Questions à soulever
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Déterminer si la personne a établi un lien solide avec la communauté visée par le crime (Dunbar [2001]). Il faut aussi être au courant des dangers des préjugés intériorisés que la victime peut vivre (Gutiérrez [2022]; Herek et coll. [2009]; Perry [2008]).
Comme nous l’avons vu précédemment, ce lien peut conduire à la résilience (Adams et coll. [2006]; DÃaz-Faes et Pereda [2022] Dubow et coll. [2000]; Sheehan, Maduro et Derlega [2021], mais il peut déboucher sur plus de difficultés (Blake [2001]; DÃaz-Faes et Pereda [2022]; Dubow et coll. [2000]; Janoff [2005]); Kaysen et coll. [2005]; Moradi et Risco [2006]; Staub [1996]). Il est essentiel de ne pas imposer votre point de vue personnel au sujet de ce que la victime devrait faire. Il faut laisser le client indiquer à quel point il veut utiliser sa culture pour façonner sa propre identité personnelle.
- En ce qui concerne le renforcement de la résilience, les éléments de preuve montrent qu’une famille, un groupe de pairs ou des membres de la communauté qui les soutiennent peuvent aussi aider les victimes à se rétablir (Bartoș et Langdridge [2019]; Jackson [2017]; Lee et Waters [2021]; Singh et McKleroy [2011]). Les intervenants peuvent aider les victimes à joindre leurs soutiens naturels et ne pas laisser les symptômes pousser les clients à s’isoler. Cela s’étend également à la compréhension que les travailleurs de soutien peuvent aussi aider les personnes de soutien, en se concentrant sur le soutien naturel des victimes dans le cadre de l’aide offerte à celle-ci.
- Les intervenants peuvent devoir se pencher directement sur leur capacité de traiter la victime (Dunbar [2001]; Teyber [2006]). La victime a vécu une situation difficile (ou des situations) et devra se sentir à l’aise avec vous et sentir que vous êtes habile non seulement dans votre travail, mais aussi au fait de ses problèmes et des problèmes des autres dans sa culture. Les intervenants peuvent communiquer avec des personnes clés de la communauté des victimes pour les aider à mieux comprendre les questions importantes pour le groupe. Les intervenants peuvent également consulter d’autres personnes plus au fait de ces questions, transférer la victime à ces travailleurs du groupe des victimes ou discuter de leurs préoccupations avec leurs superviseurs.
- Les intervenants voudront peut-être garder à l’esprit la question du racisme systémique et reconnaître que certaines victimes peuvent avoir besoin de tester la relation. La rencontre des victimes là où elles se trouvent peut s’étendre à un partenariat avec d’autres organismes pour fournir un soutien qui ne repose pas sur la culture dominante nord-américaine, mais qui s’inscrit davantage dans des modalités de guérison communes à la culture de la victime. Cela peut aussi inclure l’éducation des autres et la défense des droits (Hansen et coll. [2018]; Hodge et Boddie [2021]).
- Surveiller et faire ressortir les manifestations de résilience ou de force. Cela s’applique en particulier à la résilience concernant les points forts du groupe auquel s’identifie la victime et de sa spiritualité (Adams et coll. [2006]; Dubow et coll. [2000]; Dunbar [2001]; Peel et coll. [2023]; Singh et McKleroy [2011]) Les victimes peuvent ainsi voir la place qu’elles occupent dans un réseau important, avoir accès aux modèles semblables à elles sur la manière de faire face à la détresse et mettre l’accent sur le changement et l’adaptation en ce qui concerne les problèmes avec le groupe dominant. Il faut établir un équilibre entre ces aspects et la compréhension du groupe dominant pour que les victimes ne succombent pas à la colère envers l’ensemble de la société qui la fait sentir impuissante à apporter des changements positifs dans sa vie et dans la société (Dunbar [2001]; Janoff [2005]).
- Établir un historique des expériences des victimes dans la lutte contre les préjugés, la discrimination et la marginalisation (Boeckmann et Liew [2002]; Dunbar [2001]) et un historique des traumatismes (Mitchell et coll. [2020]). Était-ce sa première expérience en matière de préjugés? A-t-elle aussi des expériences positives? Cet historique permet également aux intervenants d’explorer les relations entre les victimes et différents groupes ou avec le groupe que représente l’intervenant. Il convient de mentionner que les intervenants peuvent trouver que les victimes de crimes haineux seront encore plus curieuses de connaître leur identité et leurs croyances à eux au sujet de ces questions (Dunbar [2001]; Teyber [2006]). Ils devraient parler à leurs collègues et à leurs supérieurs de leur sentiment d’aise et de leurs limites pour s’assurer qu’ils peuvent répondre à ces questions d’une manière utile et respectueuse. S’il est dans l’intérêt de la victime, il peut aussi s’agir d’une occasion de renvoyer la victime à d’autres soutiens qui lui permettront de mieux « rencontrer la victime » là où elle se trouve.
Gamme de services
Comme nous l’avons déjà vu, les crimes haineux touchent toute la société, et leur effet ne se limite pas à la victime concernée (Barnes et Ephross [1994]; Iganski [2001]; Mcdevitt et coll. [2001]). Les services doivent donc comprendre les interventions d’urgence normales ainsi que le soutien collectif et individuel à court et à long terme (Dunbar [2001]); Wertheimer [1990]) et aller au-delà des interventions communautaires et de l’éducation. Les intervenants pourraient vouloir obtenir de la vulgarisation et de l’information juridiques (VLEI), les campagnes de lutte contre la violence et la formation sur la manière de faire face aux préjugés et à la violence (Jenness et Broad [1997]; Lieberman et coll. [2001]). La défense des droits peut aussi contribuer dans une grande mesure à répondre aux besoins de toutes les victimes de crimes haineux (B.C. Human Rights Coalition [2003]; Blee [2005]; Mcmahon, West, Lewis, Armstrong et Conway [2004]). Les intervenants peuvent essentiellement aider la victime concernée, mais aussi soutenir les efforts visant à réduire le traumatisme dans l’ensemble de la communauté (Espiritu [2004]).
Même si le présent chapitre porte sur le traitement des victimes de crime, d’aucuns ont soutenu que comme la principale cible des crimes haineux est la communauté visée (p. ex. juifs, gais, francophones), les interventions doivent donc porter sur l’ensemble de cette dernière (Blee [2005]; Espiritu [2004]). Ce travail communautaire pourrait être axé sur le groupe marginalisé ou sur la société en général. Les efforts pourraient comprendre la promotion de changements aux lois, l’éducation du public, l’encouragement au développement communautaire, etc. (B.C. Human Rights Coalition [2003]; McDonald et Hogue [2007]). La clé de ces programmes d’éducation communautaire est de mieux faire comprendre la réduction des croyances fondées sur les préjugés chez tous les membres de la communauté dans l’espoir d’influer sur leur comportement (Gerstenfeld [2002]). Les travailleurs de soutien qui s’intéressent aux efforts communautaires pourraient vouloir effectuer une recherche en ligne en utilisant les termes « crime haineux » ou « crime fondé sur des préjugés » avec le mot « soutien » ou « ressources » ou « programme »Note de bas de page 7.
Notions de base
- Un crime haineux est une « […] infraction criminelle motivée par la haine de la race, de l’origine nationale ou ethnique, de la langue, de la couleur, de la religion, du sexe, de l’âge, de la déficience mentale ou physique, de l’orientation sexuelle ou de l’identité ou de l’expression de genre, ou d’autres facteurs semblables ». (Définition du Programme de déclaration uniforme de la criminalité, version 2.2)
- Les intervenants qui aident les victimes devraient se concentrer sur la façon dont la victime définit le crime, et non uniquement sur les définitions juridiques
- Le soin qui tient compte des traumatismes est une approche habilitante qui reconnaît et respecte l’histoire des traumatismes de la victime et qui s’efforce d’éviter d’autres traumatismes
- Le consentement complet et éclairé fait partie de la prestation de soins éthiques qui aident la victime à diriger le parcours de guérison
- Les intervenants devraient chercher à recourir à l’apprentissage, à la consultation et à la supervision pour remédier aux angles morts et aux préjugés personnels. Les outils d’auto-évaluation en ligne peuvent être utiles
- Les crimes haineux créent des « vagues de préjudices », qui touchent la victime, sa famille, le groupe auquel elle s’identifie et la société en général
- Les intervenants devraient être conscients de l’importance de la perception qu’ont les victimes de leur culture et de leur identité personnelle et culturelle et de la façon dont ils ont fait face et se sont adaptés aux préjugés dans la société
- Les intervenants devraient réfléchir à la nature systémique des préjugés. Comment les préjugés, la discrimination systémique et la victimisation par la haine influent-ils sur la façon dont la victime abordera l’intervenant et la relation professionnelle?
- Il serait utile que les intervenants puissent évaluer les soutiens dont peut se prévaloir la victime dans la société et si elle a de bons modèles d’adaptation
- Bon nombre des victimes de crimes haineux ne signalent pas le crime aux autorités. Les intervenants peuvent faire face à cette réticence lorsqu’ils traitent les victimes de crimes haineux
- Les intervenants devraient utiliser Internet pour trouver des ressources qui se rapportent au groupe auquel s’identifie leur client et à leurs problèmes
Comparativement à avant leur victimisation, souvent, les victimes de crimes haineux :
- se sentent moins en sécurité (Abu-Ras et Suarez [2009]; Ashraf et Nassar [2018]; Awan et Zempi [2015]; Boeckmann et Turpin-Petrosino [2002]; Garnetts et coll. [1990]; Huang et Tsai [2022]; Huynh, Raval et Freeman [2022]; Janoff [2005]; Mason-Bish et Duggan [2020]; Staub [1996])
- voient le monde comme moins ordonné et moins utile (Garnetts et coll. [1990])
- ont une faible estime d’elles-mêmes (Dunbar [2006]; Garnetts et coll. [1990]; Janoff [2005])
- se sentent moins efficace (Staub, [1996])
- font de l’évitement et s’isolent (Cramer et coll. [2018]; Funnell [2015]; Samari, Alcalá et Sharif, [2018])
- ont des problèmes de relations personnelles (Janoff [2005]; Staub [1996])
- se sentent coupable et rejettent le blâme sur elles (Dunbar [2006]; Wertheimer [1990])
- sont moins empathiques envers les autres victimes d’actes criminels motivés par la haine ou culpabilisent les victimes (Paterson et coll. [2019b])
- remettent en question leur capacité de se protéger (Staub [1996])
- sentent qu’elles ne peuvent atteindre leurs objectifs de vie (Staub [1996])
- sont en colère contre la collectivité ou la sous-collectivité (Herek et coll. [1997]; Janoff [2005]; Staub [1996])
- se sentent exclues de la société plus grande, ce qui se fait sentir sur leur identité (Ashraf et Nassar [2018])
- souffrent de dépression (Awan et Zempi [2015]; Burton et coll. [2013]; Feddes et Jonas [2020]; Herek et coll. [1997]; Huynh, Raval et Freeman [2022]; Inman et coll. [2021]; Janoff [2005]; Lee et Waters [2021])
- souffrent d’anxiété ou de stress post-traumatique (Alhaboby et coll. [2016]; Cramer et coll. [2018]; Garnetts et coll. [1990]; Herek et coll. [1997]; Huynh, Raval et Freeman [2022]; Inman et coll. [2021]; Janoff [2005]; Lee et Waters [2021]; Sims et coll. [2022])
- peuvent avoir des pensées suicidaires accrues (Burton et coll. [2013]; Cramer et coll. [2018]; Duncan et Hatzenbuehler [2014])
- éprouvent des problèmes de sommeil (Lee et Waters [2021])
- ont des maux de tête et des cauchemars, pleurent, sont agitées et nerveuses et maigrissent (Garnetts et coll. [1990]; Janoff [2005])
- consomment plus d’alcool et d’autres drogues (Janoff [2005])
- peuvent participer à l’action sociale et à la défense des intérêts (Sheehan, Maduro et Derlega [2021])
Comparativement aux autres victimes, les victimes de crimes haineux sont plus susceptibles :
- de subir des agressions brutales (Janoff [2005]; Willis [2004]) et sont presque trois fois plus susceptibles de subir des blessures graves (Messner, McHugh et Felson [2004])
- de signaler une plus grande détresse (Herek, Gillis, Cogan et Glunt [1997]; Herek, Gillis et Cogan [1999]; McDevitt et coll. [2001]; Mjoseth [1998])
- de déclarer des niveaux de crainte plus élevés (Craig-Henderson et Sloan [2003]; Herek, Cogan et Gillis, [2002]; McDevitt et coll. [2001])
- de signaler des niveaux plus élevés de dépression, d’anxiété, de colère et de symptômes du SSPT (Alhaboby, et coll. [2016], Herek et coll. [1997]; Mcdevitt et coll. [2001]). Toutefois d’autres chercheurs n’ont constaté aucune différence entre les deux groupes en ce qui concerne la dépression (Rose et Mechanic [2002])
- de considérer les autres comme dangereux (Herek et coll. [1997]; Herek et coll. [1999])
- de considérer le monde comme peu sûr (Herek et coll. [1999]; McDevitt et coll. [2001])
- de considérer leur risque de victimisation future comme étant plus élevé qu’auparavant (Herek et coll. [1997])
- de manifester un niveau relativement faible de maîtrise personnelle (Herek et coll. [1999])
- de considérer les échecs personnels comme étant attribuables aux préjugés (Herek et coll. [1999])
- d’indiquer qu’il est « très difficile » de se remettre de l’incident (McDevitt et coll. [2001])
- de signaler que l’incident a des répercussions importantes sur leur vie (Craig-Henderson et Sloan [2003])
- de déclarer avoir plus de pensées envahissantes au sujet de l’incident et de ne plus vouloir vivre (McDevitt et coll. [2001])
- d’indiquer avoir perdu leur emploi (McDevitt et coll. [2001])
- de signaler d’importants problèmes de santé (McDevitt et coll. [2001])
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