Un rapport sur les relations entre la justice réparatrice et les traditions juridiques autochtones au Canada
Traditions juridiques autochtones et réconciliation
Les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, de même que le rapport final de la Commission, abondent sur la relation entre les traditions juridiques autochtones et la réconciliation au Canada. En effet, les appels à l’action, mais davantage le rapport final, contiennent des détails abordant la contribution potentielle des traditions juridiques autochtones à la réconciliation, qui peuvent être catégorisés en deux grands courants.
Le premier courant est l’importance symbolique de la mise en Å“uvre des traditions juridiques autochtones au Canada. Compte tenu du fait que, par le passé, le Canada a supprimé les connaissances des traditions juridiques autochtones (Borrows, 2010; Napolean et Friedland, 2014) et a nié l’existence desdites traditions (Napolean et Friedland, 2014), la mise en Å“uvre de systèmes juridiques autochtones marquerait un tournant important vers la réconciliation dans la relation entre le Canada et les peuples autochtones (Borrows, 2010; CVR, 2015). En effet, ladite mise en Å“uvre indiquerait l’abandon du colonialisme permanent au profit d’une relation de nation à nation fondée sur le respect (Borrows, 2010).
Le deuxième courant est plus substantiel et pragmatique, dans le sens où l’utilisation de chaque tradition juridique autochtone, ainsi que le fait de voir ces traditions comme de véritables lois, peuvent faciliter la guérison et la réconciliation de manière sérieuse et pertinente pour les personnes et les collectivités locales concernées. Cela va au-delà de l’importance symbolique de ce que représenterait la mise en Å“uvre des traditions juridiques autochtones, car la majorité de ces traditions contiennent des valeurs, des processus, des protocoles et des cérémonies qui encouragent activement la guérison et la réconciliation en s’attaquant au colonialisme et à ses séquelles permanentes et en allant au-delà de cette doctrine (CVR, 2015). Par exemple, le peuple Haudenosaunee pratique une cérémonie, ancrée dans ses propres lois et pratiques de parenté, appelée la cérémonie de condoléances. Habituellement, la cérémonie de condoléances a lieu à des moments de deuil personnel ou à l’échelle de la nation, et elle est célébrée avec l’intention de rétablir l’équilibre dans la collectivité (CVR, 2015a). Selon le rapport final de la CVR,
« La cérémonie de condoléances permet aux personnes qui ont vécu des expériences traumatiques ensemble – celles qui sont en bonne santé, celles qui sont en deuil, et celles qui ont causé du tort – de travailler ensemble pour faire face aux pertes. À travers cette cérémonie, les excuses et les dédommagements se retrouvent dans des interprétations expressives, car on fait appel à des personnes pour raconter des histoires et reconnaître les pertes en lien avec les torts dont elles ont souffert. La cérémonie a lieu dans un ordre précis, en employant des tableaux saisissants, et on peut l’utiliser dans de nombreuses circonstances où la confiance et la compréhension ont été brisées en raison des actes dommageables d’une partie » (CVR, 2015a).
La cérémonie de condoléances peut fournir un moyen au peuple Haudenosaunee d’établir une relation neuve et équitable avec les Canadiens, tout particulièrement dans la foulée de l’expérience des pensionnats indiens. La guérison et la réconciliation trouveraient leur fondement dans les lois, les cérémonies, ainsi que les protocoles diplomatiques du peuple Haudenosaunee.
Les Mi’kmaqs de la région des Maritimes, ou Mi’kma’ki (territoire Mi’kmaq) possèdent également des lois et des cérémonies qui peuvent contribuer à la guérison et la réconciliation dans la foulée de l’expérience des pensionnats indiens. À l’instar des Haudenosaunee, la réconciliation des Mi’kmaqs repose sur le respect et l’observation des lois des Mi’kmaqs, ce qui signifie que le Canada et les autorités officielles de l’Église devraient participer aux cérémonies, aux fêtes et aux protocoles des Mi’kmaqs, ainsi qu’aux dialogues avec ceux-ci, avec l’intention de ménager un espace pour la création de nouveaux liens (CVR, 2015a). En gardant cela à l’esprit, les cérémonies, les fêtes, les excuses, les protocoles, les dialogues, ainsi que les dédommagements représentent une approche commune à l’égard de la réconciliation parmi les nations autochtones au Canada (CVR, 2015a). Cependant, cela ne veut pas dire que chaque nation autochtone possède la même approche en matière de réconciliation. Au contraire, le rapport final insiste sur le fait qu’une approche unique est contre-productive à l’atteinte de la réconciliation avec les nations autochtones (CVR, 2015a). L’approche que doit adopter le Canada à l’égard de chaque nation autochtone consiste à les voir comme des peuples distincts, avec leurs histoires et cultures propres et uniques, et il faut entreprendre la tâche ardue de la réconciliation de façon à accorder la priorité aux lois et protocoles autochtones locaux. Toutefois, comme le souligne le rapport final, il ne faut pas contraindre les peuples autochtones à participer aux processus de réconciliation; à la place, ils devraient être en mesure de décider du moment et de la manière dont ils se mobiliseront auprès du Canada (CVR, 2015a).
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