Quand les parents se séparent : nouveaux résultats de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes

2004-FCY-6F

INTRODUCTION

Il s'agit du second de trois rapports portant sur l'incidence des changements familiaux des parents sur l'environnement familial et le bien-être économique des enfants, selon les données de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), une enquête par panel menée conjointement par Développement des ressources humaines Canada (DRHC) et Statistique Canada[3]. Le premier rapport portait sur l'incidence de l'évolution de la situation familiale des parents sur le contexte économique dans lequel les enfants sont élevés (Juby, Le Bourdais et Marcil-Gratton, 2003). Dans les deux rapports suivants, les auteurs examinent plus en profondeur l'incidence des rapports entre les parents sur la trajectoire familiale de leurs enfants. Le présent rapport porte sur les caractéristiques de la transition familiale que les enfants canadiens vivent le plus couramment et le plus tôt dans leur vie : la séparation de leurs parents. Le troisième rapport portera sur ce qui se produit après la séparation des parents.

Deux questions centrales sont abordées dans le présent rapport. Ces questions, qui sont rarement traitées dans les rapports de recherche concernant les transitions familiales, sont au coeur des analyses et constituent une toile de fond pour l'élaboration de politiques :

Qu'est-ce qu'une transition familiale?

Les transitions familiales façonnent la trajectoire familiale. Dans la présente étude, nous considérons qu'il y a transition familiale lorsque la situation familiale des parents change (par exemple, lorsqu'ils se marient, divorcent, forment une union libre ou dissolvent cette union). Certains changements de « situation parentale » sont également considérés comme des transitions familiales : lorsque que la mère ou le père devient une « belle-mère » ou un « beau-père » après avoir formé une nouvelle union avec une personne ayant des enfants issus d'une union antérieure; lorsqu'un des parents a un enfant avec un nouveau conjoint et que cet enfant devient le demi-frère ou la demi-soeur des enfants issus de l'union précédente. Certains de ces changements ont une incidence directe sur le milieu de vie de l'enfant, qui passe ainsi d'une famille intacte à une famille monoparentale. D'autres changements, comme l'arrivée d'un nouveau conjoint dans la vie du parent n'ayant pas la garde de l'enfant, n'auront pas d'incidence sur le type de famille dans laquelle vit l'enfant, mais modifieront tout de même le contexte familial de cet enfant.

Le présent rapport porte essentiellement sur le début du parcours des enfants, plus précisément sur la situation familiale des parents au moment de la naissance des enfants et sur la première transition familiale que les enfants vivent le plus souvent : la séparation de leurs parents. Le rapport est divisé en quatre parties.

Antécédents relatifs à la famille et à la garde légale des enfants

La partie rétrospective « Antécédents relatifs à la famille et à la garde légale des enfants » de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes renferme des renseignements détaillés concernant les antécédents relatifs à la vie conjugale et parentale des deux parents biologiques des enfants. Les antécédents ont d'abord été établis pour la période allant jusqu'au premier cycle d'enquête, à l'hiver 1994-1995, puis ont été mis à jour à chacun des cycles d'enquête subséquents. Les données sur les antécédents relatifs à la famille présentées dans ce rapport nous éclairent sur la mesure dans laquelle les décisions que prennent les parents en ce qui concerne leur vie conjugale et parentale ont une incidence sur la trajectoire familiale de leurs enfants, car elles permettent de retracer les réseaux familiaux complexes que forment les parents biologiques après s'être séparés.

Toutefois, les nombreuses données sur le comportement conjugal et parental des parents biologiques, sur lesquelles sont fondées les analyses de cette partie du rapport, soulèvent quelques problèmes. L'établissement de liens entre des données aussi complexes recueillies lors de différents cycles requiert beaucoup de temps, surtout parce que les renseignements fournis ou recueillis ne concordent pas toujours. Par exemple, plusieurs mères séparées qui, au terme du premier cycle d'enquête, avaient été classées dans la catégorie des mères séparées vivant seules ont indiqué au deuxième cycle que, non seulement elles vivaient avec un nouveau conjoint, mais que ce conjoint vivait avec elles deux ans auparavant (lors du premier cycle d'enquête). La vérification d'autres données a permis de constater que les nouveaux conjoints étaient pour la plupart arrivés dans le ménage peu de temps avant le premier cycle d'enquête; les mères ont probablement omis d'en faire mention en raison du caractère encore incertain de la relation. Ainsi, avant de procéder à l'étude proprement dite, il a été nécessaire de reconstituer les échantillons d'enfants des deux premiers cycles et de s'assurer que les données recueillies à chacun des cycles concordaient.