Des réactions différentes, selon l'âge et le stade de développement
Les préadolescents (entre 9 et 12 ans)
Les préadolescents ont fait des progrès importants sur les plans social et affectif, ce qui contribue à accroître leur sentiment d'autonomie. Comme ils sont plus autonomes, ils attachent une plus grande importance à tout ce qui constitue leur univers à l'extérieur du foyer. L'école, les amis et les activités de loisirs occupent une plus large place dans leur vie.
Les préadolescents comprennent de mieux en mieux les relations humaines et voient le divorce de façon réaliste. Mais le fait qu'ils comprennent davantage ne signifie pas pour autant qu'ils aient la capacité de surmonter tout ce qu'ils traversent sur le plan affectif. Durant cette période, les enfants se créent un code personnel de valeurs morales, fondées en grande partie sur ce que leur ont appris leurs parents et d'autres adultes.
Le repli sur soi
Le repli sur soi est souvent un signe d'inquiétude ou d'anxiété chez le préadolescent. À cet âge, les relations qu'il entretient avec d'autres enfants et avec des amis ont une grande influence sur son évolution socio-affective. Le refus de s'adonner à des activités à l'extérieur de l'école en compagnie d'autres enfants ou une modification du groupe d'amis sont des indices que quelque chose ne va pas.
Quand le désarroi se traduit par la colère
Chez le préadolescent, les sentiments tels que le désarroi et la tristesse s'expriment souvent par la colère. Être en colère l'empêche de se sentir malheureux et vulnérable sur le plan affectif – c'est un moyen de combattre sa souffrance. Certains préadolescents se montrent agressifs, soit de façon directe, par des bagarres avec des camarades de classe et avec leurs frères et sœurs, soit par le biais d'attaques verbales dirigées contre les parents ou un seul d'entre eux. D'autres exprimeront leur colère en argumentant sans fin avec vous ou en protestant contre les règlements familiaux concernant l'heure de rentrée, l'écoute de la télévision ou l'exécution des tâches domestiques. Parfois, ce sont des problèmes physiques qui traduisent le trouble de votre préadolescent : maux de tête ou de ventre qui n'ont rien d'imaginaire et qui causent une douleur réelle.
Un désir de plaire
Dans certains cas, tous les efforts d'adaptation du préadolescent visent à maintenir à tout prix de bonnes relations avec les deux parents. Il tentera par exemple de se mériter des éloges en étant excessivement attentif et serviable envers un de ses parents (ou les deux) ainsi qu'à l'école. Cette maîtrise de soi et ce souci des autres l'empêchent parfois de s'affirmer et d'acquérir une certaine force de caractère.
Ne pas oublier les besoins de l'enfant en cours de développement
À cet âge, les enfants aiment à ce qu'on les traite comme des adultes; les parents doivent néanmoins résister à la tentation de les mêler à leurs problèmes d'adultes. Par exemple, il y a une grande différence entre laisser un enfant choisir la couleur qui servira à repeindre sa chambre et lui demander son avis sur une question financière. Même si les enfants de cet âge peuvent être désireux d'aider leurs parents, ils sont trop jeunes pour assumer une telle responsabilité. Sachez que les enfants qui grandissent avec la responsabilité de s'occuper de leurs parents risquent d'éprouver des difficultés plus tard sur le plan affectif. Assurez-vous que les besoins de vos enfants en cours de développement sont comblés en les encourageant à se faire des amis et à participer à des activités à l'extérieur du foyer.
Conflits : les coûts affectifs
Quand les parents n'hésitent pas à mêler leurs préadolescents aux conflits qui les opposent, les répercussions affectives peuvent être considérables, même à long terme, chez ces enfants comme chez les plus jeunes ou leurs aînés. Les préadolescents se trouvent coincés dans un conflit de loyauté. Ils risquent de ressentir un violent sentiment de culpabilité, d'infidélité et d'appréhension. Le parent qui encourage l'enfant à se mêler au conflit le place dans la position insoutenable d'avoir à choisir entre l'un ou l'autre de ses parents. Or, les enfants de cet âge ne sont pas prêts à exercer ce pouvoir ni à subir le stress qu'il entraîne.
Les relations avec les adultes
Quand un parent commence à fréquenter un autre adulte, le préadolescent doit accepter le fait que le parent ait moins de temps et d'énergie à lui consacrer. Il arrive souvent :
- qu'il croit que le parent l'aime moins parce qu'il lui consacre moins de temps et d'attention;
- qu'il considère que ses parents sont « toujours mariés »;
- qu'il ne soit pas prêt à accepter la sexualité de ses parents – les enfants de cet âge ont de la difficulté à concevoir que leurs parents puissent avoir des rapports sexuels;
- qu'il se sente déchiré, se demandant s'il a le droit d'apprécier la compagnie du nouveau conjoint ou de la nouvelle conjointe du parent.
Un large éventail de mécanismes de défense
Les préadolescents élaborent des mécanismes de défense plus complexes que les plus jeunes. Il arrive ainsi que leurs angoisses s'expriment de telle façon qu'ils ne semblent ni vulnérables ni perturbés. Ils peuvent donner l'impression qu'ils sont dérangés par quelqu'un d'autre – un autre enfant, un autre membre de la famille ou un professeur – ou qu'ils ne ressentent ni désarroi ni colère. Il est parfois préférable – tout dépendant du degré de maturité de votre enfant – de ne pas vous attaquer de front à ces mécanismes de défense. Ainsi, certains enfants de 9 ans pensent et agissent comme des adolescents de 15 ans, alors que d'autres se comportent plus conformément à leur âge. Exercez votre jugement en vous fondant sur les réactions qu'a pu avoir votre préadolescent par le passé. Si la confrontation directe des sentiments ou mécanismes de défense de votre enfant risque d'être perçue comme une menace ou une intrusion, il serait peut-être plus prudent d'avoir recours à la communication indirecte, par exemple, en discutant des sentiments ressentis par le personnage d'un film. Voici quelques mécanismes de défense utilisés par les préadolescents :
- le déni des émotions, par exemple, se soustraire aux discussions qui risquent d'être à forte charge émotive;
- le déplacement des émotions, par exemple, se battre avec des amis et avec d'autres enfants plutôt que de manifester sa colère envers un parent;
- un dévouement excessif envers un parent;
- l'idéalisation du parent absent et l'identification à ce dernier.
Les préadolescents ont besoin qu'on les rassure et qu'on les aide
Les parents de préadolescents croient parfois qu'il est inutile de leur donner des explications concernant la séparation et le divorce, puisqu'ils ont assez de maturité pour comprendre ce qui se passe. Certains enfants de cet âge donnent une impression de grand sérieux, mais il ne faut pas se fier aux apparences.
Au cours de ces moments difficiles, les enfants cherchent tout naturellement auprès de leurs parents la compréhension, le réconfort et le soutien dont ils ont besoin. Quand vous refusez de discuter de la séparation et du divorce, vos enfants sont privés d'un moment privilégié pour formuler leurs questions, exprimer leurs craintes et démêler leurs émotions. Pour expliquer la séparation et le divorce à vos préadolescents, vous pouvez procéder d'une manière qui tienne compte de leur degré de maturité. Certains préadolescents sont jeunes pour leur âge et se sentiront plus à l'aise si vous communiquez avec eux comme avec des enfants plus jeunes du primaire; d'autres réagiront mieux si vous adoptez une approche plus directe, qui convient davantage aux adolescents.
Les préadolescents ont besoin que vous exprimiez par des actes votre attachement à leur égard. Quand vous prenez le temps d'assister à des réunions d'école, à des compétitions ou à des rencontres sportives, vous démontrez à vos enfants qu'ils comptent pour vous. Vous pouvez aider vos enfants à renforcer leur confiance et leur estime de soi : encouragez-les à s'engager dans les activités scolaires, sportives ou artistiques qui les intéressent, aidez-les à se faire des amis et faites-leur savoir que vous appréciez leurs nouveaux acquis et leur maturité croissante.
Les parents devraient continuer à imposer des restrictions, des règlements et des heures de couvre-feu raisonnables, car les préadolescents ont besoin d'un cadre et d'une routine pour se sentir en sécurité. Quand les parents assouplissent les règlements parce qu'ils ressentent des sentiments de culpabilité face à la séparation et au divorce, ils s'exposent souvent à des problèmes additionnels.
D'autres adultes peuvent servir de modèles de comportement ou être les alliés des préadolescents. Vous devriez faire en sorte que vos enfants passent du temps avec d'autres adultes en qui vous avez confiance et qui s'intéressent à eux, par exemple, des parents, des amis de la famille, des voisins ou des enseignants.
Les adolescents (entre 13 et 17 ans)
C'est durant l'adolescence que les enfants apprennent à définir qui ils sont et qu'ils forgent leurs propres valeurs, priorités et objectifs. Ils acquièrent par ailleurs le sentiment d'appartenir à un milieu et au monde qui les entoure. Bref, les adolescents construisent leur propre identité, une identité distincte de celle de leurs parents.
Être adolescent n'est pas facile, même quand tout va pour le mieux. Les adolescents se posent beaucoup de questions auxquelles vous n'avez pas toujours les réponses. L'adolescence constitue une période de profonds bouleversements, ce qui ajoute au stress et au sentiment de confusion qu'ils ressentent. Sur le plan psychologique, les adolescents tentent de s'adapter à des changements physiques et sociaux tout en acquérant une plus grande autonomie par rapport à leurs parents. Plus que jamais, les adolescents attendent de leurs parents le soutien affectif, l'amour et l'orientation ferme dont ils ont besoin pour relever ces défis de taille. En dépit de leur maturité physique (et de leurs revendications passionnées d'indépendance), ils ont toujours besoin de leurs parents.
La plupart des adolescents voient leurs parents comme des êtres qui, s'ils ont des qualités, n'en ont pas moins leurs limites et leurs torts. Il est possible qu'après la séparation ou le divorce, les adolescents ne voient plus leurs parents que sous un jour défavorable. Les adolescents ont de la difficulté à comprendre comment leurs parents ont pu laisser leur relation se détériorer à ce point. Ils jugeront alors que leurs parents sont égoïstes, stupides, faibles ou cruels. Ces jugements impitoyables sont souvent confirmés lorsque l'adolescent est témoin des disputes ou du ressentiment de ses parents.
Des sentiments contradictoires
L'élément de stabilité revêt une grande importance dans la vie des adolescents en raison des bouleversements et de la confusion qui caractérisent cette période. C'est pourquoi la séparation ou le divorce des parents constitue l'une des expériences les plus pénibles que vivront les adolescents. Ils sont cependant mieux armés pour affronter ces difficultés que les plus jeunes enfants.
Quand les parents divorcent, les adolescents sont souvent confrontés à deux types de bouleversements : ceux qui précèdent la séparation et le divorce, et ceux qui surviennent au cours même du processus. Souvent, les adolescents sont véritablement sous le choc lorsqu'ils apprennent que leurs parents se séparent. Même s'ils ont généralement eu connaissance de disputes entre leurs parents, la plupart ne peuvent imaginer que leurs parents vont vraiment divorcer. Au choc et à l'incrédulité succèdent rapidement la colère et la tristesse. Les adolescents n'aiment pas que leur vie soit perturbée. Et ils sont souvent déçus que les parents s'avèrent impuissants à préserver l'unité familiale. Si les adolescents sont souvent en mesure de déterminer la nature de leurs sentiments, il est rare toutefois qu'ils comprennent les raisons exactes de leur colère, de leur tristesse ou de leur attitude extrêmement critique envers leurs parents.
Voici certaines des contradictions auxquelles les adolescents sont couramment confrontés :
- colère contre les parents ou l'un d'eux, mais aussi amour envers les deux parents;
- loyauté envers les deux parents, mais aussi tentation de prendre parti pour l'un d'eux;
- affection pour le nouveau conjoint ou la nouvelle conjointe du parent, mais aussi anxiété face à l'aspect sexuel de la relation du parent avec cet autre adulte;
- comportement qui incite à croire que tout va bien, mais aussi besoin d'attention et de protection.
Les adolescents doivent également surmonter d'autres difficultés. Ils voient la séparation et le divorce comme une preuve que le parent qui quitte le foyer ne les aime pas vraiment ou ne souhaite pas réellement leur compagnie. Les adolescents sont en outre particulièrement vulnérables parce qu'ils ont suffisamment de maturité pour que les parents les utilisent, à tort, comme des « espions » ou messagers, bien qu'il arrive que les adolescents rejettent fermement ce rôle.
La réaction la plus évidente : la colère
L'adolescent se sent parfois submergé par sa propre colère et il risque d'être sérieusement perturbé quand des affrontements graves surviennent entre ses parents. Il lui paraît inconcevable que ses parents se soient placés eux-mêmes dans une situation aussi pénible et qu'ils se fassent autant de mal l'un à l'autre. L'adolescent qui est témoin des disputes de ses parents risque en outre de conclure qu'il est acceptable d'exprimer sa colère sans aucune retenue (ou, au contraire, que la colère devrait être dissimulée ou camouflée). L'adolescent troublé par la séparation et le divorce manifestera souvent de la colère envers ses parents, ses frères et sœurs, ses professeurs, ses amis, d'autres enfants ou s'en prendra même à des objets. Les bagarres, le vandalisme, les éclats de voix, les hurlements sont autant de manifestations de sa colère. Certains comportements – consommation abusive d'alcool ou de drogues, repli sur soi ou refus de participer à des activités, rendement scolaire insatisfaisant, absence aux cours, vol et mauvaises habitudes alimentaires – traduisent souvent de la colère, même si l'adolescent n'en est pas lui-même conscient.
« ... Au début, je ne savais pas comment exprimer ma colère. Je ne savais pas si je devais juste en parler ou crier. Je n'avais jamais vraiment parlé du divorce avec mes amis. Je pensais que personne au monde ne pourrait vraiment comprendre. »
MELISSA, 17
Autres réactions courantes
En plus de ressentir de la colère, les adolescents peuvent :
- subir un grand stress;
- se mettre à appréhender l'avenir;
- éprouver un besoin excessif d'organiser leur univers;
- remettre en question l'institution du mariage et la possibilité qu'il dure;
- s'inquiéter de ne jamais pouvoir eux-mêmes vivre des relations harmonieuses;
- s'opposer au nouveau conjoint ou à la nouvelle conjointe d'un parent ou se sentir menacés par ces nouvelles relations.
Préférer la communication directe
Contrairement aux enfants plus jeunes, les adolescents réagissent mieux à la nouvelle de la séparation ou du divorce si les deux parents abordent le sujet directement. Il serait bon que vous annonciez simultanément la nouvelle à l'adolescent et aux autres enfants, puis abordiez à nouveau la question en tête-à-tête avec l'adolescent. Ce dernier aura ainsi l'impression que l'on reconnaît sa plus grande maturité.
Les parents doivent parler de la séparation et du divorce en termes concrets, et expliquer en quoi, selon eux, cet événement aura des répercussions sur la vie de tous les jours de l'adolescent. Ils peuvent insister sur la nécessité que chacun fasse preuve de patience et de compréhension : tout comme les adolescents ont besoin de temps pour s'adapter, les parents n'ont pas non plus la partie facile.
En communiquant directement avec l'adolescent et en se montrant disposé à faire des compromis sur certains points de désaccords, on l'aidera à s'adapter aux bouleversements et à poursuivre sa croissance et son développement. Avec des adolescents, la meilleure façon de procéder consiste à doser subtilement la communication directe, les négociations qui tiennent compte de leurs besoins tout en imposant des limites raisonnables et le respect de leur autonomie croissante.
Aider les adolescents à conserver leurs amis
Il est généralement préférable que l'adolescent demeure à la même école, puisqu'il y a tissé un réseau d'amis. Certains de ces amis ont peut-être déjà vécu un divorce dans leur propre famille. Faites en sorte que vos adolescents voient régulièrement leurs amis afin que la séparation et le divorce ne monopolisent pas tout leur temps et toute leur énergie. Que ses parents soient ou non séparés, il est normal qu'un adolescent préfère passer du temps avec ses amis ou avec des membres de la famille élargie plutôt qu'en compagnie d'un parent. Lorsque se produit un déménagement dans une autre ville ou que les parents habitent loin l'un de l'autre, les adolescents devront se faire de nouveaux amis et s'adapter à des situations nouvelles, ce qui peut rendre les événements encore plus pénibles et stressants. Il leur faudra du temps pour s'ajuster.
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