Armes à feu, décès accidentels, suicides et crimes violents : recherche bibliographique concernant surtout le Canada

8. Impact de la législation sur les armes à feu

8. Impact de la législation sur les armes à feu

8.1 Évolution de l’approche législative canadienne en matière de réglementation sur les armes à feu

Au Canada, la possession d’armes à feu par des civils a fait l’objet d’une certaine forme de réglementation au cours des 100 dernières années. Les dispositions du Code criminel de 1892 ont été modifiées et renforcées à plusieurs reprises au cours de la première partie du XXe siècle. On a observé au fil des années une évolution des principes sur lesquels repose le contrôle sur les armes à feu. En 1968, le législateur a établi le fondement du mécanisme de contrôle dont nous nous servons encore aujourd’hui. La loi a subi depuis trois grands cycles de modifications, en 1977, 1991 et 1995, les autorités étant convaincues que les décès et les blessures causés par l’utilisation des armes à feu à mauvais escient pourraient être prévenus (Justice Canada , 1996, p. 1). Pour des raisons de santé publique et de sécurité, on jugeait qu’il fallait interdire l’utilisation et la possession de certaines catégories d’armes à feu et empêcher les utilisateurs à risque élevé d’avoir accès à des armes à feu. Les dispositions les plus récentes, par exemple, obligent tous les propriétaires d’armes à feu à se munir d’un permis et à faire enregistrer leurs armes. Elles comportent également des mesures qui touchent au domaine de la justice pénale et qui visent à dissuader les délinquants de commettre des crimes et d’utiliser des armes à feu pour se livrer à des activités criminelles (ibid.; voir également Stenning, 1996a).

8.2 Considérations au sujet de la recherche

Les recherches effectuées à ce jour à des fins d’évaluation ont porté presque exclusivement sur l’impact des modifications apportées à la loi en 1977, bien qu’il soit difficile sur les plans conceptuels et empiriques de dissocier l’impact de ces modifications de celui des mesures qui existaient dans le précédent régime de réglementation. Les deux régimes poursuivaient les mêmes objectifs et étaient complémentaires.

Les chercheurs n’ont pas encore examiné d’aussi près les modifications apportées en 1991 et en 1995, compte tenu du peu de temps qui s’est écoulé depuis qu’elles sont entrées en vigueur et du fait que certaines d’entre elles ne sont pas encore pleinement appliquées. Plusieurs chercheurs ont interprété les résultats des recherches effectuées jusqu’à maintenant et ont exprimé des avis sur l’impact potentiel de ces modifications et sur l’efficacité que pourraient éventuellement avoir les mesures les plus récentes (Boyd, 1995; 1996; Buckner, 1995; Chapdelaine et Maurice, 1996; Gabor, 1995; Hastings, 1995; Stenning; 1995; 1996a).

Avant d’analyser les résultats des recherches qui ont été effectuées concernant l’impact des mesures législatives canadiennes en matière de contrôle des armes à feu, il importe de faire deux observations d’ordre général :

  1. Les diverses mesures de contrôle des armes à feu n’ont « jamais eu pour objet de rendre les armes à feu moins disponibles au Canada, sauf dans le cas des armes à feu conçues à des fins militaires et des autres armes à feu très puissantes, dont l’utilité à des fins sportives est limitée » (Justice Canada, 1996, p. 2); et
  2. Les lois, règlements et programmes relatifs au contrôle des armes à feu n’ont pas été mis en application du jour au lendemain; elles sont plutôt l’aboutissement d’un processus évolutif s’étendant sur plusieurs décennies.

8.3 La recherche sur l’impact de la législation canadienne en matière d’armes à feu

L’auteur de l’examen antérieur a noté certaines divergences d’opinion concernant l’impactqu’a eu le contrôle des armes à feu au Canada. À l’époque, seules quelques études exploratoires étaient disponibles et elles avaient débouché sur des conclusions contradictoires (Gabor, 1994, p. 66). Il n’était pas évident que la loi canadienne adoptée en 1977 avait eu un effet mesurable, et si effet il y avait eu, celui-ci semblait « modeste » (id. p. 67). Les taux d’homicide et de vol commis avec une arme à feu n’avaient pas décliné après l’adoption de la loi, et on divergeait d’opinion sur l’impact qu’avait eu la loi sur les taux de suicide. Certains faits permettaient de croire que le nombre de suicides commis à l’aide d’une arme à feu avait légèrement diminué, mais il n’y avait pas de preuve évidente qu’on pouvait attribuer cette baisse aux modifications apportées à la loi. L’auteur de l’analyse antérieure a exprimé l’avis que l’augmentation du nombre d’incidents criminels était peut-être attribuable à un accroissement du nombre total d’armes à feu en circulation au Canada au cours de la période de référence et que certaines des dispositions de la nouvelle loi n’avaient peut-être pas été appliquées uniformément ou avec suffisamment de rigueur (id., p. 79). En 1993, le vérificateur général du Canada a recommandé que Justice Canada procède à une évaluation du programme de réglementation des armes à feu pour s’assurer que les objectifs législatifs soient bel et bien atteints (Justice Canada, 1996).

Depuis la dernière recherche bibliographique à ce sujet, quelques tentatives additionnelles ont été faites pour vérifier s’il existait vraiment une corrélation entre la disponibilité des armes à feu et les taux de suicide (Carrington et Moyer, 1994; 1994a; Leenaars et Lester, 1994; 1996; 1997; 1997a; Lester et Leenaars, 1993; Rich et Young, 1995). Le gouvernement fédéral a en outre sérieusement tenté d’évaluer l’impact de la loi de 1977 (Justice Canada, 1996). Alors que l’intention initiale était d’analyser l’impact à la fois de la loi de 1977 et de celle de 1991 sur le contrôle des armes à feu, on ne disposait pas de suffisamment de données pertinentes pour se pencher sur cette dernière loi. Enfin, l’étude posait deux questions :

  • Quels changements a-t-on pu observer au fil des ans dans la proportion de personnes qui sont décédées des suites de blessure d’arme à feu et dans quelle mesure ces changements découlent-ils de l’adoption de la loi de 1977 sur le contrôle des armes à feu?
  • Le nombre d’infractions commises au moyen d’une arme à feu a-t-il évolué avec le temps, et dans quelle mesure les écarts observés peuvent-ils être attribués à l’adoption de la loi de 1977 sur le contrôle des armes à feu?

L’étude portait principalement sur les homicides, les suicides et les accidents mortels impliquant l’utilisation d’armes à feu. L’analyse statistique était poussée et complexe, allant de l’analyse exploratoire au modèle structurel, en passant par l’observation de modèles en séries chronologiques.

Les conclusions de l’étude ont dans une large mesure été non probantes et n’ont fourni que des hypothèses de réponses aux questions qu’elle visait à explorer. Sur un plan empirique, elle posait comme postulat que la loi avait donné lieu à une réduction du nombre d’homicides résultant de blessures causées par une arme à feu. Quant au suicide par balle, les résultats étaient moins concluants. Les chercheurs n’ont pas tenté d’établir avec certitude si la réduction du nombre de décès s’était accompagnée d’une réduction comparable des incidents non mortels. Ils n’ont pas vérifié sérieusement l’existence d’un effet de déplacement, ni déterminé de manière concluante si les changements observés étaient attribuables à l’application de la loi ou à d’autres facteurs concomitants. Aucun de ces points faibles n’était attribuable à l’étude elle-même. Comme l’a fait remarquer Murbach (1996), l’étude « a fait ressortir les limites d’un modèle de recherche purement quantitatif et tributaire de données recueillies à d’autres fins » (1996, p. 13). Elle a également montré que le « fondement théorique » permettant normalement d’établir un modèle statistique n’était pas en l’occurrence « des plus solides » (ibid.). L’étude apporte néanmoins une contribution importante à notre compréhension des difficultés que présente ce genre d’évaluation sur les plans conceptuel et méthodologique. Elle établit que les données nécessaires à l’évaluation complète de l’impact de la loi ne sont pas disponibles actuellement; ces observations devraient pouvoir aider les chercheurs à définir les critères sur lesquels devrait se fonder l’exécution de futures recherches similaires (pour un examen détaillé de cette étude, voir Boyd, 1996; Murbach, 1996; Sacco, 1996).

Dans la majorité des territoires administratifs canadiens, la tendance à la hausse des taux de suicide a commencé à s’inverser après que la loi ait été modifiée en 1977 (Carrington et Moyer, 1994; 1994a). Nous ignorons toutefois si ces changements résultent de l’adoption de la loi ou s’ils marquent simplement la fin naturelle d’un cycle de 20 ans (Carrington et Moyer, 1994). Plus précisément, on a observé une importante tendance à la baisse des taux de suicide par balle et de la proportion de suicides où la victime s’est servie d’une arme à feu pour poser son geste (Carrington et Moyer, 1994; 1994a; Lester et Leenaars, 1993, Leenaars et Lester, 1997). Comme l’ont signalé Carrington et Moyer (1994a), on n’a toutefois pas observé parallèlement de diminution du nombre de personnes possédant des armes à feu durant cette période. Encore là, on ne sait pas trop quels facteurs au juste ont contribué à cette baisse.

On a fait valoir que les recherches effectuées sur le contrôle des armes à feu manquaient de rigueur sur le plan des concepts (Taylor, 1995) et qu’elles ont eu tendance à reposer sur des hypothèses imprécises et largement non vérifiées à propos de l’existence d’une corrélation entre les armes à feu et la violence, d’une part, et le suicide, d’autre part, de même qu’en ce qui concerne l’impact présumé des diverses mesures de contrôle des armes à feu (Stenning, 1996).

Certains chercheurs en sciences sociales diront qu’il n’est pas possible de dissocier l’effet d’un facteur donné de celui d’une multitude d’autres facteurs pertinents touchant des phénomènes sociaux aussi complexes que la violence et le suicide. En outre, même s’il était le moindrement possible de mesurer la contribution des autres facteurs à un tel phénomène, comment pourrait-on faire la distinction entre l’impact respectif d’une mesure législative donnée parmi des centaines d’autres mesures qui sont prises simultanément et qui interagissent dans des domaines aussi variés que ceux des lois pénales, du système de justice pénale, des programmes sociaux, du système d’éducation et de divers autres secteurs qui sont également touchés par le problème? Peut-être la science n’est-elle tout simplement pas en mesure actuellement de tirer des conclusions fermes en cette matière. Il ne faudrait toutefois pas en conclure pour autant que nous devrions cesser de faire de telles évaluations dans l’avenir.

8.4 Difficultés non résolues dans la détermination des effets de la loi sur le contrôle des armes à feu

Il importe de garder à l’esprit les multiples problèmes d’évaluation déjà signalés dans les documents de recherche. La compilation qu’on trouvera ci-après des problèmes en question pourrait peut-être nous aider à nous rendre compte jusqu’à quel point certaines conclusions concernant l’efficacité des mesures de contrôle des armes à feu sont avancées sous toutes réserves.

Au Canada, le processus de mise sur pied d’un régime complet de contrôle des armes à feu se poursuit toujours. Il est par conséquent difficile de cerner l’impact d’une mesure par rapport à celui de toutes les autres.

La mise en application des mesures de contrôle des armes à feu s’échelonne souvent sur une certaine période de temps, de sorte qu’il est difficile de préciser le moment exact où une mesure donnée aura concrètement un effet sur la solution du problème.

Chacune des initiatives de contrôle qu’on a prises jusqu’à maintenant comportait un ensemble de mesures diverses dont les impacts respectifs ne sont habituellement pas faciles à cerner un à un. On ne doit pas toujours s’attendre à ce que chacune des mesures ait un effet ni même à ce que l’effet obtenu soit forcément souhaitable.

Certaines mesures prévues dans une stratégie de contrôle des armes à feu visent à contrer tel ou tel type de mauvaise utilisation d’armes à feu, par exemple pour commettre un suicide ou dans des situations de violence familiale, et peuvent avoir une incidence toute particulière sur la solution d’un problème donné. Les études d’évaluation ont jusqu’à maintenant été centrées sur l’évaluation de l’impact global de l’ensemble des mesures de contrôle et n’ont pas attaché suffisamment d’importance à la possibilité que chacune des mesures prises une à une aient une efficacité partielle ou différente des autres mesures (Stenning, 1996b, p. 12).

Les chercheurs qui tentent d’évaluer l’efficacité des initiatives de contrôle des armes à feu devraient établir dans quelle mesure le programme a vraiment été mis en œuvre, afin d’éviter de présumer que les programmes et la loi ont été appliqués uniformément dans l’ensemble du pays. Le succès du régime de contrôle des armes à feu est fonction de l’application effective des lois pertinentes, y compris de la tenue d’enquêtes et de la condamnation de ceux qui commettent des crimes au moyen d’une arme à feu (Gabor, 1994, p. 70). Nous disposons de peu d’information concrète concernant le niveau, la cohérence, l’uniformité et l’efficacité des efforts d’application de la loi dans ce domaine. Il n’existe pas non plus beaucoup de données sur l’efficacité relative des diverses mesures prises pour faire respecter la loi actuelle.

Les changements observés au fil des ans dans les taux de blessures mortelles résultant de tentatives de suicide ou d’homicide, d’agressions, ou d’accidents impliquant des armes à feu est peut-être neutralisé par des changements dans les taux de blessures non mortelles. Le ratio des blessures mortelles par opposition aux blessures non mortelles ne peut être présumé constant. Les progrès réalisés dans le domaine de la médecine d’urgence et la plus grande disponibilité des services médicaux d’urgence peuvent en outre expliquer en partie la baisse du taux de décès causé par des armes à feu (Gabor, 1994, p. 67). Il nous faut reconnaître que ces mêmes facteurs peuvent également être responsables de certains des modestes écarts qu’on a pu observer dans les taux de tentatives réussies de suicide et dans les taux de décès de victimes de crimes de violence.

Toutes les études d’évaluation ont dû être effectuées à partir de données recueillies à d’autres fins. L’efficacité des efforts d’évaluation a été limitée par le manque de données disponibles sur les incidents impliquant des armes à feu, leur nature, les circonstances dans lesquelles ils se sont produits, les traits caractéristiques des agresseurs et des victimes, le type d’arme à feu utilisée et la façon dont ces armes ont été acquises.

L’absence de données rend particulièrement difficile l’évaluation de tout effet de déplacement susceptible de se produire. Un effet systématique de déplacement pourrait empêcher que les objectifs de santé et de sécurité publiques que visaient les mesures de contrôle des armes à feu soient atteints. La plupart du temps, les chercheurs s’efforcent d’établir s’il se produit un effet de déplacement en observant l’évolution de la proportion d’incidents impliquant des armes à feu par rapport à celle des incidents résultant de l’utilisation d’autres moyens. Il se pourrait toutefois qu’il ne soit pas très réaliste de présumer que seuls quelques autres facteurs outre les mesures de contrôle des armes à feu peuvent influer sur la façon dont ces proportions évoluent (voir Britt et coll., 1996, p. 337).

Toutes les études d’évaluation ont tenté d’établir une corrélation entre le taux de mauvaise utilisation d’armes à feu et la nécessité d’adopter des lois plus restrictives touchant le contrôle des armes à feu. De telles corrélations ne permettent pas aux chercheurs de tirer des conclusions sur les causes des incidents, non plus que sur l’incidence d’autres facteurs qui n’ont rien à voir avec le contrôle des armes à feu.

8.5 Évaluation des lois pertinentes aux États-Unis

L’examen antérieur a permis d’observer qu’il existait dans les écrits pertinents des contradictions et des conclusions non probantes concernant l’impact des mesures de contrôle desarmes à feu prises dans d’autres pays, notamment aux États-Unis (Gabor, 1994, p. 79). Un certain nombre d’études ont été effectuées depuis cet examen, mais il subsiste encore de nombreuses contradictions.

Certaines études américaines ont tenté d’établir dans quelle mesure les lois sur le contrôle des armes à feu ont eu une incidence sur le nombre de décès causés par des armes à feu. Par exemple, un chercheur a utilisé de multiples modèles de régression linéaire pour évaluer le rapport entre, d’une part, les homicides et les décès accidentels causés par des armes à feu en 1990 et, d’autre part, un certain nombre d’autres facteurs, dont l’existence ou non de loisrestrictives concernant la possession et l’utilisation d’armes à feu dans les États où l’étude a été réalisée. Il est arrivé à la conclusion que les lois sur le contrôle des armes à feu avaient très peu d’effet sur le nombre de décès causés par des armes à feu, alors que les facteurs d’ordre socioéconomique, comme le niveau de pauvreté, le taux de chômage et le taux de consommationd’alcool dans un État donné, semblaient avoir eu une influence significative (Kwon et coll., 1997).

Les chercheurs américains constatent depuis un bon moment qu’il est important de reconnaître qu’« il existe une grande variété de mesures de contrôle des armes à feu et qu’il n’y a aucune raison de présumer que toutes ces mesures sont efficaces ou inefficaces au même titre » (Zimring, 1995, p. 9; voir également Teret et Wintemute, 1993 et Roth, 1994). Le contexte américain offre des possibilités uniques de comparer l’efficacité des diverses approches de contrôle des armes à feu, étant donné le large éventail de façons d’aborder cette question qu’ontles autorités compétentes, à savoir l’administration fédérale, les États et les villes. Le fait qu’ilexiste aux États-Unis quelque 20 000 lois et règlements visant à restreindre l’utilisation des armesà feu (Kwon et coll., 1997) permet de comparer la situation dans un État donné où laréglementation est très poussée avec celle d’un autre État où les niveaux de réglementation sont relativement bas. Il semble par ailleurs évident que les écarts de réglementation favorisent lepassage transfrontalier d’armes à feu entre États, ce qui peut atténuer l’effet des règlements.

L’auteur de l’examen antérieur en est arrivé à la conclusion que les mesures dont l’efficacité à été démontrée avec le plus d’évidence dans les études américaines sont les restrictions sur le port des armes à feu et l’imposition de peines plus sévères à ceux qui commettent des infractions criminelles au moyen d’une arme à feu (Gabor, 1994, p. 79). Cette constatation vaut toujours, quoique la preuve de l’efficacité du renforcement des peines est encore loin d’être concluante. Kleck et Patterson (1993) ont examiné l’impact des lois américaines en matière de contrôle d’armes à feu sur la réduction des crimes de violence. Ils ont analysé 19 lois différentes et ont vérifié dans quelle mesure celles-ci avaient influé sur les taux d’homicide, de vol qualifié, d’agression et de viol dans 170 grandes villes américaines. Ils sont arrivés à la conclusion que la plupart des restrictions ne semblaient pas avoir eu un effet à la baisse significatif sur les taux globaux de violence, bien que certaines mesures de contrôle aient vraisemblablement eu un effet. Ces mesures visaient notamment le choix des personnes autorisées à se procurer des armes à feu, l’obligation d’obtenir un permis pour faire le commerce des armes à feu, l’interdiction aux criminels et aux personnes souffrant de troubles mentaux de posséder des armes à feu, un contrôle plus serré sur le port illégal d’armes à feu et l’imposition de peines plus sévères à ceux qui commettent des crimes au moyen d’une arme à feu.

Un examen préliminaire, effectué à l’aide de modèles à variable unidimensionnelle en séries temporelles discontinues, portant sur l’efficacité de l’interdit de 1976 sur les armes de poing dans le District of Columbia a mené à la conclusion que l’interdit avait effectivement contribué à réduire le taux d’homicide (Loftin et coll., 1991; voir également Gabor, 1994). Toutefois, une étude subséquente, fondée sur des statistiques mensuelles et effectuée à l’aide d’une méthode d’analyse statistique plus précise, a donné à penser que l’efficacité que la première étude avait permis d’observer tenait probablement surtout à la méthode d’analyse utilisée (Britt et coll., 1996; 1996a; réplique de McDowall et coll., 1996). Aucune des deux études n’a pu établir dans quelle mesure l’interdit avait effectivement été appliqué et avait eu une incidence sur le nombre et l’accessibilité des armes de poing dans le District of Columbia.

Selon plusieurs auteurs américains, le port d’arme à feu est une cause immédiate essentielle de violence à l’extérieur du foyer (Sherman et Rogan, 1995, p. 675; Sherman et coll., 1995). Ils soutiennent qu’avec le temps, il peut s’établir une corrélation entre la densité des armes à feu et le port de telles armes, mais que « la fréquence du port par arme peut fort bien être le mécanisme comportemental par lequel la densité des armes se traduit par la perpétration de crimes au moyen d’armes à feu » (ibid.). Par conséquent, l’application rigoureuse de dispositions législatives restreignant le port d’arme à feu pourrait se révéler essentielle si l’on veut diminuer la violence. Plusieurs auteurs estiment que la police pourrait réduire le nombre d’agressions armées en appliquant plus rigidement les lois dans les endroits, à l’égard des individus et dans les périodes à risque élevé. L’opération menée à Kansas City visait précisément à vérifier ce postulat. Elle a permis de constater qu’il était effectivement possible de réduire le nombre de crimes commis au moyen d’armes à feu par une application plus stricte et plus stratégique de la loi, et ce, sans engendrer d’effet de déplacement significatif (Sherman et Rogan, 1995). Le fait que l’expérience n’ait été que de courte durée a toutefois empêché les chercheurs d’établir si cette mesure avait eu un effet durable.

Les politiques ayant pour objet de prévenir la violence par l’imposition de peines obligatoires plus sévères à ceux qui se rendent coupables de crimes commis au moyen d’une arme à feu bénéficient d’un large appui, et on prétend souvent qu’elles contribuent à réduire le nombre de décès causés intentionnellement par des agresseurs armés (Roth, 1994). L’effet dissuasif de telles mesures est cependant difficile à évaluer. Qui plus est, leur application peut parfois entraîner des conséquences qui vont à l’encontre des effets souhaités. Un premier examen des études effectuées dans plusieurs grandes villes américaines à propos de l’imposition de peines obligatoires pour perpétration d’infractions au moyen d’une arme à feu laisse supposer que cette mesure a permis de réduire substantiellement le nombre d’homicides, mais qu’elle n’a pas eu d’effet observable sur les taux d’agression et de vol qualifié (McDowall et coll., 1991; voir aussi Loftin et coll., 1993). L’incidence des lois sur les taux de meurtre varie considérablement d’une ville à l’autre, si bien qu’il est difficile de tirer une conclusion concernant l’impact des peines obligatoires (Meredith et coll., 1994, p. 13). Des chercheurs canadiens, Meredith et ses collègues (1994), ont examiné les comptes rendus de recherche empirique sur les dispositions relatives à l’imposition de peines minimales obligatoires et en ont notamment conclu que les accusations donnant lieu à l’imposition de telles peines font fréquemment l’objet de négociations de plaidoyers, que le public ne sait pas très bien à quelles infractions s’appliquent ces peines, et que la police, les avocats et les juges peuvent fort bien modifier leur attitude pour atténuer l’impact d’une peine minimale obligatoire s’ils ont l’impression que cette peine est trop sévère.

8.6 Résumé

  • Les efforts de recherche ont surtout porté sur l’évaluation de l’impact de la loi de 1977 sur les armes à feu. Les évaluations ont généralement porté sur la variation des taux de fréquence des
  • divers types de blessures mortelles par balle, étant donné que les données sur les blessures non mortelles étaient moins complètes.
  • Les recherches effectuées à ce jour n’ont pas permis de démontrer que la loi de 1977 avait eu une incidence observable et effective sur le rôle des armes à feu dans la perpétration d’actes de violence entraînant des blessures mortelles au Canada. Compte tenu de la complexité des objectifs poursuivis par une telle loi et du manque de données pertinentes disponibles, il n’y a pas lieu de s’étonner qu’on ne puisse toujours pas fournir de réponses définitives en cette matière.
  • Les efforts de recherche visant à établir si le choix des mesures à adopter avait un impact important ont porté principalement sur les taux d’incidents mortels.
  • Les recherches effectuées dans d’autres pays, principalement aux États-Unis, ont mené à des conclusions contradictoires et non probantes en ce qui a trait à l’impact du contrôle des armes à feu.
  • Les conclusions les plus fermes qu’on a pu tirer des recherches effectuées aux États-Unis ont trait aux restrictions relatives au port d’armes à feu et à l’imposition de peines plus sévères pour l’utilisation d’armes à feu à des fins criminelles. Dans les deux cas, l’effet de ces mesures est toutefois fortement atténué par l’absence d’uniformité et par les écarts de niveau et d’intensité dans les pratiques d’application de la loi. Les politiques ayant pour objet de prévenir les agressions armées par l’imposition de peines minimales obligatoires et plus sévères aux délinquants qui se servent d’armes à feu pour commettre un crime bénéficient de l’appui populaire. L’effet dissuasif de telles mesures est cependant difficile à évaluer.
  • L’imposition de périodes d’attente avant d’accorder à quelqu’un le droit légal de posséder une arme à feu est par ailleurs perçue comme ayant une incidence sur la fréquence de certains types de crimes et sur les tentatives de suicide. Les recherches n’ont toutefois pas démontré clairement la valeur de cette hypothèse.
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