Résumé

Les incidents de victimisation de masse, définis comme le ciblage délibéré de grands groupes de personnes par des actes de violence, demeurent une préoccupation constante et perturbante au sein de la société canadienne. Ces actes causent un profond chagrin et troublent la vie des personnes directement touchées, en plus d’avoir des répercussions sur les communautés, les établissements et les perceptions sociétales à l’égard de la sécurité.

Ce rapport présente un examen exhaustif de 15 incidents majeurs de victimisation de masse survenus au Canada au cours des 50 dernières années. En s’appuyant sur une vaste gamme de documentation parallèle et de sources évaluées par des pairs, la présente synthèse examine les points communs et les caractéristiques uniques de ces tragédies afin de cerner les tendances qui s’y dessinent. Nous nous penchons également sur les recommandations issues des enquêtes et des examens réalisés après les incidents, dans le but de prévenir de tels incidents et de fournir des réponses axées sur les victimes immédiatement après la violence de masse, à court et à long terme. Il convient de noter que le présent rapport ne comprend pas tous les incidents de victimisation de masse survenus au Canada au cours des 50 dernières années, mais seulement ceux qui répondaient à tous les critères d’inclusion visés.

L’analyse porte sur les incidents de victimisation de masse survenus au Canada suivants :

  1. Attentat à la bombe à bord du vol 182 d’Air India (1985)
  2. Fusillade à l’École polytechnique (1989)
  3. Catastrophe de la mine Giant (1992)
  4. Tragédie de Vernon (1996)
  5. Fusillade à Mayerthorpe (2005)
  6. Agressions au couteau de Calgary
  7. Fusillade à Moncton
  8. Fusillade à Ottawa (2014)
  9. Fusillade de masse à Edmonton (2014)
  10. Triple féminicide du comté de Renfrew (2015)
  11. Fusillade à la mosquée de Québec (2017)
  12. Attaque au camion-bélier à Toronto (2018)
  13. Fusillade de masse en Nouvelle-Écosse (2020)
  14. Attaque à la voiture-bélier à London (2021)
  15. Agressions au couteau dans la Nation crie de James Smith (2022)

Ces incidents couvrent un éventail de contextes et de motifs, ce qui démontre la complexité des menaces modernes et la nécessité de solutions multidimensionnelles.

Bien que chaque cas présente un contexte et des particularités qui lui sont propres, l’examen a révélé plusieurs points communs :

Les éléments de preuve examinés dans le présent rapport suggèrent que les efforts du Canada pour lutter contre la victimisation de masse nécessitent une approche sur deux fronts axée sur les éléments suivants : i) répondre avec compassion et offrir du soutien aux victimes et aux survivants, ainsi qu’à l’ensemble des personnes touchées, notamment les membres de la famille, les témoins, les communautés et les intervenants; ii) travailler de manière proactive à prévenir de futures tragédies par des changements systémiques. L’examen de la documentation pertinente dénote plusieurs recommandations et leçons apprises axées sur les victimes : elles soulignent dans l’ensemble la nécessité d’une approche en matière de prévention, d’intervention immédiate et à court terme et de rétablissement à long terme qui soit fondée sur l’information fournie par les survivants.

Toutes les recommandations et les leçons apprises décrites dans le présent rapport sont citées ou résumées directement à partir des documents sources originaux, notamment les enquêtes fédérales et provinciales, les enquêtes de coroners, les rapports judiciaires, les publications gouvernementales, les articles revus par les pairs et les publications non gouvernementales. Les auteures n’ont formulé aucune recommandation indépendante.

Les stratégies suivantes mettent en évidence les pratiques d’intervention efficaces tirées d’événements précédents :

  1. Santé mentale et soutien émotionnel
    • Offrir des services de counseling traumatologique sur place et à long terme aux survivants et aux communautés touchées.
    • Mettre sur pied des équipes de gestion du stress à la suite d’un incident critique (GSIC) et des groupes de soutien par les pairs.
    • Créer des centres pour la résilience et des espaces de guérison non officiels afin de favoriser la cohésion et le rétablissement de la communauté.
  2. Communication et transparence
    • Maintenir une communication claire et régulière avec les familles des victimes pendant et après les incidents.
    • Faire participer les survivants et les familles à la planification des cérémonies commémoratives publiques afin de favoriser la commémoration et la guérison collectives.
  3. Aide financière et juridique
    • Veiller à ce que le financement gouvernemental couvre les dépenses immédiates et à long terme des victimes, y compris les coûts des services d’aide juridique et des obsèques.
    • Soutenir les groupes de défense des droits qui aident les familles à obtenir une indemnisation juste et une représentation juridique adéquate.
  4. Soutien communautaire adapté à la culture
    • Établir des partenariats avec des fournisseurs de services adaptés à la culture, en particulier pour les communautés immigrantes et privées d’équité.
    • Fournir des ressources éducatives et thérapeutiques dans les langues et contextes culturels pertinents.
  5. Confiance et inclusion
    • Faire participer les victimes et les fournisseurs de services de première ligne à l’élaboration des politiques et à la planification de la sécurité.
    • Offrir une formation fondée sur des données probantes et tenant compte des traumatismes aux premiers répondants, aux professionnels de la santé et aux intervenants du système de justice. Veiller à ce que cette formation soit élaborée par des experts crédibles.

Notre examen a également permis de dégager plusieurs recommandations axées sur la prévention qui tirent parti des leçons apprises des incidents de victimisation de masse survenus dans le passé au Canada. Il est évident que la prévention de futurs incidents de victimisation de masse nécessite des investissements en matière de coordination, d’infrastructure, d’éducation et de surveillance des risques.

  1. Amélioration de la coordination et de la communication
    • Élaborer des outils centralisés d’évaluation de la menace et des protocoles nationaux pour la prévention de la violence.
    • Renforcer la collaboration interorganismes, notamment les bases de données communes et les systèmes d’aiguillage pour les personnes à risque élevé.
  2. Infrastructure et formation en matière de sécurité
    • Appliquer des mesures rigoureuses de contrôle des armes à feu, y compris la vérification des antécédents et des lois sur l’entreposage sécurisé.
    • Renforcer la sécurité aéroportuaire, publique et parlementaire.
    • Élargir la formation sur les tireurs actifs, notamment sur le nouvel équipement de protection et les protocoles tactiques pour les agents.
    • Intégrer des stratégies de design urbain qui réduisent la vulnérabilité des piétons aux attaques de véhicules.
  3. Éducation et sensibilisation du public
    • Mettre en œuvre des programmes de lutte contre la violence dans les écoles et sur les campus, en utilisant une pédagogie tenant compte des traumatismes.
    • Lancer des campagnes publiques contre la haine, la misogynie et l’islamophobie.
    • Promouvoir la littératie médiatique et la sécurité en ligne pour lutter contre la radicalisation et la désinformation.
    • S’attaquer aux préjugés dans les services de police et de justice, notamment en réponse aux crimes contre les communautés marginalisées.
    • Financer des initiatives locales qui visent à bâtir des communautés inclusives et exemptes de haine.
  4. Évaluation et surveillance du risque
    • Utiliser des outils d’évaluation du risque uniformes et validés en matière de violence familiale, de crimes haineux et de menaces.
    • Former les fournisseurs de services sociaux et de santé à reconnaître les signes avant-coureurs et à intervenir de façon appropriée.

Outre les recommandations examinées ci-dessus, il existe des lacunes importantes dans la documentation actuelle et le discours public sur la victimisation de masse. En voici quelques exemples :

  1. Reconnaissance des cercles de répercussions plus larges. Reconnaissance du fait que les incidents de victimisation de masse ont des répercussions non seulement sur les victimes directes, mais aussi sur la santé mentale et le bien-être des familles, des collectivités et des intervenants de première ligne.
  2. Prise en compte des besoins psychosociaux dans les exercices de simulation. Intégrer les considérations relatives au soutien psychosocial dans toutes les simulations de préparation à la victimisation de masse, à l’aide de modèles normalisés et adaptables qui reflètent les besoins des diverses communautés et des groupes d’intervenants.
  3. Détermination et adaptation des pratiques extraterritoriales. Déterminer et évaluer les pratiques exemplaires internationales en matière d’intervention et de prévention des incidents de victimisation de masse, et adapter ces pratiques pour qu’elles correspondent au contexte culturel unique du Canada.
  4. Soutiens adaptés à l’âge, aux handicaps et à la culture. Élaborer des mesures de soutien inclusives, adaptées à l’âge et à la culture pour l’intervention en cas de victimisation de masse, qui répondent aux besoins uniques des enfants, des adultes âgés, des personnes handicapées et des personnes ayant diverses identités intersectionnelles, notamment les peuples autochtones, les communautés racisées, les membres de la communauté LGBTQ2SIA+ et les personnes des régions rurales ou du Nord.
  5. Reconnaissance des organisations non gouvernementales (ONG) offrant des services de soutien. Faire participer les ONG à la planification des interventions afin d’offrir un soutien axé sur les victimes, en assurant leur intégration efficace dans les interventions immédiates, à court et à long terme, en cas d’incidents de victimisation de masse. Nous soulignons toutefois qu’il existe un Répertoire des services aux victimes, géré par Justice Canada, où figurent plus de 800 fournisseurs de services aux victimes qui travaillent auprès des victimes d’actes criminels (https://www.justice.gc.ca/fra/jp-cj/victimes-victims/rsv-vsd/index.html
  6. Répercussions à long terme des incidents de victimisation de masse. Élaborer et mettre en œuvre des stratégies de soutien à long terme qui répondent aux besoins physiques, psychosociaux et en santé mentale des victimes, des familles, des témoins, des communautés et des intervenants de première ligne à la suite d’incidents de victimisation de masse.

Les incidents de victimisation de masse sont rares, mais leur incidence est profonde – et, parfois, évitable. En tirant les leçons du passé, nous pouvons choisir des interventions plus adaptées, inclusives et proactives qui protègent les communautés et soutiennent la guérison face à une tragédie.