » sont en effet amputées de l'élément « de » qui en fait partie intégrante.

Voir aussi la note jurilinguistique intitulée « L'infinitif et le participe au bord de l'anacoluthe ».

Sources

  • Fiches Repères - T/R, Ottawa, Secrétariat d'État, Direction des services linguistiques, Division des recherches et conseils linguistiques.
  • Guide du rédacteur de l'administration fédérale, Ottawa, Secrétariat d'État, Direction de l'information, Bureau des traductions, 1983.
  • ROUAIX, Paul, Dictionnaire des idées suggérées par les mots, Paris, A. Colin, 1952.
  • Vade-mecum linguistique, Ottawa, Secrétariat d'État, Direction des services linguistiques, Division des recherches et conseils linguistiques.
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