Commémoration des victimes d’actes terroristes

Catégories de monuments commémoratifs

La commémoration des personnes tuées à la suite d’actes terroristes peut être accomplie de différentes façons. Les monuments commémoratifs en l’honneur de ces victimes sont principalement, mais pas exclusivement, des monuments commémoratifs concrets, des monuments commémoratifs spontanés et des journées commémoratives reconnues officiellement. Parmi les formes secondaires de commémoration se trouvent la création de groupes et d’organismes en l’honneur des victimes, des réponses et des déclarations du gouvernement concernant les victimes d’actes terroristes et des commissions ainsi que des enquêtes au sujet d’événements terroristes. Dans l’ensemble, le fait de déterminer et de préciser les méthodes utilisées pour commémorer les victimes d’actes terroristes est une tâche plutôt difficile en raison de l’élasticité des termes se rapportant au terrorisme et des diverses formes et catégories de monuments commémoratifs qui existent.

La prochaine section présente certaines catégories de monuments commémoratifs qui sont utilisés ou qui peuvent l’être pour honorer les victimes d’actes terroristes.

Monuments commémoratifs concrets

Les monuments concrets figurent parmi les méthodes de commémoration les plus courantes. Comme ils sont liés à des actes terroristes, les travaux de recherche montrent qu’une foule de questions doivent être réglées lorsque des personnes envisagent sérieusement d’utiliser un monument commémoratif concret pour honorer les victimes. Les travaux de géographes humains et sociaux permettent de répondre à bon nombre de ces questions. Par exemple, Rankin (2003) indique que selon les géographes, les lieux de commémoration sont choisis en fonction de critères sociaux. Selon ces critères, les lieux choisis peuvent prendre la signification qu’on leur donne et, à leur tour, génèrent une signification sociale. Voilà pourquoi le choix d’un lieu particulier exige une analyse approfondie. Aux États-Unis, le monument commémoratif Arlington Cairn pour les victimes du vol 103 de Pan Am est un exemple montrant que le choix de l’emplacement pour un monument commémoratif peut représenter un grand défi. Les litiges concernant le Cairn reposaient sur une demande de membres de familles des victimes qui souhaitaient ériger le monument sur le site de l’Arlington National Cemetery – un cimetière réservé aux anciens combattants américains (Britton 2007). En raison de l’appel émotif des familles et malgré le rejet initial de la demande, le Congrès des É.-U. a plus tard accepté de construire le monument commémoratif sur le site du cimetière militaire. Shay (2005) mentionne une situation semblable en ce qui a trait à la commémoration des victimes d’activités hostiles en Israël[4]. Selon Shay (2005), les efforts liés à la construction d’un monument commémoratif pour les victimes d’activités hostiles à proximité d’un cimetière militaire ont soulevé encore plus de débats. Le problème était de déterminer si le site choisi pour le monument pouvait amener les gens à penser que la mort des victimes d’activités hostiles est semblable à celle des soldats. Malgré le débat, le monument commémoratif est toujours sur le site militaire israélien où il a été érigé au départ.

La conception d’un monument commémoratif imminent peut aussi être une source de litiges entre les différents intervenants impliqués dans le processus de commémoration. Un exemple flagrant est le litige entourant la construction d’un monument commémoratif en souvenir du 11 septembre ainsi que d’un centre d’affaires sur le site qu’occupait le World Trade Center (WTC). Dans ce cas, le problème reposait sur les opinions divergentes du WTC United Family Group et de la Lower Manhattan Development Corporation (LMDC) concernant ce qui adviendrait du site. La proposition de la LMDC de bâtir un centre commercial à l’endroit où de nombreux restes des victimes avaient été recouverts constituait un problème majeur lié au processus de commémoration (Couch et coll. 2008). Pour les familles des victimes, le site où des restes humains avaient été retrouvés (et où d’autres pouvaient encore être enterrés) devait être réservé à un acte de commémoration sacré plutôt que d’être profané par une entreprise commerciale. Pour éviter qu’un bâtiment soit construit sur ce site, le WTC United Family Group, avec l’aide de politiciens, a élaboré une loi pour protéger le site. C’est pourquoi les plans proposés par la LMDC ont été rejetés. Ce cas illustre l’importance de reconnaître les objectifs variés et divergents entourant la sélection de l’emplacement d’un monument commémoratif.

Le processus de commémoration concernant les Troubles en Irlande du Nord est un autre cas montrant l’importance de reconnaître le sens pour la population de monuments commémoratifs concrets. À la demande du Northern Ireland Office, une commission a été mise sur pied afin de déterminer les problèmes associés à la mise en œuvre de différents monuments commémoratifs pour les victimes des Troubles. Le rapport de la commission fait état d’une brève discussion concernant les problèmes à prendre en considération avant la construction de monuments commémoratifs concrets. Ces enjeux importants sont soulignés dans l’énoncé suivant :

[Traduction]
Quels devraient être le ton et le message d’un tel monument? Comment peut-il prendre une forme qui permettrait de reconnaître les souffrances des victimes appartenant à divers milieux de façon acceptable et appropriée. Les proches, les amis et les collègues des victimes ne sont pas seulement inquiets parce que la vie et la mort d’une victime doivent être commémorées, mais aussi parce qu’elles doivent être représentées par un monument commémoratif que les gens contempleront avec respect (Bloomfield 1998, 46).

Encore une fois, cet exemple souligne l’importance de la signification que les monuments commémoratifs peuvent avoir pour les victimes, leurs familles et l’ensemble de la population. Il attire aussi l’attention sur une autre préoccupation qui doit être prise en compte dans le processus de planification du monument commémoratif : les réactions de la population en général au(x) monument (s). Comme beaucoup de chercheurs l’ont remarqué, la commémoration est un enjeu hautement politique (Hite 2007; Graham et Whelan 2008). À ce titre, les réactions de la population aux monuments commémoratifs, et dans le cas qui nous intéresse, aux monuments concrets, peuvent être aussi diversifiées que la collectivité touchée. Les événements suivant la création d’un monument pour les victimes d’actes terroristes péruviennes sont un bon exemple de cette situation.

Un monument commémoratif péruvien pour les victimes d’actes terroristes – Les yeux qui pleurent (El Ojo que Llora) – a d’abord fait l’objet d’une controverse, les noms des victimes et des prétendus auteurs des activités terroristes ayant été inscrits sur le même monument. Ce problème s’est intensifié lorsqu’une importante figure politique a été arrêtée et inculpée relativement à de nombreux conflits liés au terrorisme dans la région (Hite 2007). Pour protester contre l’arrestation et l’inculpation, le monument a été vandalisé et beaucoup de noms ont été recouverts de peinture. Ce qu’il faut retenir de cet événement est que de simples gestes comme inscrire des noms sur un monument (ou d’autres généralement associés aux monuments commémoratifs concrets) peuvent avoir des conséquences sociales et politiques importantes qui doivent être prises en considération pendant le processus de commémoration des victimes d’actes terroristes.

Des inquiétudes semblables ont été exprimées pendant le processus de commémoration des victimes de l’attaque terroriste de 11 mars 2004 à Madrid en Espagne. Beaucoup de personnes étaient d’avis que le monument commémoratif national devait honorer toutes les victimes des 30 dernières années des activités de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA), le groupe responsable de nombreuses attaques terroristes en Espagne (Abend et Pingree 2004)[5]. Malgré cette demande, le monument qui a finalement été érigé n’était dédié qu’aux victimes des attaques à la bombe du 11 mars. Une façon de résoudre les problèmes d’inclusion et d’exclusion concernant la commémoration des victimes serait peut-être de prendre en considération la suggestion de Bloomfield (1998) à savoir que les monuments commémoratifs concrets doivent éviter de présenter certaines victimes comme étant plus méritantes que d’autres; il faudrait plutôt chercher à intégrer des mots et des énoncés clés pouvant passer outre les différences et promouvoir le changement et le souvenir.

Tous ces exemples illustrent le rôle que joue la « signification » dans les tentatives de commémorer les victimes d’actes terroristes. Comme le souligne la documentation, les messages implicites et explicites découlant des monuments ou des monuments commémoratifs ont un effet réel sur les personnes qui les regardent. Par conséquent, il pourrait être avantageux d’utiliser des politiques permettant d’analyser les narratifs rattachés aux monuments commémoratifs proposés.

Jusqu’à maintenant, le présent document était axé sur les approches permettant de planifier la création d’un monument commémoratif, en particulier pour les monuments concrets. Cependant, il est aussi possible de dresser le portrait actuel des monuments concrets au Canada pour mieux comprendre comment régler certains problèmes liés à la commémoration des victimes canadiennes d’actes terroristes. Les monuments érigés pour honorer les victimes du vol 182 d’Air India sont un exemple de monument commémoratif concret conçu afin de commémorer les victimes canadiennes d’actes terroristes. Selon le rapport d’Air India, le premier monument concret reconnu officiellement pour les victimes du vol 182 a été érigé le 23 juin 1986 à Ahakista dans la baie de Dunmanus en Irlande (Enquête sur le vol 182 d’Air India 2008). En ce qui concerne les monuments récents, le monument commémoratif qu’Ottawa a dédié aux victimes d’Air India le 23 juin 2008 (soit la Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme) est certainement le plus récent monument érigé pour les victimes des attaques à la bombe. Le site commémoratif, qui comprend une allée et une plaque de bronze sur laquelle les noms des victimes sont inscrits, a été donné et nommé par la Commission de la capitale nationale et c’est Sécurité publique Canada qui a fourni les 70 000 $ nécessaires à la rénovation (Sécurité publique Canada, 2008). Parmi les autres monuments commémoratifs pour les victimes d’Air India se trouvent un cadran solaire et un mur où sont gravés les noms des victimes qui ont été dévoilés à Toronto le 23 juin 2007, ainsi qu’un mur similaire et un terrain de jeu qui ont été dévoilés à Vancouver en juillet 2007. Sécurité publique Canada a indiqué que les coûts associés à ce monument commémoratif ont été assumés par le gouvernement fédéral et le gouvernement de la Colombie‑Britannique et que le terrain a été donné par le Vancouver Board of Parks and Recreation (Sécurité publique Canada, 2007a). De même, les 625 000 $ qu’a coûté le monument commémoratif de Toronto ont aussi été assumés par les gouvernements fédéral et provincial, et le terrain a été donné par la ville de Toronto (Sécurité publique Canada, 2007b). Dans l’ensemble, ces monuments récents reflètent les partenariats entre les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux (Enquête sur le vol 182 d’Air India 2008).  

Une autre dimension importante des monuments commémoratifs concrets du Canada concerne les monuments de guerre. Bien qu’ils ne soient pas précisément liés au terrorisme, les monuments de guerre comptent pour une part importante des monuments commémoratifs concrets canadiens et à ce titre, ils devraient avoir une place dans toutes les discussions concernant le rôle des monuments commémoratifs concrets dans la commémoration des vies perdues à cause de la violence. Les monuments commémoratifs de guerre honorant les soldats sont présents dans la plupart des villes canadiennes. Dans son historique des monuments commémoratifs de guerre canadiens, Shipley (1987) montre que le processus de commémoration des victimes canadiennes de la guerre implique bon nombre des problèmes logistiques liés à la mise en place de monuments commémoratifs concrets pour d’autres types d’événements. Selon l’auteur, beaucoup de monuments commémoratifs de guerre résultent de l’insistance de divers groupes d’intervenants comme les associations d’anciens combattants, les gouvernements ainsi que les politiciens et les associations comme les groupes sociaux ou les groupes de femmes. Pour ce qui est des coûts, Shipley (1987) indique que le financement des monuments commémoratifs érigés pendant les années 1920 et 1930 provenait de dons d’organismes, de collecteurs de fonds et de dons privés. Il est possible de présumer que ces sources de financements sont les mêmes pour les monuments commémoratifs érigés de nos jours. Finalement, l’entretien de nombreux monuments commémoratifs de guerre est un aspect essentiel du processus de commémoration de la guerre. Selon Shipley, les monuments commémoratifs de guerre sont principalement entretenus parce que certaines personnes accordent de l’importance à leur préservation; néanmoins, leur entretien permanent représente un problème pour beaucoup de municipalités qui doivent souvent assumer cette responsabilité.

Aujourd’hui, les monuments commémoratifs canadiens sont entretenus de diverses façons. En plus des dons privés pour la préservation de ces sites, Anciens Combattants Canada joue un rôle actif dans le processus de conservation. Par exemple, le Ministère dirige un Programme de restauration de cénotaphes et de monuments qui offre une aide financière aux municipalités, aux organismes à but non lucratif, aux établissements d’enseignement, aux organismes historiques ainsi qu’aux organisations et aux associations caritatives souhaitant préserver les monuments de guerre (Anciens Combattants Canada). Une approche semblable a été adoptée au Royaume-Uni où c’est surtout le War Memorials Trust, un organisme caritatif dont les travaux permettent de préserver tous les monuments commémoratifs de guerre du pays, qui s’occupe d’entretenir les monuments commémoratifs de guerre (Department of Constitutional Affairs, 2007). Le Trust offre aussi des subventions à la population ainsi qu’aux groupes, aux organismes privés et aux personnes qui souhaitent entretenir des monuments commémoratifs dans leur communauté et au sein de leur administration. L’entretien des monuments commémoratifs concrets peut être en partie assumé grâce à des contributions des gouvernements ou des initiatives nationales visant à préserver ces formes de souvenir.

Compte tenu de leur nombre considérable dans la société canadienne, les monuments commémoratifs de guerre représentent donc des occasions pour les décideurs et les chercheurs d’évaluer certaines questions techniques associées à la mise en œuvre de monuments commémoratifs concrets. De plus, certaines recherches récentes laissent entendre que ces formes de monuments commémoratifs constituent aussi des exemples de façons complexes dont les significations et les narratifs sont inscrits en tant que composantes logistiques associées aux monuments commémoratifs concrets. Par exemple, Gordon et Osborne (2004) soutiennent que les monuments commémoratifs de guerre sont souvent empreints de significations symboliques relatives à l’identité nationale. Dans leurs travaux de recherche sur le Carré de la Confédération et le Monument commémoratif de guerre du Canada, Gordon et Osborne (2004) dépeignent l’histoire des monuments commémoratifs de guerre canadiens du dernier siècle ainsi que leurs conséquences sur l’identité nationale canadienne. Selon les auteurs, il est possible de trouver certains cas relativement anciens où l’identité des gens était façonnée au moyen de monuments commémoratifs, comme ce fut le cas dans les années 1920 lorsqu’il a été question de construire un monument commémoratif de guerre à Ottawa. Le principe clé qui sous-tendait bon nombre des idées proposées concernant le futur monument était que le monument érigé devait communiquer des notions d’héroïsme et de patriotisme tout en améliorant l’image de la capitale nationale. Le monument choisi, le Monument commémoratif de guerre du Canada, était censé communiquer ces sentiments. Cependant, certains Canadiens ont été mécontents de sa construction au Carré de la Confédération en 1938. Selon Gough (2004), des Canadiens n’aimaient pas le titre du monument (« La Réponse »), qui était considéré comme une affirmation implicite du contrôle exercé par la Grande-Bretagne sur le Canada, et le fait que le monument avait été nommé par un non-Canadien. Un autre exemple de monument commémoratif de guerre canadien qui a entraîné des conflits est le monument terreneuvien de Beaumont-Hamel. Ce monument est particulièrement intéressant puisqu’il a été créé pour honorer la mémoire des soldats canadiens, écossais et britanniques. Le premier problème à survenir concernait la propriété du monument commémoratif (Gough 2007). Comme diverses nationalités étaient commémorées et étant donné son emplacement, les questions à savoir qui était le véritable propriétaire du monument et qui il représentait constituaient d’importants sujets de dispute. Des problèmes concernant la présentation imprécise ainsi que le manque de faits et de renseignements au sujet des événements commémorés sur le champ de bataille ont également causé des conflits pour de nombreuses personnes. Selon Gough (2004), la précision des dates, des moments et des actions est cruciale pour les divers groupes sociaux en contact avec le monument commémoratif. Tout manquement à ce qu’un groupe précis considère comme « une vérité » peut donc indirectement nuire à la commémoration des victimes d’actes terroristes et d’événements semblables.

Finalement, le massacre de Montréal en 1989, au cours duquel 14 femmes ont été tuées à l’École polytechnique de l’Université de Montréal au Québec, peut aussi nous apporter de l’information. Bien que la classification (ou non) de cet événement comme un acte terroriste puisse faire l’objet d’un débat, il est néanmoins reconnu comme un exemple canadien historique de tuerie impliquant des citoyens du pays. Plus particulièrement, ce cas représente aussi un exemple d’acte de violence non terroriste possédant certaines caractéristiques des actes terroristes, notamment la présence de haine et d’une peur excitante au sein d’une catégorie de personnes. La haine de l’assaillant envers les « féministes » est un des principaux facteurs qui ont causé le massacre (Weston et Aubry 2007). Bref, il est possible d’obtenir de l’information en analysant les façons dont cet événement a été et est toujours commémoré au moyen de monuments concrets.

Au cours des 18 années qui ont suivi cet événement, les victimes de la tuerie à la polytechnique de Montréal ont principalement été commémorées par le biais de services commémoratifs et la conception de divers monuments commémoratifs. Des monuments commémorant l’événement sont présents dans les principales villes canadiennes comme Montréal, Vancouver et Toronto, ainsi que dans de plus petites villes. En outre, certains monuments ont été conçus sur des cités collégiales et universitaires ainsi que des parcs communautaires locaux. Le financement nécessaire à la mise en œuvre de ces monuments concrets provient d’une grande variété de sources selon le contexte entourant leur construction. Par exemple, les monuments commémoratifs bâtis sur des cités collégiales ou universitaires peuvent être financés par ces établissements, tandis que différents ordres de gouvernement peuvent financer les monuments érigés dans des lieux publics comme les parcs. Dans le contexte de cette tuerie en particulier, divers groupes d’intervention ont également apporté leur contribution (Burk 2006). 

Les paragraphes précédents ont décrit certains des principaux enjeux associés à la commémoration des victimes d’actes terroristes au moyen des monuments commémoratifs concrets. Sur le fondement de la tragédie d’Air India, l’un des principaux facteurs dont il faut tenir compte dans le cadre de la commémoration est le choix du moment. Le premier monument commémoratif concret officiel a été érigé en Irlande au cours de l’année suivant la tragédie, alors que les premiers monuments canadiens l’ont été des décennies plus tard. De manière générale, la documentation indique que l’échéancier pour les projets de monuments commémoratifs à la suite d’un événement terroriste est essentiel non seulement pour les victimes, mais aussi pour l’ensemble de la société. Les questions logistiques comme l’emplacement, les coûts et l’entretien des monuments commémoratifs sont des éléments importants du processus de commémoration. Comme l’illustrent les conflits relatifs au monument terre-neuvien à  Beaumont-Hamel, un entretien efficace du site, l’accessibilité du site et la précision de l’information communiquée sont tous des facteurs devant être examinés attentivement avant la création d’un monument commémoratif physique.

Il est aussi important d’analyser la « vie culturelle » d’un monument commémoratif concret avant sa mise en œuvre. Selon Rigney (2008), la vie culturelle des monuments est aussi importante que leur apparence physique. La préservation de la vie culturelle des monuments exige la participation de personnes désireuses de réinvestir des fonds dans les monuments non seulement à des fins de commémoration, mais aussi en ce qui a trait à la représentation médiatique et à l’engagement humain entourant les monuments. Il peut donc être avantageux d’envisager diverses façons d’encourager les citoyens à jouer un rôle actif dans la commémoration (c.‑à‑d. inviter les citoyens à visiter les sites de commémoration). Enfin, une attention particulière doit être accordée aux significations implicites et explicites qui pourraient être rattachées aux monuments commémoratifs. Comme l’ont indiqué les auteurs, il faut porter attention aux façons dont les narratifs façonnent les monuments commémoratifs et à la préséance des objectifs sous-jacents ou des autres objectifs dans le processus de commémoration (Gough 2007; Nevin 2005; Hite 2007). De plus, la présence de narratifs contradictoires peut masquer l’opinion des victimes et des familles des victimes souhaitant commémorer leurs proches. Comme le laisse entendre Gough (2007, 700), [Traduction] « de par leur nature même, les monuments commémoratifs doivent souvent accorder la priorité à une histoire plutôt qu’à une autre ce qui a pour effet de faire disparaître beaucoup de souvenirs et par extension, de nombreux éléments de la topographie. » Il est donc essentiel de porter une attention particulière aux multiples expériences reconnues par l’entremise des monuments commémoratifs ainsi qu’aux objectifs contradictoires de tous les intervenants impliqués dans le processus de commémoration.