La victimisation avec violence : répercussions sur la santé des femmes et des enfants
4. Synthèse et conclusions
4.1 Résumé de la preuve
4.1.1 La VPI et ses répercussions sur la santé des femmes et des enfants
- La VPI demeure une importante cause de décès et de blessures touchant les femmes canadiennes et certains groupes, notamment les femmes autochtones, victimes d'actes de violence plus fréquents et plus graves.
- D'autres problèmes de santé physique associés à l'exposition à la VPI comprennent la douleur chronique, l'invalidité, la fibromyalgie, les troubles gastro-intestinaux, le syndrome du côlon irritable, les troubles du sommeil et les réductions généralisées du fonctionnement physique et de la qualité de vie liée à la santé. De récentes études indiquent que la VPI peut être associée aux maladies cardiaques.
- En ce qui a trait à la santé génésique des femmes, la VPI est associée aux troubles gynécologiques, à l'infertilité, à la maladie inflammatoire pelvienne, aux complications durant la grossesse et aux fausses couches, aux dysfonctions sexuelles, aux maladies transmissibles sexuellement y compris le VIH/sida, aux avortements risqués et aux grossesses non désirées.
- La VPI pendant la grossesse est associée au femicide et aux sévices directs causés au fœtus, ce qui peut entraîner des naissances prématurées ou des bébés de faible poids à la naissance.
- Les conséquences défavorables découlant du fait d'avoir été témoin de VPI durant l'enfance comprennent le risque accru de problèmes psychologiques, sociaux et comportementaux dont l'anxiété et les troubles d'humeur, ainsi que la toxicomanie et les difficultés scolaires chez les enfants et les adolescents.
- La VPI est associée de manière constante à des taux élevés de dépression, aux troubles d'anxiété (notamment l’ESPT), aux troubles du sommeil persistants, aux phobies et aux crises de panique, aux troubles psychosomatiques, au comportement suicidaire et à l'automutilation, aux troubles alimentaires, à la toxicomanie, aux troubles de la personnalité antisociale et aux psychoses non affectives.
- Chez les femmes autochtones ayant des antécédents de violence, la prévalence de ces troubles, surtout la dépression, peut être plus élevée, même si les femmes autochtones exposées à la violence estiment elles-mêmes que leur santé se situe au même niveau que celle des femmes non autochtones.
- L'exposition à la VPI est associée à des comportements à risque pour la santé, y compris à la consommation excessive d'alcool et de drogue, au tabagisme, aux comportements sexuels à risque et à l'inactivité physique.
4.1.2 Agressions sexuelles de femmes
- La plupart des agressions sexuelles ne causent pas de blessures physiques; cependant, dans l’affirmative, elles peuvent avoir des répercussions sur la santé génésique et causer des complications gynécologiques lors de la grossesse (saignements ou infections vaginales, fibromes, perte de l'appétit sexuel, irritation génitale, douleurs pendant les rapports sexuels, douleurs pelviennes chroniques et infections des voies urinaires), ainsi que des maladies sexuellement transmissibles, y compris l'infection par le VIH.
- Les répercussions des agressions sexuelles sur la santé mentale sont semblables à celles décrites plus haut pour la VPI, la dépression et l'anxiété, surtout l’ESPT, étant les plus directement associés à ce type de victimisation. La stigmatisation peut mener à des taux plus élevés de comportements suicidaires.
4.1.3 Abus sexuels d'enfants
- L'exposition à l’ASE est associée à des troubles dans de nombreux domaines, y compris ceux de la santé mentale, de la santé physique, de l'éducation, du comportement criminel et du fonctionnement interpersonnel.
- Chez les petites filles, l'abus sexuel est associé à des effets négatifs à court et à long terme sur la santé mentale, selon la gravité, la persistance et la présence de facteurs de risque et de protection, aussi bien génétiques qu'environnementaux.
- L'ASE est un facteur de risque non spécifique d'internalisation et d'externalisation des troubles chez les jeunes filles et les femmes adultes; il est associé aux dérèglements neurobiologiques à la fois chez l'enfant et chez l'adulte, y compris aux altérations de l'axe hypothalamique - pituitaire - surrénal (HPS), du système nerveux sympathique et plus récemment, du système immunitaire.
- Les répercussions de l'ASE sur la santé mentale continuent de se faire sentir à l'âge adulte. Chez les femmes adultes, tout indique qu'il existe une forte association entre l'ASE et la dépression, l’ESPT, les crises de panique, la dépendance à la drogue et à l'alcool et les tentatives de suicide.
4.1.4 Formes multiples de violence envers les enfants/expériences négatives vécues durant l’enfance
- L'exposition à de multiples formes de violence envers les enfants entraîne des séquelles psychologiques à court terme, qui se manifestent par des comportements tels que l'incontinence, les cauchemars et le retrait social.
- Les répercussions à plus long terme peuvent être :
- les troubles de santé physique, dont la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), la cardiopathie ischémique (CI), la maladie du foie, les maladies sexuellement transmissibles (MST), la mort foetale et les grossesses non désirées durant l'adolescence;
- les troubles de santé mentale, dont la dépression, les tentatives de suicide, les troubles du sommeil et réduction de la qualité de vie liée à la santé;
- les comportements risqués pour la santé, dont l’alcoolisme et l’abus d'alcool, l’usage illicite de drogue, le risque de violence entre partenaires intimes, la multiplication des partenaires sexuels, le tabagisme et l’usage précoce du tabac, l’initiation précoce aux activités sexuelles.
4.2 Conclusions
De plus en plus de données confirment les liens étroits entre la violence envers les femmes et les enfants et d'importants problèmes de santé physique et mentale en sus des comportements risqués pour la santé. Ceux-ci sont prévalents chez les enfants, les adolescents et les adultes qui ont été victimisés durant l'enfance ou à l'âge adulte. Certains groupes, comme les femmes autochtones au Canada, courent des risques accrus de subir des actes de violence plus fréquents et plus graves entraînant des répercussions plus importantes sur leur santé.
Même si les blessures physiques et la mort comptent parmi les répercussions de la violence sur la santé, ce sont les problèmes de santé mentale à plus long terme qui en sont les conséquences les plus courantes, et ceux-ci à leur tour contribuent à accroître les risques pour la santé ainsi que la probabilité de se livrer soi-même à la violence ou d'en être à nouveau victime ultérieurement. Des recherches plus récentes indiquent aussi que la victimisation avec violence est associée à des maladies chroniques à plus long terme.
Dans le présent rapport, nous avons mis l’accent sur diverses formes de victimisation avec violence chez les femmes et les enfants et les souffrances qui y sont associées, notamment la prévalence, l'incidence et les facteurs de risque de ces types de violence, ainsi que leurs répercussions sur la santé physique et mentale. Nous n'avons pas tenté de résumer l'ensemble des travaux portant sur les interventions en matière de santé ou autres (comme les services sociaux, la justice) touchant ces types de violence, à savoir ce qui pourrait être fait pour les prévenir dès le point de départ, ou au moins prévenir leur récurrence et réduire les dégâts chez les personnes y ayant été exposées.
Bref, même si l’on en connaît un peu plus dans certains domaines d'intervention (comme la violence envers les enfants, voir MacMillan et coll., 2009b), on possède très peu de données dans d'autres domaines (comme la VPI, voir Wathen et MacMillan, 2003; Ramsay et coll., 2009). Un recensement exhaustif des interventions dépasse le cadre du présent rapport.
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