La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée

Annexe A : Bibliographie annotée (suite)

MacVICAR, K. et DILLON, M. «Childhood and adolescent development of ten female prostitutes», Journal of the American Academy of Child Psychiatry, vol. 19, 1980, p. 145-159.

Cette étude porte sur dix adolescentes et jeunes adultes prostituées qui ont été évaluées par un psychiatre au cours de séances de psychothérapie tenues une ou deux fois par semaine sur une période de 5 mois à 3 ans et demi (3 répondantes souffraient de psychoses schizophréniques et les autres de structure du caractère limite). Les adolescentes psychotiques se prostituaient lorsqu’elles étaient à l’apogée de leur psychose et elles étaient motivées par le désir de maintenir une certaine forme de relation objectale. Les adolescentes qui affichaient une structure du caractère limite avaient des antécédents familiaux perturbés, et il y avait un écart important entre le moi et l’objet dans leur monde; les images du bien et du mal étaient distinctes, et les souteneurs étaient associés aux images de tout ce qui était bon tandis que les clients représentaient tout ce qui était mauvais. La plupart des répondantes affichaient des traits de dépersonnalisation sous forme de déni primitif. Les auteurs ont constaté des taux élevés de tentative de suicide chez les sujets.

MADSEN, C. et MOSS, C. Being Aware, Taking Care, Information Guide for Parents, Counselors, Youth Agencies, Teachers and Police Addressing the Dangers of Street Life and Exploitation of Youth in the Sex Trade, Ministère du Procureur général de la Colombie-Britannique, 1996.

Conçu à Vancouver en Colombie-Britannique, ce guide de prévention constitue une ressource pour quiconque s’intéresse aux jeunes qui risquent de se livrer à la prostitution. Les données ont été recueillies au moyen de questionnaires, de groupes de discussion et d’entrevues individuelles auprès de parents de jeunes prostitués, de policiers, de prestataires de services aux jeunes et de jeunes prostitués. Le guide met en lumière les signes avant-coureurs indiquant qu’un jeune risque de commencer à se prostituer, y compris des tuyaux sur les activités des proxénètes ou des recruteurs. Le guide encourage les parents à évaluer les facteurs au foyer qui pourraient accroître la vulnérabilité de leur enfant aux tentatives de ceux qui cherchent à le recruter aux fins de la prostitution. Le guide présente également des stratégies d’intervention – quoi faire et qui contacter – après qu’un jeune a commencé à pratiquer le commerce du sexe. Selon les auteurs, une sensibilisation et une compréhension accrues de la dynamique de la prostitution juvénile aideront les jeunes victimes de l’exploitation sexuelle.

MAIRO, R., TRUPIN, E. et JAMES, J. «Sex-role differentiation in a female delinquent population: Prostitution vs. control samples», American Journal of Orthopsychiatry, vol. 53, 1983, p. 345-352.

Les études sur les relations entre le développement des rôles sexuels et l’adaptation psychologique portent surtout sur les populations adultes bien adaptées comme sujets. Cette étude présente une enquête empirique sur la différenciation des rôles sexuels en comparant de jeunes prostituées à un groupe témoin de délinquantes non prostituées. Au total, 179 sujets ont été choisis par l’entremise des Services aux jeunes du comté de King à Seattle aux États-Unis. On a administré aux répondantes le Bem Sex Role Inventory (Inventaire de Bem sur les rôles sexuels), une échelle autoévaluation qui mesure l’identification d’un individu à des traits masculins et féminins. Les données ont révélé que la plupart des sujets avaient une orientation sexuelle «androgyne ou non différenciée». Un pourcentage relativement plus élevé de répondantes semblait s’écarter de l’orientation sexuelle classique. En outre, il y avait un rapport entre une orientation sexuelle masculine et une incidence relativement plus élevée de la prostitution; les études précédentes faisaient état d’une relation entre les traits masculins et la précocité hétérosexuelle chez les femmes. Les auteurs soulèvent des questions concernant l’affirmation selon laquelle il existe un lien positif entre l’androgynie et la santé mentale chez les adolescents et les populations cliniques. Les auteurs préconisent de poursuivre les recherches sur la différence des rôles sexuels auprès d’une gamme étendue de populations normales et cliniques.

MANITOBA CHILD AND YOUTH SECRETARIAT.  Report of the Working Group on Juvenile Prostitution, 1996.

En juin 1996, le Manitoba Child and Youth Secretariat a rendu public le rapport du Working Group on Juvenile Prostitution. Le rapport contient des questions et des suggestions concernant le commerce du sexe chez les jeunes qui ont été formulées par les membres du Groupe de travail, des parents d’enfants de la rue (y compris les parents de jeunes prostitués) et des clients du Training Employment Resources for Women (T.E.R.F.), un programme de soutien des femmes âgées de 15 à 18 ans qui tentent de cesser de se prostituer. En outre, le rapport décrit une stratégie de dissuasion globale comprenant plusieurs résultats attendus : diminution de la prostitution chez les jeunes, inscription dans un registre sur la violence à l’endroit des enfants des personnes condamnées pour proxénétisme (le rapport préconise des changements à la loi provinciale sur la protection de l’enfance pour considérer la prostitution chez les jeunes comme de la violence envers les enfants) et la réduction de l’incidence des MTS et du VIH chez les jeunes à risque élevé qui se prostituent. Le rapport estime qu’environ 600 jeunes se livrent à la prostitution de rue à Winnipeg et qu’au moins 2 000 autres jeunes se prostituent ailleurs. En plus d’examiner les antécédents de la prostitution chez les jeunes, le rapport décrit plusieurs stratégies et programmes de réduction des préjudices pour aider les jeunes prostitués à cesser de pratiquer le commerce du sexe.

MANSSON, S-A. et HEDIN, U-C.  «Breaking the Matthew effect – on women leaving prostitution», International Journal of Social Welfare, vol. 8, 1999, p. 67-77.

Il n’y a pas beaucoup d’études sur les raisons pour lesquelles des femmes cessent de se prostituer et la façon dont elles le font. Ce document vise à présenter certaines données empiriques d’une étude suédoise sur les femmes qui cessent de se prostituer. Les chercheurs ont interrogé 23 femmes de 20 à 58 ans qui avaient cessé de pratiquer le commerce du sexe. La majorité, soit 17 sur 23, s’étaient livrées à la prostitution pendant au moins cinq ans. Soixante-quinze pour cent des femmes interrogées avaient connu une enfance difficile, avaient été victimes de violence sexuelle, avaient des parents négatifs sur le plan affectif et éprouvaient d’autres genres de problèmes sociaux. Elles avaient commencé à se prostituer à cause d’événements destructeurs antérieurs assortis de sentiments de faible estime de soi. Bon nombre des femmes avaient été qualifiées de prostituées tôt, souvent longtemps avant de commencer à se prostituer. Compte tenu de cet état de fait, le début des femmes dans le domaine de la prostitution est souvent assez ordinaire même si le contexte dans lequel il a lieu peut être très perturbant. Selon les auteurs, certaines des femmes ont cessé de se prostituer après un événement important ou un point tournant comme une expérience révélatrice, un événement traumatisant ou une expérience positive. Pour d’autres, la rupture s’est produite au fil du temps et dans le cadre d’un processus qui était souvent inconscient. Presque toutes les répondantes ont décrit la période qui a suivi l’abandon de la prostitution comme un moment très difficile. Les défis à relever consistaient à assimiler et à comprendre les expériences vécues comme prostituées, à faire face à la honte, à vivre dans une situation marginale et à affronter les proches et les parents. Les auteurs soutiennent que l’engagement que prend un individu de changer joue un rôle important dans le processus de changement – un processus favorisé par divers facteurs interpsychologiques et interpersonnels. Cependant, à la fin de la journée, il importe de ne pas se livrer à des explications trop individualistes. Les capacités créatrices et innovatrices d’une personne dépendent sûrement de relations sociales et d’institutions fiables dans son milieu.

MARKOS, A., WADE, A. et WALZMAN, M.  «The adolescent male prostitute and sexually transmitted diseases, HIV and AIDS», Journal of Adolescence, vol. 17, 1994, p. 123-130.

Les études sur les antécédents des hommes prostitués présentent des renseignements importants sur les expériences à risque élevé comme l’exposition aux maladies transmises sexuellement et l’infection au VIH. Parmi les variables importantes relatives aux antécédents figurent les facteurs psychologiques, comportementaux, sociaux et économiques. L’incidence élevée des maladies transmises sexuellement chez les adolescents prostitués donne à penser qu’il y a un risque possible d’infection au VIH. Selon les renseignements sur les adolescents, il n’y a pas de corrélation entre les connaissances en matière de sexualité, la pratique sexuelle et les maladies transmises sexuellement, le VIH et le sida. Les auteurs soutiennent qu’il faut établir des programmes d’éducation sexuelle qui auront une incidence sur les pratiques sexuelles des adolescents prostitués.

MATHEWS, F.  Familial Strangers: A Study of Adolescent Prostitution, revised edition, Central Toronto Youth Services, 1989.

Ce document constitue la synthèse d’une monographie visant à offrir des services pertinents et appropriés aux adolescents prostitués. L’auteur soutient que les études sur la prostitution juvénile doivent porter sur les sentiments, les idées et les préoccupations des jeunes à l’égard des personnes et des organismes qui interviennent dans leur vie. L’étude originale fait appel à des méthodes d’enquête multiples, dont les entrevues personnelles, les questionnaires, les observations des participants et une étude sur place. Des personnes de la classe politique, des policiers, des organismes de services, des travailleurs sociaux, des travailleurs de la rue et de jeunes prostitués ont été invités à participer à l’étude. Selon les conclusions, les personnes chargées de s’occuper de la prostitution chez les adolescents contribuent par inadvertance à inciter un jeune à se prostituer (et à continuer de le faire). L’auteur établit un modèle des effets sociaux qui considère la décision de se prostituer non pas comme un problème pour l’adolescent, mais comme une solution. Il décrit les facteurs qui contribuent à la décision d’un jeune de cesser de se prostituer et il formule des recommandations pour lutter contre la prostitution chez les jeunes. 

McCARTHY, B. On the Streets: Youth in Vancouver, Ministère des Services sociaux de la Colombie-Britannique, 1995.

En 1992, le Ministre des Services sociaux de la Colombie-Britannique a commandé une étude sur la situation à laquelle font face les jeunes de la rue à Vancouver. Dans le cadre de cette étude, on a eu recours à des questionnaires autoévaluation et à des entrevues personnelles pour poser à 152 jeunes de la rue (âgés de 14 à 24 ans et sans domicile fixe) des questions sur leurs caractéristiques démographiques, leurs conditions d’existence actuelles, leurs antécédents professionnels, leurs antécédents familiaux et leurs expériences de la rue. Les données ont été comparées à celles d’études antérieures sur les jeunes de la rue de Vancouver et à des études sur les jeunes de Vancouver et d’autres villes canadiennes. Selon les données, par rapport aux jeunes qui fréquentent l’école, les jeunes de la rue ont été davantage victimes de violence physique et sexuelle dans leur milieu familial et ils étaient plus susceptibles d’avoir des parents ayant des problèmes d’abus d’alcool ou d’autres drogues. Une fois dans la rue, nombre de jeunes s’adonnent à des diverses activités criminelles (dont la prostitution) afin de subsister ou parce qu’ils nouent des liens criminels avec d’autres personnes de la rue. En ce qui concerne la prostitution, l’auteur fait remarquer que les jeunes qui pratiquent le commerce du sexe ont été influencés par la violence sexuelle et physique dans leur milieu familial, et bien des jeunes ont commencé à se prostituer pour survivre, c’est-à-dire vendre des services sexuels pour se procurer de la nourriture et un logement. L’auteur préconise des politiques qui diminuent le temps que les jeunes passent dans la rue pour leur éviter de commettre des crimes de rue.

McCARTHY, B. et HAGAN, J.  «Homelessness: A criminogenic situation?», British Journal of Criminology, vol. 31, no 4, automne 1991, p. 393-410.

Selon les auteurs, les criminologues ont négligé des travaux de recherche importants sur les relations entre les situations défavorables et la participation au crime. Tout en tenant compte de l’importance des antécédents dans les activités criminelles, les auteurs supposent que les facteurs conjoncturels peuvent amener au crime. Ils ont utilisé des données de questionnaires d’autoévaluation auprès de 390 jeunes itinérants de Toronto pour déterminer si l’itinérance accroît ou non les activités criminelles. Les participants ont fait état des crimes qu’ils ont commis pendant qu’ils vivaient dans leur milieu familial et ceux qu’ils ont perpétrés après avoir quitté leur milieu familial. Selon les résultats, une proportion importante des jeunes ont commis plus de crimes après avoir quitté leur milieu familial. Les auteurs ont observé des hausses importantes pour plusieurs mesures composites, dont la prostitution. Le fait de tenir compte de l’âge, du sexe et du nombre d’expériences d’itinérance antérieures n’a pas d’incidence sur les résultats. Il semble exister un lien étroit entre la perpétration de crimes et les conditions qui caractérisent l’itinérance.

McCARTHY, B, et HAGAN, J. «Mean streets: The theoretical significance of situational delinquency among homeless youths», American Journal of Sociology, vol. 98, no 3, novembre 1992, p. 597-627.

Cette étude réexamine le rapport entre les situations défavorables et la participation au crime. Les auteurs visent à présenter une explication de la raison pour laquelle les jeunes de la rue participent à certains genres d’activités criminelles. En 1987 et 1988, ils ont administré des questionnaires d’autoévaluation à 390 jeunes itinérants de Toronto et à un échantillon de 562 adolescents vivant chez leurs parents et fréquentant l’école. Pour analyser les données, ils ont utilisé la théorie des contraintes et du contrôle, qui tient compte des antécédents et des facteurs conjoncturels. Les données ont révélé, entre autres, que la participation à des vols et à la prostitution s’accroît à mesure que s’intensifient les problèmes de logement et que la prostitution augmente avec le chômage. La prostitution est liée à plusieurs variables des antécédents, dont la violence sexuelle, la prostitution à la maison et des antécédents familiaux dans la classe ouvrière. Les auteurs soutiennent qu’une situation défavorable accroît la participation à la criminalité, c’est-à-dire que le vol de nourriture résulte de la faim et que la prostitution découle des problèmes de chômage et de logement. Les données aident à comprendre en théorie la vie dans la rue et le crime : «nous visons ici à amener la criminologie sociologique…à découvrir les causes premières de la délinquance et du crime en étudiant les situations criminogènes.»

McCARTHY, B. et HAGAN, J.  «Getting into street crime: The structure and process of criminal embeddedness», Social Science Research, vol. 24, 1995, p. 63-95.

Cette étude porte sur le rapport entre le fait d’être un jeune de la rue et la participation à des activités criminelles. Les auteurs combinent les travaux de recherche de Granovetter sur l’intégration, les travaux de Coleman sur le capital social et la théorie de Sutherland sur l’association différentielle pour poser l’hypothèse que l’association à des réseaux déviants (dans la rue) donne accès à des rapports enseignants-enseignés dans le cadre desquels des individus apprennent des compétences et des attitudes criminelles (ce que les auteurs appellent le capital criminel). McCarthy et Hagan mettent à l’essai leur hypothèse au moyen des modèles d’équations structurelles concernant la vente de drogues, le vol et la prostitution chez un échantillon de 390 jeunes (66 % de sexe masculin et 34 % de sexe féminin) vivant dans la rue (c.-à-d. dans des refuges, des auberges de jeunesse ou dans la rue). Les résultats confirment que les liens avec les réseaux criminels exposent les jeunes de la rue à des rapports enseignants-enseignés (tutelle) qui finissent par accroître leur participation à des activités criminelles. Les données ne changent pas lorsqu’on tient compte des expériences vécues à la maison et à l’école, de la période à risque, des  difficultés liées à la situation et de la perpétration précédente de crimes. Les auteurs soutiennent que leurs travaux de recherche vont à l’encontre de la notion selon laquelle le crime est un acte égotiste et impulsif. L’acquisition d’un capital criminel dans un rapport de tutelle semble plutôt accroître la participation à des actes criminels. Un concept social du crime est établi selon lequel les conditions défavorables de la rue amènent à nouer des liens avec des réseaux criminels et à participer à des activités criminelles.

McCARTHY, B., HAGAN, J. et CLIMENHAGE, J.-A.  Agency Report on Toronto and Vancouver Street Youth Study, manuscrit inédit, 1991.

Il s’agit d’une étude collective réalisée par des chercheurs du département de sociologie des universités de Victoria et de Toronto sur les antécédents des jeunes de la rue et les expériences qu’ils vivent après avoir quitté leur milieu familial. Cette étude en trois volets porte sur les expériences en milieu familial et à l’école, la participation au crime et les services auxquels ont accès les jeunes. Des questionnaires d’autoévaluation ont été administrés à 482 jeunes de la rue âgés de 16 à 24 ans (330 à Toronto et 152 à Vancouver), qui ont participé à des entrevues personnelles. Les résultats portent sur les caractéristiques démographiques et révèlent que les facteurs qui contribuent à la criminalité chez les jeunes de la rue varient selon le genre d’infraction et sont influencés par les antécédents et la situation. À Toronto, l’approche des jeunes de la rue et du crime est fondée sur un modèle de bien-être social tandis qu’à Vancouver l’approche est fondée sur un modèle axé sur la lutte contre le crime qui expose les jeunes à des possibilités accrues de commettre des crimes. Les auteurs concluent que leur analyse corrobore la notion selon laquelle les politiques en matière de criminalité urbaine et les politiques sociales influent sur l’incidence de certains crimes.

McCLANAHAN, S., McCLELLAND, G., ABRAM, K. et TEPLIN, L.  «Pathways into prostitution among female jail detainees and their implications for mental health services», Psychiatric Services, vol. 50, no 12, décembre 1999, p. 1606-1613.

Les auteurs soutiennent qu’il existe peu d’études sur les précurseurs de la prostitution. Outre le fait que la taille des échantillons était réduite et que les groupes de référence étaient loin d’être idéaux, peu d’études ont porté sur les interrelations entre le fait de se prostituer et le fait d’être victime de violence sexuelle pendant l’enfance, de faire une fugue et de consommer des drogues. Cette étude visait à examiner les chemins qui mènent à la prostitution (et leurs interrelations). Les auteurs ont mené des entrevues structurées auprès de 1 142 détenues du Service correctionnel du comté de Cook entre 1991 et 1993. Les questions des entrevues portaient sur les antécédents dans le domaine de la prostitution ainsi que sur les expériences en matière de violence sexuelle pendant l’enfance, les fugues et la consommation de drogues. Plus du tiers des membres de l’échantillon ont indiqué qu’ils s’étaient prostitués. Les auteurs soutiennent que la violence sexuelle subie pendant l’enfance a un effet permanent sur ceux qui commencent à se prostituer, doublant ou presque les possibilités qu’une personne commence à pratiquer le commerce du sexe. Par contre, le fait d’avoir fait une fugue n’influait sur ceux qui se prostituaient qu’au début de l’adolescence, en multipliant par plus de 40 les possibilités qu’une jeune commence à se prostituer pendant cette période. Les jeunes abusaient de drogues après avoir commencé à se prostituer et non avant. Malgré plusieurs limites (p. ex., limites des données des questionnaires d’autoévaluation, possibilité limitée pour les répondantes de discuter leurs expériences et échantillon biaisé de détenues), les auteurs confirment les études précédentes, selon lesquelles la violence subie sexuelle pendant l’enfance et le fait de faire une fugue sont des facteurs qui risquent fortement d’amener des jeunes à se prostituer. Les auteurs soutiennent que la récupération rapide des enfants qui font une fugue et des systèmes de soutien stables sur le plan psychologique et du milieu sont nécessaires pour empêcher les jeunes de commencer à pratiquer le commerce du sexe. De plus, les victimes de violence sexuelle pendant leur enfance ont besoin de services de santé mentale pour accepter leur victimisation et rétablir un sentiment de maîtrise et de contrôle de leur vie.

McCORMICK, N.  «Reflections on criticisms of the Badgley report» dans Regulating Sex: An Anthology of Commentaries on the Findings and Recommendations of the Badgley and Fraser Reports, sous la direction de J. Lowman, M. Jackson, T. Palys et S. Gavigan,  Burnaby, C.-B., Simon Fraser University, 1986, p. 27-37.

Les réponses qui ont fait suite à la parution du rapport du Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (Rapport Badgley) allaient du choc et de l’incrédulité au sujet de la prévalence de la violence sexuelle à l’endroit des enfants aux commentaires de professionnels qui ont critiqué le rapport pour des raisons méthodologiques et idéologiques. Dans ce document, un membre du Comité Badgley, Norma McCormick, passe en revue plusieurs commentaires et critiques formulées contre les conclusions du Comité : 1) l’incidence de la violence sexuelle envers les enfants n’est pas vraie; 2) le rapport a conféré une dimension sensationnelle au phénomène; 3) la violence sexuelle à l’endroit des enfants constitue un élément inévitable de notre société; 4) le rapport est trop légaliste et paternaliste dans son approche. Après avoir abordé chaque préoccupation, l’auteure soutient que le Comité Badgley a entrepris la difficile tâche de produire un ensemble unanime de recommandations et que le résultat est carrément axé sur l’enfant.