Étude sur les services juridiques au Nunavut

7. CONSEILLERS PARAJUDICIAIRES

7. CONSEILLERS PARAJUDICIAIRES

Dans le système de justice du Nunavut, il existe un fort consensus selon lequel les conseillers parajudiciaires constituent des pivots cruciaux pour le bon fonctionnement du régime d'aide juridique dans un contexte multiculturel. En effet, la grande majorité des clients sont inuits, leur langue maternelle est l'inuktitut et ils sont parfois unilingues. Le régime d'aide juridique des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut repose sur la prémisse fondamentale que les conseillers parajudiciaires inuits sont essentiels à la communication efficace entre les avocats et leurs clients, à la préparation des cas et au suivi. Les conseillers parajuridiques efficaces maximisent le rendement des avocats de multiples façons. De plus, les conseillers parajudiciaires indépendants qui reçoivent une formation et du soutien appropriés ont prouvé qu'ils étaient en mesure d'assumer d'importantes responsabilités dans la collectivité. Ils offrent toute une gamme de services : vulgarisation et information juridiques, représentation de clients dans les audiences de justification et les procès, rôle crucial en matière d'assistance à la recherche et de soutien dans les affaires en matière familiale et civile et en matière de justice pour les jeunes. Les conseillers parajudiciaires sont des membres respectés, bien connus et accessibles de la collectivité. De ce fait, ils apportent aussi de la visibilité et de la crédibilité dans leur collectivité au système de justice, qui est encore essentiellement un système itinérant.

Les conseillers parajudiciaires qui travaillent pour la CSJN dans les centres régionaux de services juridiques reçoivent une rémunération et des avantages sociaux caractérisés par leur faiblesse et leur incohérence; leur formation est sporadique et ils sont trop peu nombreux, malgré leur rôle crucial et largement reconnu dans le système de justice. Dans plusieurs collectivités, il n'y a pas de poste de conseiller parajudiciaire. En outre, les conseillers sur place travaillent souvent dans des locaux inadéquats ou n'en ont pas pour interroger les clients en toute sécurité et confidentialité ou pour classer des dossiers confidentiels. Ils ont très peu de moyens et d'appareils de communication. On constate donc un fort taux de roulement du personnel, d'épuisement professionnel et d'insatisfaction chez les conseillers parajudiciaires. Consciente de l'importance de remédier à cette situation, la CSJN s'affaire à mettre au point un plan d'action qui permettra d'offrir aux conseillers parajudiciaires une formation hiérarchisée complète, intensive, continue et assortie d'une attestation. Il est jugé essentiel que, lorsque ce programme sera lancé, on reconnaisse concrètement le rôle vital que jouent les conseillers parajudiciaires dans la prestation des services d'aide juridique par une hausse salariale importante et de meilleurs avantages sociaux.

7.1 RÔLES ET RESPONSABILITÉS ACTUELS

Les rôles et les responsabilités actuels des conseillers parajudiciaires sont extrêmement variés et, d'une certaine façon, tributaires de facteurs tels que leur niveau de formation et la situation de leur collectivité (par exemple, s'il y a un juge de paix dans la collectivité et le niveau de responsabilité assumé par la cour). En général, on attend des conseillers parajudiciaires qu'ils assurent un lien direct entre les clients et les avocats de l'aide juridique et on les considère comme un élément clé de la politique fédérale et territoriale visant à renforcer les cours des juges de paix au Nunavut.

7.1.1 Responsabilités des conseillers parajudiciaires

Les conseillers parajudiciaires qui ont été interviewés ont fait ressortir les responsabilités suivantes comme éléments de leurs activités tidiennes :

« Nous devons être des conseillers, ce qui est très exténuant. J'essaie toujours d'être positif. Parfois, il s'agit seulement d'écouter. »

Selon les conseillers parajudiciaires, la majeure partie de leur temps et de leurs efforts est consacrée à interroger des clients, à les aider à remplir les formulaires de demande d'aide juridique, à les informer sur le processus et le système juridique, à traiter les demandes de renseignements que leur envoient les avocats en droit de la famille ou en droit pénal et à fournir des services de traduction et d'interprétation.

Pressions subies par les conseillers parajudiciaires

Les pressions subies par les conseillers parajudiciaires sont de deux ordres : l'élargissement de leur rôle et des services qu'ils fournissent, et la nature de leurs relations avec les autres intervenants du système de justice.

On presse beaucoup les conseillers parajudiciaires d'élargir leur rôle et les services qu'ils fournissent dans les domaines suivants :

Des répondants ont indiqué que, dans l'ensemble, on presse les conseillers parajudiciaires de devenir un peu des avocats. Plusieurs ont formulé des réserves quant à cette approche, exposée en détail dans la sous-section ci-dessous, qui traite des modifications apportées au rôle des conseillers parajudiciaires.

En ce qui a trait à la principale pression subie en rapport avec les autres intervenants du système de justice, les conseillers parajudiciaires ont le sentiment que la GRC et les avocats de la Couronne les considèrent comme quantité négligeable au cours des procédures. Dans certains cas, on les fait se sentir inférieurs aux juges de paix locaux. Dans certaines collectivités, la GRC refuse de leur communiquer des renseignements sur les inculpations. Cette attitude leur met des bâtons dans les roues pour l'accomplissement de leur mandat et la prestation de services à leurs clients.

Les conseillers parajudiciaires subissent aussi la pression des membres de la collectivité. On leur demande parfois de rompre le secret professionnel et de dévoiler des détails sur des délits, des conflits familiaux ou des événements connexes. On leur reproche aussi de représenter les accusés plutôt que les victimes.

Obstacles actuels à la prestation efficace des services des conseillers parajudiciaires

Les conseillers parajudiciaires se butent à de nombreux obstacles dans la prestation de leurs services. D'aucuns sont liés aux infrastructures, d'autres à l'insuffisance de ressources ou aux exigences émotionnelles et psychologiques de l'emploi. Parmi ces obstacles, on retrouve les suivants :

« J'ai besoin d'un bureau; pour l'instant, il est dans ma chambre. Je suis très mal à l'aise lorsque je dois interroger des hommes. J'ai besoin d'une ligne téléphonique [réservée au travail]. Lorsque j'interviewe quelqu'un, je dois mettre les visiteurs et les enfants à la porte et fermer le téléphone. Je n'aime pas garder des dossiers confidentiels à la maison. »

Ces obstacles provoquent beaucoup de stress et de frustration chez les conseillers parajudiciaires. Il est possible que le taux élevé de roulement soit directement lié à ces frustrations, à la faible rémunération et aux faibles avantages sociaux, ainsi qu'à la forte concurrence que se livrent le gouvernement et les organismes autochtones à la recherche de personnel compétent et bilingue dans les collectivités.

Changements anticipés concernant les conseillers parajudiciaires

On attend plusieurs changements qui toucheront les rôles et les responsabilités des conseillers parajudiciaires et qui entraîneront des modifications à leur emploi et à leurs besoins en formation. Les répondants ont souligné les changements suivants :

Quelques répondants ont émis des réserves quant à la possibilité que les conseillers parajudiciaires assument davantage de responsabilités en droit pénal, en droit de la famille et en droit civil. Certains étaient d'avis que les conseillers parajudiciaires devraient s'occuper surtout des affaires relevant du droit de la famille et du droit civil, plutôt que du droit pénal, car les collectivités ont besoin d'une personne habitant dans le coin et parlant inuktitut pour traiter de ces questions. D'autres ont dit que le droit de la famille et le droit civil étaient beaucoup plus complexes que le droit pénal et que, par conséquent, les conseillers parajudiciaires devraient continuer de se concentrer sur ce dernier.

Enfin, plusieurs répondants ont mentionné que, si on veut élargir le rôle des conseillers parajudiciaires et les former pour qu'ils puissent exercer des activités traditionnellement réservées aux avocats, il faudra élaborer à leur intention un code de déontologie semblable à celui qui régit la pratique des avocats.

7.2 POSSIBILITÉ DE COMBLER DES BESOINS NON SATISFAITS

Les pressions que subissent les conseillers parajudiciaires par rapport à l'élargissement de leur rôle et de leurs responsabilités ainsi que le nombre d'activités dans lesquelles ils disent avoir un rôle « non officiel » indiquent clairement qu'il y a des besoins non satisfaits à l'égard de leurs services dans les collectivités.

Selon les répondants, les besoins non satisfaits touchent, entre autres, les questions relatives au droit de la famille et à la justice pour les adolescents, le programme de vulgarisation et d'information juridiques, le domaine de la justice communautaire et alternative et le travail avec les aînés, à qui on demande de jouer un rôle de plus en plus important dans le système de justice afin d'y intégrer les valeurs et les idées traditionnelles.

Conseillers parajudiciaires et cours des juges de paix

On attend plusieurs changements qui toucheront probablement les rôles et les responsabilités des conseillers parajudiciaires et des cours des juges de paix. Les répondants ont soulevé les suivants :

7.3 RESSOURCES NÉCESSAIRES POUR RÉALISER LE POTENTIEL

Plusieurs suggestions ont été faites pour alléger les pressions subies par les conseillers parajudiciaires et mieux les préparer à relever les défis découlant des changements futurs dans les cours des juges de paix.

Plusieurs moyens de lever les obstacles auxquels font face les conseillers parajudiciaires ont été recommandés. En voici quelques-uns :

Prestation d'une formation adéquate aux conseillers parajudiciaires

Il existe un consensus selon lequel la formation dispensée jusqu'à présent aux conseillers parajudiciaires est inadéquate à leur rôle actuel. Au fil des ans, cette formation a été sporadique et offerte seulement quand la charge de travail et le budget le permettaient. La plupart des conseillers l'ont donc acquise en cours d'emploi et les rares conseillers principaux le sont devenus par l'expérience. Face à l'avenir, les conseillers parajudiciaires savent qu'ils subiront de plus en plus de pressions et auront besoin d'une meilleure formation à mesure que les cours des juges de paix seront de plus en plus utilisées et que d'autres initiatives, comme la justice alternative, seront mises en place. Les conseillers parajudiciaires auraient avantage à recevoir une meilleure formation dans les domaines suivants :

Plusieurs répondants ont fait ressortir le besoin d'un programme de formation fondé sur les acquis et assorti d'un régime adéquat de rémunération et d'avantages sociaux commun à tous ceux qui exercent les fonctions de conseiller parajudiciaire au Nunavut.

Comme il a été mentionné précédemment, la CSJN est à mettre au point une approche systématique et hiérarchisée pour la formation des conseillers parajudiciaires, qui pourra régler bien des problèmes soulevés dans la présente section. Il est très important que cette formation soit axée sur les trois paliers de formation des juges de paix, de sorte qu'un conseiller et un juge de paix qui travaillent ensemble aient un niveau comparable de compétence et de confiance en eux-mêmes. On espère aussi que cette formation améliorera les relations entre les conseillers parajudiciaires et les autres intervenants du système de justice, rehaussera l'estime de soi des conseillers parajudiciaires et suscitera, en général, un plus grand respect à leur endroit.

Enfin, certains répondants étaient d'avis qu'une meilleure formation des conseillers parajudiciaires et l'amélioration de leurs relations et de leurs conditions de travail qu'elle entraînera permettront de conserver les effectifs après qu'ils auront été formés.

7.4 SOMMAIRE DE LA SECTION 7.

Le tableau suivant résume les points importants de la section 7.

Tableau 7.1 : Sommaire de la section 7.0


[23] C'est la clinique régionale qui administre le budget pour les conseillers parajudiciaires. La CSJN y contribue en vertu d'une entente, mais la clinique est libre d'affecter ces fonds aux conseillers parajudiciaires ou à d'autres ressources, selon ses besoins. La CSJN a reconnu la nécessité de participer plus directement à la gestion du programme de conseillers parajudiciaires et a commencé à travailler en collaboration avec les conseils et les directeurs des cliniques régionales à ce sujet.