Armes à feu, décès accidentels, suicides et crimes violents : recherche bibliographique concernant surtout le Canada

5. Armes à feu et crimes violents

5. Armes à feu et crimes violents

Les crimes violents, dont l’homicide, ne disparaîtront jamais tout à fait. Les recherches ont mis le doigt sur plusieurs facteurs associés à la violence, et la disponibilité des armes à feu est certainement l’un d’entre eux. La question de savoir dans quelle mesure le crime violent peut être prévenu par une réduction ou un contrôle de l’accès aux armes à feu est largement débattue. Divers types de crimes violents appellent des méthodes de prévention différentes. Le rôle de divers facteurs associés au crime violent, y compris des facteurs conjoncturels comme l’accès aux armes à feu, n’est pas forcément le même pour tous les types de crimes violents.

5.1 Armes à feu et homicide

Les tendances observées dans le taux des homicides au Canada, bien qu’instructives, sont parfois difficiles à interpréter. Ainsi, il y a eu moins d’homicides en 1950 qu’en toute autre année entre 1926 et 1998. De 1950 à 1965, le taux a augmenté progressivement. Entre 1966 et 1975, il a fait un bond de 250 p. 100, passant de 1,2 à 3,0 pour 100 000 habitants (Silverman et Kennedy, 1993, p. 34). Depuis, le taux diminue de façon assez constante, et il est passé de 3,0 en 1975 à 2,1 p. 100 en 1996 (Hung, 1997). Les recherches n’expliquent pas le revirement qui s’est produit en 1975; il peut s’agir de facteurs sociaux, démographiques ou autres, sans oublier l’impact de nouvelles pratiques en justice pénale pour empêcher les délinquants de nuire et pour décourager la récidive.

Entre 1961 et 1990, 40 p. 100 des meurtriers ont tué leur victime avec une arme à feu (Silverman et Kennedy, 1993, p. 97). En 1996, le taux des homicides commis au moyen d’une arme à feu a été de 0,7 pour 100 000 habitants. D’après les rapports de police, 211 personnes ont été tuées par balle, ce qui représente le tiers des 633 homicides commis cette année-là. Ce taux est du même ordre que celui des 20 années précédentes, pendant lesquelles la proportion des homicides par balle a été en moyenne de 32,9 p. 100. Le pourcentage était supérieur avant 1975. Il fluctuait alors entre 40 et 48 p. 100. La proportion des homicides par balle varie aussi selon lesrégions. En 1996, il était le plus élevé en Nouvelle-Écosse, à 44 p. 100; il était de 41 p. 100 au Québec, de 38 p. 100 en Colombie-Britannique, de 18 p. 100 au Manitoba. C’est la Saskatchewan qui avait le plus faible, soit 13 p. 100 (Hung, 1997a).

5.2 Caractéristiques des homicides par balle

Les armes à feu jouent un rôle différent dans les homicides dépendant des circonstances : type d’incident; âge et sexe de la victime et du délinquant; relation entre elles, autres facteurs. Par exemple, on fait souvent une distinction entre homicide primaire, lorsque le délinquant entend blesser gravement ou tuer la victime, et homicide secondaire, qui se produit à l’occasion d’un autre crime (Goetting, 1995). Les homicides primaires sont plus courants. Les victimes sont habituellement une connaissance du délinquant et souvent une personne avec qui il a une relation intime.

La plupart des meurtriers sont des hommes. D’après le Centre canadien de la statistique juridique, lorsque le meurtrier et la victime ne se connaissent pas, il est très probable que le meurtrier sera un homme (96 p. 100 des cas) et il aura moins de 26 ans dans la moitié des cas. Les meurtriers qui ont moins de 18 ans, ce qui représente environ 8 p. 100 des cas, ont tendance à battre leur victime à mort ou à l’étrangler; c’est ce qui s’est passé pour le tiers des meurtres commis par des jeunes entre 1991 et 1993. Dans 29 p. 100 des cas, pendant la même période, les jeunes meurtriers ont poignardé ou abattu leurs victimes (Wright et Federowycz, 1996, p. 71).

Entre 1961 et 1990, les femmes n’ont commis que 12 p. 100 des meurtres au Canada et, dans les trois quarts des cas, la victime était un membre de la famille. Les femmes sont moins susceptibles que les hommes de se servir d’une arme à feu; elles l’ont fait dans 23 p. 100 des cas (Silverman et Kennedy, 1993, p. 141).

Pendant la période de 30 ans qui s’est achevée en 1990, environ 71 p. 100 des victimes tuées par balle étaient des hommes. En fait, lorsque les victimes étaient des femmes, les armes à feu étaient moins utilisées que lorsqu’elles étaient des hommes (Silverman et Kennedy, 1993).

Lorsque les victimes sont des femmes, il y a neuf fois plus de chance qu’elles soient tuées par le conjoint ou par quelqu’un qu’elles connaissent intimement plutôt que par un étranger (Rodgers et Kong, 1996; Wilson et coll., 1995; Wright et Fedorowycz, 1996, p. 68). Dans les 30 années écoulées entre 1961 et 1990, 2 129 maris ont tué leur femme. Dans 47 p. 100 des cas, ils se sont servis d’une arme à feu, et la proportion était même plus élevée lorsqu’ils avaient plus de 65 ans (Silverman et Kennedy, 1993, p. 69-76). Lorsque le meurtrier était un homme, il s’est ensuite suicidé dans 27 p. 100 des cas, contre 3 p. 100 lorsqu’il s’agissait de femmes (ibid.). Parmi les 782 femmes qui ont tué leur mari pendant la même période, 35 p. 100 se sont servies d’une arme à feu.

Silverman et Kennedy (ibid.) font observer que 41,7 p. 100 des victimes d’homicide par balle, entre 1961 et 1990, étaient âgées de 18 à 34 ans, et 40,7 p. 100 de 35 à 54 ans. Les victimes de moins de 18 ans représentaient 9,4 p. 100 du total, et celles de plus de 55 ans, 8 p. 100.

Lorsque la victime est un bébé ou un enfant, le meurtrier est souvent un parent. Dans les 620 infanticides commis par des parents au Canada entre 1961 et 1990, il s’agissait du père dans 323 cas et de la mère dans 289 cas. Les mères ont tué leur enfant par balle dans 9 p. 100 des cas, et les pères dans 25 p. 100 des cas. Les parents étaient plus susceptibles de tuer leurs bébés et leurs jeunes enfants que des enfants plus âgés. Dans 43 p. 100 des cas mettant la mère en cause, l’enfant avait moins de 2 ans. Quant à la méthode utilisée, on constate que l’arme à feu est utilisée plus souvent au fur et à mesure que l’enfant est plus âgé (Silverman et Kennedy, 1993).

Ces statistiques font ressortir toute la complexité de la question des homicides. Au cours des dix dernières années, environ 2 100 victimes ont été tuées par balle. Si on essaie de voir combien de ces meurtres on aurait pu prévenir, des questions restent sans réponse. Ainsi, il y a eu au cours de la dernière décennie moins d’homicides par balle alors que le nombre d’armes à feu en circulation n’a pas changé de façon significative (ministère de la Justice du Canada, 1996). Et la diminution du taux des homicides par balle ne peut s’expliquer par les mesures qui ont rendu les armes de poing et autres armes à feu plus difficiles d’accès; la proportion des homicides commis au moyen d’une arme de poing a augmenté.

Certaines réponses se trouvent peut-être dans l’évolution des caractéristiques des divers types d’homicides. Ainsi, les changements observés dans les vols à main armée peuvent modifier le nombre des homicides secondaires, ceux qui sont commis à l’occasion d’un autre crime.

5.3 Type d’arme à feu utilisé dans les homicides

Les données sur les homicides survenus entre 1974 et 1996 nous apprennent que 55 p. 100 d’entre eux ont été commis au moyen d’un fusil de chasse ou d’une carabine. Depuis 1991, cependant, l’utilisation des armes de poing est à la hausse tandis que celle des fusils et des carabines diminue (Hung, 1997). Axon et Moyer (1994) ont étudié les homicides commis à Toronto entre 1991 et 1993. Dans les cas où le type d’armes était connu, il s’agissait dans 72 p. 100 des cas d’une arme de poing; un fusil de chasse ou une carabine a servi dans 20 p. 100 des cas et une arme d’épaule à canon scié dans 7 p. 100 des cas. Le pourcentage des homicides par arme de poing mesuré dans cette étude était supérieur à la moyenne nationale.

En 1996, parmi tous les homicides par balle,

  • 50 p. 100 ont été commis au moyen d’une arme de poing;
  • 39 p. 100 au moyen d’un fusil de chasse ou d’une carabine; et
  • 11 p. 100 avec une arme automatique, un fusil ou une carabine à canon scié ou un type d’arme à feu inconnu (Hung, 1997).

5.4 Armes à feu et violence familiale

Ces dernières années, on a accordé une attention plus soutenue aux homicides commis dans le cadre familial et plus particulièrement aux homicides entre conjoints. Entre 1975 et 1990, les armes à feu ont été employées dans environ le tiers de tous ces cas (Dansys Consultant, 1992).

Lorsqu’il y a des antécédents de disputes au foyer ou lorsqu’un ou plusieurs membres du ménage consomment des substances illégales, les risques d’homicide sont plus grands. Les recherches ont aussi montré que le fait d’avoir une arme à feu à la maison est associé à un risque plus élevé d’homicide par un membre de la famille ou une relation intime (Boyd, 1995; Gabor, 1994; Kellermann et coll., 1993). Selon Reiss et Roth (1993, p. 262), le choix d’une arme, dans les disputes familiales violentes, peut fort bien se résumer à s’emparer de n’importe quel objet quise trouve à portée et permet d’exprimer la force. À la différence des autres types d’homicide, il semble, d’après les auteurs, que c’est moins l’intention que l’instrument sous la main qui contribue à l’effet létal des armes à feu » (ibid.).

Pour prévenir les homicides au foyer, on peut faire appel à des stratégies différentes de celles employées pour prévenir les homicides dans la rue (Tardiff et coll., 1995). Le meurtre d’un conjoint par l’autre est habituellement précédé d’autres incidents de violence dont la police est déjà au courant. On devrait pouvoir prévenir ces homicides, au moins dans certains cas, en réduisant le risque qu’une arme à feu soit sur les lieux.

Crawford et ses collaborateurs ont étudié les meurtres de femmes par un intime en Ontario entre 1991 et 1994 et constaté que ces homicides ne sont pas les actes de passion isolés et imprévisibles qu’on croit souvent (1997, p. 50). Dans la moitié des cas, le meurtrier avait déjà attaqué ou menacé la victime et, dans au moins le tiers des cas, le couple avait eu des contacts avec la police avant que le meurtre n’ait lieu.

Les ordonnances d’interdiction et, à un degré moindre, les mesures garantissant le remisage sûr des armes à feu conservées au foyer sont d’autres moyens qui ont été proposés pour prévenir les incidents de violence familiale (ministère de la Justice du Canada, 1995a). L’efficacité de ces mesures pour prévenir les homicides entre conjoints n’a fait l’objet d’aucune évaluation empirique. Il est également peu probable que les mesures en question puissent avoir une influence dans les situations où le délinquant a acquis ou possède illégalement l’arme à feu utilisée. Dansys Consultants (1992, p. 26) estime que peut-être le cinquième des armes utilisées dans les homicides entre conjoints tombent dans cette catégorie.

5.5 Comparaisons internationales

Les études internationales tendent à faire ressortir une corrélation positive entre le nombre d’armes à feu en circulation et le taux d’homicides, même si la relation n’est pas exacte (Gabor, 1994, p. 35; 1995, p. 199), et une forte association statistique entre le nombre d’armes en circulation et les homicides par balle (Killias, 1993b). Pourtant, la corrélation positive qu’on remarque dans certains cas entre le nombre d’armes en circulation et celui des homicides qui ne sont pas commis au moyen d’une arme à feu donne à penser que d’autres facteurs contribuent aux corrélations observées.

De nombreuses raisons peuvent expliquer les différences de taux d’homicide entre leCanada et les États-Unis, mais une comparaison donne fortement à penser que la différence du nombre d’armes en circulation est un facteur important. Une analyse récente du ministère de la Justice du Canada (Hung, 1996) révèle ce qui suit :

  • Entre 1985 et 1995, le taux d’homicide par habitant a été en moyenne 3,8 fois plusélevé aux États-Unis qu’au Canada.
  • Pendant la même période, deux fois plus d’homicides ont été commis au moyend’une arme à feu aux États-Unis.
  • En 1995, le taux américain des homicides par balle a été, par habitant, 9,7 fois plusélevé aux États-Unis qu’au Canada.

Le meurtre de policiers en service est un autre point qui fait ressortir les différences entre les deux pays quant à la violence qui s’exprime par les armes à feu. Selon Gabor (1997, p. 12), si on tient compte du nombre relatif d’agents assermentés dans les deux pays, un policier américainrisque sept fois plus qu’un policier canadien d’être tué. Aux États-Unis, sur 74 meurtres de policiers qui ont eu lieu en 1995, 83,7 p. 100 ont été commis au moyen d’une arme à feu; dans 58,1 p. 100 des cas, il s’agissait d’une arme de poing (Federal Bureau of Investigation, 1997).

5.6 Jeunes et crimes commis avec des armes à feu

5.6.1 Jeunes auteurs d’homicides par balle

De 1985 à 1992, le taux des homicides commis par des enfants et des jeunes étaitbeaucoup plus faible au Canada qu’aux États-Unis; les taux n’ont pas augmenté depuis (Silverman et Kennedy, 1993, p. 164). D’après Moyer (1996, p. 95), le nombre des suspects d’homicide ou de tentative de meurtre âgés de 12 à 17 ans a fluctué au cours des 17 dernières années, mais on ne discerne aucune tendance cohérente. De 1961 à 1990, des enfants de moins de 18 ans ont commis 794 homicides (Silverman et Kennedy, 1993, p. 162). Des armes à feu ont été utilisées dans 45 p. 100 des cas d’homicides commis par des enfants de moins de 15 ans et 31 p. 100 de ceux commis par des jeunes de 15 et 17 ans (ibid.).

5.6.2 Criminalité juvénile et armes à feu

Le groupe de travail fédéral-provincial-territorial sur la justice pour les jeunes a conclu une étude de la criminalité violente chez les jeunes en affirmant qu’il y avait de nettes différences entre la perception qu’a l’opinion publique de la criminalité juvénile au Canada et la réalité (1996, p. 18) (voir aussi : Schissel, 1997; Roberts, 1994, p. 46). Il écrit dans son rapport que le public est certainement influencé par les médias et la culturepopulaire des États-Unis et est probablement inconscient des très importantes différencesqui existent entre le Canada et les États-Unis quant à l’ampleur et à la gravité de la criminalité juvénile violente (id. : 17). De fausses idées semblables, fondées sur l’expérience américaine de jeunes qui se servent d’armes à feu et deviennent violents peuvent aussi avoir une influence sur la gravité que les Canadiens prêtent au problème dela violence chez les jeunes qui s’exprime avec des armes à feu. À ce jour, rien ne montre qu’il y a aujourd’hui plus de jeunes que dans les 20 dernières années qui se servent d’armes à feu dans des incidents de violence.

Le public s’inquiète de la situation qui existe aux États-Unis, où la criminalité juvénile violente a pris des proportions alarmantes. Ces incidents semblent avoir diminué ces dernières années, mais il s’agit d’une diminution par rapport aux taux records de la décennie précédente. Ainsi, le nombre de jeunes de moins de 18 ans qui ont commis des homicides a doublé entre 1985 et 1992. Depuis 1985, le nombre d’homicides par balle a augmenté régulièrement, sans que cette tendance s’accompagne d’une hausse correspondante du nombre des homicides non commis avec des armes à feu (Bilchik, 1996; Blumstein, 1995; 1996; Blumstein et Cork, 1996; Cornell, 1993; Donzinger, 1996; Kellermann, 1995; Powell et coll., 1996; Zimring, 1996).

Les taux de criminalité juvénile sont restés bien plus faibles au Canada qu’auxÉtats-Unis pendant toute la même période. Le taux d’inculpation de jeunes accusés d’utilisation d’armes à feu, d’imitations d’arme à feu ou d’armes à air comprimé, comparé à d’autres types de vols, est resté faible (Moyer, 1996). Il s’est fait peu de recherche sur les jeunes qui font partie de bandes de jeunes violents (p. ex., Mathews, 1993) et encore moins sur l’utilisation d’armes à feu par ces groupes. Les observations ponctuelles donnent à penser que les membres de bandes de jeunes au Canada sont moins susceptibles que les jeunes Américains comparables de porter une arme à feu plutôt qu’un autre type d’arme.

Moyer a signalé que, aux États-Unis, la criminalité juvénile violente avait augmenté en dépit d’un resserrement des lois sur la justice pour les jeunes dans certainsÉtats. Le phénomène est donc très probablement lié à des facteurs sociaux et non aux mesures législatives (Moyer, 1996). Il semblerait en fait qu’un des facteurs les plus importants, pour expliquer la différence de niveau dans la violence juvénile entre les deux pays, est la facilité relative avec laquelle les jeunes des deux pays peuvent se procurer des armes à feu et plus particulièrement des armes de poing.

5.6.3 Hypothèse de la diffusion

Plusieurs auteurs américains expliquent cette augmentation sans précédent de la violence juvénile avec armes à feu par l’hypothèse de la diffusion ou de la contagion (Bilchik, 1996; Blumstein, 1995; 1996; Blumstein et Cork, 1996; Travis, 1997). Selon cette hypothèse (Blumstein, 1996), les jeunes qui ont été mêlés de plus en plus au trafic des drogues se sont procuré des armes à feu pour se protéger, ce qui est relativement facile, puisque les armes à feu sont aisément disponibles aux États-Unis. Puis, bien des jeunes qui n’étaient pas mêlés à ce trafic ont peut-être senti le besoin de s’armer pour se protéger des trafiquants de drogues armés. Comme il y avait plus d’armes à feu dans la collectivité, des différends qui se réglaient à une époque par de simples bagarres ont donné lieu à des incidents plus graves, avec coups de feu (Zimring, 1996). Le résultat final, commente Blumstein, est que la possession d’armes à feu a dégénéré en une course aux armes qui a répandu les armes à feu dans toute la collectivité (1996, p. 2).

À partir de cette hypothèse, de nombreux chercheurs ont conclu que, pour les jeunes Américains, acquérir une arme à feu et commettre des crimes violents au moyen de ces armes ne sont plus un phénomène étroitement lié au trafic des drogues comme il l’était à une époque (Kennedy et coll., 1996, p. 153). La crainte, la protection de la personne et la légitime défense semblent être les raisons de loin les plus importantes pour lesquelles une forte proportion des jeunes américains, notamment dans les villes, ont pris l’habitude de porter régulièrement sur eux des armes dissimulées (Bilchik, 1996; Hemenway et coll., 1996; Sheley et Brewer, 1995; Sheley et Wright, 1995). Cela est plus particulièrement vrai des jeunes qui commettent des crimes ou font partie de bandes (Ash et coll., 1996; Bjerregaard et Lizotte, 1995; Callahan et coll., 1993; Decker et coll., 1996; Hutson et coll., 1994; Kennedy et coll., 1996; Koper et Reuter, 1996; Sheley et Wright, 1993; 1995).

Au coeur de l’hypothèse de la diffusion réside le fait que les jeunes ont facilement accès à des armes à feu, et plus particulièrement à des armes de poing (Blumstein et Cork,1996; Zimring, 1996). Tant aux États-Unis qu’au Canada, il est interdit aux jeunes de posséder ou de porter sur soi le type d’arme que le Canada définit comme à autorisationrestreinte ou prohibée. Aux États-Unis, la possession et le port d’armes à feu sont un phénomène très répandu chez les jeunes, surtout ceux qui commettent des crimes (Callahan et coll., 1993; Decker et coll., 1996; Kellermann, 1995; Sheley et Wright, 1993; 1995), mais rien ne montre que c’est le cas au Canada. Dans la plupart des cas, les jeunes qui ont été inculpés au Canada de possession d’armes offensives n’avaient ni armes de poing, ni armes prohibées, comme des couteaux à cran d’arrêt, des articles pour arts martiaux ou des armes automatiques, mais plutôt des bâtons et des couteaux. En réalité, les incidents mettant en cause des armes à autorisation restreinte ont été relativement rares au cours des dix dernières années (Moyer, 1996 : 100).

5.6.4 Violence dans les écoles

Il existe entre le Canada et les États-Unis d’importantes différences en ce qui concerne la violence et la présence d’armes à feu dans les écoles. Une étude américaine réalisée sur deux ans dans 25 États a révélé que 105 personnes avaient été tuées dans des incidents à l’école et que le délinquant avait utilisé une arme à feu dans 77,1 p. 100 des cas. Environ 95,6 p. 100 des victimes étaient de sexe masculin et 72 p. 100 étaient des élèves. Les victimes étaient plus susceptibles d’appartenir à une minorité raciale ou ethnique, dans une école secondaire d’un district scolaire urbain (Kachur et coll., 1996; voir également : Sheley et coll., 1995; 1994a).

À ce jour, la violence scolaire est loin d’être aussi grave au Canada. Néanmoins, des enseignants canadiens, des représentants de conseil scolaire et des représentants des services de l’ordre ont déclaré dans des sondages locaux qu’ils s’inquiétaient de la montée de la violence dans les écoles et de l’augmentation du nombre d’élèves qui portent une arme pour venir à l’école (p. ex., Walker, 1994).

Un sondage réalisé en 1995 auprès de représentants de conseils scolaires canadiens et de représentants de services policiers a révélé que 80 p. 100 des répondants croyaient que la violence était plus répandue et plus intense qu’il y a dix ans (Gabor, 1995). Un sondage postal national auprès de dirigeants de services policiers et d’éducateurs nous a appris qu’il était rare qu’on trouve et saisisse des armes à feu dans les écoles secondaires, et que les saisies ont lieu le plus souvent dans des centres urbains de 50 000 habitants ou plus. La plupart des armes saisies sont des couteaux, des armes de fabrication artisanale et des bâtons. On ne croyait pas qu’il était courant qu’on utilise des armes dans des affrontements violents entre jeunes dans les écoles (Walker, 1994, p. 8).

Même s’il est relativement rare que la police saisisse des armes dans les écoles, une autre étude dit que les armes sont peut-être plus répandues dans les écoles secondaires en milieu urbain. Une enquête réalisée en 1995 auprès de 962 élèves de niveau secondaire à Calgary a montré que 28 p. 100 des répondants avouaient porter une arme à l’école ou en avoir eu une dans leur casier au cours de l’année précédente. La plupart du temps, il s’agissait d’un couteau (15,9 p. 100), d’une arme de fabrication artisanale (11,6 p. 100) ou d’un bâton (9,1 p. 100). En ce qui concerne les armes à feu, les élèves avaient des armes de poing 2,6 p. 100 du temps, des armes à plomb 5,1 p. 100 du temps et des répliques d’armes à feu 6,5 p. 100 du temps (Smith et coll. : 1995; 1995a). Quatre étudiants sur cinq qui avaient apporté une arme de poing à l’école ont dit l’avoir fait une fois ou seulement quelque fois (Smith et coll., 1995a, p. 6).

Date de modification :