4. Coûts pour les victimes
Dans la présente section, l’Enquête sociale générale (ESG) sur la sécurité des Canadiens (victimisation) a été utilisée pour calculer les coûts pour les victimesNote de bas de page 40. Le terme « victime » dans le présent rapport fait référence à une personne de 15 ans ou plus qui a subi des dommages – matériels, corporels ou moraux – ou des pertes économiques attribuables à la perpétration d’un acte criminel en vertu du Code criminel.
Les victimes supportent les effets directs de la criminalité et engagent à la fois des coûts tangibles et intangibles. Les coûts tangibles estimés dans la cette étude comprennent les coûts médicaux, la perte de productivité et d’autres coûts (tableau 11). L’expérience traumatisante d’être une victime peut causer de graves douleurs et souffrances. Cette étude considère les douleurs et souffrances comme un coût intangible parce qu’aucune transaction financière n’a lieu. Par conséquent, sa « valeur » n’est pas déterminée par un marché.
Cette étude estime que les douleurs et les souffrances subies par les victimes d’agressions physiques, de vols, d’introductions par effraction, d’agressions sexuelles et d’homicides constituent des coûts économiques. Les valeurs monétaires des douleurs et des souffrances pour agression physique et vol sont tirées de McCollister et al. (McCollister, 2010) qui utilise la méthode élaborée dans Cohen (Cohen, Pain, Suffering, and Jury Awards: A Study of the Cost of Crime to Victims, 1988)à l’aide de données plus récentes. Coûts associés à l’introduction par effraction et tirés de Cohen (Cohen, Pain, Suffering, and Jury Awards: A Study of the Cost of Crime to Victims, 1988) avec les coûts ajustés pour tenir compte de l’inflation.
Le calcul des coûts associés aux agressions sexuelles est plus complexe. Les travaux antérieurs qui attribuaient des valeurs monétaires aux douleurs et aux souffrances liées aux agressions sexuelles ont permis de distinguer le « viol » des autres formes d’agression sexuelle (Dolan, 2005). Au Canada, le terme « viol » a été supprimé dans les modifications apportées en 1983 au Code criminelNote de bas de page 41. Aujourd’hui, le Code criminel définit trois niveaux d’agression sexuelle, semblables aux trois niveaux d’agression physique. Les données communiquées par la police et les données des tribunaux de juridiction criminelle font donc état du nombre d’agressions sexuelles commises aux niveaux 1, 2 et 3Note de bas de page 42. En plus de ce défi, il est bien connu que les agressions sexuelles sont sous-signalées à la policeNote de bas de page 43 et, par conséquent, sous-évaluées dans les données communiquées par la police et les statistiques des tribunaux. Par conséquent, on considère souvent les enquêtes qui permettent de recueillir des données autodéclarées comme une méthode plus appropriée pour estimer la prévalence de la violence sexuelle.
Dans l’ESG Sécurité des Canadiens (victimisation), on demande aux répondants de faire état d’expériences d’« agressions sexuelles » et d’« attouchements non consensuels à des fins sexuelles ». Encore une fois, cela ne correspond pas exactement aux travaux antérieurs visant à estimer les coûts économiques des agressions sexuelles. Dans cette étude, une proportion d’« agressions sexuelles » autodéclarées dans l’ESG a été classée comme « viol » et les autres ont été classées comme « agression sexuelle »Note de bas de page 44. Selon Dolan et al., des valeurs plus élevées de douleurs et souffrances ont été attribuées aux victimes de viols par rapport aux victimes qui n’ont pas été violées.
La perte de vie des victimes d’homicide constitue un autre coût intangible important inclus dans les coûts pour les victimes. Pour calculer cela, nous avons adopté l’approche de la valeur d’une vie statistique (VVS) tirée de Viscusi (Viscusi, 2008). Viscusi (2008) a utilisé la méthode de la « volonté de payer » ou de la « volonté d’accepter ». La méthode de la volonté de payer mesure le montant d’argent qu’une personne est prête à payer pour atténuer le risque de décès au cours de certains événements, activités ou emplois. On fait valoir que l’indication d’un montant monétaire révèle à quel point une personne accorde de l’importance à la vie. Par exemple, Zhang et al. 2012 déclare (Zhang, Hoddenbagh, McDonald, & Scrim, 2012) ce qui suit : « Si […] une personne était prête à payer 500 $ pour réduire de 0,01 % le risque qu’elle meure, la VMVS pour cette personne serait de 500 $/0,01 % = 5 millions de dollars ».
Le présent rapport utilise des méthodes plus raffinées pour estimer les coûts intangibles. Il utilise l’approche et le cadre élaborés par Hoddenbagh et al. (Hoddenbagh, Zhang, & McDonald, 2014). Le rapport de Hoddenbagh et al. évalue séparément les douleurs et souffrances des victimes d’agression aux niveaux 1 2 et 3. Il attribue différentes valeurs de douleurs et souffrances aux victimes de chaque niveau d’agression, car il suppose que les victimes d’une agression de niveau 3 subiraient des « douleurs et souffrances » plus importantes que les victimes d’agressions aux niveaux 1 ou 2. En outre, leur rapport utilise le nombre de victimesNote de bas de page 45, et non le nombre d’incidents, pour estimer les coûts intangibles, en comptant chaque victime une seule fois.
Selon les méthodes élaborées par Hoddenbagh et al., (Hoddenbagh, Zhang, & McDonald, 2014)nous avons constaté que les coûts tangibles des victimes étaient de13 992 525 789 $ (tableau 11), et que les coûts intangibles des victimes étaient de 14 391 475 555 $ en 2014 (tableau 11). Dans l’ensemble, les coûts estimatifs des victimes étaient de 28 384 001 344 $ en 2014. Les femmes victimes représentaient 55,5 % du total et les hommes victimes 44,5 %. Cette différence était attribuable à un taux de victimisation plus élevé chez les femmes en 2014. (Statistics Canada, 2015). Selon l’ESG de 2014, le taux était de 85 incidents violents pour 1 000 femmes par rapport à 67 incidents pour 1 000 hommes cette année-là. Deux facteurs permettent d’expliquer cette différence :
- la majorité des victimes d’agression sexuelle étaient toujours des femmes; et,
- la diminution des taux d’autres crimes violents, qui concernaient surtout des hommes victimes.
Tableau 11. Coûts pour les victimes
| Catégorie de coûts ou éléments | Femmes victimes | Hommes victimes | Total |
|---|---|---|---|
| Coûts médicaux | |||
| Soins de santé initiaux | 12 077 347 $ | 21 393 516 $ | 33 470 863 $ |
| Soins de santé à long terme | 214 124 156 $ | 58 015 994 $ | 272 140 150 $ |
| Coût des tentatives de suicide | 8 748 769 $ | 93 664 $ | 8 842 432 $ |
| Coût de l’autopsie pour les victimes d’homicide | 163 035 $ | 413 172 $ | 576 207 $ |
| Total des coûts médicaux | 235 113 307 $ | 79 916 345 $ | 315 029 652 $ |
| Perte de productivité | |||
| Revenu courant perdu | 145 426 252 $ | 122 469 864 $ | 267 896 115 $ |
| Service ménager perdu | 58 358 519 $ | 25 078 722 $ | 83 437 242 |
| Études perdues | 3 487 082 $ | 1 607 715 $ | 5 094 797 $ |
| Services de garde d’enfants perdus | 1 123 731 $ | 241 913 $ | 1 365 643 $ |
| Revenu futur perdu | 5 692 338 342 $ | 7 124 314 821 $ | 12 816 653 163 $ |
| Total de la perte de productivité | 5 900 733 926 $ | 7 273 713 035 $ | 13 174 446 961 $ |
| Coûts intangibles | |||
| Coût des douleurs et souffrances | 8 204 556 875 $ | 1 955 848 706 | 10 160 405 582 $ |
| Coût de la perte de vie – homicide | 1 197 163 209 $ | 3 033 906 764 | 4 231 069 973 $ |
| Total des coûts intangibles | 9 401 720 085 $ | 4 989 755 470 | 14 391 475 555 $ |
| Autres coûts | |||
| Biens volés, endommagés ou détruits | 216 685 175 $ | 271 499 249 | 488 184 423 $ |
| Installation d’alarme antivol | 8 565 553 $ | 1 619 831 | 10 185 384 $ |
| Ordonnance de non-communication ou de protection | 2 272 515 $ | 2 406 854 | 4 679 369 $ |
| Total des autres coûts | 227 523 242 $ | 27 5 525 934 | 503 049 176 $ |
| Total des coûts pour les victimes | 15 765 090 560 $ | 12 618 910 784 $ | 28 384 001 344 $ |
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