La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée

Annexe A : Bibliographie annotée (suite)

KANOUSE, D., BERRY, S., DUAN, N., LEVER, J., CARSON, S., PERLMAN, J. et LEVITAN, B. «Drawing a probability sample of female street prostitutes in Los Angeles county», The Journal of Sex Research, vol. 36, no 1, 1999, p. 45-51.

Les études antérieures sur les prostituées de la rue présentent des données inexactes sur la taille de cette population. En raison du caractère illicite de la prostitution de rue et de la nature passagère de cette population, il est difficile d’obtenir des échantillons de recherche précis. Cet article décrit les méthodes utilisées afin d’établir la base de sondage, de procéder à l’échantillonnage et de tenir les entrevues sur place auprès des prostituées de la rue. En outre, l’article présente des renseignements sur les comportements qui augmentent les risques qu’une travailleuse du sexe contracte une maladie transmise sexuellement (p. ex., activité sexuelle, injection de drogues et relations sexuelles avec des hommes qui s’injectent des drogues). Une méthode d’échantillonnage en deux étapes a servi à déterminer les lieux et les créneaux horaires, puis à échantillonner les personnes admissibles dans les endroits et aux moments choisis. Pendant 36 semaines, des équipes sur le terrain ont choisi au hasard des femmes de la rue dans des secteurs déterminés au préalable, selon une unité d’échantillonnage (secteur-jour-quart). Elles ont interrogé les sujets admissibles et elles leur ont demandé de se soumettre à une prise de sang. Au total, 998 prostituées de la rue ont été recrutées et interrogées. Quatre-vingt-cinq pour cent ont accepté de se soumettre à une prise de sang (les résultats n’ont pas été examinés dans ce document). Voici certains des résultats : seulement 2 % des femmes interrogées avaient moins de 18 ans (cependant, selon les auteurs, certaines ne voulaient peut-être pas admettre qu’elles étaient mineures); plus de 80 % des répondantes appartenaient à des minorités (surtout noires et hispaniques). Les limites de l’étude comprenaient une population cible non représentative (bien des femmes ont déclaré qu’elles ne se livraient pas à la prostitution). Pour assurer la sécurité des chercheurs, les équipes n’ont pas travaillé dans certains secteurs à certains moments parce qu’ils étaient jugés trop dangereux. Dans l’ensemble, d’après les auteurs, il est possible d’établir une base de sondage spatio-temporelle et d’utiliser des méthodes d’échantillonnage sur le terrain pour obtenir un échantillon aléatoire de prostituées de la rue.

KRUKS, G. «Gay and lesbian homeless/street youth: Special issues and concerns», Journal of Adolescent Health, vol. 12, 1991, p. 515-518.

Cette étude, qui porte sur les expériences des jeunes homosexuels et lesbiennes et bisexuels, examine la situation des jeunes itinérants et fugueurs en analysant les données recueillies par un consortium d’organismes. Les données révèlent que les jeunes homosexuels et bisexuels semblent très vulnérables à l’itinérance et au suicide. Les jeunes homosexuels de la rue peuvent avoir fait une fugue à cause de sentiments anti-homosexuels qui régnaient dans leur milieu familial et, par rapport aux hommes itinérants hétérosexuels, ils risquent plus de se livrer à la prostitution pour subvenir à leurs besoins. Un échantillon a révélé que 53 % des jeunes homosexuels de la rue avaient tenté de se suicider tandis que 32 % des membres d’un groupe de jeunes homosexuels et non homosexuels de la rue ont déclaré qu’ils avaient tenté de se suicider. L’auteur conclut que les préjugés, la discrimination et l’homophobie contribuent à divers problèmes rencontrés par les jeunes homosexuels.

LAU, E.  Journal d’une fille de la rue, Montréal, Éditions Quinze, 1991.

L’auteure fait l’historique de ses expériences en tant que fugueuse vivant dans les rues de Vancouver, en Colombie-Britannique. Elle relate les entrées de son journal intime, au moment où elle était chez elle et pendant les deux premières années après sa fugue. L’ouvrage décrit les conflits et les souffrances qu’elle a connus dans son milieu familial (c.-à-d. un milieu familial trop sévère) et sa décision ultérieure de faire une fugue pour se réfugier dans la rue. L’auteure décrit comment elle en est venue à se prostituer et à utiliser progressivement des substances intoxicantes pour échapper psychologiquement à ses problèmes situationnels. L’ouvrage fait également état de la lutte qu’elle a menée pour quitter la rue et de la difficulté de chercher à réintégrer la société.

LEBLANC, S. L. Consistent and Persistent: A Necessary Approach to Children Involved in Prostitution, Colombie-Britannique, 1997.

À Prince George, en Colombie-Britannique, il y a environ 45 jeunes prostitués et de 100 à 200 enfants qui risquent de se livrer à la prostitution de rue. En réponse aux préoccupations suscitées par la pratique du commerce du sexe chez les jeunes, le Community Planning Council a demandé à l’auteure de ce rapport de trouver des solutions à l’exploitation sexuelle des jeunes. Le rapport porte sur trois questions : 1) examiner le problème de la prostitution chez les jeunes à Prince George; 2) présenter un aperçu des rapports produits par le ministère du Procureur général de la Colombie-Britannique, l’Alberta et un organisme de services de Vancouver; 3) examiner les renseignements recueillis auprès de prestataires de services à Prince George. L’auteure fait remarquer que la prostitution chez les jeunes est grave et qu’elle doit être considérée comme une forme de violence à l’endroit des enfants. En outre, elle indique qu’il faut faire plus pour arrêter les clients et les souteneurs des jeunes prostitués et qu’il faut améliorer les services sociaux, d’éducation, de logement et de santé pour aider à prévenir l’exploitation sexuelle des jeunes. Les prestataires de services ont préconisé une approche concertée pour lutter contre le commerce du sexe chez les jeunes (p. ex., application plus rigoureuse du paragraphe 212(4), plus de services sociaux et initiatives proactive en matière d’éducation et de prévention).

LEE, M. et O'BRIEN, R. The Game’s Up: Redefining Child Prostitution, Londres, GB, The Children’s Society, 1995.

Ce rapport porte sur les réponses appropriées et contre-indiquées à l’exploitation sexuelle des enfants et des jeunes en Angleterre et au pays de Galles. Les auteurs cherchent à accroître la sensibilisation à ce phénomène, et ils préconisent une analyse plus poussée des facteurs qui contribuent à la prostitution chez les jeunes.

LINES, L. Toronto Roundtable on Prostitution Involving Children and Youth: Recommendation for Action to End Commercialised Child Sex Abuse, automne 1998.

Le 11 février 1997, le Conseil de la santé de Toronto a demandé au médecin hygiéniste de présenter, de concert avec l’Escouade des jeunes de la Police de la communauté urbaine de Toronto, d’autres organismes de services sociaux et le Conseil scolaire de Toronto, un rapport sur la prévention de la prostitution chez les enfants et les jeunes et la situation actuelle. Plusieurs intervenants clés se sont réunis au cours de trois séances de trois heures pour évaluer la situation actuelle concernant la prostitution chez les enfants et les jeunes et de suggérer des initiatives appropriées. Les participants ont discuté des questions suivantes : définitions juridiques et approches en matière de réglementation, politique et pratique provinciales, interventions et résultats, prévention – à la maison, à l’école et dans la collectivité. Voici les recommandations formulées : la prostitution chez les jeunes doit être définie comme étant de la violence sexuelle à l’endroit des enfants à des fins commerciales; les jeunes prostitués doivent être considérés comme des victimes de violence sexuelle; la province doit accroître les fonds qu’elle affecte à la prévention; il faut lancer une campagne de sensibilisation dans les médias pour renseigner davantage la collectivité sur la violence sexuelle à des fins commerciales. Le rapport comprend un protocole concernant la prestation de services aux jeunes itinérants et fugueurs de moins de 16 ans. Selon l’auteure, il y a une foule de raisons pour lesquelles certains jeunes font une fugue ou sont chassés de leur milieu familial. L’histoire de la plupart des jeunes de la rue d’aujourd’hui révèle généralement qu’un conflit familial, la négligence et(ou) la violence ont largement contribué à la fugue. Nombre de chercheurs font état d’une corrélation entre la violence sexuelle et le fait de faire une fugue, en particulier chez les jeunes qui se livrent à la prostitution. De plus, les jeunes qui révèlent à leurs parents qu’ils sont homosexuels ou lesbiennes risquent fortement d’être rejetés ou agressés par les membres de leur famille. L’auteure examine également les catégories de jeunes de la rue (p. ex. les jeunes confiés à la Société d’aide à l’enfance ou mis sous garde aux termes de la Loi sur les jeunes contrevenants, qui font une fugue, les jeunes Autochtones et les jeunes homosexuels, lesbiennes ou bisexuels) et les caractéristiques des jeunes de la rue (p. ex. manque d’instruction et de compétences professionnelles et itinérance). Le rapport est un outil que peuvent utiliser les organismes, les institutions et les gouvernements pour aborder la question de la violence sexuelle à l’endroit des enfants et des jeunes à des fins commerciales.

LONGRES, J. «The use of survey methods in research parents of adjudicated teenage prostitutes», Journal of Sociology and Social Welfare, vol. 14, 1987, p. 65-86.

Dans le cadre de la plupart des études sur la dynamique familiale en tant que facteur ayant contribué à la prostitution chez les jeunes, on a utilisé les entrevues auprès des prostitués pour recueillir des renseignements. Cette étude a deux objectifs : étudier les parents des adolescentes prostituées et décrire les défis à relever pour utiliser des méthodes d’enquête auprès d’une population difficile à interroger. L'auteur a cherché à interroger les familles de 75 jeunes femmes qui ont terminé un projet à l’intention des prostituées dans un important tribunal de la jeunesse en milieu urbain (33 familles ont accepté de participer). Il était difficile de contacter les répondants en raison des relations souvent rompues entre les parents et les jeunes. Des lignes directrices fondées sur les expériences cliniques avec les familles réticentes ont été établies pour maximiser la participation à l’étude (p. ex., persister à contacter les parents avant l’entrevue, assurer la confidentialité, s’assurer que les parents savent que l’étude vise à accroître les connaissances). Selon le processus, les méthodes d’enquête utilisées avec certaines précautions constituent un outil précieux pour recueillir des données auprès des parents des adolescentes prostituées. On a observé un taux de réponse de 68 % lorsque les lignes directrices concernant la collecte des données recommandées par les travailleurs des services d’approche étaient suivies. Il semble qu’un pourcentage important de parents d’adolescentes prostituées acceptent de participer à des services axés sur la famille pour aider leurs enfants.

LONGRES, J. «An ecological study of adjudicated female teenage prostitutes», Journal of Social Service Research, vol. 14, 1991, p. 113-127.

Cet article décrit les antécédents familiaux du point de vue des parents de jeunes prostituées, et il recommande des services axés sur la famille. L’auteur utilise comme outil d’analyse un point de vue écologique qui définit le conflit entre les parents et leur milieu social et physique. Un questionnaire structuré est administré à 33 parents d’adolescentes prostituées déclarées. Selon les données, les parents subissent un stress résultant de l’échec des relations intimes antérieures et de la marginalité économique. De plus, les jeunes filles ont grandi dans des quartiers qui leur permettaient d’embrasser relativement facilement une carrière en prostitution. L’auteur recommande l’établissement de services pour réadapter les familles et empêcher les jeunes filles de se prostituer davantage.

LOWMAN, J. «Prostitution in Canada», Resources for Feminist Research, vol. 13, no 4, 1985-1986, p. 35-37.

Cet article présente un résumé des résultats du Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (Comité Badgley) et du Comité spécial d'étude de la pornographie et de la prostitution (Comité Fraser, 1985). L'article fait ressortir 6 thèmes des deux rapports : modes de prostitution, caractéristiques des prostitués, clients, proxénètes, activités d’application de la loi et services sociaux disponibles. L’auteur fait remarquer entre autres que la plupart des prostitués ont connu une vie familiale négative pendant leur enfance, qu’ils possèdent peu d’instruction ou de compétences professionnelles et qu’ils ont commencé à se prostituer pendant leur adolescence. L’auteur indique également que les lois sur la prostitution n’ont pratiquement pas été appliquées aux clients.

LOWMAN, J. «You can do it, but don’t do it here: Some comments on proposals for the reform of canadian prostitution law» dans Regulating Sex: An Anthology of Commentaries on the Findings and Recommendations of the Badgley and Fraser Reports, sous la direction de J.Lowman, M. Jackson, T. Palys et S. Gavigan, Burnaby, C.-B., Simon Fraser University, 1986.

Les préoccupations de plus en plus vives à l’égard du commerce du sexe chez les jeunes ont amené le gouvernement à ajouter la prostitution au mandat du Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (Comité Badgley). Dans ce document, Lowman reproche au Comité Badgley d’avoir recommandé la modification du Code criminel pour contrôler les jeunes prostitués. L’auteur réfute la conclusion du Comité Badgley selon laquelle les jeunes prostitués ne semblent pas être davantage victimes de violence sexuelle pendant leur enfance que les autres Canadiens. De plus, il reproche au Comité de laisser entendre que les jeunes prostitués sont responsables de leurs problèmes. Selon Lowman, le Comité personnalise la question en ne tenant pas compte du contexte structurel de la prostitution chez les jeunes. En général, l’auteur soutient que le Comité Badgley présente une analyse insuffisante de la façon dont certains jeunes commencent à se prostituer après avoir fui un milieu familial intolérable (en raison de la violence sexuelle et physique) et après s’être retrouvés dans la rue sans possibilités réelles d’emploi. L’auteur conclut que l’application de la recommandation visant à imposer des sanctions criminelles aux jeunes prostitués contribuerait à considérer davantage les prostitués comme des criminels au lieu de modifier les structures sociales qui font de la prostitution de rue un moyen de subsistance logique pour les jeunes qui ont quitté leur milieu familial.

LOWMAN, J.  «Taking young prostitutes seriously», Canadian Review of Sociology and Anthropology, vol. 24, no 1, 1987, p. 99-116.

En 1984, le Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes a recommandé la promulgation d’une loi imposant des sanctions criminelles aux enfants et aux jeunes qui se livraient à la prostitution afin de les empêcher de continuer à pratiquer le commerce du sexe. Ce document conteste cette conclusion en critiquant le cadre théorique du Comité et son interprétation des données sur les caractéristiques des jeunes prostitués. Il expose les problèmes que pose l’affirmation du Comité selon laquelle les jeunes prostitués ne sont pas plus victimes de violence sexuelle pendant leur enfance que les autres jeunes Canadiens. L’auteur soutient que le Comité Badgley a considéré les jeunes prostitués comme des cas pathologiques, ce qui a décontextualisé leur décision de se prostituer. Pour réduire la prostitution chez les jeunes, Lowman préconise des stratégies à court terme assorties d’initiatives à long terme qui récusent la socialisation sexuelle des hommes et le chômage des jeunes.